Karim Ahmad Khan, né le à Édimbourg (Écosse), est un avocat britannique et procureur de la Cour pénale internationale (CPI) entre le et le .
Spécialiste du droit international pénal et du droit international des droits de l'homme, il est auparavant au bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda entre et 2000, puis exerce en 2005 auprès du Tribunal spécial pour le Liban. Il est nommé en à la tête de l'équipe d'enquête des Nations unies sur les crimes de l'État islamique () en Irak avec le rang de secrétaire général assistant des Nations unies et enquête sur le génocide des Yézidis en Irak. En mars 2023, il fait inculper le président russe Vladimir Poutine ; c’est la première fois que le dirigeant d’un pays membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU est inculpé par la justice internationale. En , il introduit une demande de mandat d'arrêt international contre, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou et son ministre de la défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crime contre l'humanité commis dans la bande de Gaza, ainsi que contre les chefs militaires et politiques du Hamas : Ismail Haniyeh,Yahya Sinwar et Mohammed Deïf pour l'attaque du .
L'inculpation de dirigeants israéliens conduit les États-Unis à exercer de fortes pressions contre la CPI. Karim Khan et ses collaborateurs sont placés sous sanctions américaines. Il est révoqué de ses fonctions de procureur à la CPI le 24 juillet 2026 pour des « manquements graves aux devoirs de sa charge ».
Biographie Enfance et formation Karim Khan naît à Édimbourg (Écosse) d'un père pakistanais, dermatologue consultant. (né dans la province de la Frontière-du-Nord-Ouest, en Inde britannique, aujourd'hui au Pakistan), et d'une mère anglaise, infirmière et sage-femme. Ses parents travaillaient à l'hôpital Pinderfields, à Wakefield (dans le comté du West Yorkshire en Angleterre), et partaient en mission humanitaire chaque année au Pakistan, en Inde ou en Gambie.
Karim Khan fait partie de la communauté des Ahmadis, des adeptes d'un courant de l'islam dont les membres sont historiquement persécutés au Pakistan.. Il est le frère de l'homme politique britannique Imran Ahmad Khan..
Il est titulaire d'un Bachelor of Laws (LL.B.) du King's College de Londres...
Carrière Il intègre le barreau de Londres en en tant que barrister... De 1993 à 1996, il est procureur de la Couronne pour l'Angleterre et le pays de Galles.
Au sein des juridictions et organisations internationales Après avoir été au bureau du procureur des deux tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda entre et ., il travaille au sein de différentes juridictions internationales alternant entre conseil de la défense et représentant des victimes.. Il défend ainsi Charles Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, fonction qu'il quitte cependant dès l'ouverture des débats, en l'absence de son client et après un accrochage avec la juge-présidente, Julia Sebutinde, qui lui ordonne de rester.. Au cours du procès Duch devant les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, il officie du côté des parties civiles.. Il exerce aussi auprès du Tribunal spécial pour le Liban..
En , il défend devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie Florence Hartmann, ancienne porte-parole de Carla Del Ponte, accusée d'outrage au tribunal pour avoir divulgué, dans deux de ses publications, des informations confidentielles issues de la procédure menée contre Slobodan Milošević..
Il est nommé conseiller de la Reine en .
Au sein de la Cour pénale internationale, il intervient exclusivement dans les équipes de défense, notamment celles de Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Jean-Pierre Bemba et pour des accusés en lien avec la situation du Darfour.
À partir de , il dirige une enquête spéciale des Nations unies sur les crimes de l'État islamique... En , il remet un rapport au Conseil de sécurité faisant état d'un génocide perpétré par l'État islamique sur les Yézidis..
Élection au poste de procureur de la Cour pénale internationale En , il est élu procureur de la Cour pénale internationale (CPI) par l'Assemblée des États parties au second tour obtenant voix sur les requises.. Son nom ne figure pas initialement sur la liste restreinte des candidats.. Il y aurait été placé, selon The Guardian, sur l'insistance du gouvernement kenyan. Le quotidien ajoute qu'en , le retrait des charges contre William Ruto, dont il était l'avocat, avait été alors décrit comme lié à des ingérences politiques et des pressions sur les témoins, éléments à l'égard desquels Karim Khan explique, au cours de sa campagne, qu'il a fait son possible pour les empêcher. Si son élection ne fait pas consensus contrairement au score de ses prédécesseurs, il dispose du soutien du continent africain, grâce notamment à l'action d'Adama Dieng en amont, zone géographique lui apporte . Karim Khan prend ses fonctions le de la même année pour un mandat de 9 ans, succédant à la Gambienne Fatou Bensouda. Il est le troisième procureur de la CPI depuis sa création en 2002..
Décrit au préalable par le comité d'experts chargé d'évaluer les candidatures comme un bon communicant mais engagé , l'un des défis de son mandat consistera à rénover l'organisation du Bureau du procureur dont les nombreuses pratiques dysfonctionnelles héritées de Luis Moreno Ocampo sont pointées ces dernières années..
Mandat
Guerre d'Afghanistan En , il reprend l'enquête relative aux crimes commis par les Talibans et l'État islamique au Khorassan en Afghanistan qui avait été suspendue au printemps 2020 sur demande du gouvernement de Kaboul, celui-ci s'efforçant de prouver que son système judiciaire était dans la capacité de poursuivre les auteurs des actes.
En revanche, le procureur décide d' les investigations portant sur les crimes commis par les forces internationales, en particulier américaines, sur le territoire afghan à partir de .
Il décide également de suspendre l'enquête sur les tortures dans les prisons secrètes de la CIA. Il justifie ce choix par les moyens financiers limités de la CPI..
Guerre d'Ukraine Le 19 mai 2023, le ministère de l’Intérieur russe publie une notice de recherche et d'arrestation contre Karim Khan en représailles au mandat d'arrêt international lancé contre Vladimir Poutine Le procureur de la CPI Karim Khan placé sur la liste des personnes recherchées en Russie.
Guerre de Gaza Le , pendant l'enquête sur les crimes de guerre lors de la guerre de Gaza, Khan affirme que l'institution et ses fonctionnaires sont confrontés à des pressions de la part d’Israël, craignant que des mandats d’arrêt soient émis à l'encontre de plusieurs hauts responsables dont potentiellement Benyamin Netanyahou. Le , Netanyahou organise une « discussion d’urgence », selon les médias israéliens, pour coordonner une action diplomatique destinée à contrer les éventuels mandats d’arrêt. Fin avril, il interpelle « les leaders du monde libre », les invitant à utiliser « tous les moyens à leur disposition pour mettre fin à cette action dangereuse ». Un groupe de sénateurs américains menace Karim Khan dans une lettre : « Ciblez Israël et nous vous ciblerons. On vous aura prévenu ». Karim Khan était pourtant, lors de sa nomination, considéré comme plutôt pro-israélien.
Le , Karim Khan requiert des mandats d'arrêt pensant que la responsabilité pénale pour crimes de guerre et de crimes contre l'humanité serait engagée contre Netanyahou et son ministre Yoav Gallant pour « affamer délibérément des civils », « homicide intentionnel » et pour « extermination et/ou meurtre », ainsi qu'à l'encontre d'Ismaël Haniyeh, de Mohammed Deïf et de Yahya Sinwar, cadres du Hamas pour des crimes d’« extermination », « viols et violences sexuelles » et « prise d’otages en temps de guerre », également constitutifs de crimes contre l’humanité« Guerre à Gaza : le procureur de la CPI demande des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahou et plusieurs cadres du Hamas », Libération, 20 mai 2024..
Les mandats d'arrêts à l'encontre de Netanyahou, Gallant et Deïf sont confirmés le jeudi . C'est la première fois qu'un procureur de la CPI demande des mandats d'arrêt contre le dirigeant d'un État soutenu par les pays occidentaux.
Le , Karim Ahmad Khan devient la première personnalité de la CPI à se voir imposer des sanctions économiques et de voyage par le gouvernement américain, à la suite d'un décret signé par le président américain Donald Trump, visant le tribunal pour les crimes de guerre en raison d'enquêtes sur des citoyens américains ou des alliés des États-Unis. Deux piliers de la CPI, Brenda Hollis (chargé des enquêtes sur Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou) et Andrew Cayley (chargé de l’enquête sur le Hamas) démissionnent en raison des menaces de représailles américainesLa Cour pénale internationale a décidé de fermer elle-même la boîte aux lettres du procureur général, DataNews, Pieterjan Van Leemputten, 21 mai 2025Le Tribunal pénal international abandonne MS Office au profit d’Opendesk, HFFRANCE, Philippe Ternision , le 2 novembre 2025.
Mise en cause pour faute présumée
En , au moment où Karim Khan s’apprêtait à requérir des mandats contre des dirigeants d’Israël et du Hamas, il est accusé de « comportement sexuel inapproprié », plus particulièrement de harcèlement sexuel sur une employée de la CPI. En mai, une première enquête de la CPI est menée, qui est rapidement classée en raison du refus de l'employée de témoigner directement dans cette enquête et de porter officiellement plainte.
En , The Guardian s'appuyant sur différents témoignages accuse Karim Khan d'avoir tenté d'étouffer l'affaire. En , une enquête externe à la CPI est ouverte sur ces accusations de « comportement sexuel inapproprié ».
En , dans un article du The Wall Street Journal, l'employée sujette à ces « comportements sexuels inappropriés » et de harcèlement sexuel, précise ces accusations comme étant plusieurs relations sexuelles forcées. En , Karim Khan se met volontairement en congé de ses fonctions à la CPI jusqu’à l’issue d’une enquête ouverte pour « faute présumée » à son encontre, au sujet d’un comportement sexuel inapproprié qu’il est accusé d’avoir eu, ce qu’il nie, à l’égard d’une collaboratrice de la Cour. En août, une enquête de Middle East Eye replace cette plainte dans le contexte de menaces répétées à son encontre et à celle de la Cour internationale, peu avant et après qu’il a demandé des mandats d’arrestation contre les dirigeants israéliensDavid Hearst, Imran Mulla, Simon Hooper, « Exclusive: How Karim Khan’s Israel war crimes probe was derailed by threats, leaks and sex claims », Middle East Eye, 1er août 2025..
Le , le journal britannique The Guardian fait état d'une deuxième femme accusant Karim Khan d'inconduite sexuelle. Elle a allégué que, lorsqu'il était avocat, il l'avait invitée à plusieurs reprises chez lui, s'était assis à proximité, avait tenté de l'embrasser et de la toucher, et l'avait poussée à avoir des relations sexuelles. Les avocats de Khan ont nié ces allégations.
Le 9 mars 2026, l’enquête menée par le Bureau des services du contrôle interne conclut que « les faits établis par les enquêteurs n’établissent pas de faute ou de manquement » de Karim Khan.