Raphaël Liogier, né en 1967, est sociologue et philosophe, professeur des universités à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, il a dirigé l'Observatoire du religieux de 2006 à 2014. Diplômé en philosophie de l'université d'Edimbourg, il enseigne également au Collège international de philosophie (CIPH)Raphael Liogier, Sans emploi: Condition de l'homme postindustriel, Les Liens qui libèrent, 2016, , p. 2. Il est également chercheur associé au laboratoire Sophiapol à l’université Paris-Nanterre.

Ses recherches portent sur la mutation des identités, religieuses en particulier, dans la globalisation, sur les croyances, les mythes contemporains, les constructions imaginaires individuelles et collectives et leurs conséquences politiques, sociales et économiques.

Parcours universitaire En septembre 2000, il soutient, à l'université d'Aix-Marseille III, sa thèse de doctorat en sociologie et science politique, intitulée « Introduction à une approche politique de l'occidentalisation du bouddhisme » et rédigée sous la direction de Bruno Étienne, professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence« Introduction à une approche politique de l'occidentalisation du bouddhisme » ..

Il étudie par la suite de quelle manière, en parallèle, s’est construite une image dévalorisée de l’islam, alors que lors des débuts de l’orientalisme au , bouddhisme et islam sont souvent associés dans l’imaginaire occidental..

En 2003-2004, il obtient son habilitation à diriger des recherches (HDR) en sociologie, sous la direction du sociologue Roger Establet, sur « L’hypothèse de l’individuo-globalisme »Curriculum vitae universitaire de Raphaël Liogier..

Il a été professeur invité dans de nombreuses universités étrangères, en particulier à l’Université de Louvain-La-Neuve dans le cadre de la Chaire d’anthropologie prospective (LAAP) sur la transformation de l’homme face à l’évolution des technosciences. Il est membre du comité de rédaction de la revue scientifique internationale Social Compass. Il fait par ailleurs partie des personnalités internationales membres de la Commission pour la recherche de la paix de l’Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

Il participe à l'Université populaire de Marseille-métropole avec un séminaire de philosophie depuis 2019..

Travaux Bouddhisme En 1994, Raphaël Liogier rencontre le dalaï-lama en visite à Marseille les 19 et , à l'invitation du maire Robert Vigouroux pour donner une conférence sous l'égide de « Marseille Espérance »Claire Berlinski, Menace in Europe: Why the Continent's Crisis Is America's, Too, p. 105Raphaël Liogier, À la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008, . « The Dalai Lama's Visit to Mongolia, England and France », World Tibet News, 7 septembre 1994.. En 1997, il assiste, accompagné de Bruno Étienne, son directeur de thèse, aux enseignements donnés par le dalaï-lama à Karma-Ling en SavoieRaphaël Liogier, , .. En 2008, il publie un ouvrage sur le dalaï-lama, qu'il présente comme le plus révolutionnaire de sa lignée : démocrate, moderniste, humaniste, faisant trembler les gouvernants chinois et fantasmer les OccidentauxRaphaël Liogier, .

Raphaël Liogier a étudié le lien entre bouddhisme et christianisme. En 1999, il a ainsi publié un Jésus Bouddha d'Occident pour démontrer les liens existants entre la pensée de Bouddha et celle de Jésus de Nazareth, qu'il présente comme , reconnu à la naissance par les rois mages comme un « avatar d'Amitābha » qui aura pour rôle de diffuser la pensée de Siddhartha à l'Occident..

Cette thèse d'une influence déterminante du bouddhisme mahayaniste sur le ministère de Jésus et la naissance du christianisme au Moyen-Orient, faisant littéralement du christianisme un bouddhisme gréco-juif, a été qualifiée de fantaisiste et sans fondements par Philippe CornuPhilippe Cornu, « Lumière sur la voie bouddhique de l'éveil », dans Connaissance des religions, 61-64, janvier-décembre 2000, pp. 341-343 (compte rendu de Raphaël Lioger, Jésus, Bouddha d'Occident, Calmann-Lévy, Paris, 1999, 309 p.).. Pour l'historien des religions et indianiste Guillaume Ducoeur, Selon lui,

Philippe Cornu qui avait d’abord critiqué ce qu’il voyait comme une tentative d’établir une influence directe du bouddhisme sur le christianisme, a par la suite reconnu l’intérêt des travaux généraux de Raphaël Liogier sur l’occidentalisation du bouddhisme.

Laïcité et croyances Il travaille sur les croyances, les valeurs, la théorie de la connaissance, les religions, les bouddhismes, les nouveaux mouvements religieux, les sectes et la ..

Il a écrit plusieurs articles sur le thème des religions. : pentecôtisme., catholicisme., sōka Gakkai..

En 2006, Il publie un ouvrage sur une laïcité « légitime », où il propose la thèse selon laquelle la laïcité française aurait évolué de la notion « d'incompétence » de l'État en matière religieuse (loi de 1905 - art 2 : ) à la notion de neutralité. Se déclarant « neutre », l'État s'autorise alors à donner des avis sur ce qu'est ou n'est pas un culte. Tout en prétendant ne pas intervenir dans les affaires religieuses, l'État le ferait de façon extensive et considérablement plus que dans les pays ne se proclamant pas laïcs, comme l'Angleterre, et qui démontreraient pourtant une plus grande ouverture à la diversité religieuseCompte-rendu d'ouvrage, Une laïcité « légitime ». La France et ses religions d’État, IESR - Institut européen en sciences des religions, mis à jour le 23 mai 2008.. Raphaël Liogier illustre cette posture contradictoire dans le traitement de la question des sectes et celle de l'islam. Il s'inquiète du fait que la laïcité puisse devenir un outil de répression des minorités spirituelles par l'utilisation sans discernement du mot « secte »Nicolas de Bremond d’Ars, Raphaël Liogier, Une laïcité « légitime ». La France et ses religions d’État, Archives de sciences sociales des religions, 138, avril-juin 2007, document 138-59, mis en ligne le 12 septembre 2007..

À travers une enquête menée à l'Observatoire du religieux, il conclut que la laïcité (à travers les conclusions de la commission Stasi) a établi, sans investigation, la notion de aux jeunes musulmanes françaises pour justifier la loi sur le port du voile, alors que son étude démontrerait au contraire une majorité de choix délibérés et argumentés« Pourquoi les musulmanes portent-elles de plus en plus le voile ? », Madame Figaro, 9 juillet 2015.. Il soutient que

Sectes Il a critiqué la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) comme inefficace et discriminatoire à cause de sa « méconnaissance du terrain » qui ne permettrait pas de combattre les sectes dangereuses mais les protégerait en provoquant une confusion.

Il propose la création d'un organisme composé de représentants de la société civile et de chercheurs, comme INFORM chez les Britanniques, non Raphaël Liogier, « Révolution culturelle dans la lutte antisectes », dans Le Monde, 4 mars 2008..

Il tente de montrer l'existence d'une pensée unique qui serait dominante et croissante en France : Il déclare qu'Extrait de l'interview de Raphaël Liogier, vidéo, Centre d'information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS), 30 septembre 2007.,

Islam Il dénonce qui ne repose sur rien selon lui, car le taux d’accroissement migratoire est stable depuis les années 1980 et que

Il participe au documentaire réalisé par la sociologue Agnès De Féo sur des musulmanes radicales., en particulier Émilie König qui va devenir l’égérie des femmes djihadistes..

Djihadisme En 2014 dans l'émission Ce soir (ou jamais !) il minimise avec virulence le témoignage de David Thomson car ce dernier rapporte que les djihadistes sur lesquels il a enquêté en Syrie voient la France comme une cible légitime de terrorisme.

Raphael Liogier est cité par un article d'Akram Belkaïd et de Dominique Vidal, du Monde diplomatique, qui montre que selon les experts le phénomène djihadiste ne peut être ramené à une cause unique. Pour Raphael Liogier, le salafisme peut jouer un rôle dans la radicalisation : il estime qu'à partir de 1990, il existe des « versions dures du salafisme » qui peuvent servir de justification à la violence. Cependant, il considère que, vers 2010, des jeunes de quartiers en difficultés vont rallier la mouvance islamiste sans réelle motivation religieuse : ils sont désireux de « régler leurs comptes avec la société ». Selon lui, ces jeunes ne parlent pas l'arabe, ils n'apprennent pas le Coran et ne s'intéressent à l'idéologie islamiste que « dans la mesure où elle donne de l’efficacité à leur désir de revanche ».

Raphael Liogier distingue donc deux groupes : celui des musulmans « ultra-radicaux dans leur manière de vivre », en ce qui concerne « leur alimentation, leurs mœurs, leur habillement », mais qui sont « dépolitisés et donc très peu islamistes, que l’on appelle les salafistes (qu’on devrait plutôt appeler néosalafistes) ». Et un autre groupe, composé d'« individus en déshérence, ne pratiquant pas ou peu la religion, mais justifiant des conduites antisociales par l’islam ». Selon Raphael Liogier, seul le second groupe représente « une menace djihadiste objective ».

Concernant ce second groupe, Raphael Liogier estime qu'il n'y a pas « de processus d’endoctrinement, mais seulement un processus d’entraînement ». Les individus « adoptent tout de suite les slogans. Ils ne découvrent l’islam qu’après être devenus des jihadistes, parce que cela fait partie de la panoplie ». Le contexte social suffit donc à expliquer le glissement vers la violence, sans que soit nécessaire un « endoctrinement progressif, comme cela pouvait être le cas dans les années 1990 ».

Raphael Liogier a travaillé sur le cas d'Émilie König, une djihadiste française arrêtée en Syrie. Il déclare : « Ce qui m’a frappé, c’est qu’elle avait un profil plus radical, plus extrême que les autres femmes que nous rencontrions. Elle avait plus un profil d’homme djihadiste. Elle n’était pas idéologue mais avait un fort désir de revanche. Chez elle, les figures djihadistes comptaient plus que les textes, l’esthétique héroïque l’emportait sur l’idéologie. Devant la caméra, la jeune femme disait sa détermination : « Je resterai ferme sur ma foi jusqu’à mon dernier souffle, que ça plaise ou pas à la France, à l’État français » ».

Populisme En prolongement de ces travaux sur la construction et l’émergence de l’islamophobie en Europe, Raphaël Liogier a analysé les ressorts du populisme qui a nourri la montée en puissance durant les années 2000 de partis politiques européens généralement situés à l’extrême droite mais dont le discours a débordé du cadre conceptuel historique des années 1930 pour irriguer une plus grande partie de l’échiquier politique. Il forge à cette occasion le concept de qui .

Revenu de base Dans son essai de 2016, Sans emploi : Condition de l'homme postindustriel, il participe aux réflexions autour de la mise en place d'une allocation universelle. qu'il considère comme salutaire.

Journalisme et vulgarisation

Raphaël Liogier est invité dans les médias en tant qu'expert sur les sujets relatifs au religieux, en particulier la laïcitéInterventions dans Islam (émission de télévision) sur France 2 : le 11 avril 2021le 18 avril 2021.

Polémiques Avec Caroline Fourest En , Raphaël Liogier conteste l'attribution du prix du livre politique à Caroline Fourest pour son ouvrage La Tentation obscurantiste (2005). Il participe notamment à la rédaction d'une tribune, aux côtés de Jean Baubérot, Bruno Étienne, Franck Fregosi et Vincent Geisser, dans Le Monde du . Selon eux, l'ouvrage primé fait partie du genre littéraire de ceux qui ..