Joël Matencio, né le à Villard-Bonnot et mort le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee, est un tueur en série et criminel français.

Matencio est premièrement mêlé à l’assassinat d’un PDG, tué en avant d’être retrouvé quatre mois plus tard. Il est inculpé en compagnie de deux autres hommes et est brièvement incarcéré entre et , avant d’être remis en liberté avec l’un des trois mis en cause.

Au cours de cette remise en liberté, Matencio enlève et assassine trois autres personnes en juin et , sous le nom de et , dans le but de percevoir une rançon. L'affaire est source d'une véritable et fait énormément de bruit dans la presse locale de l'Isère.

Arrêté le , après que sa voix a été reconnue à la télévision, Matencio est inculpé d’assassinats et incarcéré. Après cinq ans de détention provisoire, il est condamné, le , à la réclusion criminelle à perpétuité pour les trois assassinats et tentatives d’escroqueries.

Il bénéficiera d’un non-lieu pour l’affaire du P. D G., en .

Victime d’un AVC en 1995, Matencio est libéré le , pour raison médicale. La Cour européenne des droits de l'homme conclura, en 2004, à une faute des autorités concernant l’état de santé de Matencio.

Après de fausses rumeurs annonçant sa mort, à partir de 2009, Matencio décède le , à l’âge de 73 ans.

Biographie

Jeunesse et premières affaires judiciaires Joël Matencio naît le à Villard-Bonnot. Il a une sœur plus âgée que lui.

Dans sa jeunesse, il fait très vite connaissance avec la justice, par des vols et de petits cambriolages et bricole lui-même quelques qu'il utilise pour commettre ses méfaits. Matencio est également très littéraire à propos des faits qu'il commet et aime envoyer des lettres aux journaux de presse, dans lesquelles il raconte ses méfaits en tant que principal personnage de ces affaires. Il manifeste alors très vite l'envie de .

Le , Matencio, 18 ans, Bernard C., 16 ans, et Christian C., 14 ans, débutent une série d'actes de vandalisme à Grenoble, appelée l'affaire Belphégor par la presse et les médias. Durant huit jours, Matencio et ses deux complices envoient des clous-cavaliers à l'aide de lance-pierres sur des passants ainsi que sur 1000 vitrines qui éclatent en mille morceaux. Cette série de méfaits fait 17 victimes dont l'une est un policier qui interpelle Matencio ainsi que ses comparses ; lequel est grièvement blessé au niveau de l'œil. Matencio et ses complices sont interpellés, le , mais affirment que commission des faits est due à un jeu découvert entre eux. À l'issue des gardes à vue, les trois auteurs sont inculpés de dégradations et de violences involontaires. Seul Matencio est placé en Centre de rééducation, Bernard et Christian étant laissés en liberté. Matencio comparaît devant tribunal des mineurs, en , et est condamné à un mois de prison avec sursis et ressort libre. Ses complices écopent d'un rappel à la loi, du fait de leurs jeunes âges.

Matencio se marie en 1970 et devient père de deux enfants.

En 1973, Matencio est arrêté pour proxénétisme et incarcéré à la prison de la Santé. Il y fait la connaissance de Daniel Le Sant, l'un de ses codétenus, avec qui il se lie d'amitié. Le tribunal correctionnel condamne Matencio à un an de prison ferme.

Matencio est libéré en et déménage à Lyon afin d'y retrouver un emploi. Il fréquente alors le Grand Hôtel de Lyon, dont le Président-directeur général est Yves Marin-Laflèche. Matencio exerce le métier de garçon de café mais ne travaille pas énormément. Il finit régulièrement au chômage en raison de son absence au travail.

L'assassinat d'Yves Marin-Laflèche Yves Marin-Laflèche disparaît le , au cours de la soirée, avant d'être assassiné dans des circonstances mystérieuses, à l'âge de 42 ans.

Dans la matinée du , la secrétaire personnelle de Marin-Laflèche arrive dans la maison des Monts d’Or, que le P.D.G a acquise pour une bouchée de pain, mais demeure surprise en trouvant la porte close. Le gardien, dont la maison est située en contre-bas, lui explique que l’Alfa Roméo de Marin-Laflèche ne se trouve pas dans l’allée comme à l’accoutumée ce matin. Etonnée de l'absence de Marin-Laflèche, la secrétaire compose alors le numéro du conseiller juridique, Jean-Gérard Calvy, mais celui-ci déclare être sans nouvelle depuis la soirée de la veille. Plus tard dans la journée, des antiquaires Grenoblois, que Marin-Laflèche doit voir pour vendre une partie des meubles de sa propriété, s'étonnent également de l'absence du P.D.G. Sa disparition est signalée, mais n'est pas prise au sérieux durant les premiers jours, car l'entourage de Marin-Laflèche déclare que celui-ci avait quelques difficultés financières avant de disparaître.

Quelques jours plus tard, le , la voiture de Marin-Laflèche est retrouvée sur le quai Perrache, à Lyon, sans aucune trace de son conducteur. Une information judiciaire pour est finalement ouverte à la suite de cette découverte.

Les investigations sur la personnalité de Marin-Laflèche montre qu'il est homosexuel passionné, instable, entraînant dans son tourbillon des personnes d'inégale moralité, brassant des fonds importants, se montrant tour à tour abattu ou triomphant, capable de gentillesse extrême et de folles imprudences. On remarque également que le disparu était familier avec deux anciens détenus déjà condamnés pour des faits de cambriolages libérés quelques mois plus tôt : Joël Matencio, 26 ans, et Daniel Le Sant, 32 ans. L'enquête permet également de découvrir que Calvy, le conseiller juridique, n'a pas de liens à proprement définis avec le disparu, car certains explique aux enquêteurs que Marin-Laflèche craignait Calvy. De plus un témoin affirme avoir vu, dans la nuit du 6 au , Le Sant, seul, au volant de la voiture de M. Marin-Laflèche et à l'endroit même où la police a retrouvé le véhicule.

Le , Calvy, 33 ans, est interpellé et placé en garde à vue. Bien qu’il nie les faits qui lui sont reprochés, le juge François Renaud l’inculpe, deux jours plus tard, d’escroquerie et d' et le place en détention provisoire.

Mise en cause dans l’affaire Marin-Laflèche Le , Matencio et Le Sant sont interpellés à leur tour puis placés en garde à vue afin d'être interrogés sur la disparition de Marin-Laflèche. Lors de cet interrogatoire, une phrase de Le Sant retient l'attention des gendarmes dans laquelle il lâche : . Bien que les deux gardés à vue nient être à l'origine de la disparition, le Juge Renaud inculpe Matencio et Le Sant d' envers Yves Marin-Laflèche et les placent en détention provisoire.

Le , un corps est découvert en état de décomposition avancée, dans la forêt à hauteur de Villefranche-sur-Saône. La gouvernante de Marin-Laflèche, Dury, reconnaît formellement les affaires comme étant des effets ayant appartenu à Marin-Laflèche, de par le peignoir de bain dont étaient enveloppés les restes découverts ainsi qu'une serviette de toilette retrouvée. Une autopsie du corps a lieu, mais, après quatre mois de séjour en plein air, celle-ci s’avère difficile en raison de l’état du corps. Le médecin légiste conclut à une mort par balles en raison d’une douille retrouvée. Après l'identification du corps, le juge d'instruction ordonne une confrontation entre Matencio et Le Sant.

Matencio et Le Sant sont extraits, le , de leur cellule de prison respective afin d'être confrontés devant trois témoins. Cette confrontation mène à l'inculpation de Matencio et Le Sant, cette fois-ci, pour assassinat dans laquelle ils risquent la peine de mort. De retour en prison, les inculpés demandent, à l'aide des leurs avocats, leur remise en liberté sous le motif que la détention provisoire n'est pas justifiée.

Une demande de remise en liberté est formulée le , en insistant sur le fait que les preuves ne sont pas suffisantes pour inculper Matencio et Le Sant de l’assassinat d’Yves Marin-Laflèche. Matencio et son défenseur, M Joannès Ambre, décident de s’appuyer sur une procédure, fixée par l'article 662 du code de procédure pénale, dans laquelle la chambre criminelle de la Cour de cassation peut dessaisir toute juridiction d'instruction ou de jugement et renvoyer la connaissance de l'affaire à une autre juridiction du même ordre : soit si la juridiction normalement compétente ne peut être légalement composée, soit si le cours de la justice se trouve autrement interrompu, soit pour cause de suspicion légitime.

Le , c'est la chambre d'accusation de la Cour d'appel de Lyon qui accorde la demande de remise en liberté de Matencio et de Le Sant, en approuvant le fait que leur placement en détention provisoire n’est pas justifié.

Remise en liberté Matencio et Le Sant sont remis en liberté le , après plus de sept mois de détention. Seul Calvy reste en prison car ce dernier est poursuivi pour escroquerie avec des preuves l’accablant fortement.

À la suite de sa remise en liberté, Matencio retourne vivre chez sa femme, en Isère, dont les relations se sont fortement détériorées, de par sa mise en cause pour assassinat et du fait qu’on lui refuse un emploi en vue de la situation. Il est brièvement embauché au sein d’une station service, en tant que pompiste, avant d'être licencié par la suite.

En , Matencio simule un cambriolage au sein de son domicile conjugal et l’incendie. Il porte plainte pour ces faits, mais est rapidement identifié comme l’auteur de ce faux cambriolage, notamment en raison de ses antécédents judiciaires. Interpellé, Matencio reconnaît avoir simulé lui-même le cambriolage en raison de sa mise en cause dans l’affaire Marin-Laflèche, l'empêchant de trouver un emploi stable. Il est condamné à un mois de prison, bénéficiant de circonstances atténuantes, et ressort libre du tribunal.

Le , Matencio se procure un pistolet 7,65 × 17 mm Browning auprès de son ami Tomassini. Le lendemain, il confie ses difficultés financières à l’un de ses amis, lui expliquant ne plus parvenir à trouver du travail, du fait de l’affaire Marin-Laflèche, et lui avouant son risque de .

Double assassinat de Christian Leroy et Muriel Ferrari-Trabelsi Dans la nuit du , Matencio enlève Christian Leroy, chauffeur de car de 24 ans, et Muriel Ferrari-Trabelsi, mère célibataire de 21 ans, et les embarque dans la voiture de Leroy, alors qu’ils sortent d’un entretien à Grenoble. Matencio roule plusieurs kilomètres, en compagnie de ses otages, et s’arrête dans un bois de Saint-Martin-d’Uriage. Il tue Christian et Muriel à l’aide de son pistolet de calibre 7,65 et dissimule les corps de ses victimes sous des nappes de terre, avant de quitter les lieux du crime et de rentrer chez lui. Le lendemain, l’épouse de Leroy est inquiète de voir qu’il n’est pas rentré de son travail et décide de signaler sa disparition. L’affaire n’est cependant pas prise au sérieux, du fait que Leroy soit majeur, lui laissant le droit de disparaître.

Le , Matencio envoie une lettre au Dauphiné libéré, sous le nom de et , dans laquelle il explique détenir Christian Leroy et Muriel Trabelsi en otage et fait savoir au journal qu’il ne les relâchera que si une rançon de 400 millions de Francs serait versée. En outre, une nouvelle lettre des parvient au procureur de Grenoble, le , avec une réclamation réduite à 50 millions de francs ainsi qu’une demande de gratuité des transports en commun de l'agglomération grenobloise pendant une durée de dix jours ; une demande qui n’aboutira pas.

Une information judiciaire est ouverte pour .

Matencio envoie une troisième lettre, le , dans laquelle il indique l’emplacement de la voiture des victimes. Les enquêteurs retrouvent le véhicule sur un chemin de la forêt des Seiglières. Il fixe, par téléphone, un rendez-vous avec le procureur de Grenoble, mais ne s’y rend pas.

Au début de , Matencio refixe la rançon à 400 millions de francs.

L’assassinat d’Olga Moïssenko