La galerie Henry Vasnier est une galerie d'art créée en 1890 par Henry Vasnier à Reims. Henry Vasnier agence sa propre galerie d'art dans l'hôtel particulier qu'il loue au 72, boulevard Lundy à Reims (Marne). Fruit de la constitution d'une collection qui traverse la vie du collectionneur, à sa mort, son legs bouleverse durablement l'histoire du musée des Beaux-Arts de Reims.
Constitution de la collection alt=Henry Vasnier est assis sur une chaise, accoudé à une table, devant un mur de sa galerie où sont accrochés plusieurs de ses tableaux.|gauche|vignette|Henry Vasnier dans sa galerie, Galerie Henry Vasnier (Reims), avant 1907, photographie de F. Rothier. Reims, Musée des Beaux-Arts. Très tôt, Henry Vasnier fait preuve d'un intérêt pour l'art. Il constitue minutieusement sa collection durant toute sa vie.
Il est le parfait exemple des collectionneurs de la fin du XIXe siècle, appartenant la riche bourgeoisie, ayant fait fortune dans l'industrie et cherchant à afficher sa réussite par l'acquisition d’œuvres d'art éclectiques illustrant son époque (peintures, arts graphiques, sculptures, objets d'art, textiles, armes...) avant de léguer sa collection à sa ville ou à l’État.
Cependant, Henry Vasnier ne laisse aucune trace écrite, connues à ce jour, de ses goûts.
Historique de la constitution de la collection alt=La lisière d'une clairière donne sur une prairie ensoleillée où paissent un troupeau de vaches. |vignette|Léon-Charles Flahaut, Paysage à Magny-les-Hameaux, 1862, huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.109. Bien que Henry Vasnier s'installe à Reims en 1856, il n'achète sa première œuvre qu'en 1863. Il ne procède donc à aucune acquisition de 1856 à 1863. Sa réussite n'est peut-être pas encore suffisante pour permettre de tels achats. Tout au long de sa vie, ses acquisitions se font de plus en plus importantes, reflétant l'élévation de sa place dans la société. Il acquiert sa dernière œuvre le , juste quelques heures avant de rendre son dernier souffle.
En 1863, alors âgé de 31 ans, il achète une huile sur toile intitulée Paysage à Magny-les-Hameaux, attribuée à Léon-Charles Flahaut, élève de Jean-Baptiste Camille Corot, datant de 1862, au Salon de Paris pour la somme de 600 francs-or. À partir de cette date et jusqu'en 1880, il n'investit que peu d'argent sur le marché de l'art, dans des peintures dont la côte des artistes est raisonnable, voire dont l'attribution est incertaine. En effet, à cette époque, la guerre franco-allemande de 1870 constitue un frein à l'économie. Toutefois, ses investissements prennent une nouvelle dimension en 1877, lorsqu'il acquiert l'huile sur toile nommée Renée Delmas, L'Hiver de Louise Abbema, au Salon de Reims. alt=Un homme et un curé, habillés à la mode du XVIIIe siècle, sont en pleine discussion, autour d'une table dressée avec leur repas, dans une pièce.|gauche|vignette|Ernest Meissonier, Le Vin du curé, 1860, huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.182. De 1881 à 1889, avec l'essor de sa carrière professionnelle, Henry Vasnier dispose d'un capital financier plus conséquent qui impacte sa politique d'acquisition. Il privilégie les ventes publiques parisiennes et fréquente régulièrement la galerie de Georges Petit. Comme durant la période précédente, il cherche des œuvres à l'attribution moins prestigieuse et s'inscrivant dans un courant artistique dont elles ne sont pas les protagonistes. L'année 1888 marque un tournant dans sa volonté d'acheter des productions d'artistes reconnus, notamment de Ernest Meissonier et de Jean-François Millet. Cependant, qu'importe le coût de ses investissements, Henry Vasnier favorise, avec la prudence qui caractérise les notables de province, les valeurs sûres, notamment modernes, sans faire de parti pris. alt=Cette scène de genre représente un groupe de femmes, une religieuse et des bretonnes vêtues de leur costume traditionnel, assises ou agenouillées sur un prie-Dieu en prière.|vignette|Lucien Simon, Religieuse et bretonnes en prières, 1905 (datation incertaine), aquarelle et graphite sur papier. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.360. À partir de 1890, en tant que collectionneur souhaitant exposer ses œuvres dans les meilleures conditions et disposant du capital nécessaire à la concrétisation d'un tel projet, il décide d'ouvrir sa propre galerie. Dès lors, ses acquisitions, jusqu'à présent majoritairement constituées de peintures, sont influencées par cette dernière. Il se met donc à acheter des sculptures, des objets d'art, notamment de la céramique et du mobilier, afin d'équilibrer l'agencement des œuvres au sein de sa galerie. A ce titre, Henry Vasnier suit les conseils de diversification de ses acquisitions prodigués par Madame Pommery. En outre, profitant de sa réussite sociale, il continue d'acquérir des œuvres de façon exponentielle jusqu'à sa mort, majoritairement sur le marché de l'art parisien, afin de continuer sa collection tout en variant ses centres d'intérêt. L'année 1902 représente alors le pic de ses investissements, notamment illustré lors de la vente Humbert où il dépense 102 650 francs-or, avant qu'ils ne baissent légèrement à la fin de sa vie. Bien que sa fortune personnelle lui confère les moyens d'acheter de prestigieuses signatures, il préfère se tourner vers des artistes moins reconnus à l'instar de Pierre Lagarde et Alexandre Marcette. Son dernier achat, le jour de sa mort, est une aquarelle intitulée Religieuse et bretonnes en prières, de Lucien Simon, datant de vers 1905.
Modes d'acquisition Henry Vasnier acquiert ses œuvres sur le marché de l'art via plusieurs intermédiaires. alt=Un cachet avec le nom de la Société et sa date de fondation, surmonté des armes de la ville de Reims. |gauche|vignette|Cachet de la Société des amis des arts et des musées de Reims. alt=Paul Durand-Ruel debout s'appuie contre un mur de sa galerie où plusieurs tableaux sont accrochés. |vignette|Paul Durand-Ruel dans sa galerie, Galerie Durand-Ruel (Paris), 1910, photographie de Dornac. Paris, Archives Durand-Ruel. Il achète peu sur la scène rémoise, mais lorsque cela se produit, il se tourne vers les expositions de la Société des amis des arts et des musées de Reims ainsi que vers les particuliers. Cependant, la majorité de ses achats ont lieu à Paris lors d'évènements clés du marché de l'art : le Salon ; les expositions des galeries d'art ; les ventes publiques de particuliers, parfois après décès, notamment à l'hôtel Drouot ; l'Exposition universelle de 1900. Parmi les galeries parisiennes qu'il fréquente, celle de Georges Petit a sa préférence de 1884 à 1907, aux côtés de celle de Durand-Ruel. Mais il ne s'y limite pas, marchandant également avec Arnold et Tripp, Tempelaëre, Boussod et Valadon, et Bernheim-Jeune. Ces lieux constituent des tremplins pour les artistes modernes. Concernant les ventes, il participe notamment à celles de : Pelouse, Secrétant, Baron Mourre et Humbert. Pour aiguiller ses choix lors de ces évènements, le collectionneur se réfère aux catalogues édités par Georges Petit dont la réputation constitue une valeur sûre. alt=Une vallée encaissée où coule une rivière et où pousse de la végétation. |vignette|Claude Monet, Les Ravins de la Creuse, 1889, huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.192.|gauche De 1884 à 1902, Henry Vasnier fait appel à Louis Guyotin, qui joue le rôle d'intermédiaire contre monnaie sonnante et trébuchante. Ses missions sont multiples. Pour le négociant en vin de champagne, sur le marché de l'art, il marchande, se tient au fait des ventes et procède à des enchères. D'un point de vue artistique, l'intermédiaire avise son mandataire informé des courants artistiques parisiens et des expositions en cours dans les galeries. Son concours est particulièrement important lors de l'achat d'œuvres d'artistes reconnus. C'est notamment le cas pour l'huile sur toile intitulée Les Ravins de la Creuse, de Claude Monet, datant de 1889, qu'il acquiert dans la galerie de Durand-Ruel. En 1902, l'acquisition de l'huile sur bois nommée La lecture de rôle, de Auguste Renoir, datée vers 1876-1877, marque la fin de leur collaboration. Mais Louis Guyotin n'est pas son seul intermédiaire, la correspondance entre le collectionneur et Léon Lhermitte prouve que l'artiste aiguillone aussi Henry Vasnier dans ses achats. alt=Le paysage est traversé par une route sinueuse entourée de champs délimités par des murets. Des maisons se situent au loin. Un paysan et ses deux chevaux se dirigent dans cette direction. |vignette|Jean-François Millet, Hameau Cousin à Gréville, entre 1854 et 1871, huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.190. Il arrive également à Henry Vasnier de s'associer avec un tiers pour acquérir des œuvres, notamment avec Madame Pommery. Leur investissement commun de 1888 s'est tourné vers l'huile sur toile nommée le Hameau Cousin à Gréville, de Jean-François Millet réalisée de 1854 à 1873. A la mort de son amie, ses héritiers lui cèdent leurs droits, permettant à ces œuvres de rejoindre intégralement son fonds. Leur collaboration va plus loin, lorsqu'en 1890, suivant les conseils de Henry Vasnier, Madame Pommery achète l'huile sur toile intitulée Les glaneuses, peinte par le même artiste en 1857. Coup médiatique, elle empêche le chef-d'œuvre de quitter le territoire français et en fait don au Musée du Louvre, afin de prouver la santé financière de sa Maison de champagne, quelque temps avant sa mort.
Enfin, Henry Vasnier procède parfois à des achats en série qui lui permettent d'acquérir plusieurs œuvres d'un même artiste. C'est notamment le cas pour une dizaine de productions de Eugène Boudin ou encore cinq créations de Joseph-Paul Meslé.
Contenu de la collection alt=Portrait mi-corps, de face, de Marie Prévost assise, accoudée contre le dossier du fauteuil. Elle est âgée de 18 ans.|vignette|Joseph-Paul Meslé, Mademoiselle Marie P., 1896, huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.185. La collection de Henry Vasnier, majoritairement composée de peintures et d'arts graphiques, compte également des sculptures et des objets d'art, notamment des céramiques et du mobilier, ainsi que des textiles et des armes. Ses genres de prédilection sont les paysages, les portraits et dans une moindre mesure les scènes de genre et les représentations de la vie paysanne. alt=Le square devant l'église de la Trinité est entouré d'immeubles haussmanniens. Autour des jeux d'eau et des fontaines évoluent des femmes et des enfants.|vignette|Louis Paviot, Le Square de la Trinité : le bassin, 1901, huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-Arts, inv. 907.19.202.|gaucheL'objectif de Henry Vasnier est de constituer une collection d’œuvres aimable et plaisante. Afin d'être sûr de ne pas commettre d'impairs et de sécuriser ses investissements, Henry Vasnier privilégie le travail d'artistes dont les créations figurent déjà dans les collections muséales, à l'instar des bourgeois fréquentant les salons du Second Empire et de la Troisième République. Pendant toute la durée de l'établissement de sa collection, il demeure attaché à ses goûts de la première heure, même si cela implique d'acheter des œuvres considérées, en leur temps comme classiques. Ainsi, il n'acquiert pas uniquement des artefacts produits par des artistes de renom, mais également ceux de certains dont nous avons aujourd'hui oublié le nom, tels que René Juste et Louis Paviot ou qui déjà à l'époque étaient considérés comme mineurs, à l'instar de Joseph-Paul Meslé et Charles Léandre. Enfin, en ne se focalisant pas uniquement sur la peinture, Henry Vasnier met en lumière des artistes qui se sont écartés de l'académisme officiel.