vignette| Un participant au rassemblement contre la marche des fiertés sur la place Bolotnaïa à Moscou, effectuant un salut nazi ().
Le néonazisme en Russie est un mouvement politique et militant d'extrême droite. Apparu à la fin de l'ère soviétique et au début des années 1990, il est promu alors par des skinheads (dits « white power », ) et par des hooligans qui évoluent dans le milieu du football. Le néonazisme se fait connaître en Russie par une série d'attaques violentes et de meurtres visant des migrants d'Asie centrale et du Caucase. Des vidéos de ces attaques sont mises en ligne sur Internet par des membres de gangs néo-nazis ou skinheads, provoquant des protestations partout dans le monde.
Avec le début de la guerre russo-ukrainienne, les néo-nazis russes attirent l'attention internationale par leur action militante en faveur des forces séparatistes du Donbass, soutenues par la Russie. Certains groupes, comme le Mouvement impérial russe, ont été accusés de former des suprémacistes blancs et des néonazis venus d'autres pays d'Europe. Les liens entre ces groupes et le gouvernement russe, qui s'inscrivent dans une politique connue sous le nom de nationalisme dirigé, sont devenus particulièrement notoires à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, après que le président russe Vladimir Poutine a affirmé avoir pour objectif la « dénazification » de l'Ukraine.
Avant les années 1990
L'idéologie des nazis allemands considère les Slaves en général comme membres d'une « race inférieure », ce qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, aboutit à la préparation du « Generalplan Ost », qui prévoit l'extermination, la déportation ou l'asservissement de la plupart des Slaves d'Europe centrale et orientale (Russes, Ukrainiens, Polonais et autres)Cecil, R. The myth of the Master Race: Alfred Rosenberg and Nazi ideology. London: B. T. Batsford, 1972. P. 22, 61—63, 187—190.Joseph W. Bendersky. A concise history of Nazi Germany, Plymouth, England, UK: Rowman & Littlefield Publishers Inc., 2007. P. 161—162.Richard Overy. The Soviet-German War 1941—1945 . BBC-History..
Période soviétique Les organisations néo-nazies en Union soviétique apparaissent dans la seconde moitié des années 1950. Dans certains cas, les participants sont attirés avant tout par l'esthétique du nazisme (rituels, défilés, uniformes, culte du beau corps et architecture). Dans d'autres cas, ils s'intéressent davantage à l'idéologie des nazis, à leur programme et à la figure d'Adolf Hitler. La formation du néonazisme en URSS remonte au tournant des années 1960 et 1970, époque à laquelle les organisations nazies opèrent dans la clandestinité.
En 1970, un texte intitulé Parole de la Nation, signé par des « patriotes russes » et déterminé plus tard comme ayant été écrit par Anatoly M. Ivanov (Skuratov), l'un des fondateurs du mouvement néo-païen russe et partisan de la lutte contre un prétendu « christianisme juif », est distribué en samizdat en URSS. Il exprime le rejet des idées libérales-démocrates qui prévalent à l'époque parmi certains nationalistes russes et proclame comme programme l'instauration d'un État fort, la formation d'une nouvelle élite. Pour maintenir l'ordre et lutter contre la criminalité, selon le programme, le gouvernement autoritaire doit s'appuyer sur des (un analogue des Cent-Noirs), qui ne seraient soumises à aucune loi. L'auteur formule des revendications contre et . Il s'oppose également à la , qui, selon lui, est le résultat de la diffusion des et de des races. Il appelle à remédier à ces problèmes par une ; après quoi devront devenir la nation dirigeante du pays. Une version russe complète de ce document est publiée dans le magazine pour émigrés Veche en 1981 ; l'auteur y évoque la possibilité que les États-Unis deviennent et il y affirme que la Russie est investie de la mission particulière de sauver la civilisation mondiale.
Fin 1971, un texte intitulé « Lettre à Soljenitsyne », écrite par , par ailleurs un des fondateurs du néo-paganisme russe, circule en samizdat (le texte est signé Ivan Samolvin). La « lettre » parle des liens entre juifs et francs-maçons, ainsi que d'une conspiration visant à s'emparer du pouvoir mondial. La révolution d’Octobre est présentée comme la mise en œuvre de ces plans secrets. Le texte prétend que la des ancêtres du peuple russe est soigneusement cachée au peuple. La lettre est écrite par. Ces documents ont un impact significatif sur le développement du racisme et du néonazisme russes.
À l'époque soviétique, Viktor Bezverkhy (Ostromysl), fondateur du (une branche du néo-paganisme slave), vénère Hitler et Himmler et propage dans le cercle restreint de ses étudiants des théories raciales, appelant à débarrasser l’humanité d'une qui serait le résultat de mariages interracial. Il traite ces de , notamment , et estime qu'ils empêchent la société de parvenir à la justice sociale. À , il prête le serment . Le texte de ce serment, écrit avec du sang, est retrouvé sur sa personne lors d'une perquisition en 1988. Bezverkhy développe une théorie du « védisme », selon laquelle, entre autres : .
Les premières manifestations publiques des néo-nazis en Russie ont lieu en 1981 à Kourgan, puis à Ioujnouralsk, Nijni Taguil, Sverdlovsk et Leningrad.
En 1982, le jour de l'anniversaire d'Hitler, un groupe de lycéens de Moscou organise une manifestation nazie sur la place Pouchkine.
Période post-soviétique Les skinhead néonazis deviennent un phénomène notable parmi les radicaux de droite de tendance néonazie en Russie dès les années 1990.
Depuis les années 1990 Causes du développement du néonazisme L'effondrement du système éducatif, la récession économique et le chômage qui suivent les réformes des années 1990 constituent, selon Alexandre Tarassov les principales raisons de la forte croissance du mouvement skinhead en Russie. D'autres facteurs entrent en jeu, selon Alexandre Tarassov : la première guerre de Tchétchénie a intensifié les préjugés racistes à l'égard des autochtones du Caucase ; la rhétorique impérialiste du gouvernement et la faiblesse des poursuites contre les organisations extrémistes par la police expliquent aussi l'aggravation du phénomène. La propagation du racisme et de l'idée d' parmi les skinheads en Russie est également influencée par la propagande anticommuniste et les critiques de l'internationalisme dans les années 1990, selon Victor Shnirelmann ; durant cette période, l'essor d'un , le darwinisme social et la favorisent la popularité des personnages et d'une Виктор Шнирельман. Порог толерантности. Арийская идеология и идентичность скинхедов. Новое литературное обозрение, 2014. "Вероятно, это следует связывать с дискредитацией советского коммунизма, который в особенности в первые постсоветские годы принято было рисовать только в черных тонах. [...] В свою очередь «дикий капитализм» 1990-х гг. благоприятствовал развитию социо-дарвинизма. В этом контексте стремление к героическому делало привлекательными образы сверхчеловека и высшей аристократической расы. Это-то и создало благоприятный климат для восприятия и усвоения «арийской идеологии».".
Nombre de membres Selon les données recueillies par une observation participante menée entre 1996 et 2008 par l'avocat et chercheur SV Belikov, les premiers skinheads apparaissent à Moscou au début des années 1990 ; leur nombre ne dépasse alors pas quelques dizaines. En 1993-1994, le nombre de skinheads à Moscou atteint ; les premiers groupes skinheads commencent à apparaître dans les grandes villes russes (Saint-Pétersbourg, Rostov, Volgograd et Nijni Novgorod) au cours des mêmes années. En 1995-1996, le nombre total de skinheads en Russie dépasse le millier ; leur sous-culture et leur idéologie deviennent alors prédominantes parmi les extrémistes politiques de droite. Entre 1996 et 1998, il y a un bond en nombre et en organisation : en 1998, il y a à Moscou une vingtaine d'associations organisées, avec des maisons d'édition, des entreprises qui satisfont la demande en accessoires skinheads et en morceaux de groupes de musique skinheads. Entre 1998 et 2000, l’attention accrue de la police et de la société conduit à un déclin du mouvement skinhead. Les années 2000-2004 voient une nouvelle recrudescence, qui se termine en 2004 après que l'État a intensifié les mesures répressives et dissuasives et mené une série de procès http://static.iea.ras.ru/books/Molodezhnie_subkultury_Moskvy.pdf . Belikov estime qu'en 2002, le nombre approximatif de skinheads atteint 5 à à Moscou et environ à Saint-PétersbourgБеликов Сергей Владимирович. Бритоголовые. Все о скинхедах. Эксклюзивные материалы. — М.: Издательский центр РГГУ, 2002. — С. 1.. Selon les estimations d'Alexandre Tarassov et Semyon Charny dans leurs rapports du Bureau des droits de l'homme de Moscou, en 2004-2005, il y a environ en Russie (les sources de données et la méthodologie d'évaluation ne sont pas citées). Selon le Centre SOVA, le nombre de victimes d'attaques motivées par la haine s'élève à 700 personnes par an (les valeurs maximales sont enregistrées en 2008-2009). En 2015, ce nombre redescend à .
vignette|150x150px| Élément de croix gammée dans le logo de l'organisation néo-nazie Unité nationale russe. Les groupes skinheads suivants font partie des organisations néo-nazies radicales qui utilisaient des méthodes de lutte terroristes : la (liquidé en 1996), (liquidé en 2006), White Wolves (liquidé en 2008-2010), « New Order » (dissout), Russian Target (disparu), ainsi que d'autres groupesНеонацизм // Нанонаука — Николай Кавасила [Электронный ресурс]. — 2013. — С. 428. — (Большая российская энциклопедия : [в 35 т.] / гл. ред. Ю. С. Осипов ; 2004—2017, т. 22). — .. Mesures gouvernementales Les activités des organisations néonazies et l'utilisation de symboles nazis en Russie sont interdites par la loi fédérale sur la commémoration de la victoire du peuple soviétique dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 et par la loi fédérale sur la lutte contre les activités extrémistes.
Aux Nations unies, la Russie présente une résolution sur la lutte contre l'héroïsation du nazisme chaque année à partir de 2012, qui exprime ses inquiétudes concernant la glorification du mouvement nazi et la profanation ou la destruction de monuments à la mémoire de ceux qui ont combattu contre le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs sont adoptées par l'Assemblée générale des Nations unies. Ces résolutions sont cependant instrumentalisées par le gouvernement russe dans sa guerre contre l'Ukraine, à des fins révisionnistes et de propagande.
Liens avec le gouvernement russe Depuis la révolution orange de 2004 en Ukraine, le gouvernement russe est régulièrement accusé de collaborer avec les néo-nazis afin de combattre l'opposition intérieure à Vladimir Poutine. Cette politique, connue sous le nom de nationalisme dirigé, conduit à la montée en puissance du groupe Image russe, jusqu'à son effondrement en 2009 après l'arrestation de ses dirigeants pour les meurtres de Stanislav Markelov et Anastasia Babourova. Les documents judiciaires lors des procès des dirigeants de Image russe révèlent que l'organisation a des liens avec l'administration présidentielle de Russie, qui souhaitait se doter d'.
Depuis l’annexion de la Crimée par la fédération de Russie et le début de la guerre russo-ukrainienne en 2014, les liens entre le gouvernement russe et les groupes néo-nazis sont à nouveau soulignés dans les médias internationaux. Le Mouvement impérial russe se fait particulièrement remarquer pour son grand nombre de membres, notamment des militants suprémacistes blancs de toute l'Europe. Initialement engagés aux côtés des forces séparatistes pro-russes pendant la guerre du Donbass, entre 2014 et 2022, leur importance diminue avec l'invasion russe de l'Ukraine à partir de 2022, et l'arrivée massive des forces régulières russes.