La guerre constitue un important champ de recherche en histoire. Le substantif « guerre » dérive du francique *werra qui signifie « troubles, dispute, désordres, querelles »« Guerre », dans Dictionnaire de l’Académie française, , https://www.dictionnaire-academie.fr (consulté le 15/12/2023).. Cet ancien terme, qui a remplacé bellum du latin classique, appartient au vocabulaire du latin médiéval depuis au moins le « Guerre », dans Trésor de la Langue française informatisé, 2012, sur https://www.cnrtl.fr/etymologie/guerre (consulté le 15/12/2023)..

Des définitions très larges de la guerre peuvent être proposées en incluant les métaphores ou les expressions qui comprennent le mot. Mais en excluant ces figures de style et sens implicites, la guerre se caractérise avant tout, en reprenant les mots de Bruno Tertrais, « comme un conflit armé à grande échelle opposant au moins deux groupes humains : tribus, villes, communautés, mouvements politiques, États, empires, alliances, voire organisations internationales »Bruno Tertrais, La guerre, Paris, P.U.F., 2010 (Que sais-je ?, 577), p. 7..

Les historiens ont abordé la guerre sous de multiples angles, en étudiant les opérations militaires, l'expérience combattante, les conditions d'entrée et de sortie de guerre, ses effets économiques, sociaux, culturels, environnementaux, ou ses représentations. C'est un vaste champ historiographique, longtemps marqué par une production tournée vers l'histoire militaire, et progressivement renouvelée depuis la fin du XIXe siècle par des approches qui intègrent à leur raisonnement des grilles d'analyse issues de l'histoire sociale, culturelle, du genre, de l'environnement, ou des sensibilités.

Définition

Au cours du temps, l’étude de la guerre a fortement évolué. Elle donne ainsi lieu à une riche historiographie, comprise comme l’écriture de l’histoire telle qu’elle se pratique depuis , qui voit se développer une professionnalisation de la disciplineNicolas Offenstadt, L’historiographie, Paris, P.U.F., 2011 (Que sais-je ?, 3933), p. 5.. À cette époque, les travaux sur l’histoire de la guerre ne sont pas l’apanage des historiens, au contraire. Les militaires eux-mêmes la pratique, particulièrement en Allemagne où, à la fin du , des départements d’histoire de la guerre sont rattachés au Grand État-Major. Ce dernier prétend assurer le monopole des recherches sur le domaine. Cette mainmise sur un champ historique complet est rapidement critiquée par des historiens universitaires, à l’instar de Hans DelbrückOp. cit., p. 98-99.. Les États-Unis connaissent une situation relativement semblable, mais plus tardive. En effet, si les écrits de militaires dominent dès après la guerre de Sécession, l’histoire de la guerre ne se développe dans le monde académique qu’à partir des années 1930. Plus largement, le monde anglo-saxon parvient à allier les deux pôles grâce à une large place laissée à l’enseignement de l’histoire dans les académies militaires. Des historiens qui font autorité dans le domaine de l’histoire de la guerre y enseignent, comme John Keegan Op. cit., p. 99-101..

Pourtant, à la fin du et au début du , l’histoire militaire est globalement déconsidérée dans le monde universitaire. Des historiens pointent du doigt le caractère réducteur des approches alors menées : études centrées sur l’échelle tactique, sur les grands généraux, sur le courage des armées… Le concept qui caractérise cet angle de recherche est celui de l’histoire-bataille. Contrairement à une assertion largement partagée chez les historiens, cette notion n’est pas forgée par l’école des Annales. Elle est en réalité inventée par Amans-Alexis Monteil qui, dans son Histoire des Français publiée entre 1830 et 1843, dénonce la tendance à ne considérer que l’événement au détriment des structures sociales ou économiquesHervé Drévillon, Introduction générale, dans Giusto Traina (dir.), Mondes en guerre, t. I : De la préhistoire au Moyen Âge, Paris, Passés composés, 2019, p. 11..

L’histoire des batailles connaît un renouveau dans les années 1970 grâce aux études de John KeeganJohn Keegan, The Mask of Command, Londres, 1987 ; Anatomie de la bataille, Paris, Robert Laffont, 1993 ; Histoire de la guerre. Du néolithique à la guerre du Golfe, Paris, Dagorno, 1996.... Dans ses travaux, il développe l’échelle du combattant individuel et dépasse donc cette histoire de la guerre événementielle si longtemps décriéeJohn Keegan, Anatomie de la bataille, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 23-24.. D’ailleurs, depuis une quarantaine d’années, l’historiographie comprend le concept de « nouvelle histoire-bataille ». Ce nouvel axe de recherche en histoire de la guerre inclut des thèmes variés : la définition de ce qu’est une bataille, la guerre vue d’en bas, l’étude de la violence, du genre, de la paix, des animaux en contexte guerrier…Nicolas Offenstadt, L’historiographie, Paris, P.U.F., 2011 (Que sais-je ?, 3933), p. 101-108. Certains ouvrages ambitionnent même de traiter l’ensemble de ces sujetsBruno Cabanes (dir.), Une histoire de la guerre. Du à nos jours, Paris, Seuil, 2018.. L’historiographie générale de l’histoire de la guerre se décline aussi en subdivisions propres à un conflit, comme l’historiographie de la Première Guerre mondiale ou l’historiographie de la Seconde guerre mondiale.

Guerre et paix La guerre et la paix sont, bien entendu, deux concepts associés. En théorie, la première commence là où la deuxième se termine, et inversement. En pratique, la situation peut s’avérer plus complexe. Par exemple, la guerre de Succession d’Espagne ne débute officiellement qu’en 1702, alors que des conflits ont déjà éclaté l’année précédenteJohn A. Lynn, Les guerres de Louis XIV, Paris, Perrin, 2014, p. 360., et l’armistice du 11 novembre 1918 ne met pas véritablement fin à la Première Guerre mondialeGeorges-Henri Soutou, 1918 : la fin de la Première Guerre mondiale ?, dans Revue historique des armées, t. 251, 2008, p. 4-17.. Ces cas de figure, loin d’être uniques, illustrent deux thématiques étudiées par les historiens de la guerre : celle de la préparation et de l’enclenchement des hostilités, celle de l’achèvement et de la sortie d’un conflit. Les deux thèmes apparaissent comme complémentaires. Cependant, ils n’occupent pas la même place dans l’historiographie de l’histoire de la guerre.

En effet, les recherches qui portent sur la fin d’un conflit armé émergent en premier lieuÉric Schnakenbourg, Introduction, dans id. (dir.), Les entrées en guerre à l’époque moderne. , Rennes, P.U.R., 2018, p. 9.. Dès les années 1950, dans les pays anglo-saxons et en Allemagne, des Peace and conflict studies ou une Friedensforschung se développent dans le domaine des sciences sociales, bien que l’accent historique de ces recherches se manifeste plus tardivementNicolas Offenstadt, L’historiographie, Paris, P.U.F., 2011 (Que sais-je ?, 3933), p. 107.. Les sujets d’études sont alors variés : retour des soldats, leur réintégration dans la société civile, la gestion des victimes, la mémoire des conflits…Éric Schnakenbourg, Introduction, dans id., Les entrées en guerre à l’époque moderne. , Rennes, P.U.R., 2018, p. 9-10., et sont menés principalement par des contemporanéistesNathalie Petiteau, Lendemains d’Empire : les soldats de Napoléon dans la France du , Paris, La Boutique de l’histoire, 2003 ; Bruno Cabanes, La victoire endeuillée : la sortie de guerre des soldats français. 1918-1920, Paris, Seuil, 2004 ; Roch Legault et Magali Deleuze (dir.), Lendemains de guerre, Montréal, Lux éditeur, 2006 ; François Pernot et Valérie Toureille (dir.), Les lendemains de guerre. De l’Antiquité au monde contemporain : les hommes, l’espace et le récit, l’économie et la politique, Bruxelles, Peter Lang, 2010 ; Stéphane Tison, Comment sortir de la guerre ? Deuil, mémoire et traumatisme (1870-1940), Rennes, P.U.R., 2011…. En France, l’historien Jean-Pierre Bois, spécialiste reconnu de l’histoire de la guerre aux Temps modernes et à l’époque contemporaine, s’intéresse particulièrement au thème de la paixÉric Schnakenbourg, Jean-Pierre Bois ou Janus historien, dans Guy Saupin et id. (dir.), Expérience de la guerre, pratiques de la paix. De l’Antiquité au , Rennes, P.U.R., 2013, par. 10 (consulté en ligne, https://books.openedition.org/pur/132735#bodyftn1). . Il a publié, outre de nombreux articlesJean-Pierre Bois, Les Anciens soldats retirés à Angers à la fin de l’Ancien Régime, dans Actes du des sociétés savantes, Nancy-Metz, 1978, vol. 1, Paris, BN, 1979, p. 135-153 ; Les anciens soldats de 1715 à 1815. Problèmes et méthodes, dans Revue historique, t. 537, 1981, p. 81-102 ; Les soldats invalides au , perspectives nouvelles, dans Histoire, économie et société, 1982, 1ère année, n° 2, p. 237-258 ; Une politique de la vieillesse : la retraite des vieux soldats, 1762-1790, dans Annales de démographie historique, 1985, p. 7-20 ; Napoléon et les Anciens soldats : le rêve et l’ordre, dans Revue historique des armées, 1990, n° 4, p. 73-81 ; Un problème de l’armée française au . Le service et la retraite des soldats d’Europe centrale, dans Revue d’histoire roumaine, Bucarest, 1994 ; Louis XIV, roi de paix, dans Revue historique des armées, n° 263, 2011, p. 3-11…, un ouvrage entièrement consacré à cette thématique pour les années 1435-1878Jean-Pierre Bois, La Paix. Histoire politique et militaire, 1435-1878, Paris, Perrin, 2012.. Certains chercheurs abordent, entre autres, la sortie de la guerre pour un conflit ou un ensemble de conflits cohérent, comme Olivier Christin pour les guerres de religionsOlivier Christin, Guerres d’hier, questions d’aujourd’hui ? L’expérience de l’Europe moderne (), dans Denis Lacorne, Justin Vaïsse et Jean-Paul Willaime (dir.), La Diplomatie au défi des religions. Tensions, guerres, médiations, Paris, Odile Jacob, 2014, p. 50-55.. D’autres scientifiques optent pour une approche géographiqueFrancisco A. Muñoz et Juan Manuel Jimenez Arenas, Histoire et recherche pour la paix. Expériences autour de la Méditerranée, dans Cahiers de la Méditerranée, t. 91, 2015, p. 165-178..

Les historiens se sont intéressés aux entrées en guerre dans une perspective globale beaucoup plus récemmentÉric Schnakenbourg, Introduction, dans id., Les entrées en guerre à l’époque moderne. , Rennes, P.U.R., 2018, p. 9., mis part ceux travaillant sur la Grande GuerreJean-Jacques Becker, 1914, Comment les Français sont entrés en guerre, Paris, Presse de la fondation des sciences politiques, 1977 ; Bruno Cabanes, Août 1914, La France entre en guerre, Paris, Gallimard, 2014.. En France, le premier colloque consacré à ce sujet s’organise à Paris en . De nouveau, la majorité des participants sont des contemporanéistes (les contributions portent principalement sur la Grande Guerre, à côté de quelques interventions sur la période révolutionnaire)Hélène Baty-Delalande et Carine Trevisan (dir.), Colloque international et interdisciplinaire. Entrer en guerre (20, 21 et 22 novembre 2014), organisé par le CERILAC (Centre d’études et de recherches interdisciplinaires (https://1418.hypotheses.org/831).. En 2017, un deuxième colloque se tient à Nantes. Son axe de réflexion se focalise sur le passage de la paix à la guerre, dans une période s’étirant du à la fin du Premier Empire. Cette réunion scientifique donne lieu à une publication, parue en 2018Éric Schnakenbourg (dir.), Les entrées en guerre à l’époque moderne. , Rennes, P.U.R., 2018..

Histoire de la pensée de la guerre Si les hommes se font la guerre depuis des millénaires, celle-ci est régie par des règlements particuliers reconnus comme contraignants par les belligérants. Règlementer la guerre demande par conséquent une théorisation pouvant inspirer les générations futures.