Le col de la Madeleine est un col de montagne situé en Savoie en limites de la commune de Montgellafrey en Maurienne et de la commune de La Léchère, en Tarentaise. À , il marque le contact géologique entre le massif interne de la Vanoise et le massif de la Lauzière.

L'entretien de la pelouse alpine est assuré depuis le Moyen Âge par une intense activité pastorale. L'ouverture au monde extérieur a commencé timidement avec la construction d'un refuge en 1930. La commune de Celliers était inaccessible par route jusqu’en 1937 et la vallée de l’Eau Rousse jusqu’au col faisait figure de bout du monde. Dans la seconde moitié du , le col de la Madeleine est devenu un lieu de haute convivialité. Depuis 1968, le col est équipé d'une route moderne pour les touristes et les cyclistes du Tour de France. Des remontées mécaniques depuis la fin du ont permis la jonction entre les stations de Valmorel et de Saint-François-Longchamp au niveau du col et l'unification du domaine skiable sous le nom de Grand Domaine en 1990.

Toponymie Le col est situé en limite de la commune de Montgellafrey. Au prévaut l'appellation de Colombe, qui est le nom du plus haut hameau d'habitat permanent de la commune, à d'altitude. Sa position en ultime vigie avant la traversée de la montagne pourrait être la raison pour laquelle il sert alors à la fois d'éponyme au col, voisin de deux kilomètres, et de gentilé pour les Colombins (c'est toujours ainsi que l'on désigne aujourd'hui les habitants de Montgellafrey). La commune de Saint-François, en position denvers (ubac) sur la rive gauche du Bugeon - d'où le surnom d'Inversains pour ses habitants - obtient sa propre paroisse en 1848, et son indépendance communale en 1904.

En 1761, dans le procès-verbal de la visite pastorale de Monseigneur Martiniana, évêque de Maurienne, il est question de « la chapelle de sainte Marie-Madeleine construite au col de Colombe ». Par la suite, il n'est plus question que du col de la Madeleine. Pour comprendre cette sacralisation il faut remonter au Moyen Âge. En 1345, les Franciscains ou Cordeliers ont fondé à La Chambre, en fond de vallée, un prieuré. Ils se sont assuré des bases matérielles solides en acquérant les terres d'un alpage dans le haut de Montgellafrey et ont sanctifié les lieux en construisant au col même une chapelle dédiée à sainte Madeleine. Celle-ci n'a pas été relevée de ses ruines depuis la fin du mais elle a finalement donné son nom au col. Si les hommes d'Église ne tombent pas d'accord sur son identification entre les différentes saintes Madeleine dont il est question dans les évangiles, dans tous les cas, leur est associée la réputation d'une vie mouvementée exposée à de nombreux périls, physiques ou moraux. C'est la raison pour laquelle elle est devenue la patronne des voyageurs s'aventurant dans des faubourgs malfamés ou s'exposant aux dangers de la montagne. En Haute Maurienne, le collet de la Madeleine jusqu'au milieu de était le seul moyen de communication entre Lanslevillard et Bessans.

Géographie À d’altitude, le col de la Madeleine a un profil symétrique entre le massif de la Lauzière à l’ouest () et le Cheval Noir à l’est (), avec une ouverture de . Sa formation est liée au dernier grand épisode de l'orogenèse alpine, à savoir la surrection des massifs centraux externes qui forment un long alignement du massif du Mont-Blanc au nord-est au massif des Écrins au sud-ouest. Dans cet alignement la Lauzière se situe entre le massif du Beaufortain et la chaîne de Belledonne. Elle doit aux roches cristallines (gneiss, granite) qui la constituent son aspect acéré encore accentué par le travail d'érosion des grands glaciers quaternaires. Elle leur doit indirectement aussi son nom car les ardoises qu’on a exploitées en carrière sur la commune de Celliers et communément connues sous le nom de lauzes font partie de leur enveloppe sédimentaire..

alt=Le Cheval Noir depuis Montgellafrey|vignette|Le Cheval Noir depuis Montgellafrey.

Quant au Cheval Noir, pilier oriental du col, il se situe à l’extrémité occidentale de cet ensemble de couches sédimentaires bousculées en nappes lors de la formation du massif de la Vanoise à l’ère tertiaire. La surrection des massifs cristallins externes a provoqué leur basculement vers l’est (les géologues parlent de rétro-charriage) d’où leur profil dissymétrique de dalle inclinée vers l’est. L’érosion a sculpté le flysch qui constitue la couche supérieure de cet empilement en forme de falaise, en couronnement des couches plus tendres sous-jacentes dans lesquelles ont été façonnées les pentes modérées du versant oriental du col..

vignette|gauche|alt=Carte de la formation géologique du col de la Madeleine|Formation géologique du col de la Madeleine.

Entre Lauzière et Cheval Noir, l’existence du col est liée également à la surrection des massifs cristallins externes et résulte de la simple tectonique de gravité. En effet, avant cette surrection ces massifs, qui constituent la structure solide de l’écorce terrestre, étaient enfouis dans les profondeurs sous-marines sous l’épaisse couche des sédiments accumulés pendant l’ère secondaire. Lors du soulèvement, cet ensemble a été déstabilisé et son glissement a été favorisé par la nature tendre des strates du Jurassique inférieur qui en constituaient la base. L’appel au vide a joué en faveur du versant occidental de la Lauzière puisqu’on était en bordure de la chaîne montagneuse : ainsi s'est ouverte la profonde vallée de l'Isère, ou sillon alpin. La couverture sédimentaire a formé en se plissant le massif préalpin des Bauges. Seule une modeste partie, empêchée par la présence de la nappe sédimentaire du Cheval Noir, a basculé sur le flanc oriental . Elle est constituée par les seules couches liasiques de la base de l’ensemble. Au niveau même du col, gênée par le voisinage du Cheval Noir, elle n’est représentée que par un mince faisceau redressé presque à la verticale par rétro-charriage comme le Cheval Noir. C'est dans cet affleurement que l’érosion a dégagé les pentes modérées du bassin d’Aigueblanche, « jardin de la Tarentaise ».

Du côté de la Tarentaise, au nord-est, on accède au col par la vallée de l’Eau Rousse, affluent de l’Isère. Du côté de la Maurienne au sud-est, on y parvient en remontant la vallée du Bugeon, affluent de l’Arc. La profondeur du sillon formé par ces deux cours d’eau sur une ligne droite de est à la mesure de la basse altitude (environ ) de leur niveau de base à leur confluence. L’un et l’autre ont creusé leur lit approximativement selon la ligne de décollement de la couverture sédimentaire liasique par rapport au massif cristallin de la Lauzière, ainsi mis en valeur, en conformité avec la structure. Les horizons découverts depuis le col présentent une nette symétrie. Vers le sud-ouest, se profile dans le lointain le col du Glandon () à la limite entre l’axe cristallin de Belledonne et le pays de l’Arvan modelé dans les couches tendres de la couverture liasique. Vers le nord-est, le col de la Louze () est comme la réplique du col du Glandon par glissement de cette même couverture sur le flanc sud-est du Grand Mont en Beaufortain avec, en prime le Mont-Blanc dans son axe.

Histoire Du fait de sa situation à l’écart des grandes routes d’invasion le col de la Madeleine ne présente aucun intérêt stratégique. Il a cependant été emprunté lors des combats qui opposèrent les troupes françaises révolutionnaires à la coalition austro-sarde et dont la Savoie a été l’enjeu en 1792-93. La province avait été annexée à la France en sans avoir opposé de résistance. La contre-offensive des coalisés avait tardé jusqu’au cœur de l’été 1793 en Tarentaise à partir du col du Petit-Saint-Bernard et en Maurienne à partir du col du Montcenis. Il appartint au général Kellermann, le vainqueur de Valmy, de diriger la reconquête et il s’est engagé en personne dans le fond de la vallée de la Tarentaise en . Un harcèlement était à craindre sur les ailes par un ennemi embusqué dans les vallées latérales, donc du côté du col de la Madeleine. Ayant franchi le col depuis la Maurienne, les Français sont tombés sur l’ennemi en embuscade contre Kellermann. Une tradition orale situe le champ de bataille au lieu-dit « la Combe des morts » à l'amont du hameau de Celliers-Dessus. Cet épisode victorieux a pu contribuer à la reprise de la Tarentaise par Kellermann en trois semaines..

Les alpages La prairie alpine qui, à cette altitude, succède à la forêt est parfaitement entretenue. Le substrat de roches liasiques s'est prêté à son développement. Son aspect actuel n'en est pas moins, ici comme ailleurs dans toute la chaîne des Alpes, le résultat d'un travail millénaire de défrichement, d'essartage, pour éliminer les arcosses, nom local des aulnes verts, et autres plantes parasites... L'initiative en revient aux moines et, pour la plus grande part, aux cisterciens venus de l'abbaye de Tamié, aux portes de la Tarentaise. « Vers 1235, [ils] acceptent l'alpéage des deux versants du col de la Madeleine (La Chambre et Doucy) ». En porte encore témoignage une carte des biens de Tamié publiée au . Une moindre participation est à attribuer aux moines du versant mauriennais, ces cordeliers établis à La Chambre, depuis 1365, mais seulement intéressés par le territoire « de Montgellafrey au col de Colombe ». Ce type d'exploitation monastique ne semble pas avoir survécu au Moyen Âge. Vers la fin du , l'abbaye de Tamié a procédé à l'albergement de ses biens collectivement à des particuliers du lieu, forme de location perpétuelle et quasiment gratuite, sauf à faire don symboliquement chaque année d'un mouton.

La situation actuelle présente quelques similitudes avec ces origines monastiques, à commencer par la forme d'exploitation en « grande montagne ». Cette expression suppose tout d'abord la maîtrise d'une assiette foncière suffisante pour faire paître un important troupeau mais elle fait aussi référence au mode de gestion : seule monte à l'alpage une petite équipe masculine dont les membres sont spécialisés dans les différentes tâches qui vont de la garde du bétail par les bergers à la fabrication du fromage par le « fruitier ». Cette formule était la plus répandue en Tarentaise à l'inverse de la Maurienne où prédominait la « petite montagne » à la taille d'une seule famille entièrement mobilisée pour la montée en alpage où elle vivrait tout l'été.. Une autre survivance est dans l'origine géographique des « montagnards ». Aucun des alpages n'est actuellement sous le contrôle des habitants des communes du versant mauriennais (Montgellafrey et Saint-François-Longchamp) ou, sur le versant tarin, de la commune de Doucy qui pourtant s'était fait reconnaître, dans le passé, la possession d'un territoire démesurément étiré jusqu'au col de la Madeleine, au Grand pic de la Lauzière et au glacier de Celliers. Aujourd'hui, quasiment tous les exploitants ont leurs bases en Tarentaise, dans la vallée de l'Isère entre La Bâthie et Aime..

L'ouverture sur le monde Dans l’univers clos d’autrefois, on ignorait l’existence même du col de la Madeleine. Son ouverture au monde a tardé jusqu’au et s’est faite en trois étapes progressives.

Le refuge