alt=|vignette| Forêt et mur en pierres sèches sur le champ de lave du volcan Ōtuataua, près d'Auckland. Ihumātao (terme maori pouvant se traduire par « nez froid ») est un site historique situé à Mangere, ville dans la banlieue d'Auckland, en Nouvelle-Zélande. Autrefois un village fortifié maori (aussi appelé pa), il se situe sur la péninsule d'Ihumātao, au pied du volcan Ōtuataua, qui appartient au champ volcanique d'Auckland.
Les Maoris s'installent pour la première fois dans la région au . Lors de l' en 1863, qui s'inscrit dans le cadre des guerres maories, les populations indigènes voient leurs terres confisquées par le gouvernement néo-zélandais, pour sanctionner leur soutien à la monarchie maorie.
Le terrain est utilisé en grande partie à des fins agricoles jusqu'à la fin de l'année 2016, lorsque la plus grande entreprise de construction du pays, Fletcher Building, acquiert le site dans le cadre d'un projet de développement immobilier. Un groupe de militants locaux, dirigé par , s'oppose au développement du site, organise des manifestations et l'occupe au cours des années qui suivent. En , le site est acheté par le gouvernement, encore une fois dans le but de réaliser un projet immobilier, mais cette décision est critiquée par l'opposition.
Histoire Installation maorie alt=|droite|vignette|302x302px| Proclamation exigeant que les Maoris prêtent serment d'allégeance, gauche|vignette| Le poste des missionnaires à Ihumātao, en 1855. Les champs de pierre d'Ōtuataua font partie d'une zone connue sous le nom d'Ihumātao, aussi appelée (« Le nez de Mataoho »). Ces champs comprennent des monticules de pierres édifiés par les Maoris et des murs en pierre sèche maoris mais aussi européens. Les traces historiques visibles d'Ihumātao sont étroitement liées à l'histoire d'Auckland. Il est possible de retracer l'histoire de la présence humaine à Auckland depuis la colonisation initiale des Maoris jusqu'à l'arrivée des Européens dans les années 1860 avec leurs techniques d'agriculture pastorale.
Le littoral comprenant Mangere Bridge, Ihumātao et le ruisseau Pūkaki est colonisé pour la première fois par les Maoris dès le . Selon les traditions, les premiers colons sont le peuple Ngā Oho. Au début du , la zone fait partie du rohe de Te Kawerau ā Maki et au milieu du siècle, elle intègre Waiohua, une confédération de Ngā Oho et d'autres tribus maories Tāmaki.. Le papakāinga (village) d'Ihumātao est considéré comme la plus ancienne colonie d'Auckland.
Les champs de pierre d'Ōtuataua témoignent d'un ancien peuplement de l'isthme d'Auckland, territoire examiné, cartographié et étudié par les archéologues depuis les années 1970. On estime qu'il y avait autrefois environ de jardins en pierre, les d'Ōtuataua sont les seuls encore existants. D'autres sites de champs en pierre existent au sud d'Auckland, comme à Wiri où d'activité agricole préhistorique ont été mis au jour dont environ de terres arables servant à cultiver du kūmara (patate douce), du taro et des courges, et à Matukutūreia, aussi appelé mont McLaughlins, ou le site est détruit par le creusement d'une carrière.
Les champs de pierre d'Ōtuataua sont créés au en utilisant des techniques et des traditions agricoles polynésiennes. Les champs de pierre jouent le rôle de murs d'enceinte, de brise-vent et de systèmes de drainage pour favoriser les cultures cultivées dans la région, qui comprennent le kūmara, le hue ou calebasse (Lagenaria siceraria), le taro, l'uwhi ou grande igname (Dioscorea alata), le tī pore ou chou du Pacifique (Cordyline fruticosa) et l'aute ou mûrier à papier (Broussonetia papyrifera). Les techniques de modification de l'environnement utilisées dans les champs de pierre d'Ōtuataua permettent aux premiers maoris de développer des cultures qui ne sont pas adaptées à un climat plus frais.
Au et au début du , les terres de la région sont cultivées par le peuple Waiohua. Après la défaite du chef suprême de Waiohua, Kiwi Tāmaki, vers l'année 1740, de nombreux Waiohua fuient la région. Lorsque le peuple Waiohua s'installe à nouveau dans la région de Tāmaki Makaurau à la fin du , la plupart de ses membres occupe le port de Manukau et le sud d'Auckland.
Au moment de la colonisation européenne, Ihumātao est toujours habité par les peuples descendants de Waiohua, Ngāti Tamaoho, Te Ākitai Waiohua et Ngāti Te Ata, qui vivent dans une zone décaissée autour du port de Manukau et non dans des villages permanents. L'arrivée des colons européens dans la région modifie considérablement les champs de pierre d'Ōtuataua, qui sont détruits pour être remplacés par des enclos d'élevage pour les animaux. Ihumātao fournit de la nourriture à la commune alors en pleine croissance d'Auckland jusqu'en 1863, principalement du maïs, des pommes de terre, du kūmara, de la viande de porc et des fruits. En 1845, un conflit éclate entre les tribus Ngāti Tamaoho et Ngāti Te Ata au sujet des frontières terrestres de la péninsule d'Āwhitu. Un hui, assemblée traditionnelle maorie, est convoqué à Ihumātao par le chef des Waikato Tainui (et futur roi maori) Potatau Te Wherowhero, qui facilite un compromis entre les iwi et permet aux membres de la tribu Ngāti Tamaoho de s'installer à Ihumātao. En 1846, l'Église méthodiste wesleyenne établit une mission au pied de Maungataketake, près d'Ihumātao. En , des milliers de Maoris se rassemblent à Ihumātao pour l'exhumation des os du rangatira Ngāti Tamaoho Ēpiha Pūtini qui a lieu à Ihumātao. Le hui aboutit à de nombreuses discussions entre les chefs sur la façon dont ils pensent que la couronne néo-zélandaise les ont laissés tomber, et est l'un des hui essentiels qui conduisent à la naissance de la monarchie maorie en 1858.
Acquisition par la Couronne et contestation des terres alt=|vignette| Les Maoris d'Ihumātao et de Pukaki refusent de prêter serment d'allégeance, . En 1863, en raison des craintes d'une guerre imminente avec Waikato Tainui, le gouverneur général de Nouvelle-Zélande George Gray, représentant de la Couronne britannique, ordonne l'expulsion de tous les habitants maoris qui n'ont pas prêté serment à la reine et déposé les armes des régions du sud d'Auckland et du port de Manukau. La plupart des occupants maoris de la région estiment qu'ils n'ont pas le choix, en raison de leurs liens étroits avec Tainui et Pōtatau Te Wherowhero et fuient vers le sud. Seul un petit nombre de résidents reste, afin d'entretenir les ahi kā, les feux de camp matérialisant la vie sur un territoire. Alors qu'ils fuient, le rangatira des Te Ākitai Waiohua Ihaka Takanini et sa famille sont capturés par son ancien voisin, le lieutenant-colonel Marmaduke Nixon, et faits prisonniers sur l'île de Rakino, où le chef maori meurt. Les anciens résidents d'Ihumātao et du port de Manukau commencent à revenir dans la région en 1866.
En 1867, le gouvernement néo-zélandais acquiert Ihumātao à l'aide d'une concession de terre. La terre connue comme le bloc d'Oruarangi est cultivée par la famille Wallace pendant . La famille Wallace et d'autres colons agriculteurs britanniques démantèlent et réorganisent les champs où sont dressés les monticules de pierres pour mieux répondre à leurs utilisations de la terre. Le terrain rocheux n'est pas adapté aux méthodes agricoles européennes et ne peut pas être labouré mécaniquement. Certaines des premières fermes laitières d'Auckland sont cependant établies à proximité d'Ihumātao. Les membres de Te Kawerau ā Maki, une tribu dont le cœur se trouve dans les chaînes Waitākere, commencent à se réinstaller à Ihumātao à la fin du après avoir été déplacés de leurs terres traditionnelles de Te Henga.
Au début des années 1980, une étude archéologique des structures en pierre d'Ihumātao et plus largement de la zone environnante est menée. De nombreux archéologues et historiens maoris soulignent l'importance de la région et font pression sur le conseil municipal de Manukau City afin qu'il agisse pour préserver les terres. En 2001, le conseil municipal de Manukau, le ministère de la Conservation, la Commission des loteries de Nouvelle-Zélande et le conseil régional d'Auckland achètent aux quatre familles d'agriculteurs propriétaires une grande partie de la zone des champs de pierre. La même année, ils en font une réserve historique, appelée . Le conseil municipal de Manukau tente de préserver les terres adjacentes à Ihumātao dans le cadre de la réserve en 2009, mais cette décision est rejetée en appel par le tribunal de l'environnement.
En 2014, le gouvernement néo-zélandais et le conseil d'Auckland désignent adjacents à la réserve d'Ōtuataua Stonefields comme une zone d'habitation spéciale (, SHA). Cette décision se heurte à l'opposition d'un groupe de militants maoris dirigé par Pania Newton, diplômée en droit de l'université d'Auckland. Le mouvement, appelé « Save Our Unique Landscape » (SOUL), s'oppose au projet en raison de l'importance historique d'Ihumātao. SOUL organise des manifestations et dresse des barricades sur , la route desservant le lieu prévu pour le projet.
En 2016, un terrain appelé « bloc Wallace », appartenant au site d'Ihumātao est vendu à Fletcher Housing, une filiale de Fletcher Building, principale entreprise de construction du pays, qui envisage de construire sur le terrain. L'archéologue Dave Veart est très critique du projet imaginé par la société, estimant que ce serait Citation originale : .. Le Parti vert d'Aotearoa Nouvelle-Zélande annonce apporter son soutien au mouvement de préservation du site d'Ihumātao en 2015.
Premières actions militantes gauche|vignette| Confrontations entre la police et les manifestants.. En réponse au projet de construction de logements de Fletcher Building, le groupe de protestation SOUL, dirigé par Pania Newton, installe son camp à côté d' le . Ce camp, connu sous le nom de « Village de Kaitiaki », compte vingt occupants. Les participants dorment dans des caravanes, des hangars, des tentes et un bateau vide. Le mouvement SOUL soutient que les terres contestées ont été obtenues par proclamation pendant la guerre de Waikato en 1863 et que leur confiscation en vertu du de 1863 viole le traité de Waitangi.
En 2017, SOUL fait appel à l'Organisation des Nations unies, qui recommande le réexamen de la désignation d'Ihumātao comme zone d'habitation spéciale par le gouvernement afin et de s'assurer que . En 2018, SOUL fait appel devant le tribunal de l'environnement, qui refuse d'annuler l'autorisation accordée à Fletcher Building pour la construction de maisons à Mangere.
En , SOUL et ses partisans à Wellington soumettent au Parlement néo-zélandais une pétition exigeant l'intervention du gouvernement pour empêcher la confrontation à Ihumātao. En , SOUL remet également une pétition, signée par , au maire d'Auckland, Phil Goff, appelant le conseil et le gouvernement à protéger le territoire vignette|Péninsule d'Ihumātao avec des limites mettant en évidence la réserve historique et la zone de développement résidentiel Selon les médias, le conflit relatif au développement du logement à Ihumātao reflète la fracture générationnelle au sein de la communauté Te Kawerau ā Maki. Alors que les plus jeunes membres de la tribu, dont font partie Pania Newton et ses cousins, sont opposés au lotissement et souhaitent le retour d'Ihumātao dans leur iwi, les anciens de la tribu soutiennent le lotissement et considèrent les actions de Newton et des militants comme irrespectueuses. L'organisme dirigeant de l'iwi, le , soutient le projet, déclarant avoir négocié un accord avec Fletcher et le pour que la terre soit compensée par un « mana whenua », pouvoir associé à la possession et à l'occupation des terres tribales. L'entreprise Fletcher Housing annonce elle s'engager à restituer 25 % des terres, soit environ huit hectares, à la monarchie maorie.