Frederick Wiseman, né le à Boston (Massachusetts) et mort le à Cambridge (Massachusetts), est un réalisateur américain. Il est avant tout auteur de documentaires.
Réalisateur prolifique , il s'attache principalement à brosser un tableau critique de la société et des institutions américaines.
Biographie Jeunesse Frederick Wiseman naît en à Boston.. Après des études de droit à l'université Yale dont il sort diplômé en 1954, et son service militaire effectué en 1955-1956, il est nommé professeur de droit à l'université de Boston, puis à l'université Brandeis, et enfin à l'université Harvard (1959-1961). Il témoignera souvent du peu de conviction qu'il apporte à l'exercice de ce métier.
Carrière vignette|redresse|Frederick Wiseman en 1971. En 1963, il entreprend de produire la réalisatrice Shirley Clarke, qui a décidé de tourner The Cool World, adapté d'un roman de Warren Miller.
En 1966, avec des amis, il fonde une association d'aide sociale, l’ (OSTI), dont l'activité se prolongera jusqu'en 1973.
La production du film de Shirley Clarke le décide à produire et monter ses propres films. Son premier documentaire, Titicut Follies (1967), qui porte un regard critique sur un hôpital pour aliénés criminels, sera suivi sans discontinuer d'environ un film par an, notamment grâce au réseau de télévision de service public PBS et en particulier à la station WNET au New Jersey, grâce aussi à diverses fondations comme la Fondation Ford ou la Fondation MacArthur, grâce enfin à quelques coproductions avec la BBC et Arte France.
Dès 1970, afin de garantir l'indépendance de sa création, il crée sa propre société de production, Zipporah Films.
À partir de 1980, Wiseman travaille beaucoup à l'étranger, particulièrement en France. En 1995, il s'introduit dans les coulisses du Théâtre-Français pour y tourner La Comédie-Française ou l'Amour jouéLa Cinémathèque française propose une notice en ligne sur Wiseman. Le site de sa maison de production, Zipporah films, offre des informations en anglais sur lui et ses films..
Depuis les années 2000 vignette|gauche|Frederick Wiseman en 2021. En 2001, il tourne, dans un noir et blanc remarqué, sa première œuvre de fiction, La Dernière Lettre, captation de sa mise en scène en 2000 pour le Studio-Théâtre de la Comédie-Française, d'après le chapitre du roman de Vassili Grossman, Vie et Destin. La dernière lettre d'une femme médecin juive dans un ghetto en Ukraine, occupée par les nazis, est lue par Catherine Samie, qu'il retrouvera dans le rôle de Winnie, lorsque, en , il mettra en scène Oh les beaux jours de Samuel Beckett, au Théâtre du Vieux-Colombier.
Il ne reviendra à la fiction qu'en 2022, avec Un couple. Il s'agit d'un long monologue imaginé à partir des Mémoires de Sophie Tolstoï et de sa correspondance avec son époux, le romancier russe Léon Tolstoï : filmée en extérieur dans un vaste jardin sauvage, l'actrice Nathalie Boutefeu, qui incarne Sophie, adresse à la fois dans le vide et à son mari des déclarations passionnées comme des plaintes sur son caractère impossible et d'amères remarques sur son destin de femmeLa revue italienne en ligne Critica cinematografica propose une série d'articles archivés depuis 2014 sur l'œuvre de Frederick Wiseman..
Mort Frederick Wiseman meurt le à l'âge de , à Cambridge (Massachusetts)...
Démarche L'ambition de Wiseman est d'emblée de brosser un panorama critique des États-Unis, et, comme il le dira plus tard, le résultat est Même The Cool World, le seul film qu'il ait uniquement produit, s'inscrit dans cette lignée, sorte de semi-documentaire sur la jeunesse délinquante de Harlem. Après Titicut Follies, il poursuit une série de documentaires aux titres évocateurs : High School en 1968 et Law and Order en 1969, Hospital en 1970, Juvenile Court en 1973, et Welfare (Aide sociale) en 1975. Tous offrent une vision très critique des grandes institutions créées en principe dans un but caritatif, montrant par exemple la déshumanisation qu'imposent les systèmes bureaucratiques. Wiseman filmera aussi durant cette période ses documentaires aux images les plus fortes : Primate en 1974 et Meat en 1976, respectivement sur l'expérimentation animale et l'élevage de masse des bœufs destinés à la consommation.
vignette|gauche|Frederick Wiseman en 2005. Dans une deuxième phase de son travail, il observera plus particulièrement les lieux privilégiés de la société de consommation, avec Model en 1980 puis The Store en 1983. En 1986, il construit une trilogie qui traite de l'influence des tares physiques sur l'esprit, puis pose de nouveau sa caméra sur ses multiples sujets de prédilection, précisant lui-même que sa méthode de travail se situe à l'opposé de la stratégie narrative du cinéma-vérité d'Edgar Morin ou Jean Rouch.
Il affirme dès son premier documentaire ses principes de base : absence d'interviews, de commentaires off et de musiques additionnelles, pour privilégier un lent apprivoisement des personnes à la caméra, jusqu'à ce qu'elles ne la remarquent plus. Ses méthodes demeurent à peu près les mêmes au cours de sa carrière : accumuler des centaines d'heures de tournage dans un temps relativement court, en général quatre à six semaines, et de n'en garder au montage qu'environ un dixième ; il assure lui-même la prise de son, téléguidant le cadreur dans le détail de sa prise de vues, afin d'obtenir des images d'une beauté formelle non académique et toujours chargées d'émotions comme de sens.
Le montage dure alors plusieurs mois, au cours desquels le réalisateur découvre les sens cachés de rapprochements qui naissent sous ses ciseaux, et accorde une grande attention aux corps, aux gestes, tout en restituant ou en mettant en scène les silences. C'est pourquoi il qualifie ce montage de « mosaïque », sans doute d'abord au sens où les figures émergent de la juxtaposition patiente des morceaux, mais aussi en ce que, comme pour le message biblique (mosaïque = de Moïse), le sens ne se révèle qu'à celui qui longuement les étudie. Inévitablement donc, un tel travail entre vérité et fiction convoque l'attention et la réflexion des spectateurs, ce qui est le but recherché. Comme il le résume : La démarche de Frederick Wiseman est souvent rapprochée des principes théoriques et des méthodes de la deuxième École de Chicago, ceux d'Erving Goffman en particulier. Ses films sont couramment utilisés par des sociologues et pour l'enseignement de la sociologie. Néanmoins Wiseman a toujours manifesté une certaine distance envers ces rapprochements : de Goffman par exemple il dira qu'il "essayé de lire Asiles deux fois mais [n'est] pas allé plus loin que les cent premières pages" et relate leur seule rencontre d'une manière sarcastique en interview. De même, il relativise souvent la portée théorique de son œuvre, déclarant par exemple à propos de High School : "Je ne suis pas un expert en éducation. J’essaie juste de faire le meilleur film possible sur cet endroit particulier. Je ne sais pas comment je pourrais généraliser sur les institutions américaines et je n’essaie pas. Je fais des films sur un lieu précis, dans un temps particulier et c’est tout".
Filmographie Source : Idéale Audience InternationalLe site Idéale Audience International fournit sur la plupart de ces films résumés et photographies. Consulté le 3 septembre 2009. Production 1964 : The Cool World de Shirley Clarke.
Réalisations Documentaires
Fictions 2002 : La Dernière Lettre 2022 : Un couple
Acteur Cinéma 2012 : Aujourd'hui (court métrage) de Nicolas Saada : l'homme 2012 : Next to Last (Autumn 63) (court métrage) de Mathieu Amalric : Edward Hopper (voix) 2018 : Les Estivants de Valeria Bruni Tedeschi : lui-même, membre du CNC 2022 : Les Enfants des autres de Rebecca Zlotowski : Dr Wiseman, le gynécologue de l'héroïne 2022 : À mon seul désir de Lucie Borleteau : le spectateur âgé dans le club de strip-tease 2024 : Jane Austen a gâché ma vie de Laura Piani : le poète (dernière scène) 2024 : Eephus, le dernier tour de piste (Eephus) de Carson Lund : Branch Moreland (voix) 2025 : Vie privée de Rebecca Zlotowski : Dr Goldstein
Télévision 2018 : Thanksgiving (mini-série télévisée) de Nicolas Saada : John, l'ami américain
Distinctions Récompenses Mostra de Venise 2014 : Lion d'or pour l'ensemble de la carrière. Oscars 2017 : Oscar d'honneur Festival de Cannes 2021 : Carrosse d'or de la Quinzaine des cinéastes.
Nominations et sélections César 2010 : nomination au César du meilleur film documentaire pour La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris César 2012 : nomination au César du meilleur film documentaire pour Crazy Horse César 2015 : nomination au César du meilleur film documentaire pour National Gallery Mostra de Venise 2015 : en lice pour le Queer Lion pour In Jackson Heights Mostra de Venise 2017 : en compétition pour le Lion d'or pour Ex Libris: The New York Public Library Mostra de Venise 2022 : en compétition pour le Lion d'or pour Un couple
Publications « Une approche du monologue », Les Cahiers de la Comédie-Française, , 1997. Five films by Frederick Wiseman : Titicut Follies, High School, Welfare, High School II, Public Housing, transcrit et publié par Barry Keith Grant, avec un avant-propos de l'auteur, Berkeley, University of California Press, 1 vol. (XIII-432 p.), 2006 Frederick Wiseman : texte explicatif de Frederick Wiseman intitulé "Esquisse d'une vie", dans un livre publié sous la direction de Marie-Christine de Navacelle et Joshua Siegel, Gallimard, « Albums Beaux Livres », 2011
Au théâtre En 2023, Julie Deliquet ouvre la du festival d'Avignon avec sa création Welfare., adaptation pour la scène du film éponyme de Frederick Wiseman« Émission spéciale : Hommage au cinéaste et documentariste américain Frederick Wiseman », France Culture, Les Midis de Culture, le 17 février 2026.« Dans la Cour d'honneur, avec Julie Deliquet et Frederick Wiseman », France Culture, Bienvenue au club, le 11 juillet 2023..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Ouvrages Maurice Darmon, Frederick Wiseman / Chroniques américaines, Presses universitaires de Rennes, , , . Philippe Pilard, Frederick Wiseman, chroniqueur du monde occidental, éditions du Cerf, , . François Niney, « L'épreuve du réel à l'écran : essai sur le principe de réalité documentaire », in: Fictions du réel selon Wiseman, Rouch, Cassavetes, De Boeck université, 2002, . Gilles Marsolais, L'Aventure du cinéma direct revisitée, Les 400 coups, Laval (Québec), 1997.
Revues de cinéma Cahiers du cinéma : , . Dominique Bergouignan : Entretien avec Fred Wiseman. , . Serge Le Péron, Olivier Assayas, Gilles Delavaud, Yann Lardeau, Guy-Patrick Sainderichin : « Wiseman ou le cinéma américain vu de dos ». , . Frédéric Strauss : Entretien avec Frédérick Wiseman. , . Pierre Legendre : « Les ficelles qui nous font tenir (À propos du cinéma de Frederick Wiseman) ». /432, . François Niney, « La disparition ». , . Olivier Joyard : « Vitesse d'exécution : propos de Frederick Wiseman ». , . Benjamin Esdraffo : « Un Américain à Saint-Denis ». , . Charlotte Garson : « Domestic Violence et Domestic Violence 2 ». , . Jean-Sébastien Chauvin : Intégrale Wiseman, vol. 1. , . Camille Bui : « Wiseman, curiosité infinie ». , . Jean-Sébastien Chauvin : « De la démocratie en Amérique - Entretien avec Frederick Wiseman ». Cinéma d'aujourd'hui, , . Philippe Pilard : « Il n'y a pas qu'Hollywood ». Cinéma 76, , . Jean Roy : « Frederick Wiseman ou le cinéma du constat ». Cinémathèque française, . « Autour du documentaire : Fred Wiseman, Johan Van der Keuken ». Cinématographe, , . C. Varène : Rétrospective Frederick Wiseman. Écran, , . Claire Clouzot : « Mort et résurrection du réalisme américain - Frederick Wiseman ». La Revue du cinéma : , . Philippe Pilard : « Wiseman ou la découverte de l'Amérique ». Rencontre avec Fred Wiseman. , . Philippe Pilard : « Frederick Wiseman, c'est aussi l'Amérique ». Positif :