L'histoire des relations Nord-Sud, ou plus simplement relations Nord-Sud, est un courant qui étudie l’évolution des relations entre les régions du Nord et celles du Sud. Traditionnellement, ces études opposent les pays industrialisés du Nord aux pays nouvellement indépendants et en développement du Sud. Les relations Nord-Sud sont une manière d’exprimer les inégalités de développements entre différentes régionsJACQUOT Sébastien, Pour une définition relationnelle des termes Nord et Sud : Gênes et Valparaiso, Autrepart, vol. 41, no. 1, 2007, pp. 181-194..

1. Définition et Histoire

1.1. Que sont les relations Nord-Sud ?

Les relations Nord-Sud sont généralement abordées à l’échelle des États et pointent du doigt les dominations économiques, politiques, techniques, sociétales, etc., des régions du Nord sur celles du SudSOULE-KOHNDOU Folashadé, Histoire contemporaine des relations Sud-Sud. Les contours d'une évolution graduelle, Afrique contemporaine, vol. 248, no. 4, 2013, pp. 108-111.. Le Nord et le Sud peuvent être définis de deux façons :

D’abord, en opposant ces deux zones géographiques. L’expression « du Sud », péjorative, peut désigner une communauté à problème. Le Sud se définit alors par ce qu’il n’est pas et ce qu’il n’a pas. C’est-à-dire le Nord et son développement industrielJacquot, Sébastien. « Pour une définition relationnelle des termes Nord et Sud : Gênes et Valparaiso », Autrepart, vol. 41, no. 1, 2007, pp. 181-194.. Ensuite, jouant sur la complémentarité des deux concepts. Le Nord serait ainsi construit à partir du Sud, et inversementMOUSSA Pierre, Caliban naufragé. Les relations Nord-Sud à la fin du , Paris, Fayard, 1994.. Cette approche s’accorde avec la constatation d’un monde devenu interdépendant.

L’expression « Nord-Sud » apparaît dans les années 1970 à l’apogée des efforts pour le dialogue entre les deux zones, tandis qu’avant, les termes de métropoles et de colonies étaient d’usage et que les distinctions opérées étaient encore idéologiques. En effet, la distinction qui se fait, dans le cadre des relations Nord-Sud, entre les deux zones géographiques n’a de sens que lorsque les systèmes coloniaux disparaissent.

Nouvelle acceptation du champ de recherche

Depuis les années 1970, le champ d’étude des relations Nord-Sud s’est élargi. Si à son origine il concernait les relations entre pays développés et nouvellement indépendants, ce dernier, et les règles d’analyses qui le constitue, peuvent désormais s’appliquer à d’autres types de relations. Des relations de supériorité entre différentes régions d’Europe, ou des régions d’un même État, peuvent, par conséquent, être étudiées sous le même angle que les relations Nord-SudVILLAIN-GANDOSSI Christiane, Vers un nouvel équilibre dans les relations Nord/Sud à travers les représentations collectives, dans L’espace politique méditerranéen. Actes du Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Relations, échanges et coopération en Méditerranée, Bastia, 2003. Paris : Editions du CTHS, 2008. pp. 254-263. (Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, 128-17).

Bien que le caractère colonial soit absent, l’ensemble des effets de dominations (économique, politique, culturelle, etc.) entre une région plus riche ou plus industrialisée qu’une autre est également visible. Peuvent être alors analysée sous ce même prisme des relations entre la France du Nord, plus industrialisée, et les régions du Sud, plus rurales ; entre le Nord de l’Italie plus industrialisée et riche que l’Italie du Sud ; ou encore la Flandre et la Wallonie.

1.2. Histoire et chronologie

Selon Christian Comeliau, l’histoire des relations Nord-Sud peut être découpée, de la même manière que pour les grandes périodes historiques : en quatre. Chacune d’entre elles est symptomatique d’une évolution qui a affecté les relations entre les États développés et nouvellement indépendantsCOMELIAU Christian, Les relations Nord-Sud, Paris, La Découverte, 1991..

1945 à 1960 : la fin du système colonial.

Les années 1945-1960 ne devraient pas faire partie du champ des relations Nord-Sud puisqu’elles précèdent les indépendances décoloniales. Cependant, elles voient la formation des principaux appareils institutionnels qui régiront par la suite les relations Nord-Sud (ex : les Nations unies). À cette époque, les besoins financiers des pays en développements interrogent.

Le contexte géopolitique est marqué par des tensions entre le bloc de l’Est et le bloc de l’Ouest et par conséquent, la crainte du communisme. Certaines conférences telle que la conférence de Bandung en 1955 mettent également en place trois principes : l’anticolonialisme, le neutralisme et le non-alignement au communisme. En somme, ce sont une série d’institutions et de problématiques qui constitueront les débats futurs.

1960-1973 : indépendances et espoirs de développements. Cette période est caractérisée par l’accentuation des rivalités entre les blocs de l’Est et de l’Ouest. Les pays nouvellement indépendants doivent alors s’organiser en conséquence.

Les années 1960 voient aussi les économies occidentales croître à une vitesse folle. Ce sont les Trente Glorieuses.

Dans les nouveaux pays indépendants, les relations coloniales cèdent leur place à la « coopération au développement ». On assiste par exemple à la création de certaines institutions telles que la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) en 1964. Cette dernière sera d’ailleurs le terrain d’une première offensive d’autonomie des pays « du Sud » avec la création du « groupe des 77 ». Malgré cela, les relations Sud-Sud restent cantonnée à une échelle régionale. Ce sont les relations Nord-Sud qui priment avec une prise de position nécessaire face aux nouvelles tensions mondiales.

L’année 1964 est un premier pas vers un ordre international plus favorable aux pays en développement. Ces derniers s’efforcent d’imiter, en matière de politique économique, les pays industrialisés afin de les rattraper le niveau de vie. La clé de ce développement, qui est l’augmentation du revenu, se trouve dans les modèles proposés par le Nord.

1973- 1982 : recherche d’un nouvel ordre économique international.

Le début de la période voit les revendications économiques augmenter et ce, en lien avec le premier choc pétrolier. La volonté d’un nouvel ordre économique mondial s’accentue dès lors. Le dernier bastion colonial (Portugal) s’écroule également en 1975.

Par la suite, plusieurs conférences importantes sont organisées : la première convention de Lomé, la conférence de Lima et la conférence de Paris (dite conférence Nord-Sud). Ainsi se met en place la coopération économique mondiale.

Le second choc pétrolier bouscule encore davantage le jeu mondial et les pays du tiers monde vont alors chercher à développer une coopération Sud-Sud. Malgré les appels à des évolutions lors de la CNUCED, et qui découlent directement de ces crises, rien n’évolue à l’aube des années 1980 et la recherche d’autonomie devient inévitable. Donner une forme organique à cette coopération en l’institutionalisant davantage devient une priorité. Cependant, malgré le dialogue entre les différentes régions du monde, les débats tendent à être plus conflictuels qu’avant car le développement des uns provoque les sous-développements des autres. Deux thèmes viennent, par conséquent, monopolisent les débats : la redistribution des revenus et les besoins essentiels.

La crispation des débats peut se s’observer de différentes manières. D’abord, si certaines revendications des pays du Sud sont satisfaites dans les années 1970, peux de suites sont données à la majorité des questions. Ensuite, certains phénomènes des années 1980 ne sont à comprendre qu’au niveau mondial. Cette nouvelle interdépendance des phénomènes mondiaux constitue la toile de fond des relations Nord-Sud.

1982-1990 : décennie financière.

En , le Mexique décide de suspendre son service de la dette. Par conséquent, les banques des pays du Nord cessent d’accorder des crédits et coupent les lignes d’approvisionnement du Sud. Ces problèmes d’ordre financiers constituent le nœud des relations Nord-Sud à cette époque.

Les années 1990 seront dès lors caractérisée par l’endettement. L’objectif est l’ajustement structurel de l’économie : il faut rééquilibrer financièrement les pays qui vivent au-dessous de leurs moyens.

À cette époque, le tier monde tend également à se diviser. Son hétérogénéité apparaît pour divers causes historiques, géographiques, climatiques, politiques, etc. Il semble alors difficile de considérer le sud comme un seul et unique ensemble.

Les relations Nord-Sud depuis les années 2000.

Si les rapports Nord-Sud sont issus de l'héritage colonial, les choses on, depuis les années 1960, longuement évoluée. Ces relations sont, dans les années 2000, fortement marquées par le partenariat euro-méditerranéen lancé en 1995 par la conférence de Barcelone.

Depuis le , de nombreux stéréotypes religieux viennent perturber les relations mondiales et donc aussi Nord-Sud. D'ailleurs, la place qu'occupent les États-Unis dans le monde, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais surtout depuis 2001, affaiblit la voix des autres États. Des pays européen comme la France, autrefois moteur des relations Nord-Sud (en raison du passé colonial et du lien maintenu avec les pays africains) perdent une part de leur influence dans les grandes organisations internationales. Un dialogue Nord-Sud, comme il était possible dans les années 1970, est désormais difficile à imaginer.

2. Historiographies

L'analyse des relations Nord-Sud souligne bien l'importance de l'interdisciplinarité. Si le champ d'étude relève parfois de l'histoire, il fait également intervenir toutes les composantes de la recherche, notamment grâce au caractère total de ce domaine d'analyse : politique, économique, culturel, religieux, technique, etc. Ainsi, toutes les formes d'écrits scientifiques peuvent être utilisées pour étudier les relations Nord-Sud.

Ces dernières sont d'ailleurs en évolution continue. Les avancées techniques et les évolutions de la société permettent que de nouvelles comparaisons et de nouvelles relations prennent forme chaque jour. Ce fut hier le nucléaire, le tourisme, et demain, peut-être, les technologies numériques etc.

Pour étudier l'histoire des relations Nord-Sud, plusieurs chemins historiographiques sont possibles :

D'abord, celui des historiens et des chercheurs européens. Christian Comeliau est un économiste qui a consacré une grande partie de sa carrière à l'étude du développement en Afrique. Il a notamment publié l'ouvrage "Les relations Nord-Sud" en 1991, synthétisant les bornes chronologiques et les évolutions majeures de ce champ d'étude. Christiane Villain-Gandossi, historienne française, a également publié plusieurs textes, notamment sur les stéréotypes qui caractérisent parfois relations Nord-Sud. Cette touche émotionnelle, qui est caractéristique de l'anthropologie historique et qui tire son origine de l'école des Annales, vient compléter les apports des économistes dans la recherche.

Ensuite, certains personnages ayant des origines ou étant issus des pays en développement. Ceux-ci apportent les points de vue contradictoires des spécialistes européens. C'est le cas de Pierre Moussa, économiste normalien et fonctionnaire français, qui étudie les relations Nord-Sud de la fin du . Folashadé A. Soulé-Kohndou, Doctorante en Relations internationales à l’Institut d’études politiques de Paris et affiliée au CERI-CNRS, offre quant elle une "histoire contemporaine des relations Sud-Sud". Ce champ d'étude est issu des relations Nord-Sud et complète d'ailleurs ces dernières. Samir Amin, économiste et politologue anti-impérialiste français d'origine égyptienne étudie pour sa part les disparités de développement.

Enfin, celui des historiens anglophones.