Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est un territoire du nord de la France, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, marqué économiquement, socialement, paysagèrement, écologiquement et culturellement par l'exploitation intensive, de la fin du jusqu'à la fin du , de la houille, datée du Stéphanien, présente dans son sous-sol. Il s'agit de la partie occidentale d'un gisement qui se prolonge au-delà de la frontière franco-belge.

Les affleurements de houille sont découverts dans le Boulonnais vers 1660. Le , la première veine de houille du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est découverte à la fosse Jeanne Colard, à l'issue d'une campagne de recherche. Le , la houille grasse est découverte à la fosse du Pavé à Anzin. Après des procès, la Compagnie des mines d'Anzin est fondée le et prend rapidement beaucoup d'ampleur. En parallèle, des sociétés de recherche naissent durant tout le . Le début du est marqué par des avancées technologiques (machine à vapeur et exhaure). Les années 1830 et le début des années 1840 sont marqués par la révolution industrielle, les nouvelles industries ont un besoin énorme en charbon, ce qui crée dans le Nord une période de cherté des houilles, et la création d'un grand nombre de sociétés de recherches. Dès lors, le bassin minier se développe de manière exponentielle. Les ouvertures de fosses se succèdent, les terrils prennent de la hauteur et les corons apparaissent. Cette progression se déroule durant toute la seconde moitié du et dans les années 1900. L'année 1906 est marquée par la catastrophe de Courrières qui a eu lieu le et a tué . De longues grèves s'en sont ensuivies, et la sécurité dans les mines a été améliorée.

Le bassin minier est touché de plein fouet par la Première Guerre mondiale et la reconstruction dure jusqu'au milieu des années 1920. Cette période est marquée par l'arrivée des Polonais et des Italiens, bien que d'autres nationalités soient également présentes. Le début des années 1930 est marqué par les effets du Krach de 1929. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bassin minier se retrouve très vite occupé. Les mineurs résistent alors à l'occupant par un ralentissement de la production et par des sabotages. Plus des deux tiers des mineurs du bassin se mettent en grève en juin 1941.

Face aux graves pénuries d'électricité d'après-guerre, pour faciliter la « bataille du charbon », les compagnies sont nationalisées le avec la création de Charbonnages de France, un vaste programme de modernisation et la concentration de l'extraction, afin de relever la France. La récession commence dès le début des années 1960 et les fosses sont peu à peu fermées. De nombreuses grèves éclatent dans le bassin minier. Le Centre historique minier de Lewarde est ouvert au public en 1984. La dernière gaillette est remontée dans ce second siège à la fosse de service 9 - 9 bis le .

Si les années 1990 sont marquées par une volonté d'effacer toutes les traces du passé, les années 2000 sont quant à elles marquées par une prise de conscience de l'intérêt du patrimoine bâti et naturel. De nombreux vestiges sont classés ou inscrits aux monuments historiques en 2009 et 2010. Le samedi , répartis sur sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco.

Localisation Le bassin minier s'étend sur dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, soit 9,5 % de la superficie de l'ancienne région française du Nord-Pas-de-Calais (aujourd'hui, partie des Hauts-de-France). Il accueille 1,2 million d'habitants à la fin des années 1980, soit 31 % de la population régionale. Cent mille kilomètres de galeries, soit plus de deux fois le tour de la Terre.« Bassin Minier Nord – Pas de Calais, de la fermeture des Mines à la reconnaissance par l’UNESCO… changement de regard sur un territoire », Mission Bassin minier Nord-Pas-de-Calais, 26 septembre 2013., et huit cent quatre-vingt-cinq puits environ ont été creusés en trois cents ans d'histoire.

Les gisements houillers les plus proches sont le bassin houiller du Boulonnais à l'ouest (parfois associé), le bassin houiller Belge au nord-est (continuité), le bassin houiller lorrain et sarrois au sud-est ainsi que les bassins houillers de Littry et de Le Plessis-Lastelle au sud-ouest.

vignette|centré|redresse|alt=Carte de la région Nord-Pas-de-Calais.|Étendue du gisement houiller dans le Nord-Pas-de-Calais. Implanté sur ce qui était autrefois une vaste plaine agricole, il prend la forme d'un croissant de de long et de de large, ouvert vers le nord-est.

Géologie vignette|redresse|Reconstruction paléogéographique de la Terre il y a 330 Ma. Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, d'origine paralique, se situe en bord de mer au Carbonifère.

Il s'agit de la partie occidentale d'un gisement qui se prolonge au-delà de la frontière franco-belge le long de la Sambre et affleure dans le Borinage. Ce bassin forme l'extrémité occidentale du bassin charbonnier européen continental (le Sillon Sambre-et-Meuse et surtout la Ruhr constituant les autres piliers charbonnier de cette zone)Les gisements charbonniers du Nord-Ouest européen, années 1950, extrait de . Plus généralement, il fait partie des provinces houillères de la chaîne hercynienne (avec les bassins houillers des Appalaches, d'Angleterre, de Silésie et de Donetz)On note deux grandes provinces houillères à la surface du globe au Paléozoïque : la province euraméricaine, qui comprend les gisements du front de la chaîne hercynienne et de ses abords (bassins houillers des Appalaches, d'Angleterre, bassin franco-belge, Ruhr, Silésie, Donetz) ; la province de l'hémisphère austral, dont les gisements se trouvent dans les formations permiennes du Gondwana (Amérique du Sud, Afrique du Sud, Inde, Chine, Australie). Cf .

Au Carbonifère, cette région située au niveau de l'équateur est recouverte par une mer, favorisant la sédimentation marine qui s'accompagne d'une activité volcanique. C'est à la fin de cette période, au Stéphanien, daté entre - et - millions d'années, que le bassin houiller commence sa formation avec des sédiments fluvio-lacustres en climat tropical humide. L'accumulation de débris végétaux provenant des forêts luxuriantes (proches des mangroves actuelles) conduit à la superposition de séquences appelées cyclothèmes (cycles de transgression/régression, séparés par des discontinuités et au sein desquels se développent des veines de charbon coupées de schiste)Formation du charbon en veines successives. Dans le Nord–Pas-de-Calais, ces cycles se sont répétés de très nombreuses fois, ce qui explique la formation de nombreuses veines (près de 400 couches), exploitables ou non, qui ont atteint au cumulé de houille pour une épaisseur totale de de roches sédimentaire. Cf .

Dans le but d'affiner les études du potentiel géothermique du bassin, Aurore Laurent a produit un modèle 3D du bassin houiller et de son substratum dévonien – carbonifère inférieur (thèse validée en )..

Histoire

vignette|Carte des puits du Boulonnais en 1904, d'après Albert Olry.|alt=Carte des puits du bassin du Boulonnais provenant de l'ouvrages d'Albert Olry de 1904. Cette carte recense une grande majorité des fosses de ce bassin.

Découverte et débuts de l'exploitation Les premiers affleurements de houille ont été découverts dans le Boulonnais vers 1660, la première fosse datée est celle du Cavrel de Tagny, commencée en 1692, et abandonnée l'année suivante. Dès lors, une multitude de petites fosses relativement éphémères sont ouvertes sur ce bassin du Boulonnais, étendu de quelques kilomètres carrés seulement, elles se comptent sur les doigts de la main au . La houille a donc été premièrement exploitée dans l'actuel département du Pas-de-Calais. C'est à la fin des années 1710 que des recherches de houille débutent dans l'actuel département du Nord : en 1716, Nicolas Desaubois s'associe avec Jean-Jacques Desandrouin et son frère Jean-Pierre Desandrouin, Jacques Richard et Pierre Taffin. Ils ouvrent sans succès quelques fosses rapidement inondées, avant qu'une veine de houille d'environ quatre pieds d'épaisseur ne soit atteinte à la fosse Jeanne Colard le , cette fosse est elle-même inondée à la fin de l'année, et n'a pas pu être réparée, mais il est désormais acquis qu'il y a du charbon à Fresnes-sur-Escaut. Les ouvertures de puits se succèdent, mais le succès n'est présent qu'à partir du , date à laquelle la houille grasse est découverte à la fosse du Pavé à Anzin. Des procès se déroulent ensuite quant à la distribution des richesses, mais Emmanuel de Croÿ-Solre parvient à faire s'associer les différentes personnes le , pour fonder la Compagnie des mines d'Anzin. Cette compagnie prend rapidement beaucoup d'ampleur. En parallèle, des sociétés de recherche naissent durant tout le , mais les travaux les plus notables sont effectués par la Compagnie des mines d'Aniche, qui découvre la houille dans cette commune dans la nuit du au , à la fosse Sainte-Catherine - Saint-Mathias.

vignette|gauche|La Fosse Saint-Mathieu.|alt=Carte postale noir et blanc de bâtiments industriels en briques surmontés d'une tour en bois.

Développement industriel

Le début du est surtout marqué par des avancées technologiques, dont la machine à vapeur, qui permet de faciliter l'extraction. Des progrès sont également réalisés dans l'épuisement des eaux. La Compagnie des mines d'Anzin découvre à la fin des années 1820 un gisement à Denain. Les années 1830 et le début des années 1840 sont marqués par la révolution industrielle, les nouvelles industries ont un besoin énorme en charbon, ce qui crée dans le Nord une période de cherté des houilles, et la création d'un grand nombre de sociétés de recherches qui effectuent des sondages, voire des puits, à l'extérieur des concessions déjà attribuées, à la suite du succès de la Compagnie des mines de Douchy à Lourches, qui après avoir ouvert la fosse Saint-Mathieu et d'autres fosses, s'est retrouvée en quelques années déjà bénéficiaire. Parmi toutes ces petites sociétés, la quasi-intégralité d'entre elles a disparu, mais d'autres se sont développées, à l'instar de la Compagnie des mines de Vicoigne, de la Compagnie des mines de Thivencelle et de la Compagnie des mines d'Azincourt. Des actionnaires se sont rendus maîtres de la Compagnie des mines d'Aniche en , ils entreprennent plusieurs sondages, dont un à Somain révèle la présence de houille. Ils commencent alors immédiatement la fosse La Renaissance qui extrait avec succès en 1841. Cette fosse permet à la compagnie d'ouvrir d'autres fosses et de se développer considérablement jusqu'à devenir une des principales compagnies françaises.

Ces recherches ont également été menées vers le Pas-de-Calais. En 1841, Henriette de Clercq fait forer un puits artésien dans le parc de son château à Oignies, celui-ci est poussé plus profondément que prévu, et démontre ainsi la présence de houille, toutefois, les résultats restent confidentiels durant quelques années. Elle s'associe alors avec Louis-Georges Mulot, et fonde une société qui devient la Compagnie des mines de Dourges. D'autre part, Eugène Soyez effectue un sondage au hameau de l'Escarpelle, à Roost-Warendin, le , et y découvre la houille. Une première fosse est alors commencée en 1847 près de la Scarpe et mise en service trois ans plus tard. Très rapidement, d'autres sociétés se mettent à faire des sondages, et un certain nombre commencent également à foncer des puits. C'est ainsi qu'au début des années 1850 naissent les compagnies minières de Courrières, Lens, Béthune, Nœux, Bruay, Marles, Ferfay, Auchy-au-Bois et Fléchinelle. Ces compagnies se voient attribuer des concessions établies en bandes parallèles sur un axe nord-sud. À partir de la seconde moitié des années 1850, des sociétés viennent s'établir au nord et au sud de ces concessions, non sans quelques procès. Il s'agit des compagnies minières d'Ostricourt, Carvin, Meurchin, Douvrin, Liévin, Vendin, Cauchy-à-la-Tour…