La Fédération cycliste française (F.C.F.) est une fédération dissidente née d'une scission au sein de l'Union vélocipédique de France. Lancée par un membre de la région lyonnaise, elle est officialisée lors de son premier congrès en à Dijon. S'appuyant sur des comités régionaux elle s'étend au delà de la métropole en incluant un groupement basé à Alger. Elle s'éteint avec la Seconde Guerre mondiale.

Histoire Genèse et lancement Au cours de l'année 1933, l'augmentation des prix des licences et la multiplication des amendes, fruit d'un règlement contraignant, font beaucoup de mécontents au sein de l'Union vélocipédique de France. Dans la région lyonnaise, E. Richard, chef délégué régional de l'U.V.F. est très vivement critiqué après avoir perdu les droits d'exploitation du vélodrome de la Tête d'or. L'accusant d'irrégularité de caisse, les sociétés adhérentes décident de ne plus se faire représenter auprès de leurs instances tant qu'il ne démissionne pas.

En , E. Richard, est prié de quitter ses fonctions, ce qu'il refuse, souhaitant en être démis et en rester membre à vie. Il serait ainsi libre d'agir et créer une nouvelle fédération. Dans ce projet, il aurait déjà des promesses d'adhésion à Nancy et Saint-Étienne. N'étant pas renouvelé dans ses fonctions lors de la désignation du nouveau comité dirigeant, il appelle tous les mécontents de l'Union à le rejoindre afin de créer une nouvelle Fédération.

La Fédération cycliste française nait en , 165 avenue de Saxe, à Lyon, avant d'établir son siège social au 34 rue Tupin. Son premier congrès se tient le dans la salle des fêtes de la Grande Taverne à Dijon. Les comités régionaux sont régis par un Comité Directeur auquel ils font chacun siéger trois de leurs représentants.

Cinq comités membres sont présentés lors du congrès originel : l'Union des Sociétés Cyclistes Lyonnaises et Régionales de Lyon (U.S.C.L.R., fondée en 1932 par E. Richard lui même) ; le Comité Cycliste des Bouches du Rhône et de la région (Marseille) ; le Comité Régional des Sociétés Cyclistes du Languedoc, Quercy et Pyrénées (Toulouse) ; le Comité du Roussillon (Perpignan) ; le Comité de Champagne (Reims).

Les comités régionaux membres conservent leur autonomie pour la gestion et l'administration de leurs fonds.

Le , au 7 rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris, E. Richard présente aux présidents des clubs parisiens les avantages de sa fédération dissidente et les invite à y adhérer. Il en fait de même le suivant à Marseille.

Le congrès de la F.C.F. se tient le à Lyon. La jeune fédération fait son premier bilan après six mois d'existence :

pour le Comité Lyonnais : 13 épreuves disputées sur route, 2 réunions sur piste et 2 clubs affiliés, 172 licenciés ; pour le Comité du Roussillon : 12 épreuve, 7 clubs et 130 licenciés ; pour le Comité du Languedoc : 6 épreuves, 1 club et 53 licenciés.

Il est prévu pour 1935 la création de nouvelles épreuves, dont des Championnats nationaux de la Fédération sur piste et sur route se tenant le même jour. Choix est fait de ne pas les intituler "Championnat de France" afin de ne pas exclure les athlètes de nationalité étrangères. E. Richard déclare avoir l'ambition de créer un Comité Parisien le suivant avec l'appoint de Henri Bellivier, triple Champion de France Amateur et coureur olympique.

E.Richard, .

Le est constitué définitivement le comité algérien au sein de la F.C.F. : l'Union Cycliste Algérienne. Très investi, Henri Bellivier y préside même des réunions du comité.

Extension et organisation d'un championnat national Le est créé le Comité de la Loire. Il est constitué définitivement le suivant.

Le est déclaré le Comité régional du Bas Languedoc (Carcassonne).

Le premier Championnat F.C.F. national regroupant les meilleurs coureurs de tous les Comités se tient finalement à Lyon le comme suit :

7h : départ du Championnat routier sur de La Demi Lune à Limonest ; 14h : Championnat de Vitesse, puis individuelle et une Course à l'américaine sur au Stade municipal ;

Le troisième Congrès de la F.C.F. a lieu le à Lyon. Leurs médailles de champion sont remises aux vainqueurs du 22 Septembre.

En est créé le Comité de Paris, dirigé par Henri Bellivier et Pierre Sergent (cyclisme) (champion de France de sprint professionnel et numéro 2 mondial). Ce Comité parisien s'installe au 85 avenue de la Grande-Armée.

Pour les Championnats de la F.C.F. de 1936, la distinction entre les compétiteurs français et les étrangers est abandonnée, le maillot tricolore est adopté et l'expression Champion de France de la F.C.F. entre dans l'usage. Cinq équipes y prennent part en provenance d'Albi, Lyon, Paris, Saint-Étienne et Toulouse. La journée se déroule sur le même format que l'édition 1935 : Championnat routier le matin, épreuves sur piste l'après-midi.

L'épreuve routière nationale est endeuillée par le décès d'un coureur albigeois, Jean Mure, percuté par une automobile dans le col de la Luère, dans la descente de Bessenay. Maurice Vandenabeel, quant à lui, est grièvement blessé et transporté à l'Hôtel-Dieu tandis que Jean Françon, blessé moins gravement, est reconduit chez lui. Sept autres coureurs ont été blessés légèrement.

Le quatrième Congrès de la F.C.F. se tient le à Lyon. Au bout de trois années, la F.C.F. dénombre 7 comités régionaux.

Le Championnat de France de 1937 se déroule le à Lyon. La journée se déroule sur le même modèle que les deux éditions précédentes, épreuve routière le matin, sur piste l'après midi.

En 1938, le Championnat de France n'est que routier et se tient le après midi à Toulouse, toujours lancé par E. Richard. Les équipes de Paris, Bordeaux et Saint-Étienne sont forfaits en dernière minute, dans l'impossibilité de se déplacer.

Recevoir le Championnat de France est alors très important pour le Comité du Languedoc. Très actif, il organise le Grand Prix de Toulouse. De plus, œuvrant en collaboration avec le Comité du Bas Languedoc, il met en place la classique Toulouse-Carcassone (aller retour).

Le , c'est à Albi que se tient le Championnat de France, uniquement routier, de la fédération dissidente. Il est remporté par Jules Gillard, 35 ans et quadruple participant du Tour de France.

Après cinq années d'existence, et malgré une réputation de niveau moindre, la fédération dissidente poursuit sa route.

Disparition brutale, bilan et héritage Le , du fait de l'actualité du moment, le comité lyonnais, l'U.S.C.L.R., annonce l'annulation de son calendrier de fin de saison.

La F.C.F. cesse d'exister d'elle même avec les événements engendrés par l'entrée en guerre de la France en .

Malgré les avis défavorables à son lancement, et son absence de lien avec l'Union cycliste internationale la condamnant à un rôle de second plan, la F.C.F. perdure un peu plus de cinq années durant lesquelles elle parvient à fédérer de nombreux clubs et athlètes dans toute la France.

Certains de ses talents profitent de leur exposition en son sein pour se faire connaître et rejoindre l'Union vélocipédique de France. À l'inverse, d'anciennes gloires de l'U.V.F. la rejoignent par rancœur ou par attrait.

Permettant à des coureurs étrangers de prendre part à leurs compétitions, et laissant une grande liberté à ses comités membres, la F.C.F. a montré l'exemple qu'une gestion moins rigide qu'au sein de l'U.V.F. était possible.

Son palmarès et son existence tombent officiellement dans l'oubli. Après guerre, leur souvenir est entretenu par les quelques champions s'en réclamant.

Athlètes Dite « dissidente », la F.C.F. est ouverte à tous les coureurs qui résident en France, indifféremment de leur nationalité sous réserve d’adhésion à l’un des regroupements membres. L'adhésion induit l'acquittement d'une licence. Elle est offerte durant la première année d'existence de la fédération, en 1934. Ensuite, une fourchette de prix est fixée par le comité central par catégorie. Dans ce cadre, les comités régionaux sont alors libres de leurs tarifs.

Les catégories "Professionnels", "Aspirants", "Indépendants" et "Amateurs" ne sont pas conservées par la F.C.F. préférant établir des catégories suivant les performances des coureurs. Ces catégories reprennent la classification établie par l'U.S.C.L.R. avant guerre à la différence qu'il ne suffit pas d'avoir gagné une course pour passer à la catégorie supérieure. Une fiche est tenue pour chaque coureur où sont inscrits le détail et le total des prix (en espèces ou nature) qu'il remporte à chaque victoire. Lorsque le total s'élève à une somme prédéfinie, l'athlète monte d'une catégorie. L'objectif de ce fonctionnement est de mettre tous les coureurs sur un même pied d'égalité.

Détail des catégories et fourchettes de prix des licences :

Débutants : 4 à 6 francs catégorie : 6 à 9 francs catégorie : 10 à 15 francs catégorie : 12 à 18 francs catégorie : 15 à 25 francs Hors classe : 20 à 30 francs En 1937, après 4 années d'existence et 3 championnats de France, la F.C.F., bien qu'installée dans le paysage sportif, peine à convaincre face à l'U.V.F. dont les coureurs professionnels sont plus connus et considérés meilleurs. Ainsi, les championnats nationaux organisés cette année là à Lyon n’attirent pas autant les foules que la concurrence. En prime, certains de ses meilleurs éléments rejoignent l'Union vélocipédique de France. À titre d'exemple, André Berruezo, champion de France routier 1936 de la F.C.F. rejoint l'U.V.F. dès la saison suivante à l'occasion d'un changement de club après plusieurs années parmi les dissidents.

Insignes et couleurs Lors du congrès de la F.C.F. le , il est décidé que :

l'insigne fédéral est un bouton tricolore (rouge, blanc, bleu) portant en lettres d'or F.C.F. et cerclé d'une couronne de lauriers en argent ; la couleur officielle de la Fédération est le vert ; le maillot de Champion de la Fédération (vitesse et fond) est vert avec ceinture olympique ; Le jaune est choisi pour la couleur des licences. À partir de 1936, la distinction français/étrangers est abandonnée pour laisser place au maillot tricolore de Champion de France.

Dans le Tarn, le champion routier régional porte un maillot jaune jusqu'à remise en jeu de son titre.

L'avis de l'U.V.F. sur la F.C.F. Dans son numéro du , l'hebdomadaire Le Vélo publie un article de René Lecot. Dans cet article, après avoir échangé avec Mr Richard à l'occasion du lancement de sa Fédération, il donne la parole à des membres de l'U.V.F. sur le sujet :

M. Aynard, ex-président du Groupe des Apprentis Sportif (fédération dissidente antérieure) s'exprime ainsi dans cet article :

À cette occasion, il ajoute également qu'il ne croit pas que la F.C.F. réussisse du fait qu'elle est trop impopulaire auprès des athlètes. Pour appuyer son propos il cite deux coureurs lyonnais, Scappaticci et Brunet affirmant :

M. Remy, membre de la commission militaire de l'U.V.F. ajoute aux propos d'Aynard que

M. Trichon, de l'Équipe cycliste Griffon est du même avis que messieurs Aynard et Remy estimant qu'

M. Cuzin, ancien membre du comité de l'U.V.F. nuance :

Maître Freycinet, avocat conseil de l'U.V.F. ne se permet qu'un mot en dehors de sa réserve professionnelle en précisant que .

M. Audemard estime que

Pour M. Coudert, président de la J.P. Villeurbannaise

Pour M. Berlioz, délégué de l'U.A.I. :

Le chef consul de l'U.V.F., M. Colliat

Pour M. Pierre Bachellerie, président de l'U.C.L.,

Palmarès des Championnats nationaux de la F.C.F. Après les Championnats régionaux, les meilleurs coureurs se disputent le titre de Champion national. En voici une reconstitution du palmarès :

1935, le à Lyon Lucarelli, étranger, est Champion routier des Internationaux et vainqueur du jour Jean Françon, premier français au classement de l'épreuve, est Champion de France routier De Paoli est Champion de Vitesse sur piste Di Natal est Champion sur 10km en individuel sur piste Le duo Ruiz / De Paoli remporte l'épreuve à l'américaine sur 50km

1936, le , à Lyon André Berruezo est Champion de France routier