Rosette Coryell, née Rosette Avigdor le à Constantinople et morte le à Paris, est une photographe, traductrice, journaliste militante et féministe d'origine turque ayant principalement travaillé en France.

Biographie

Jeunesse et famille Rosette Avigdor naît à Istanbul en 1916, fille de Mison Avigdor et de Fani BassanRosette Coryell Avidor (1916-2000), United States, Social Security Numerical Identification Files (NUMIDENT), 1936-2007, FamilySearch , et passe son enfance dans les quartiers bourgeois de la ville.

Elle étudie à la faculté des lettres de l'université d'Ankara, où elle se lie d'amitié avec une autre étudiante, Nilűfer Mizanoğlu Reddy. Parmi leurs professeurs figurent le psychologue Muzafer Şerif et les sociologues Behice Boran et . Dans les années 1930, Rosette Avigdor apprend le français à Paris où elle est venue étudier.

Émigrée à New York, elle rencontre le journaliste américain Schofield Coryell qu'elle épouse, puis s'établit avec lui à Paris après que les autorités américaines ont refusé le renouvellement de son visa en raison de son activisme jugé subversif.

Schofield Coryell devient en 1953 correspondant à Paris du Guardian, un hebdomadaire américain de gauche, puis en 1978 journaliste au Monde diplomatique.. Il meurt en 2011 à Paris..

Traductrice et journaliste engagée À la fin de la guerre, Rosette Avigdor vit à Ankara où elle travaille pour le British Council et l'agence Anadolu, agence de presse du gouvernement turc. En 1946, sa maîtrise de l'anglais lui vaut d'être embauchée par le photographe Robert Capa, alors en reportage en Turquie, qui lui dicte le texte de son prochain livre, Slightly Out of Focus, à paraître chez Holt. Leur collaboration débouche sur une réelle amitié, au point que Capa suggère que Rosette Avigdor, qui souhaite émigrer à New York pour étudier à l'université Columbia, aille habiter avec sa mère, Julia. Cette dernière, sur le point de se retrouver seule tandis que son fils cadet Cornell Capa part travailler au Texas pour le magazine Life, accepte la proposition. Arrivée en Rosa Avidor, 1947, United States, New York, Index to Passengers Arriving at New York City, compiled 1944-1948, FamilySearch Rosa Avidor, 1947, New York, New York Passenger and Crew Lists, 1909, 1925-1957, FamilySearch (vues 348-349), Rosette Avigdor devient la de Capa.

À Columbia, elle obtient un doctorat en psychologie sociale. Ayant perfectionné son anglais durant ses études, elle réalise sa première traduction au début des années 1950 avec son amie Nilűfer Mizanoğlu Reddy, elle aussi étudiante à Columbia : sous le pseudonyme commun Ali Yunuz., les deux jeunes femmes traduisent en anglais les poèmes du poète turc Nâzım Hikmet, emprisonné à Ankara depuis 1939 pour ses activités politiques communistes.

D'abord chercheuse en psychologie sociale, Rosette Avigdor publie dans la revue Cahiers internationaux de sociologie une étude sur la genèse des stéréotypes. Devenue Rosette Coryell après son mariage et installée à Paris, elle s'engage, tout comme son mari, dans de nombreuses causes : mouvements antiracistes et anti-impérialistes, féminisme. Dans les années 1960, en pleine guerre du Viêt Nam, le couple fréquente l'American Center établi boulevard Raspail, centre culturel mais aussi lieu de militantisme anti-guerre. Surveillés par les agents de renseignements des services secrets français, les Coryell sont expulsés un temps de France, en 1968.

Rosette Coryell travaille au début des années 1970 comme journaliste correspondante pour le ., une agence de presse clandestine et anti-guerre de la Nouvelle gauche, qui distribue des bulletins d'information et des photographies à des centaines de journaux clandestins ou issus de la contre-culture. Elle traduit par ailleurs de nombreux textes de l'américain ou l'anglais vers le français : essais, dont en 1959 les deux tomes de la Psychologie sociale du psychologue canadien Otto Klineberg, ou en 1972 La Place des femmes dans un monde d'hommes de la romancière et critique américaine Elizabeth Janeway, traduit en collaboration avec Yvette Roudy ; articles, notamment publiés dans Questions féministes puis dans Nouvelles Questions féministes.

En 1993, Rosette Coryell devient, aux côtés de son mari et de Pierre Kaldor notamment, membre du bureau de l'Association pour le réexamen de l'affaire Rosenberg, émanation du Mrap présidée par Albert Lévy.

Photographe En parallèle de ses activités d'écriture, Rosette Coryell pratique la photographie, avec peu de moyens et une technique sommaire, au hasard de ses déambulations à Paris ou Istanbul. Elle suit de nombreuses manifestations, dont celles du Mouvement de libération des femmes. Elle photographie des gens ordinaires, riches ou pauvres, puissants ou non, et des personnalités militant pour des combats qui lui sont chers, comme la femme politique vietnamienne Nguyễn Thị Bình ou la militante américaine Angela Davis. Rosette Coryell fait un temps partie du Mauvais Œil, groupe éphémère de femmes photographes.

À partir de 1974 (et jusqu'en 1981), ses photographies paraissent dans les bulletins du . D'autres publications contestataires les utilisent, en France (Questions féministes, Masques, revue des homosexualités.), en Turquie, ainsi qu'aux États-Unis (New Women's Times, WomaNews, Guardian) où elles illustrent des articles concernant les questions féministes en France. Plus tard, certains de ses clichés sont reproduits dans des essais d'histoire, comme Mémoires de 68 en 1993 ou le Dictionnaire des féministes. France , dirigé par Christine Bard et Sylvie Chaperon en 2001.

Dans la lignée de Catherine Deudon, Rosette Coryell fait partie, avec Béatrice Lagarde ou Dominique Doan, des photographes féministes dont le travail a jalonné et documenté le mouvement féministe. Bien qu'elle ait fréquenté le Centre audiovisuel Simone-de-Beauvoir, ses images n'y ont jamais été exposées. La bibliothèque Marguerite Durand conserve 46 tirages de ses photographies.

Postérité Rosette Coryell meurt d'un cancer à Paris le , à l'âge de 84 ans..

Un hommage lui est rendu le par l'Association pour le réexamen de l'affaire Rosenberg, le Collectif national unitaire « Sauvons Mumia », le Comité de soutien international à Mumia Abu-Jamal, les anciens du Mouvement des Jeunes Turcs progressistes et le Mrap.

L'année suivante, une exposition de son œuvre photographique est organisée à la bibliothèque Marguerite-Durand, puis au siège du Mrap.

Publications

Articles

Articles parus dans les bulletins du , 1973-1974 sur Internet Archive

Traductions

Articles

Ouvrages

Photographies

Collections 46 photographies positives, noir et blanc, 1965-1981, bibliothèque Marguerite-Durand, Paris 2 photographies noir et blanc, 1974, Bobines féministesPhotographies de Rosette Coryell, Bobines féministes

Reproductions (liste non exhaustive)

Photographies parues dans les bulletins du , 1974-1981 sur Internet Archive

Exposition

2001 : exposition de photographies, Paris, bibliothèque Marguerite-Durand (janvier-février), puis siège du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (mars)

Sources

Hommage à Rosette Coryell. 2000-2001, Fonds de l'Association pour le réexamen de l'affaire Rosenberg, Archives nationales (cote 111 AS 16)

Notes et références

Liens externes

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