Oswald Mosley, baronnet, est un homme politique britannique, né le à Mayfair (quartier de Londres) et mort le à Orsay (Essonne), en France. Il est le fondateur de la British Union of Fascists (BUF) en 1932.
Élu député en 1918, ce riche aristocrate siège parmi les conservateurs avant de rompre et de siéger dans l'opposition.
Marié à Cynthia Curzon, il perd son siège en 1923, et rejoint le Parti travailliste, étant à nouveau élu en 1926, siège qu'il conserve jusqu'en 1931. Pendant un an, il est chargé du chômage dans le gouvernement de Ramsay MacDonald, avant de démissionner en .
Après une brève tentative de créer une « opposition nationale » en fondant le New Party, il crée la BUF et s'éloigne du parlementarisme, embrassant l'antisémitisme.
Proche de Mussolini et remarié secrètement en 1936 en Allemagne à Diana Mitford, admiratrice, comme sa sœur Unity, d’Adolf Hitler il est interné pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il tente de continuer sa carrière politique après la guerre, en créant le National Party of Europe.
Il est le père de Max Mosley, président de la Fédération internationale de l'automobile de 1993 à 2009, organisation notamment chargée de superviser les compétitions de Formule 1.
En 2005 le magazine le nomme « pire Britannique du »..
Jeunesse et Première Guerre mondiale Oswald Ernald Mosley, fils aîné d'Oswald Mosley, baronnet of Ancoats (1874-1928), un riche excentrique, souvent ivre et passionné de chasse à courre, est né dans une famille de la gentry britannique du Staffordshire, dont on retrouve avec certitude la trace jusqu'au , la fortune familiale ayant été jadis bâtie sur la draperie.
Son père est le cousin au troisième degré du comte de Strathmore Claude Bowes-Lyon, père d'Elizabeth Bowes-Lyon, future reine consort britannique, ce qui faisait d'Oswald Mosley un arrière-cousin de la reine Élisabeth.
En 1900, après la séparation de corps obtenue par sa mère Katharine Maud Edwards-Heathcote cinq ans après le mariage, il est élevé par celle-ci et son grand-père paternel, Oswald Mosley, à Belton Hall, propriété des Heathcote, près de Market Drayton (Shropshire). Son grand-père a hérité de Rolleston Hall, près de Burton upon Trent dans le Staffordshire, où il est à la tête d'une économie quasi-féodale, pratiquement tous les gens de la région travaillant pour lui. Le jeune Oswald apprend alors la boxe, l'escrime et la chasse.
Éduqué jusqu'à neuf ans par sa gouvernante, puis au pensionnat de (Winchester) et au Winchester College, dont il sort à l'âge de , il entre à l'Académie royale militaire de Sandhurst en , mais en est expulsé dès juin avec plusieurs autres camarades pour son comportement indiscipliné.
Cependant, avec l'arrivée de la guerre, cela est vite oublié et il est nommé sous-lieutenant de cavalerie au 16th (The Queen's) Lancers [1715-1922] le London Gazette, 30 septembre 1914.. Le régiment est envoyé en Irlande s'entraîner. Impatient de combattre, Mosley s'engage dans le Royal Flying Corps tout juste créé, l'ancêtre de la Royal Air Force, et part pour le front.
Il est alors envoyé en France, où il participe à plusieurs missions d’observation au-dessus des lignes allemandes, avant de partir s'entraîner au pilotage à Shoreham.
vignette|droite|Oswald et Cynthia Mosley, née Curzon, lors de leur mariage en 1920. vignette|Oswald Mosley, par Glyn Philpot (1922).
En , juste après avoir obtenu son brevet de pilote, un accident lors d'un atterrissage lui brise une jambe. Alors que sa jambe n’est pas encore tout à fait remise, et pour pallier la pénurie d'officiers à la suite des lourdes pertes des premiers mois de guerre, Mosley est rappelé dans son régiment, qui se bat alors dans les tranchées françaises. Il participe à la deuxième bataille d'Ypres. Au bout de quelques mois, il est renvoyé au Royaume-Uni pour être opéré. Sa jambe est sauvée mais reste plus courte que l'autre de quatre centimètres, l'obligeant à porter toute sa vie une chaussure orthopédique pour limiter sa claudication.
D’ jusqu’à la fin de la guerre, il travaille dans un bureau au ministère des Affaires étrangères, fréquentant assidûment les cercles de la haute société et acquérant une réputation de séducteur ; il passe le reste de sa vie à « jongler » avec plusieurs femmes en même temps, dont la sœur de son épouse qu'il fréquentait au moment même de son mariage, et surtout Diana Mitford, épouse du richissime héritier Bryan Walter Guinness, Lord Moyne, qui fréquentait assidûment les Bright Young People, la jeunesse aristocratique festive des Années folles. Devenue l'une de ses maîtresses en 1932, elle divorce pour lui en 1933 et l'épouse en 1936.
Ses débuts en politique
En 1918 il se présente aux Élections générales et est élu député pour la circonscription de Harrow, appartenant aux Unionistes (conservateurs) qui soutiennent cependant le gouvernement de Lloyd George (libéral). À , il est le plus jeune membre de la Chambre des communes, rejoignant un groupe de jeunes parlementaires (surnommés les « bébés ») qui ambitionnent de créer un parti centriste. Lors de la campagne, il défend un programme social et étatiste, baptisé « impérialisme socialiste », en rupture avec le libéralisme de Manchester (salaire minimum, réduction du temps de travail, plein emploi, destruction des taudis, augmentation des bourses universitaires, nationalisation des transports et de l'électricité, protectionnisme agraire, etc.), couplé avec la défense de l'« Angleterre aux Anglais » (expulsion des « étrangers indésirables » et restriction de l'immigration), au centre d'un Empire lui assurant sa puissance. Au niveau international, il soutient la Société des Nations..
En , il part à Plymouth soutenir la campagne de Nancy Astor, première femme à être élue parlementaire (sur les listes du parti conservateur).
Il rencontre alors Cynthia, fille de Lord Curzon, ex-vice-roi des Indes et alors ministre des Affaires Étrangères (cf. ligne Curzon) ; fiancés en mars, ils se marient en . Le roi George V et la reine Mary assistent au mariage, de même que la famille royale belge, le roi (Albert I et le reine Élisabeth).
Après une lune de miel à Portofino (Italie), les nouveaux époux continuent à fréquenter la haute société des Années folles. Ils ont trois enfants : Vivien Mosley (1921-2002), qui épouse le Desmond Francis Forbes Adam (1926-1958), éduqué à Eton College et au King College de l’université de Cambridge, dont elle a deux filles ; Nicholas (1923-2017) ; Michael Mosley (1932-2012), célibataire et sans enfants.
Vivant à (Westminster) ils louent plusieurs maisons de campagne et achètent Savehay Farm, un manoir accompagné d'une propriété de à Denham (Buckinghamshire).
Lady Cynthia, oratrice comme son époux, l'accompagne sur la scène politique tout au long de sa vie, étant elle aussi élue parlementaire en 1929, et ce malgré ses déboires conjugaux. Mosley reste en effet un homme à (nombreuses) femmes, ce dont il ne se cache guère ; du temps même de son mariage, il est l'amant de sa belle-sœur, Lady Alexandra Curzon, filleule de la reine Alexandra de Danemark, et brièvement de sa belle-mère par alliance, Grace Curzon ; enfin, à partir de 1932 et de façon prolongée, il a pour maitresse Diana Guinness, née Mitford, qu'il épouse ensuite, sa femme étant décédée en 1933.
Des conservateurs aux travaillistes Défendant la cause des anciens combattants et des ouvriers d'usine, Mosley est rapidement déçu par les conservateurs qu'il a rejoints.
Mais c'est sur la question irlandaise que le conflit avec le cabinet Lloyd George est consommé. Mosley s'oppose aux « Black and Tans », une force de police auxiliaire, qualifiée de « gangs de mercenaires » par sa biographe Jan Daley, qui répondait aux indépendantistes irlandais par la violence massive. Il déclare alors : Le nom même de la Grande-Bretagne en était souillé, toutes les règles de conduite militaire étaient bafouées, tous les instincts nobles et humains étaient scandalisés.
Le débat s'envenime, et le il passe des rangs de droite à ceux de l'oppositionLa Chambre des communes n'est pas sous forme d'hémicycle, mais de deux séries de rangées de bancs parallèles qui se font face, séparées par le « floor ». Changer d'affiliation est dit « », traverser la salle., siégeant en tant qu'indépendant. Il devient peu après secrétaire du Conseil pour la paix avec l'Irlande (Peace with Ireland Council)., présidé par Henry Bentick, un conservateur, et auquel appartiennent également Ramsay MacDonald, Lord Hugh et Robert Cecil. Le groupe est soutenu par « The New Statesman » fondé par Sidney et Beatrice Webb. La guerre d'indépendance irlandaise aboutit en 1921 au traité anglo-irlandais, soutenu par Mosley.
En 1922 il est à nouveau élu à Harrow, en tant qu'indépendant. En , il rejoint avec sa femme le Parti travailliste.
thumb|F. D. Roosevelt, Maunsell Crosby et O. Mosley en Floride, en février 1926.
En , pouvant choisir entre pour se faire élire, il décide, par défi, de se présenter à afin d'affronter Neville Chamberlain, dont la famille détenait le siège depuis soixante-dix ans. Défait par une courte marge (), il part en Inde et en Amérique et écrit La Révolution par la raison (1925), qui deviendra les « Propositions de Birmingham », un an avant la grève générale de 1926. Il est alors très proche du travailliste John Strachey, à qui il dédie son livre et qui devient son secrétaire parlementaire l'année suivante..
Mosley parvient à revenir au Parlement à la faveur d'une élection partielle à Smethwick, en , accompagné en 1929 de sa femme, elle-même élue à Stoke-on-Trent.
Les « camarades Mosley » alternent engagement politique et mondanités, recevant chez eux Cecil Beaton, photographe homosexuel travaillant pour Vanity Fair et Vogue, le critique d'art Sacheverell Sitwell et le scénographe Oliver Messel, voyageant à Paris et Venise, etc. Fréquentant bals et salons décrits dans la presse, celui que l'on appelle « le milliardaire rouge » mène une existence de bon vivant agrémentée de femmes, ce qu'il formulait en privé ainsi : « Votez travailliste, couchez conservateur ».
Après la victoire travailliste aux élections de Mosley entre au Gouvernement et est fait Chancelier du duché de Lancastre par le Premier ministre Ramsay MacDonald, étant l'un des quatre secrétaires d'État chargés du chômage, sous les ordres de James Henry Thomas. Il reste un an au Gouvernement, période durant laquelle le nombre de chômeurs double, atteignant les , bientôt à la mi-1930 ( en Allemagne, aux États-Unis).
Le , Mosley présente de façon confidentielle à MacDonald le Mosley memorandum, qui réclame un programme de cinq ans pour protéger l'industrie nationale de la concurrence des pays à bas salaires, la modernisation du textile (ce secteur avait été quasiment abandonné et délocalisé en Inde), le contrôle des banques afin qu'elles soient obligées de financer les entreprises britanniques, d'importants travaux publics, l'arrêt des investissements britanniques à l'étranger et, enfin, une augmentation des indemnités de chômage et un abaissement de l'âge de la retraite. John Maynard Keynes avait vu une esquisse du projet, qu'il considéra « très habile et éclairante ».
Le patron de Mosley, J. H. Thomas, menaçant de démissionner, le document est transféré de sous-commission à sous-commission, avec l'espoir de l'enterrer. Par maladresse de J. Strachey ou fuite délibérée, le document est transmis à la presse, obligeant le gouvernement à en débattre publiquement. Le projet est rejeté, officiellement à cause de ses propositions, mais en réalité pour un autre motif : Mosley avait prévu de conférer à divers groupes, travaillant sous l'autorité directe du Premier ministre, l'autonomie par rapport au Parlement, afin d'accélérer les réformes, projet qui avait été jugé trop autoritaire. Il démissionne en .
La fondation du New Party