Le mariage du prince Albert de Belgique et de la princesse Paola Ruffo di Calabria se déroule le à Bruxelles, en Belgique. Il s'agit du premier grand événement diffusé en direct à la télévision belge.

Albert, frère cadet du roi Baudouin et héritier présomptif du trône de Belgique, rencontre pour la première fois Paola, fille du prince italien Fulco Ruffo di Calabria, à l'occasion de l'intronisation du pape au Vatican, en . L'attirance entre le prince et la princesse est immédiate et aboutit aux fiançailles des deux jeunes gens le .

L'organisation des noces suscite une importante polémique à Bruxelles lorsque l'ancien roi Léopold, père du fiancé, fait savoir qu'il a demandé au souverain pontife de célébrer le mariage de son fils, au Vatican. Au terme de tractations souvent épineuses entre la famille royale et le gouvernement, mais aussi avec l'Église catholique, le mariage est finalement organisé dans la capitale belge et donne lieu à d'importantes festivités auxquelles assistent nombre de personnalités du gotha.

Rencontre et fiançailles du couple vignette|gauche|redresse|Le prince Albert et la princesse Paola en 1969.|alt=image montrant à l'avant-plan une femme souriante portant un manteau de fourrure devant un homme habillé en civil. Albert de Belgique (1934), titré prince de Liège à la naissance, est le troisième enfant et le second fils du roi (1901-1983), roi des Belges de 1934 à 1951, et de la princesse Astrid de Suède (1905-1935).. Paola Ruffo di Calabria (1937), issue d'une famille princière italienne, est la plus jeune des sept enfants du prince Fulco Ruffo di Calabria (1884-1946), aviateur et héros de la Première Guerre mondiale, lui-même descendant par sa mère de la famille Mosselman, une des plus anciennes familles bruxelloises, et de Luisa Gazelli (1896-1989)..

Les deux jeunes gens font connaissance le , lors d'une réception donnée par l'ambassadeur de Belgique près le Saint-Siège, le baron Prosper Poswick, dans les jardins de la villa Pamphili à l'occasion de l'intronisation du pape . Afin d'avoir quelques invités de l'âge d'Albert, venu représenter la famille royale belge, le baron Poswick demande à sa fille Mariana de convier quelques amis de bonne famille, dont la princesse Paola Ruffo di Calabria. Deux jours plus tard, le prince belge et la princesse italienne se retrouvent à la basilique Saint-Pierre lors de la cérémonie d'investiture du nouveau pape.. Selon les dires de Paola elle-même :

Une fois l'investiture du pape terminée, Albert fait savoir à Bruxelles qu'il souhaite prolonger son séjour à Rome, en prétextant vouloir entreprendre des recherches à la Bibliothèque vaticane. Le prince demeure alors chez le baron Poswick, où la présence de Paola n'étonne guère, celle-ci étant une amie de la fille de l'ambassadeur. Les deux jeunes gens ont ainsi l'occasion de se revoir à plusieurs reprises.

Un mois et demi après leur rencontre, le soir de Noël 1958, le prince Albert annonce à sa famille qu'il est amoureux. Au début de l'année 1959, Paola fait la connaissance de sa future belle-famille dans la station de ski suisse de Saanenmöser.

Quoi qu'il en soit, c'est un peu plus tard que les fiançailles du jeune couple sont officiellement conclues. Le , Paola arrive discrètement en Belgique, à l'aéroport de Melsbroek, en compagnie de sa mère Luisa et de son frère Antonello. Le lendemain, , le comte de Limburg Stirum, grand maître de la Maison du roi Léopold, et René Lefébure, chef de cabinet du roi Baudouin, demandent au Premier ministre Gaston Eyskens de venir à au château de Laeken, sans l'informer de la raison de cet entretien soudain ; le chef du gouvernement rencontre alors Paola et les fiançailles sont annoncées le soir même. Le , les futurs mariés se présentent à la presse et Paola, qui loge au château de Laeken, s'adresse aux journalistes dans un français excellent. Un repas de fiançailles est ensuite servi dans la résidence du souverain belge. Les préparatifs du mariage commencent immédiatement après l'annonce des fiançailles..

Préparatifs du mariage Tractations politiques et religieuses vignette|redresse|alt=Photographie en couleur d'un homme coiffé d'une calotte et vêtu d'une étole.|Le pape (1959), chef de l'Église romaine. Une polémique autour du mariage survient le car, sans consulter préalablement le gouvernement de Gaston Eyskens, l'ancien roi Léopold, qui a abdiqué en faveur de son fils aîné Baudouin en , fait savoir qu'il a demandé au souverain pontife de célébrer le mariage d'Albert et Paola, partageant en ce sens la volonté des futurs époux.. En qualité de chef d'État, le pape célèbrerait à la fois le mariage civil et le mariage religieux. Ce projet offusque le Parti socialiste et provoque des remous au sein des membres de la coalition gouvernementale : le Parti social-chrétien et le Parti libéral. Les cercles politiques s'indignent car l'initiative du roi Léopold ne tient aucun compte du rôle dévolu au gouvernement par la Constitution lors du mariage d'un prince héritier.. Un mariage au Vatican offrirait l'avantage d'éviter une querelle sur la position protocolaire de la princesse Lilian, épouse du roi Léopold, sans être reine.

Le cardinal Joseph-Ernest Van Roey, primat de Belgique et traditionnel défenseur de Léopold, envenime la situation en affirmant la légalité d'un mariage conclu au Vatican dans une lettre pastorale. Au vu de l'ampleur de la polémique, le pape juge préférable que l'union entre Albert et Paola soit scellée à Bruxelles. Le baron Prosper Poswick, le cardinal Van Roey et la famille royale belge tentent cependant de le faire changer d'avis. Le , le souverain pontife reçoit en audience le prince Albert et lui confirme que sa décision est définitive.

Le Premier ministre Gaston Eyskens estime que les bornes ont été franchies dans le cadre des tractations au sujet du mariage princier et consulte les présidents des partis politiques. Ces derniers s'accordent à affirmer que la position de Léopold doit sortir de l'ambiguïté et que des relations normales doivent être rétablies entre le palais et le monde politique. Le , le Premier ministre annonce le départ de Léopold du château de Laeken. Le déménagement de ce dernier et de la princesse Lilian au château d'Argenteuil avec leurs trois enfants se fera attendre encore plus d'un an. Les noces du roi Baudouin avec Fabiola de Mora y Aragón, le , procurent une occasion concrète, mettant réellement fin à la Question royale. Le roi Baudouin est désormais libre de se consacrer intégralement à l'exercice de ses fonctions royales.

Choix de la robe et préparatifs divers Après l'annonce des fiançailles, Paola retourne à Rome et ne revient en Belgique que le .. Quatre jours auparavant, à l'issue du Conseil des ministres, un communiqué, lu à la radio nationale belge, annonce à la population que les cérémonies civiles et religieuses se tiendraient finalement en Belgique.. Le , la date du mariage est officiellement annoncée. Les noces auront lieu le jeudi . Dès lors, les services officiels de la ville de Bruxelles se préoccupent des dispositions à prendre pour la célébration à venir..

Le trousseau de la future mariée est composé de sept robes. La robe de mariée choisie par Paola est en satin blanc et a une traîne de . Elle a été réalisée par la couturière napolitaine Concettina Buonanno, dirigeant une maison qui habille depuis plusieurs décennies la mère de Paola et ses filles. Le choix de cet atelier situé à Naples rappelle le lieu de naissance du défunt père de la fiancée. Le voile de dentelle est en point de Bruxelles. Il lui vient de sa grand-mère et a été porté par sa mère et sa sœur. Le changement de lieu oblige la couturière à revoir ses plans initiaux et à accélérer son travail. Si les robes ordinaires sont remises à Rome à Paola, la robe de mariée n'étant pas encore terminée, elle devra être remise à la princesse par la couturière qui se rendra personnellement à Bruxelles...

Déroulement des festivités Fêtes préliminaires Le , Albert et Paola effectuent leur première Joyeuse Entrée en parcourant en voiture un itinéraire traversant les quartiers populaires de Bruxelles, puis ils assistent depuis le balcon de l'hôtel de ville à une fête folklorique donnée en leur honneur sur la Grand-Place. Afin de faire connaître la princesse Paola dans les diverses régions du pays, les fiancés effectuent deux autres Joyeuses Entrées en se rendant à Liège le et à Ostende trois jours plus tard. La foule se presse en nombre pour apercevoir les futurs mariés : on estime ainsi que sont présentes à Liège lors de la visite princière.

Le , les jeunes fiancés reçoivent, dans le Salon Blanc du palais royal, les représentants des comités et organisations leur ayant offert un cadeau de mariage.

Les festivités du mariage en tant que tel commencent par l'organisation, le dans les serres royales de Laeken, d'une grande , à laquelle assistent pas moins de ; parmi elles, sont notamment présents des nobles, des évêques, des ministres, des diplomates, des bourgmestres et des industriels, tandis que Paola a souhaité inviter un certain nombre de membres de la communauté italienne de Belgique, ainsi que de nombreux compatriotes venus d'Italie.. Tous n'ont cependant pas l'occasion de voir les fiancés et leurs familles. Une absence est remarquée lors de cette , celle de la princesse Lilian qui prévoyait également de ne pas se rendre au mariage. Un appel téléphonique de sa belle-mère, la reine douairière Élisabeth, la convainc toutefois d'assister aux noces, évitant dès lors un scandale pour la famille royale..

Cérémonie civile vignette|alt=Photographie en couleur d'une vaste salle avec du parquet, des colonnades dorées, un plafond chargé de dorures, des lustres, une petite table et quatre fauteuils verts.|La salle Empire du palais royal de Bruxelles où se tient la cérémonie civile (2016). Le mariage civil se déroule le à dans la salle Empire du palais royal de Bruxelles.. Il est célébré par Lucien Cooremans, bourgmestre de Bruxelles depuis 1956, assisté par deux échevins : Mérinette Van den Heuvel, officier de l'état-civil et Pieter De Rons. Les témoins du marié sont le prince Carl Bernadotte et le grand-duc héritier Jean de Luxembourg, ceux de la mariée sont le prince Francesco Ruffo, aîné de sa maison, et le marquis di San Germano. Les futurs mariés arrivent ensemble, aux bras l'un de l'autre, dans la salle : la princesse semble radieuse et frêle sous l'imposant voile de dentelle et la traîne tenue par ses deux jeunes nièces di San Germano encadrant la princesse Marie-Christine, demi-sœur du marié. Ce dernier porte sa grande tenue de capitaine de frégate et un sabre de marine où le grand collier de l'ordre de l'Annonciade et les épaulettes en or éclairent le bleu de son uniforme barré par le grand cordon de l'ordre de Léopold, l'ordre le plus important du royaume de Belgique.

La cérémonie commence par la demande de consentement adressée par le bourgmestre au père du marié et à la mère de la mariée, qui répondent affirmativement. L'échevine Van den Heuvel lit ensuite l'acte de l'état-civil en français, suivie de la lecture en néerlandais effectuée par l'échevin De Rons. Durant ces lectures, la princesse Paola, tenant un bouquet de fleurs d'oranger, semble quelque peu impressionnée avant le consentement. Le prince Albert prononce un « oui » assuré et serein, la princesse dit un « oui » rapide et un peu timide. Au nom de la loi, le bourgmestre les déclare unis par le mariage. Ensuite, le bourgmestre prononce un discours, qu'il conclut en formulant des vœux de bonheur pour les nouveaux époux. Après que le bourgmestre a remis entre les mains de la princesse Paola le carnet de mariage, commence une longue séance de signatures des registres. Pas moins de sont apposées sur les différents documents officiels.