Le palais royal de Capodimonte (en italien Reggia di Capodimonte) est un palais royal, avec un parc attenant, situé à Naples en Italie dans le quartier de Capodimonte. Il fut la résidence historique des Bourbons de Naples, mais aussi des familles Bonaparte et Murat, ainsi que de la maison de Savoie.
Construit à partir de 1738 à la demande de Charles de Bourbon pour abriter la collection Farnèse, il est ensuite utilisé comme palais jusqu'en 1957, année à partir de laquelle il abrite le musée de Capodimonte.
Le palais s'étend sur deux niveaux. Au premier étage se trouvent les appartements royaux meublés et décorés en partie des reconstitutions et en partie des originaux du mobilier ayant appartenu aux familles dynastiques qui ont vécu dans le palais, dont des porcelaines, des objets de la vie quotidienne et des sculptures et peintures d'artistes italiens et européens des .
En 2015, le musée et le parc ont enregistré respectivement 144 694 et 974 531 visiteurs.
Histoire
vignette|redresse| Francesco Liani, Portrait équestre de Charles de Bourbon, créateur du palais, vers 1760, musée de Capodimonte.
Création par Charles de Bourbon Après deux siècles de vice-royauté espagnole et trente ans de domination autrichienne à la suite de la guerre de Succession d'Espagne, en 1734, avec l'accession au trône de Charles de Bourbon, Naples redevient la capitale d'un royaume indépendant : le nouveau roi décide d'une réorganisation urbaine de la ville et, parmi les différentes idées, a celle de construire un palais pour abriter une collection d'œuvres d'art, la collection Farnèse, commencée par le pape Paul III au et poursuivie par ses descendants, répartie entre Rome et Parme, et qu'il a héritée de sa mère Élisabeth Farnèse, mais aussi parce qu'aucune pinacothèque n'a jamais été construite au palais royal de Naples. Le projet de Charles de Bourbon est de réunir dans un pavillon de chasse, un musée et un palais royal.
Le lieu choisi pour la construction du bâtiment est la colline de Capodimonte, une zone boisée de la ville, riche en gibier, avec l'intention de combiner l'usage muséal avec un lieu de résidence lors des parties de chasse. La colline offre également des vues sur le Vésuve, la chartreuse Saint-Martin de Naples et Pausilippe.
La première pierre du palais, voulu par le roi avant les autres résidences royales, est posée le ; les travaux de construction sont confiés à l'ingénieur militaire palermitain Giovanni Antonio Medrano, qui a suivi Charles de Bourbon depuis Madrid, et qui est aidé par Antonio Canevari ; leur collaboration est ensuite assez mouvementée. Une commission d'experts, qui commence à travailler en 1739, est chargée de définir les espaces internes permettant d'assurer la fonction muséale ; le projet prévoit un bâtiment de plan rectangulaire avec trois cours intérieures, dont les pièces orientées au sud, avec vue sur la mer, sont destinées à l'exposition de peintures, tandis que les pièces plus à l'intérieur, tournées vers le jardin, servent de bibliothèque.
Dans un premier temps, les travaux sont menés rondement avant de rencontrer une série d'obstacles militaires, politiques et économiques. Le chantier dure en définitive un siècle. Bientôt les travaux avancent assez lentement ; l'enthousiasme initial faibli, s'accompagnant de problèmes d'ordre logistique, comme le manque d'eau sur la colline de Capodimonte et la difficulté d'accéder au site, en raison de l'absence de route directe et de la présence de la vallée de la Sanità, qui nécessite plusieurs montées, à tel point que Johann Joachim Winckelmann, lors d'une visite au palais, affirme :
En 1742 l'architecte Ferdinando Sanfelice commence l'aménagement des cent vingt-quatre hectares du parc : depuis une esplanade elliptique qui s'ouvre devant le palais, il conçoit cinq avenues d’où se ramifient d’autres plus petites, qui traversent le bois ; il restaure également tous les bâtiments déjà présents dans le jardin, destinés soit à des habitations, soit à des lieux de culte, soit à des fabriques, comme la manufacture de tapisseries ouverte en 1737, la manufacture de porcelaine, inaugurée en 1743 puis détruite avec toutes les installations et les fours en 1759, lorsque le roi s'installe en Espagne, emmenant avec lui tous les ouvriers, se révélant être l'une des plus importantes dans la production de la porcelaine de Capodimonte, qui tire son nom de la manufacture, l'imprimerie royale en 1750, et l'armurerie en 1753, ainsi que plusieurs entreprises agricoles. En 1755, l'Académie royale du Nu est inaugurée dans le palais encore en construction, dirigée par Giuseppe Bonito. En 1758, les premiers tableaux sont transférés et occupent douze des vingt-quatre salles encore en cours d'achèvement.
vignette|redresse|Anton Raphael Mengs, Portrait de Ferdinand IV, 1759, Musée de Capodimonte.
Accession au trône de Ferdinand Ier
A la mort prématurée de son demi-frère Ferdinand VI, en 1759, Charles monte sur le trône d'Espagne sous el nom de Charles III, séparément définitivement les deux branches napolitaines et espagnoles de la famille. Avec l'accession au trône du jeune Ferdinand Ier (roi des Deux-Siciles), âgé de huit ans, les travaux du palais continuent à avancer lentement : en raison du projet de créer un centre muséal unique à Naples où rassembler, en plus des œuvres d'art, la bibliothèque et l'académie, le choix s'étant porté sur le Palazzo degli Studi, le futur musée archéologique national, pour une question économique, l'intérêt du nouveau roi s'est déplacé vers le palais de Caserte en construction.
Cependant, avec Ferdinando Fuga à la tête des travaux, assez rapidement le corps sud-est du bâtiment construit vers le belvédère qui surplombe la ville est construit, permettant le transfert de la collection Farnèse.
Le corps central est achevé en 1765, et, dans les trente dernières années du , la manufacture de porcelaine est installée. Les salles de la deuxième cour sont achevées, reliées à celles déjà créées par deux longues pièces, destinées à devenir, au début du siècle suivant, des salles de réception. Un laboratoire de restauration est aussi inauguré. Avec l'avènement de la courte république parthénopéenne en 1799, le palais est en partie pillé de ses œuvres d'art et au retour de Ferdinand, le reste de la collection est transféré au Palazzo Cellammare, au centre de la ville, le palais perdant en partie sa fonction de musée et étant alors destiné être une résidence.
vignette|redresse| François Gérard, fragment du Portrait de Joachim Murat, vers 1808.
Domination française L'arrivée de l'armée du royaume de Naples (1806-1815) en 1806 et de ses nouveaux souverains Joseph Bonaparte et Joachim Murat, ce dernier régnant de 1808 à 1815, correspond à une nouvelle phase de la vie du palais, destiné à devenir une résidence royale. Les nouveaux souverains mettent en œuvre une politique d'urbanisation de la colline de Capodimonte avec la construction de villas et de casinos pour les dignitaires de la cour et étudient une liaison directe entre la ville et le palais, la route droite, appelée Corso Napoléone, qui devient plus tard la via Santa Teresa degli Scalzi et Corso Amedeo di Savoia. Les travaux de la nouvelle route commencent en 1807 sous la direction de Bartolomeo Grasso, avec Nicola Leandro et Gioacchino Avellino comme maîtres d'œuvre : celle-ci traverse la vallée de la Sanità grâce au Ponte della Sanità, commencé en 1809, pour se terminer par un chemin elliptique, le Tondo di Capodimonte, avec une série de virages en épingle à cheveux qui permet d'atteindre le palais. Environ trente ans plus tard, un escalier monumental en piperno est construit, conçu par Antonio Niccolini, qui, à partir du Tondo, traverse les virages en épingle à cheveux, pour un accès rapide à la résidence, même s'il n'est utilisable que par les seuls piétons. A l'arrivée des Français, la demeure n'est achevée qu'aux deux tiers : les intérieurs sont enrichis de meubles et d'objets apportés directement de France ou commandés à des artisans locaux, selon le goût des souverains.
Le palais de Capodimonte est la résidence favorite de Joachim Murat. Il décore les appartements selon de goût français, faisant fabriquer un riche mobilier par des artisans napolitains et important des meubles français.
Restauration des Bourbons vignette|redresse|Giuseppe Cammarano, La famille royale de François Ier des Deux-Siciles, 1820, musée de Capodimionte. Lors de la restauration de la dynastie des Bourbons à Naples en 1816, le roi Ferdinand est enchanté par la nouvelle empreinte donnée au palais ; il poursuit la politique résidentielle de ceux qui l'ont précédé ; le deuxième étage est libéré des œuvres d'art restantes, qui sont transférées au Palazzo degli Studi, et est destiné aux domestiques. Le palais de Capodimonte devient alors un lieu d'événements et de fêtes : en 1819, Klemens Wenzel von Metternich y séjourne, accompagné de son épouse et du premier ministre ; des banquets sont alors organisés pour plus d'un millier d'invités, les plats préparés sont célèbres, notamment la sfogliatella, et des jeux scéniques créés, comme celui d'un quadrupède parachuté depuis un ballon. A cette époque, le jardin est ouvert à la population deux fois par an, à l'approche des fêtes religieuses, pour permettre des pèlerinages à un ermitage de frères mineurs capucins, situé en bordure du parc. Ferdinand et son successeur, son fils François Ier, utilisent le palais à des fins résidentielles, tout comme le palais royal de Portici et celui de Caserte. François préfère notamment séjourner dans un bâtiment appelé dei Principi, un ancien casino restauré, situé à l'intérieur du parc lui-même, à une courte distance du bâtiment principal.
vignette|redresse|Escalier monumental. En 1830, Ferdinand II (roi des Deux-Siciles) monte sur le trône et trouve un palais encore inachevé : la troisième cour est achevée en 1833. En 1834, il confie les travaux aux architectes Antonio Niccolini et Tommaso Giordano, qui construisent la cour nord ; de 1836 à 1837, les décorations des pièces destinées aux appartements sont réalisées, celles de la partie sud en style néoclassique, avec les deux salles de réception, l'une enrichie de peintures représentant des personnalités de la dynastie des Bourbons, l'autre destinée aux réceptions de cour. Les salles sont également agrémentées d'œuvres achetées par les souverains ou envoyées par de jeunes artistes napolitains envoyés étudier à Rome grâce à la contribution royale et qu'il créent pour montrer les progrès réalisés. Le palais est finalement achevé en 1838. L'escalier monumental intérieur, qui devait initialement occuper la cour centrale, est construit dans l'aile septentrionale entre 1835 et 1838, sur un dessin de Tommaso Giordano. L'aménagement du parc commence également, confié aux soins de Friedrich Dehnhardt, qui le transforme en jardin à l'anglaise, avec des parterres de fleurs et des arbres, ainsi que des plantes exotiques et rares.
Risorgimento vignette|redresse| Le palais à la fin du .