La SAVAK (persan : acronyme de Sāzmān-e Ettelā'āt va Amniyat-e Keshvar, Organisation pour le renseignement et la sécurité nationale) était le service de sécurité intérieure et de renseignement de l'Iran entre 1957 et 1979, sous le règne de Mohammad Reza Pahlavi.

Elle est tenue responsable de nombreuses violations des droits humains, notamment par le recours à des pratiques de répression sévère, incluant l’arrestation et l’emprisonnement arbitraires d’opposants, la torture, ainsi que la censure, la surveillance étendue de la société (surveillance de masse), et l’intimidation systématique des dissidents.

Dissoute à la révolution islamique, elle fut remplacé par le VEVAK, en 1984, renommé Vaja par la suite.

Histoire Le premier directeur de l'organisation est le général Teymour BakhtiarIssa Pejman, Assar-e Angosht-e Savak vol. 1, Nima Publishing, Paris, février 1994., qui est remplacé par Hassan Pakravan en 1961 puis assassiné. Pakravan est remplacé en 1965 par le général Nematollah Nassiri, ancien camarade de promotion militaire du Shah, et le service fut réorganisé et devint de plus en plus « efficace » face à l'opposition islamique et communiste (Tudeh) de plus en plus remuante. Face à la mauvaise réputation de ses services secrets, le Shah congédie Nassiri en et le remplace par Nasser Moghaddam, qui restera en place jusqu'à la dissolution du service avec l'abolition de la monarchie en .

Prélude La première police politique en Iran fut mise en place par le Premier ministre Mohammad MossadeghErfan Ghaneei, Dar Damgah Hadeseh (In the Net of Events), Ketab Corp, 2012, p. 56.. Le , Mossadegh informa le parlement iranien (Majlis) par lettre que l'Iran possédait depuis quelque temps une police politique nommée Amniat Edchtemai (Protection Sociale). L'Amniat Edchtemai devait principalement empêcher les troubles politiques et les grèves illégales. Mossadegh, dans sa lettre au Parlement, avance trois raisons pour la création de cette police politique : La présomption d'innocence des opposants politiques arrêtés, qui peuvent être libérés sous caution, est une erreur dans la législation et doit cesser. Les réformes fondamentales génèrent toujours une certaine opposition. Pour mener à bien ces réformes, les opposants doivent être éliminés. Les opposants au gouvernement doivent être arrêtés par la force pour éviter de menacer la sécurité publique. Ils doivent être punis immédiatement pour éviter de nouveaux complots.

L'Amniat Edmtemai créa ses propres prisons, dans lesquelles des prisonniers étaient condamnés après un procès judiciaire. Les avocats, représentant légalement les accusés, n'étaient pas autorisés à y entrer.

Fondation et direction Jusqu'à la fondation de l'Edchtemai Amniat il n'y avait en Iran qu'une seule structure de renseignement militaire (G2), qui, d'après une idée d'experts du renseignement britanniques et américains, après le renversement de Mossadegh, devrait être complétée par un service de renseignement civil en Iran. Les services secrets de la Turquie, dans lesquels les services secrets nationaux et étrangers étaient unis sous une seule autorité, servirent de modèle pour la création de la SAVAK. La police politique de Mossadegh avait disparu à sa chute, et ce dernier avait rendue permanente l'application de la loi martiale en 1953. Selon le concept original, la SAVAK fut chargée de recueillir des informations et produire des rapports sur l'élaboration des politiques. La loi établissant le SAVAK fut adoptée par le Sénat le et par le Parlement le . Conformément à la loi, SAVAK devait « protéger les intérêts de l'État et empêcher tout complot contre l'intérêt public ». La mise en place des services secrets se fit principalement avec l'assistance de la CIA et du MossadHenner Fürtig, Die Islamische Republik Iran, 1987, p. 60, ainsi qu'avec celle de divers autres services secrets occidentaux.

Le premier directeur du service fut le général Teymour Bakhtiar. Bakhtiar devint après le renversement de Mossadegh le commandant de la garde royale et le gouverneur militaire de Téhéran, applicateur de la loi martiale. En tant que gouverneur militaire, il réduisit presque à néant le parti communiste Toudeh de 1953 à 1957, date à laquelle les services secrets furent mis en place et la loi martiale abrogée. Il fut donc recommandé en tant que responsable de la nouvelle SAVAK. En tant que directeur de la SAVAK, Bakhtiar introduisit dans l'organisation de nombreux officiers qui lui étaient dévoués, lesquels n'avaient pas appris le travail de renseignement grâce à une formation explicite, mais plus par une « formation sur le tas ». Bientôt, sous la direction de Bakhtiar, le service de renseignement se développa pour former un état dans l'état, puis un instrument de pouvoir personnel de Teymour Bakhtiar. Au bout d'un moment, les agents de la SAVAK furent implantés partout en Iran et Teymour Bakhtiar devint une sorte de souverain secret du paysEhsan Naraghi, From Palace to Prison, I. B. Tauris, 1994, p. 176. En 1961, Teymour Bakhtiar fut renvoyé, le Shah le soupçonnant de préparer un coup d'état et, en 1962, il fut expulsé du pays. Le , Bakhtiar mourut en Irak dans des circonstances mystérieuses. Il semble qu'il fut, comme Gérard de Villiers l'écrivit, victime d'une arme qu'il avait lui-même créée.

Le successeur de Bakhtiar fut son adjoint, Hassan Pakravan. Une de ses premières décisions fut d'interdire la torture pour tout type d'interrogatoireAbbas Milani, Eminent Persians, Syracuse University Press, 2008, p. 478.. En outre, Pakravan changea complètement la façon dont la SAVAK opérait. C'est en grande partie grâce à Pakravan que Rouhollah Khomeiny ne fut pas exécuté après son arrestation et sa condamnation à cause de son implication dans les violentes manifestations de juin 1963, mais libéré en 1964 de sa prison, puis, quand il refit parler de lui, envoyé en exil en Turquie, puis déporté en IrakEhsan Naraghi, From Palace to Prison, I. B. Tauris, 1994, p. 177.. Le , quelques jours avant l'anniversaire du lancement la révolution blanche, le programme de réforme de Mohammad Reza Chah, qui avait mené aux émeutes organisées par le clergé en 1963, le Premier ministre Hassan Ali Mansour fut victime d'un attentat commis par un membre des Fedayin-e Islam. Mansour décéda le des suites de l'attentat. Après l'assassinat du Premier ministre Mansour, il apparut clairement aux yeux du Shah qu'Hassan Pakravan avait trop libéralisé la SAVAK, ce qui avait sa responsabilité dans l'assassinat du premier ministre. Le général Nematollah Nassiri devint le nouveau chef de SAVAK. La relève de Pakravan, selon Villiers, "équivalait au remplacement d'un intellectuel éduqué par un homme à poigne bourru". Le général Nassiri fit ensuite de l'organisation, l'oppressante SAVAK crainte par tous, et décrite dans de nombreux rapports de l'opposition.

Le , après 13 ans à la tête de la SAVAK, le Shah remplaça Nassiri par Nasser Moghaddam. Nassiri était considéré pendant son mandat comme l'homme le plus violent d'Iran, réputé cruel et sadique. Au cours de la révolution islamique, il fut l'un des tout premiers membres de la SAVAK à être exécuté le .

Directeurs de la SAVAK Teymour Bakhtiar (1957-1961) Hassan Pakravan (1961-1965) Nematollah Nassiri (1965-1978) Nasser Moghaddam (1978-1979)

Fonctionnement Officiellement, la SAVAK était sous les ordres directs du Premier ministre et possédait des liens étroits avec l'armée. En réalité, le Premier ministre ne recevait que des informations sélectionnées par le directeur ou le chah, et l'armée appréciait peu de collaborer avec le service de renseignement. Deux fois par semaine, le chah recevait le directeur de la SAVAK dans son bureau et écoutait son rapport.

La SAVAK avait des pouvoirs quasiment illimités d'arrestation et de détention. Elle opérait dans ses propres centres de détention, comme la célèbre prison d'Evin.

La plupart des membres de la SAVAK relevaient du troisième bureau, concernant le renseignement intérieur. Ce bureau était chargé du suivi de l'opposition et en particulier des mouvements communistes, et façonna l'image de la SAVAK, intérieurement et à l'étranger, en particulier dans les dernières années de son existence, alors que le chef du troisième bureau, Parviz Sabeti, était devenu l'homme le plus puissant de l'institution. De par cette mauvaise image, les succès des services d'espionnage étranger, comme le démasquage du général Ahmad Mogharebi à la solde de l'Union soviétique, furent complètement oubliés.

Surveillance Les membres de la SAVAK infiltrèrent presque tous les groupes d'opposition en Iran, du Front National co-fondé par Mossadegh au parti communiste Toudeh, des moudjahiddines du peuple iranien marxistes aux Fedayin de l'Islam, proches des membres du clergé chiite liés à l'ayatollah Rouhollah Khomeini. Les groupes plus petits, tels que l'Union des communistes iraniens (Sarbedaran) maoïste ou des groupes plus importants, tels que les groupes terroristes commis par la lutte armée de l'Organisation des guérilla des fedayins du peuple iranien, la guérilla fedayin du peuple iranien ou l'Organisation des fedayins du peuple iranien étaient constamment surveillés. Des milliers de personnes membres de ces groupes, en particulier les critiques de régime politisés à gauche, islamiques ou marxistes-islamiques, furent arrêtés, interrogés, et généralement torturés lorsqu'ils se trouvaient impliqués dans des activités terroristes. En 1977, Amnesty International a estimé que le nombre de personnes détenues pour des raisons politiques en Iran était de plusieurs milliers. D'autres sources de l'opposition ont parlé de à prisonniers politiques. Toutefois, ce nombre n'a jamais été confirmé par des organisations indépendantes.

vignette|Mohammad Reza Chah Pahlavi et Nematollah Nassiri au palais Sahebqaraniyeh, à Niavaran.

En plus de ses activités domestiques, le service se chargeait de la surveillance des iraniens à l'étranger (tels les étudiants boursiers à l'étranger, particulièrement en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni).

Processus de jugement Les procès relevaient des tribunaux militaires lorsque, selon le paragraphe sur la trahison de 1931, les preuves d'espionnage ou les aveux obtenus sous la torture étaient établis comme preuves irréfutables. L'accusé n'avait pas droit à un avocat commis d'officeBahman Nirumand, Persien, Modell eines Entwicklungslandes, Hambourg, 1967, p. 128. La défense de l'accusé relevait de la responsabilité de l'armée. Le chah pouvait accepter d'intercéder par une demande en appel - droit de grâce - en 6 jours. Si l'appel était rejeté, la peine de mort était appliquée dans les 48 heures par fusilladeUlrich Gehrke, Iran, p. 253.

Un clip vidéo de l'écrivain accusé , activiste communiste notoire parfois dépeint comme le « Che Guevara iranien », présenté sur la télévision d'État, montre une partie du procès. Khosrow Golsorkhi fut accusé d'être impliqué dans la planification d'une tentative d'enlèvement et de séquestration du Prince héritier (et peut-être aussi du Shah et de la Reine), en tant que membre des Moudjahiddines du peupleGholam Reza Afkhami, The life and times of the Shah, University of Califormia Press, 2008, p. 402.

Censure En plus du suivi direct de l'opposition politique du Shah, la SAVAK était également responsable de la censure des médias et de la littérature. La loi sur la presse du fut conçue de telle sorte que les déclarations critiques contre la religion et la monarchie pourraient être interdites par une ordonnance du tribunal. Après 1963, la pré-censure était soumise au nouveau ministère de l'information (lequel fut dirigé plus tard par Hassan Pakravan, ancien directeur de la SAVAK qui tenta d'abolir la censure)Ulrich Gehrke, Iran, 1975, p. 106.

Presse et littérature