vignette|Grotte de la Porte du Diable, un des principaux sites archéologiques du Primorié.

La préhistoire du Primorié couvre, sur le territoire du Primorié, région actuelle de l'Extrême-Orient russe, la période comprise entre il y a environ et les , lorsque la région passe sous l'influence partielle du royaume coréen de Puyŏ.

Les premières traces humaines connues dans la région sont datées de près de avant le présent (AP). La culture d'Ossinovka, première culture archéologique connue dans le Primorié, apparait il y a environ . Lors du dernier maximum glaciaire lui succède la culture d'Oustinovka, qui dure jusqu'à la fin du Tardiglaciaire. Le Primorié entretient alors des liens avec les cultures de Mandchourie, du Japon et de l'ile de Sakhaline entre autres.

Le réchauffement climatique de l'Holocène ouvre la voie à des cultures de chasseurs-cueilleurs sédentaires, comme la culture de Roudnaïa, avec notamment pour site la grotte de la Porte du Diable, près de la ville de Dalnegorsk. Lui succèdent la culture de Boïsman, puis la culture de Zaïssanovka, avec laquelle l'agriculture arrive sur le territoire.

La métallurgie du bronze arrive de Chine et de Corée voisines au L'Âge du bronze a notamment donné la culture de Margaritovka, la culture de Lidovka et la culture de Sini Gaï. Vers la fin des deux dernières commence l'Âge du fer, avec la culture de Yankovski, l'une des cultures les mieux documentées du Primorié. L'Âge du fer s'achève avec la culture de Kroounovka, puis les cultures de Poltsé et d'Olga.

Chronologie

Paléolithique Premiers peuplements vignette|La vallée de la Partizanskaïa ; Iekaterinovka se situe en arrière-plan.|alt=Photographie depuis une hauteur d'une vallée large et plate, avec deux bras d'une même rivière au centre, avec au fond des montagnes.

Le peuplement du Primorié est attesté il y a près de . Les groupes humains étaient alors des chasseurs de mammouths et d'autres grands mammifères et des cueilleurs, avec un mode de vie nomade. Leur stratégie de chasse consistait parfois à pousser l'animal jusqu'à une falaise, le faire tomber puis l'achever avant de découper la viande. La première implantation humaine connue a été trouvée près du village d'Ossinovka (raïon de Mikhaïlovka), datée entre AP. Il est probable que les rives de la Suifen étaient déjà occupées auparavant, mais aucune trace n'en a encore été trouvée. Les fouilles archéologiques ont montré de larges similitudes entre les sites archéologiques du Primorié et ceux des Îles Kouriles, de Sakhaline et de la partie nord-est de l'île d'Hokkaidō.

Les fouilles d'Ossinovka ont livré des outils lithiques tels que des hachoirs et des grattoirs. Les sites les plus proches d'Ossinovka sont ceux des vallées de la Suifen et de la Melgounovka, ainsi que sur le littoral de la baie de l'Expédition (raïon de Khassan), avec là aussi des hachoirs et des lames rugueuses.

Des traces d'habitat paléolithique ont aussi été trouvées dans la grotte de la Société géographique, près du village de Iekaterinovka, dans le raïon de Partizansk, avec une occupation datée d'il y a environ (̟± 1500 ans). Dans cette grotte, des restes de mammouth, d'un cheval, d'un cerf, de bisons et d'autres animaux ont été trouvés. Parmi les autres sites de cette époque, citons aussi Kroounovka 2, Vozdvijenka 3 (okroug urbain d'Oussouriïsk), Komarovka 14 (Oussouriïsk), et la colline d'Iliouchine (Ilyushinka Sopka) à Oussouriïsk et à Astrakhanka, sur les bords du lac Khanka.

Le Primorié est alors couvert de larges forêts de feuillus dans les zones basses, de forêts de pins de Sibérie sur les versants et d'une taïga de conifères en montagne. Dans la partie la plus septentrionale du Primorié prédominent les forêts de pins.

Tardiglaciaire Lors du dernier maximum glaciaire, il y a , le niveau de la mer était plus bas de par rapport au niveau actuel. Des populations venant de Chine et de Corée se sont installées dans la région, tandis que d'autres ont migré vers le nord. Dans le sud du Primorié subsistent des forêts de conifères tandis que les pourtours du Khanka sont couverts de marécages.

Du Tardiglaciaire date la seconde culture paléolithique du Primorié, celle d'Oustinovka, datée au carbone 14 de (± 150) ans à (± 50) ans AP. Les populations pratiquaient un mode de vie de chasseur-cueilleur. On note le début des brulages pour créer des espaces d'habitation. La culture d'Oustinovka s'inspire de cultures coréennes antérieures (Hopeyongdong et Khavagayri, datées de AP), particulièrement sur les sites de Souvorovo 4 et d'Oustinovka 5 et 7 (raïon de Kavalerovo). Les sites de Souvorovo 3, Oustinovka 6, Illistaïa 6 et Gorbatka 3 sont quant à eux similaires à des sites du nord de la Corée et du Liaoning. En plus des contacts avec la Chine et la Corée, les peuples locaux ont aussi eu des contacts avec les cultures du bassin de l'Amour, de Sakhaline et du Japon, alors accessibles à pied grâce au niveau de la mer plus bas..

Holocène Lors du passage du Pléistocène à l'Holocène, il y a , le climat s'est réchauffé brutalement, jusqu'à dépasser d'environ 1 à 2°C les températures actuelles il y a environ . À cette époque, les principaux peuplements sont situés dans les vallées fluviales ou sur leurs bords, dans de plus petites vallées. Des outils plus perfectionnés apparaissent, pour couper la viande et la transformer, mais aussi pour travailler le bois et les produits de la pêche. La chasse, la pêche dans les rivières et la cueillette sont encore les seules ressources alimentaires. Des sites saisonniers de pêche apparaissent. C'est lors de cette période que les mammouths et autres grands mammifères disparaissent, les populations se tournant alors vers les cerfs, sangliers, renards et autres petits animaux. L'arc se répand, la lance étant bien moins utile. La forêt permet la cueillette de noix, champignons et d'autres plantes..

Il y a environ , de nouvelles implantations apparaissent, souvent le long des rivières, mais aussi au bord des lacs, inaugurant un mode de vie plus sédentaire (Souvorovo 3, Ilistaïa 1, etc.). Le long des rivières Suifen, Ilista et Zerkalnaïa, de nombreux restes de villages ont été trouvés, et quelques autres le long des fleuves Partizansakaïa, Artiomovka et Arsenievka. En particulier, le long de la rivière Zerkalnaïa 30 sites ont été trouvés, alors qu'Oustinovka perdure. Les premières poteries apparaissent dans la région. Dans le Primorié central, l'obsidienne est utilisée pour la première fois dans la fabrication d'outils en pierre. Outre ces lieux, on trouve aussi Gorbatka ou Molodejanaïa 1 (raïon de Kavalerovo)...

vignette|Aires approximatives de répartition des premières cultures de l'Holocène au Primorié. |alt=Carte du Primorié montrant les aires approximatives des cultures de l'époque. Au sud, il y a la culture de Boïsman; dans le centre-sud du Khanka à la mer du Japon la culture de Roudnaïa, et dans le centre-nord la culture de Vetka.

De 6000 à a lieu l'optimum climatique de l'Holocène, avec des hivers moins froids et des étés plus chauds qu'actuellement. La mer a achevé de remonter vers son niveau actuel. Sur le littoral, des baies et lagunes se sont formées, propices à la pêche ainsi qu'au ramassage de coquillages et à la chasse d'animaux marins. C'est dans cet environnement que trois cultures se sont développées en même temps au Primorié. L'une, celle de Boïsman, est apparue sur le pourtour du golfe Pierre-le-Grand ; celle de Roudnaïa s'étendait du lac Khanka jusqu'à la côte orientale dans les parties sud et centre ; celle de Vetka, enfin, très peu connue et étudiée, s'est développée dans le centre et le centre nord, sur le versant occidental du Sikhote-Aline.

Culture de Roudnaïa vignette|alt=Photographie dans une forêt de l'entrée d'une grotte avec une ouverture assez large sur une paroi rocheuse.|Entrée de la grotte de la Porte du Diable.

La culture de Roudnaïa, d'après la rivière homonyme, a émergé au milieu du sur un axe allant du lac Khanka jusqu'à la côte de la mer du Japon au niveau de Roudnaïa Pristan et du raïon de Lazo. Les populations de cette culture étaient sédentarisées, avec des maisons rectangulaires, d'une superficie moyenne de , et avec un foyer au centre. Des céramiques, des couteaux, des bracelets, perles et colliers ont été retrouvés. Elles maîtrisaient le tissage, la couture, et tout comme les autres cultures d'alors, elles étaient basée sur la cueillette, la chasse et la pêche ; elles utilisaient d'ailleurs des harpons pour ces deux dernières activités.

Le site le plus notable est la grotte de la Porte du Diable, avec cinq corps retrouvés, accompagnés d'objets, céramiques, restes d'habitations et nombreux filets de pêche. Selon les études génétiques, les peuples de cette culture étaient proches génétiquement des Oultches (dont de la culture de Kondon d'alors), des Oroqen, des Hezhen, tous des peuples locuteurs de langues toungouses de la région du fleuve l'Amour. Cette culture s'est éteinte au ..

Culture de Boïsman La seconde culture est celle de Boïsman, apparue au dans le sud du Primorié. Elle doit son nom à la baie de Boïsman (raïon de Khassan), où un de ses sites fut découvert pour la première fois. Elle se caractérise par de petits villages côtiers avec quelques habitations (rarement plus de 3). Les habitants étaient des pêcheurs, pêchant à la fois dans les lagunes mais aussi en mer pendant la période estivale. Ils pêchaient environ 18 espèces de poissons, dont des grands requins blancs et des raies pastenagues. De plus, ils ont procédé à la collecte de fruits de mer, dont d'huîtres. Ils étaient cependant aussi des chasseurs, dotés de harpons et de lances, chassant cerfs, ours bruns, loups et sangliers. Dans les sites de Boïsman I et II, au sud de Slavianka, se trouvent des sépultures, les plus anciennes du Primorié, ainsi que des vestiges d'habitations. Les sépultures ont révélé que les populations se situaient génétiquement à mi-chemin entre les populations de Mongolie et du Japon de la période Jōmon. Enfin, ces populations avaient des chiens domestiques. Parmi les autres sites, on trouve ceux de Zaretchnaïa 1 et de Khansi 1, et sur l'isthme de Saint-Valentin, un village de cette culture a été trouvé où l'utilisation de la peinture a été attestée...

Le site de Valentin avait une population engagée dans la production de peintures rupestres et dans l'extraction du minerai, avec des houes et des pilons en pierre. Sur ce même site ont été trouvées de nombreuses agrafes, grattoirs et perceuses, prouvant que la population s'adonnait aussi à la fabrication de vêtements avec les peaux, les cornes et des os.

Culture de Zaïssanovka vignette|Territoire approximatif de la culture de Zaïssanovka.|alt=Carte du kraï du Primorié, avec dans la partie inférieure l'étendue de la culture de Zaïssanovka. La culture s'étendait de la frontière à la Mandchourie à l'ouest à la mer du Japon au sud et à l'est et jusqu'au lac Khanka au nord.