Amicie Lebaudy ou Madame Jules Lebaudy, ou Madame Ledalle., née Marguerite Amicie Piou le à Lyon et morte à Paris le , est une philanthrope et écrivaine française. Elle finance des logements sociaux, l'Institut Pasteur, des projets scientifiques, la construction du phare de Kéréon, des institutions catholiques et des partis politiques. Elle écrit sous le nom de plume de Guillaume Dall.

Biographie Origines Amicie-Marguerite Piou naît à Lyon le dans une famille bourgeoise catholique.

Sa mère est Palmyre Le Dall de Kéréon, elle-même issue par sa mère, Marie-Agathe Barrot, d'une famille comportant plusieurs hommes politiques dont Jean-André Barrot et Odilon Barrot. Son père, Constance Piou est procureur général à la Cour d'Appel de Lyon. Elle grandit à Toulouse où son père est premier président de la Cour d'Appel.

Son frère aîné, le politicien Jacques Piou (1838-1932) est le fondateur de L'Action libérale populaire.

Elle passe sa jeunesse à Toulouse où son père est nommé premier président de la Cour d'Appel.

Mariage Dès ses seize ans, elle est promise à Jules Lebaudy, de son aîné. Riche héritier à de l'entreprise Lebaudy, une raffinerie de sucre qu'il dirige avec son frère Gustave, il l'épouse en 1864..

De leur union naissent quatre enfants : Jeanne (1865-1943), Jacques (1868-1919), Robert (1869-1931) et Max (1873-1895).

Installés à Paris, les Lebaudy mènent un train de vie somptueux. En 1863, rue de Sèze, dans le quartier de la Madeleine, où naissent leurs quatre enfants, Jeanne en 1865, puis les trois garçons, Jacques en 1867, Robert en 1870 et Max en 1872. Puis dans un hôtel particulier proche du Parc Monceau, rue Scribe, et enfin au 2, avenue Velasquez, près du square Louis XVI. Amicie reçoit, une soirée par semaine, des financiers et des industriels issus des milieux monarchistes et catholiques dont elle partage les idées. Le salon est fréquenté par son frère Jacques, monarchiste comme son père, mais orléaniste.

La fortune de Jules Lebaudy s'accroît grâce à de nombreux investissements. Lors de la transformation de Paris par le préfet Haussmann, il spécule sur les terrains à bâtir, réalisant d'importants bénéfices qu'il réinvestit dans la construction d'immeubles de rapport. Il bénéficie aussi des programmes de reconstruction liés aux désastres causés par la guerre franco-allemande et l'insurrection de la Commune. Il achète de nombreuses actions dans la Compagnie Universelle du canal de Suez. À partir de 1875, Amicie, qui nourrit de grandes ambitions pour ses enfants, s'intéresse de plus près aux affaires de son mari.

En , Jules Lebaudy remet sur le marché une grande part de ses actions Suez. Les cours s'effondrent, les porteurs se ruent vers les guichets de L'Union générale qui ne peut rembourser. C'est le krach. Le , la banque catholique fait faillite. Jules rachète alors à bas prix toutes les actions en vente qui reprennent leur cours le plus haut. Les épargnants, pour la plupart de sensibilité monarchiste catholique, sont ruinés alors que le capital Lebaudy augmente considérablement, à hauteur de cinquante millions de francs..

La faillite de cette banque catholique, due en grande partie aux malversations de ses dirigeants dont certains seront condamnés à des peines de prison, a beaucoup de retentissement car la banque était appuyée par la banque Rothschild. Elle provoque une vague d'antisémitisme exacerbée, peu de temps après, avec l'affaire Dreyfus.. Grâce aux talents politiciens de Jacques Piou, le frère d'Amicie, Jules est sauvé des poursuites judiciaires, mais le couple Lebaudy est rayé des cadres de la bonne société parisienne et le salon d'Amicie est déserté.

Amicie Lebaudy voit ses relations ruinées par le krach. En désaccord sur les méthodes de son mari, elle quitte le domicile conjugal pour s'installer quelque temps à Bougival, dans une villa familiale. Elle revient ensuite Avenue Velasquez mais fait chambre séparée.

Une nouvelle lutte l'oppose bientôt à son mari et à ses fils à propos du choix amoureux de sa fille Jeanne pour un homme sans fortune, Edmond Frisch, mariage auquel elle est seule favorable et qu'elle parvient à imposer. Elle fera devenir son gendre comte romain de Fels grâce à ses relations catholiques.

Indépendance Le , le jour du mariage de sa fille, elle rompt totalement avec Jules Lebaudy et part s'installer dans un trois pièces à Saint-Cloud au 4, rue de la Paix sous le nom d'emprunt de Madame Ledall, issu du patronyme de sa mère, Palmyre Ledall de Kéréon. Elle vit sobrement, sans domestique, pauvrement vêtue, faisant elle-même ses courses et se déplaçant en omnibus.

Elle écrit sous le nom de Ledall dans La Vie parisienne, et publie sous le nom de Guillaume Dall un récit de voyage en Écosse en 1891, Mère angélique abbesse de Port Royal en 1893, plusieurs recueils de nouvelles et des romans.

Lorsque Jules Lebaudy meurt le , elle refuse d'assister aux obsèques de celui qu'elle surnommait « le grand coquinos » et fait rayer son nom du faire-part.

Elle hérite de la moitié de la fortune et choisit de consacrer cette somme à des œuvres philanthropiques. Inspirée par le jansénisme, Augustin Gazier dira d'elle dans les dernières pages de son Histoire du mouvement janséniste : « C'est en contemplant les ruines de Port-Royal qu'elle a pris la résolution de consacrer à des œuvres de bienfaisance les douze millions de rentes qui lui étaient échus à la mort de son mari ».

En 1895, elle quitte Saint-Cloud pour la rue de Londres. En 1900, elle emménage rue d'Amsterdam dans un logement sans téléphone ni électricité, loué sous un faux nom pour ne pas être importunée par la presse et les quémandeurs. Elle refuse systématiquement les sollicitations individuelles, statuant toujours elle-même sur les bénéficiaires et l'utilisation de ses dons.

À la fin de sa vie, elle revoit sa fille et son gendre, et peut nouer des liens avec ses petits enfants.

Elle meurt en 1917, dans son logement de la rue d'Amsterdam. Elle repose au cimetière du Père Lachaise avec son mari, ses fils, et ses petits-enfants Hubert Jules de Fels (1891-1916) et Anne Marie Boisgelin, née de Fels (1893-1922)..

Philanthropie Le , Jules Lebaudy meurt. La moitié de sa fortune lui revient, soit une somme estimée à plus de 110 millions de francs-or, le reste étant réparti entre ses quatre enfants..

Elle utilise les dividendes de cette somme — soit en moyenne 8 à 10 millions d'annuité — pour des œuvres philanthropiques de son choix, conservant le capital dont elle avait la charge pour le transmettre à ses héritiers après sa mort. Ses dons, relevant de son initiative personnelle et faits la plupart du temps de manière anonyme, sont innombrables.

Elle se fie à son intuition et subventionne des œuvres d'assistance publique ou privée comme la recherche médicale avec l'institut Pasteur, des logements sociaux avec le Groupe de Maisons Ouvrières à Paris, des établissements d'enseignement comme le Collège Saint-Alexandre de Gatineau, une école d’agriculture au Québec ou de santé comme une maison d'accouchements dans le quartier Plaisance.

Elle finance également l'expédition scientifique de Louis Lapicque en Asie en 1893., le musée de minéralogie du Jardin des Plantes, ainsi que le phare de Kéréon, en Bretagne.

En politique, elle finance le mouvement anti-républicain.

et l'Institut Pasteur thumb|Buste d'Amicie Lebaudy sculpté par Lucien Pallez (avant 1926) - Institut Pasteur, Paris À partir de 1893, Amicie Lebaudy financera jusqu'à sa mort et de manière anonyme l'Institut Pasteur.

En , elle rencontre Louis Pasteur et lui propose de financer 4 bourses d'étudiants de chacune. « Je ne vous demande qu'une chose, ne me nommez pas ». Pasteur est très touché. Chaque année, elle se fait envoyer par l'intermédiaire de René Valléry-Radot des résumés de leurs travaux rédigés par les boursiers..

En 1896, une Société d'application des méthodes pastoriennes est créée par le Conseil de l'Institut Pasteur. Financée par Amicie Lebaudy qui se fait transmettre chaque année l'état des comptes, la société acquiert des terrains face à l'Institut pour y construire un hôpital. Madame Lebaudy choisit un jeune architecte, Florent Martin, frère du docteur Louis Martin, et l'envoie pendant trois mois visiter des hôpitaux réputés en Europe pour s'en inspirer. Elle fait également meubler l'hôpital.

À l'Institut et à l'Hôpital Pasteur elle est mentionnée sous le pseudonyme de « ». Seules trois personnes connaissent son identité : Louis Pasteur, René Valléry-Radot, le président de l'Institut, et le Émile Roux, Directeur de l'Institut. Le projet et le nom de la donatrice sont cependant éventés dans la presse.

En , le Figaro révèle qu'un de leurs confrères annonçait la veille que, grâce à un don de Lebaudy, on allait construire, rue Dutot, « un hôpital particulier qui serait dirigé par le Conseil d'administration de l'Institut Pasteur ». Interrogé, le Roux tempère et précise que seuls les terrains sont achetés pour l'instant, qu'il s'agit d'un hôtel (sic) indépendant et que Lebaudy souhaite garder l'anonymat.. Le , le correspondant à Paris du British Medical Journal confirme qu'un terrain près de l'Institut Pasteur a été acquis grâce aux fonds donnés par Madame Lebaudy pour la construction d'un hôpital indépendant de l'Assistance publique, et qu'il soignera les maladies infectieuses par sérothérapie..

Le premier pavillon ouvre en 1900. À partir de l'ouverture elle verse par jour et par malade ainsi qu'une prime additionnée de par journée de malade pour constituer un fonds de dotation. Elle y ajoute une dotation de or par an pour l'entretien de l'hôpital.

Sa véritable identité n'est révélée, selon sa volonté, qu'après sa mort. Le , le Roux annonce officiellement à l'Assemblée Générale de l'Institut qu'Amicie Lebaudy est le vrai nom de la fameuse donatrice connue sous le nom de « ».

En 1926, neuf ans après sa mort, sa fille, la comtesse de Fels, remet à l'Institut Pasteur, à la demande du Docteur Roux un buste de la bienfaitrice, œuvre du sculpteur Lucien Pallez. Le buste est placé dans le jardin d'hiver et inauguré le . Il est restauré en et replacé dans la serre de l'Institut..

Sciences Expédition Lapicque À l'automne 1892, Amicie Lebaudy arme un yacht, le Sémiramis, pour offrir un grand voyage d'agrément à son fils Max. Pour que ce voyage serve aussi la science, elle propose de prendre à bord un naturaliste pour des recherches. Le Ministre de l'Instruction publique charge Louis Lapicque d'une mission scientifique aux côtés de Max Lebaudy. Mais Max refuse de monter à bord et le yacht est à quai pendant deux mois. Amicie Lebaudy décide alors de faire de l'expédition scientifique le cœur de la croisière et fait partir Lapicque seul. Le navire à sa disposition, il peut voyager pendant treize mois et atteindre des contrées difficilement accessibles et peu étudiées. Il en rapporte de la documentation anthropologique et ethnologique et déclare à son retour : « Si, parmi ces documents, il en est qui puissent servir utilement à la science, nous en serons entièrement redevables, vous le voyez, à la générosité de madame Lebaudy. »..

Musée de minéralogie Début 1897, Madame Lebaudy « qui s'intéresse vivement à la conservation des richesses minéralogiques du Muséum », fait un don d'une somme importante au Muséum du Jardin des Plantes pour compléter et reconstituer les collections de minéralogie décimées par un cyclone le . Le directeur, Alphonse Milne-Edwards, se désolait de ne pas avoir les moyens de réparer les dégâts..

Œuvres religieuses Adepte du jansénisme, sa philanthropie a un but : améliorer le sort des pauvres, mais également les éduquer dans le respect de la morale et de l'ordre.

Dès 1873, elle apporte un soutien régulier à l'orphelinat des sœurs de Saint Vincent de Paul, dirigé par la mère Payen situé dans le quartier de la Villette, près des raffineries Lebaudy.