En Belgique, l'histoire de la police a été marquée par les différentes puissances étrangères ayant occupé le pays. Après l'indépendance, différentes réformes ont tenté de réorganiser et d'augmenter l'efficacité de la police belge.

Avant l'indépendance de la Belgique L’histoire de la police avant l’indépendance est étroitement liée aux trois grandes périodes de l'histoire de la Belgique qui précédent sont indépendance, à savoir : période autrichienne (1713-1794), la période française (1795-1815) et le Royaume uni des Pays-Bas (1815 à 1830). En effet, chaque régime a apporté son lot de réformes et de spécificités de ce qui deviendra en l’appareil policier en BelgiqueDENYS Catherine, « Réformer la police ou changer les policiers ? Trois exemples dans l’histoire des polices urbaines belges au 18e et début du 19e siècle », dans CAMPION Jonas (éd.), Organiser, innover, agir : réformer et adapter les polices en Belgique (18e-21e siècles), Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2017, p. 37- 48..

Période autrichienne

La période autrichienne n’est pas la période de prédilection des chercheurs. En effet, il faut attendre le pour que l’histoire de la police soit traitée. Catherine Denys entreprend, en collaboration avec Xavier Rousseaux, d’illustrer la police de Bruxelles en évoquant le cas du réformateur Ferdinand Rapédius de Berg, nommé haut responsable de la capitale des Pays-Bas autrichiensDENYS Catherine et ROUSSEAUX Xavier, « Améliorer ou réformer la police de Bruxelles à la fin du XVIIIe siècle : le mémoire de l’amman Rapédius de Berg de 1783 », dans Réformer la police : Les mémoires policiers en Europe au XVIIIe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 47-50.. Ensuite, elle continue de traiter le sujet sous le prisme des réformes que cet organe a subiIbid, p. 37-39.. Parmi ces réformes, il y a celle de la police rurale dont l’objectif est de réorganiser la police rurale en instaurant un quadrillage territorial, réseau de circulation de l’information, postes fixes et patrouilles mobilesCAMPION Jonas, Des archives de la police en Belgique. Des méconnues de la recherche, Bruxelles, Archives Générales du Royaume, 2009, p. 18-19.. La seconde réforme, très traitée, touche la police urbaine de Bruxelles et propose de moderniser le système policier bruxellois en une seule institutionIbid, p. 19.. Pour finir, en 1787, le gouvernement opte pour une réforme du système judiciaire et décide d'instaurer une police nationale civile. Cependant, celle-ci n’est opérationnelle qu’en 2002 lors des nouvelles réformes de la police.

Période française

A propos de la période française, Catherine Denys est toujours considérée comme l’une des spécialistes du sujet puisque, dans plusieurs ouvrages, elle fait l’état des lieux des réformes et vécus à Bruxelles au moment de la Révolution française tel que celle de l’implantation françaiseDENYS Catherine, La police de Bruxelles entre réformes et révolutions (1748-1814) : police urbaine et modernité, Turnhout, Brepols, 2013.. L’une des grandes modifications est la mise en place d’un système policier très répressif face aux incivilités faites dans les nouveaux territoires annexésCAMPION Jonas, op. cit., p. 19.. En 2010, Emmanuel Berger s'approprie déjà l’histoire de la police et en traite les difficultés liées au changement de domination pour cet organeBERGER Emmanuel, L'acculturation des modèles policiers et judiciaires français en Belgique et aux Pays-Bas (1795-1815), Bruxelles, Archives générales du Royaume, 2010.. Il aborde la rencontre entre le système policier belge, hérité de la période autrichienne, et le système judiciaire et policier françaisIbid..

Période néerlandaise

Pour finir, Jonas Campion aborde également l’histoire de la police au moment de la période du Royaume uni des Pays-Bas. Il indique dans ses propos que l’organe n’a pas subi de réformes dévastatrices. Au contraire, cet appareil centralisé connaît plutôt des améliorations et des approfondissementsCAMPION Jonas, op. cit., p. 21.. Il y a des changements opérés pour la gendarmerie, appelée Maréchaussée. Les brigades sont mieux organisées et plus réglementées. Par exemple, elles doivent régulièrement remettre des rapports d’activités aux autorités provincialesIbid, p. 21-22.. Un des travaux, assez précurseur sur le sujet, est celui de Jean Brose et de Maurice Destenay puisqu’il retrace l’histoire de la police liégeoise depuis le début de la période française en passant par celle des Pays-BasBROSE Jean et DESTENAY Maurice, Histoire de la police liégeoise de 1795 à nos jours, Huy, s.e., 1970.. Ce travail offre un réel paysage de l’organe policier au prisme des révolutions et des changements dont il en a été le témoin.

Après l'indépendance Les évènements de l'indépendance

En 1830, le maintien de l'ordre public est assuré par plusieurs entités. Outre la police, on trouve la maréchaussée royale (l'ancêtre de la gendarmerie belge), la schutterij (qui deviendra la garde civique) et les corps de pompiers armés, majoritairement dans les grandes villes. En plus de cela, les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas pouvaient également intervenir en cas de besoin. Lors du début de la révolution belge, certaines de ces institutions se rallient au mouvement, comme les gendarmes de Mons qui forment un corps de volontaires afin de rallier Bruxelles lors des Journées de Septembre, mais on voit également des actes hostiles, comme l'incendie et le pillage de la maison du chef de la police de Bruxelles, Pierre De Knyff de Gontrœuil, lors des émeutes d'août 1830 à Bruxelles.

À cette époque, la sécurité est perçue comme quelque chose de collectifCAMPION Jonas, “Stabilité et crises du système policier belge (1830-2018)”, dans Lien Social et Politiques, n°84, 2020, p.35-59.. L’objectif était d’organiser un système policier qui respecte, en vertu de la Constitution de 1831, les libertés établiesCAMPION Jonas, DE KOSTER Margo et KEUNINGS Luc (e.a), “L’appareil policier en Belgique (1830-2010)”, dans DE KOSTER Margo, HEIRBAUT Dirk et ROUSSEAUX Xavier (éd.), Deux siècles de Justice : Encyclopédie historique de la justice belge, Brugge, Die Keure, 2015, p. 385-410.. La jeune Belgique voudrait qu’il y ait un lien entre la justice et la police. Ce système devait assurer un avenir serein au nouveau royaume. En le protégeant de ses voisins, de ceux qui voudraient lui porter atteinte et de ceux qui sont présents sur le territoire de manière illégale (les vagabonds entre autres), etc. La Belgique est une nation pilarisée, ce système sécuritaire pour tout un chacun devait être une première forme d’unionisme entre les élites libérales et les élites catholiques de la jeune nation.

La police durant les deux guerres mondiales Lors des guerres mondiales, les institutions belges ont dû s’adapter et s’organiser avec le régime politique et les institutions de l’occupantBOST Mélanie et HORVAT Stanislas, “Une première crise majeure. L’impact de la Grande Guerre sur la justice belge”, dans DE KOSTER Margo, HEIRBAUT Dirk et ROUSSEAUX Xavier (éd.), Deux siècles de Justice : Encyclopédie historique de la justice belge, Brugge, Die Keure, 2015, p. 517-537..

Première guerre mondiale Lors de la première guerre mondiale, les Allemands avaient mis en place la Flamenpolitiek. Ce régime avait pour objectif d’approfondir ce que l’on appelle le “clivage linguistique” qui séparait les néerlandophones des francophones. L’occupant voulait couper la Belgique en deux pour séparer les deux communautés. L’Allemagne a pris beaucoup de place dans les institutions belges entre 1914 et 1918. Surtout dans la partie de la Belgique occupée.

Une partie de la Belgique est restée “libre” cependant. Dans cette partie du pays, l’armée a pris la direction de la “juridiction ordinaire”. La manière de faire la justice s’est fort militarisée dans toute la Belgique, d’un côté par l’armée allemande et de l’autre par “les armées belge, anglaise et française”.

Seconde guerre mondiale Lors de la seconde guerre mondiale, les Allemands surveillent de près le système policier belge. La volonté allemande n’est pas de changer tout le système belge. Les Allemands souhaitent progresser d’un point de vue militaire. Ils vont donc s’appuyer sur les institutions belges déjà existantes. Sur le papier, les institutions belges restent identiques à ce que le pays connaît d’avant la seconde guerre mondiale, du moins au départPETERS Kirsten, RODEN Dimitri et VAN HAECKE Lawrence, “La seconde guerre mondiale et la répression de l’après-guerre”, dans DE KOSTER Margo, HEIRBAUT Dirk et ROUSSEAUX Xavier (éd.), Deux siècles de Justice : Encyclopédie historique de la justice belge, Brugge, Die Keure, 2015, p. 538-561.. En 1942, les institutions résistent face à l’occupant. Cela crée la première crise. Cette crise est issue du fait que les secrétaires généraux ne souhaitent plus que leurs arrêtés-lois soient examinés par les juges de la légalité. L'occupant va, cependant, réussir à reprendre sa place. La décision prise étant la suivante : les arrêtés-lois qui ont force de loi doivent être votés par les secrétaires généraux au complet. C’est la seule condition pour que les arrêtés-lois ne soient plus examinés. Une autre crise a lieu également en 1942. Elle débouche sur la décision que les grandes agglomérations se retrouvent “instituées par une ordonnance allemande”.

En résumé, lors des deux guerres mondiales, les institutions belges se sont retrouvées sous le joug allemand. Durant la première guerre mondiale, les Allemands avaient pris le contrôle de la zone “non-libre” alors que durant la seconde guerre mondiale, ils ont plutôt essayé de se baser sur les institutions belges tout en ayant une influence certaine dessus.

Margo De Koster peut être considérée comme étant une spécialiste de l’histoire de la police en général, elle fait partie des éditeurs de l’ouvrage consulté en grande partie pour la rédaction des paragraphes ci-dessusDE KOSTER Margo, HEIRBAUT Xavier et ROUSSEAUX Xavier (éd.), Deux siècles de justice : Encyclopédie historique de la justice belge, Brugge, Die Keure, 2015, 605 p.. Concernant les historiens qui peuvent être considérés comme des références sur le sujet de la police en Belgique durant les guerres mondiales, il y a : Mélanie Bost, Stanislas Horvat, Kirsten Peters, Dimitri Roden et Lawrence Van Haecke. Ce sont les historiens qui ont écrit les deux articles consultés pour la rédaction de cette histoire de la police durant les deux guerres mondialesBOST Mélanie et HORVAT Stanislas, “Une première crise majeure. L’impact de la Grande Guerre sur la justice belge”, dans DE KOSTER Margo, HEIRBAUT Dirk et ROUSSEAUX Xavier (éd.), Deux siècles de Justice : Encyclopédie historique de la justice belge, Brugge, Die Keure, 2015, p. 517-537. ; PETERS Kirsten, RODEN Dimitri et VAN HAECKE Lawrence, “La seconde guerre mondiale et la répression de l’après-guerre”, dans DE KOSTER Margo, HEIRBAUT Dirk et ROUSSEAUX Xavier (éd.), Deux siècles de Justice : Encyclopédie historique de la justice belge, Brugge, Die Keure, 2015, p. 538-561..

La police contemporaine