L'historiographie de l'Afrique est l'étude des méthodes et des hypothèses formulées dans l'écriture de l'histoire de l'Afrique. Elle repose sur la méthode scientifique générale définie par l'historiographie et suit l'évolution des méthodes employées par l'historien et la compréhension des sources qu'il exploite. Elle est caractérisée par la rareté de matériel écrit, l'utilisation de données issues de la tradition orale ainsi qu'un historique de données anthroplogiques et ethnologiques majoritairement observées sous le prisme européen et dans un contexte colonial.

Les premières traces de l'historiographie de l'Afrique sont antiques, mais ce n'est que dans les années 1950 qu'elle parvient progressivement à s'africaniser. De nombreux travaux précédent cette période sont fortement critiqués par les historiens, ce qui fait de l'historiographie de l'Afrique un champ d'étude relativement jeune et soumis à de fréquentes évolutions.

Historique

Période pré-coloniale

Sources antiques upright=1.5|vignette|Cate d'Abraham Ortelius du reprenant les toponymes du Périple de la mer Érythrée. L'historiographie de l'Afrique trouve racine dans les premiers travaux effectués durant l'Antiquité. Cependant, au regard de la complexité géographique et le caractère vaste du continent africain, on distingue l'historiographie de l'Afrique du Nord et l'historiographie des autres parties du continent. En Afrique du Nord, les sources antiques sont nombreuses puisque la région fait partie intégrante des civilisations européennes.

En dehors de la partie septentrionale du continent, on retrouve quelques informations rédigées par Hérodote, Manéthon de Sebennytos, Pline l'Ancien Strabon et d'autres auteurs. Il s'agit de récits de voyages ou raids effectués à travers le Sahara ou le long de la côte Atlantique. Cependant, ces documents restent sujets à caution. Ce n'est pas le cas de la côté orientale de l'Afrique grâce au Périple de la mer Érythrée (vers 100) ainsi que des travaux de Claude Ptolémée (vers 150) et de Cosmas Indicopleustès (647). Il faut cependant attendre les textes des auteurs arabes pour en apprendre plus sur les interactions avec les peuples subsahariens.

Les systèmes d'écritures africains, comme l'écriture hiéroglyphique égyptienne ou le guèze du royaume d'Aksoum se développent durant l'Antiquité et leur déchiffrement s'effectue à partir du . Ces textes décrivent le règne de souverains, d'événements historiques ou de campagnes militaires dans une région.

Sources médiévales gauche|vignette|Buste d'Ibn Khaldoun, considéré comme l'un des pères de l'historiographie médiévale. Grâce au commerce transsaharien d'une part et au commerce dans l'océan Indien avec l'Afrique de l'Est, de nombreux récits de marchands et de voyages sont retranscrits par plusieurs historiens médiévaux arabes tels que Al-Mas'ûdî, Al-Bakri, Al Idrissi, Yaqout al-Rumi, Aboulféda, Al-'Omari, Ibn Battûta et Léon l'Africain. Ces différents documents permettent de dessiner l'historiographie comprise entre le des régions subsahariennes ainsi que le long des côtes orientales. Cependant, chacun de ces auteurs présente des descriptions d'après les informations récoltées dans leur contexte respectif, géographique et temporel. Certaines informations ne peuvent dès lors pas être considérées comme contemporaines car provenant de rapports plus anciens. Enfin, elles ont l'inconvénient de ne pas permettre de déterminer la qualité et l'autorité de ces travaux pour leurs contemporains tout comme il est incertain que des récits de voyages le soient réellement depuis des observations personnelles. Contrairement aux précédents auteurs, Ibn Khaldoun consacre dans son œuvre dédiée à l'Afrique une analyse des relations entre les différents peuples, des descriptions des différentes sociétés et de la géographie. Il se distingue des autres auteurs parce qu'il n'accorde pas le même poids aux informations obtenues. Son chapitre consacré à l'Empire du Mali est aujourd'hui la base principale de l'historiographie de l'Afrique de l'Ouest au .vignette|Tarikh es-Soudan, page 39-40, rédigé vers 1650.La rédaction de textes en dehors du bassin méditerranéen est essentiellement liée à l'implantation de l'islam. Sur la côte orientale, c'est notamment le cas de la Chronique de Kilwa au . Au , le Tarikh es-Soudan d'Abderrahmane Es Saâdi et le Tarikh el-fettach de Mahmud Kati constituent les deux principales sources écrites rédigées à Tombouctou. Ils abordent les différents événements historiques contemporains et antérieurs avec beaucoup de détails et retranscrivent des éléments contemporains de la tradition orale. En dehors de l'implantation de l'Islam, l'Éthiopie possède une tradition littéraire en guèze notamment avec le récit des guerres d'Amda Seyon Ier au . Les productions littéraires dans d'autres langues sont plus tardives et n'apparaissent généralement qu'au .

Historiographie orale Au sein des territoires africaines, l'historiographie est traditionnellement liée à des fonctions chargées de restituer et perpétuer la mémoire par l’intermédiaire de la tradition orale. On peut noter les griots en Afrique de l'Ouest dont les fonctions intègrent les cours royales déjà dans les périodes médiévales. La cosmogonie africaine associe les différents changements dans la continuité historique aux dieux et aux ancêtres. Ainsi, le processus historiographique est d'abord communautaire, perpétuant des récits de témoins oculaires et transmises de génération en génération. Les mythes fondateurs allient dès lors historiographie et cosmogonie dans un objectif servant à définir l'identité d'un groupe et la légitimité de ses institutions ou de ses autorités politiques.

Période coloniale

Travaux européens vignette|Psalterium Davidis Aethiopice et Latine (1701) rédigé par Hiob Ludolf. Les premiers contacts, au , sont l'objet de sources européennes portugaises s'intéressant à quatre régions de l'Afrique : les côtes du golfe de Guinée, le Kongo Central et l'Angola, la vallée du Zambèze et enfin l'Éthiopie. Les premiers ouvrages parlant de l'Afrique de l'Ouest sont ceux d'Alvise Cadamosto, vers 1460. Les productions s'étendent jusqu'au par l'intermédiaire de nombreux auteurs comme Jean Barbot et Willem Bosman. Les textes sont des témoignages de première main datés et contenant beaucoup de données historiques permettant de préserver des repères chronologiques fiables. Le but de ces auteurs est de décrire leur époque contemporaine plutôt que l'histoire.

Les missions chrétiennes voient un intérêt à connaître l'histoire des régions dans lesquelles ils se trouvent afin de pouvoir les remodeler pour améliorer leurs conversions. En Éthiopie, l'étude du guèze permet l'écriture de chroniques historiques rédigée par Pedro Paez et Manoel de Almeida. La première histoire complète est écrite par Hiob Ludolf. Dans la vallée du Congo et du Zambèze, les intérêts commerciaux dépassent les objectifs d'évangélisation. On trouve des éléments historiques importants sur ces régions dans les ouvrages de Duarte Lopez, Filippo Pigafetta et . Il faut attendre le pour que des historiens européens s'intéressent à l'Afrique tropicale.

Les premiers ouvrages sur l'histoire de l'Afrique se reposent sur les documents descriptifs des écrivains antérieurs comme Léon l'Africain. publiée entre 1736 et 1765 consacre 2 volumes à l'Afrique. Des monographies concernent certaines régions ou pays comme la Côte de l'Or ou le Dahomey. À l'époque, la controverse relative à la traites négrières enfle en parallèle de la mentalité considérant que les pays non-européens n'avaient pas d'histoire ni de culture. Cette position est affirmée par Georg Wilhelm Friedrich Hegel qui considère que . Si l'opinion est acceptée par les académiciens, c'est également au que sont entreprises les premières expéditions scientifiques de l'Afrique, formant les fondations d'une évaluation rationnelle de son histoire. upright=1.5|vignette|Voyage de Barth de 1850 à 1855|gauche Les documents fournis par ces explorateurs et ces expéditions sont très importants car ils s'intéressent aux peuples africains, au traditions orales, aux sociétés et aux traces du passé. Thomas Edward Bowdich rédige des chapitres historiques spécifiques sur l'empire ashanti lors de ses visites, bientôt suivi par Joseph Dupuis. Les récits de voyages d'Heinrich Barth illustrent quant à eux l'Afrique centrale et ceux de Charles Guillain s'intéressent à la côte orientale.

Gustav Nachtigal introduit quant à lui une nouvelle phase de l'historiographie de l'Afrique, celle de l'observation anthropologique. Cependant, elle se fait sous la volonté de domination européenne observant les peuples primitifs. Cette nouvelle dimension raciale s'observe également chez Richard Francis Burton et se dégrade en particulier dans les productions des auteurs allemands. Le concept d'une Afrique sans histoire se renforce au point de considérer que son histoire ne débute réellement . conforte cette idée en 1923 lors d'une conférence devant la Royal African Society de Londres, considérant qu'avant le début de l'impérialisme européen, les sociétés africaines ne présentent que des langues et coutumes primitives. L'historiographie de l'Afrique est alors dictée par les historiens coloniaux. Dans l'ensemble, jusque dans les années 1950, archéologues et historiens considèrent que les territoires africains situés au sud du Sahara ne sont pas digne d'intérêt. Les anthropologues et les linguistes faisaient exception à cette pensée car leur champs de recherche ne se destine initialement pas à déterminer l'historiographie de l'Afrique.

Ainsi, les premières reconstructions historiographiques prennent racine dans les témoignages oraux collectés par les anthropologues. Cependant, cette méthode est particulièrement spéculative. Ainsi, certaines reconstructions se sont enracinées sur la durée comme celle du mythe Hamites ou encore celle de la migration d'une des tribus d'Israël pour former l'empire du Ghana. Cette période est à l'origine de plusieurs travaux historiques important pour l'historiographie de l'Afrique comme The Trade of Guinea de Lars Lundström, Volkerkunde von Afrika de et Geschichte Afrikas de Diedrich Westermann.

Travaux africains vignette|Edward Wilmot Blyden à la fin des années 1860, considéré comme le père du panafricanisme. Les années 1940 et 1950 ont vu l'étude de l'histoire africaine se séparer de l'histoire coloniale, avec la création d'institutions telles que l'École d'études orientales et africaines de l'Université de Londres, produisant une nouvelle génération d'africanistes. Les productions africaines notables présentent l'historiographie sous un regard différent et tente de préserver à l'écrit les traditions historiques locales. La présence des missionnaires renforce la formation d'historiens locaux. En Ouganda, une école importante s'occupe de la formation d'élèves dès la fin du . En Afrique de l'Ouest, on recense 22 historiens locaux ayant publié avant 1950. Les administrateurs coloniaux se saisissent aussi de cette tendance et s'intéressent à l'historiographie des territoires qu'ils gèrent. La bonne compréhension des traditions leur permettant de favoriser leur intégration.