Lassassinat de , roi des Hellènes et prince de Danemark, se produit à la fin de l'après-midi du à Thessalonique, en Grèce. Il est perpétré par un supposé anarchiste grec du nom d'Aléxandros Schinás.

Le jour du meurtre, séjourne à Thessalonique, récemment conquise aux Ottomans par son fils, le diadoque Constantin. Se sentant de moins en moins vigoureux après de règne, le roi a l'intention d'abdiquer à l'occasion de son jubilé d'or qui doit se tenir en octobre. Dans l'après-midi, le roi part, comme chaque jour depuis qu'il est arrivé à Thessalonique, se promener dans les rues de la ville, où il se déplace presque sans aucune protection, comme il le fait à Athènes, depuis le début de son règne. Or, vers , à proximité de la Tour blanche, Aléxandros Schinás l'abat d'un coup de revolver. Le roi est rapidement conduit à l'hôpital, mais il meurt avant d'y parvenir. Afin de ne pas attiser la haine des Grecs envers Thessalonique, cité largement peuplée de Slaves, les autorités refusent tout motif politique au régicide et décrivent Aléxandros Schinás comme un déséquilibré alcoolique. Arrêté par la gendarmerie, l'homme est placé en détention et interrogé, mais il meurt par défenestration, le .

Après avoir été rapatriée par bateau dans la capitale grecque, la dépouille du roi, entourée des drapeaux grec et danois, est placée dans la cathédrale d'Athènes et exposée publiquement pendant trois jours, avant d'être inhumée dans les jardins du palais royal de Tatoï. Le diadoque Constantin succède à son père à la veille de la Première Guerre mondiale. S'ouvre alors une période de grande instabilité pour la Grèce et la Couronne. Renversé et remplacé par son deuxième fils, , après seulement quatre ans de règne, part en exil et ne retrouve son trône qu'en 1920. Il est contraint d'abdiquer définitivement en 1922, cette fois-ci au profit de son fils aîné, , à la suite de la défaite de la Grèce dans la guerre gréco-turque.

Contexte

vignette|redresse=0.86|alt=Carte moderne de la Grèce avec des flèches montrant les opérations, concentrées dans le nord du pays, d'est en ouest.|Les opérations grecques durant la première guerre balkanique. Après avoir été gouvernée par l'Empire ottoman depuis le milieu du jusqu'aux années 1820, la Grèce gagne son indépendance en 1821, avec l'aide du Royaume-Uni, de la France et de la Russie, qui installent le prince bavarois Othon de Wittelsbach comme monarque du nouveau royaume de Grèce. Trente ans plus tard, en 1862, le roi est renversé et les « puissances protectrices » lui choisissent un successeur en la personne du prince Guillaume de Danemark, alors âgé de . Celui-ci est approuvé par l'Assemblée nationale grecque et proclamé « roi des Hellènes » sous le nom de règne de , le .

Poursuivant la « Grande Idée », croyance irrédentiste selon laquelle les terres grecques contrôlées par les Ottomans seraient récupérées et l'Empire byzantin restauré, la Grèce récupère Vólos et d'autres parties de la Thessalie lors de la convention de Constantinople de 1881 mais subit une défaite humiliante lors de la première guerre gréco-turque en 1897, sous la direction du fils aîné du roi, le diadoque Constantin. Le roi survit à une tentative d'assassinat l'année suivante puis à un coup d'État militaire en 1909, qui voit la nomination d'Elefthérios Venizélos au poste de Premier ministre. Celui-ci réorganise l'armée grecque et relègue Constantin à un rôle honorifique. Lorsque la Bulgarie, la Serbie et le Monténégro, alliés de la Grèce au sein de la Ligue balkanique, déclarent la guerre à l'Empire ottoman en , le roi y voit l'occasion de redorer le blason de la Grèce après sa défaite quinze ans plus tôt.

vignette|redresse=0.86|gauche|alt=Photographie sépia de troupes à cheval dans une rue.|L'armée grecque entrant dans Thessalonique (1912).

Les premières victoires de la première guerre balkanique entraînent des divisions entre les alliés à propos du butin, en particulier du port de Thessalonique (deuxième ville des Balkans ottomans après Constantinople), capital d'un point de vue géographique et économique. Début novembre, les forces grecques entrent dans la ville avec quelques heures d'avance sur leurs alliés bulgares. Constantin traverse la ville à la tête de l'armée et arrive au palais du gouverneur, où il reçoit la reddition des Ottomans. Les Grecs accueillent la libération de la ville dans la liesse. et Venizélos se précipitent à Thessalonique pour appuyer les revendications de la Grèce et organiser une célébration de la victoire devant coïncider avec le prochain jubilé d'or du roi. La libération de Thessalonique est suivie par la reprise de Ioánnina, une autre ville grecque tenue par les Ottomans, lors de la bataille de Bizani au début du mois de .

Lorsqu'il est assassiné, le , règne depuis près de . C'est un roi populaire, qui a approché plus que jamais la « Grande Idée » au cours de son règne et qui sort de la victoire à Thessalonique au sommet de son prestige.

Assassinat de vignette|redresse=0.66|alt=Photographie colorisée montrant un homme en grand uniforme avec une grande moustache en guidon de vélo.|Le roi (). Désireux de tirer avantage de cette popularité pour renforcer sa dynastie, prend la décision d'abdiquer en faveur de son fils, le diadoque Constantin. Le roi profite ainsi de son séjour à Thessalonique pour annoncer à sa famille qu'il souhaite quitter le pouvoir à l'occasion de son prochain jubilé d'or, qui doit avoir lieu au mois d'octobre. Le monarque explique alors qu'il n'a plus assez de vigueur pour continuer à régner et que Constantin a désormais l'âge idéal et l'envergure nécessaire pour le remplacer.

Le , part se promener dans les rues de la ville, comme chaque après-midi depuis qu'il est arrivé à Thessalonique, au côté de son aide de camp, Ioánnis Frangoúdis. Il s'y déplace presque sans aucune protection, exactement comme il le fait à Athènes, depuis le début de son règne. Contre l'avis de ses conseillers, le roi refuse de parcourir la ville avec un grand nombre de gardes ; seuls deux gendarmes sont autorisés à le suivre à distance. et son aide de camp se baladent sur le port, près de la Tour blanche, et discutent de la prochaine visite du roi sur le croiseur de bataille allemand . Or, le roi des Hellènes est attendu ce jour-là, à l'angle des rues et , par un homme du nom d'Aléxandros Schinás, un anarchiste grec présumé, âgé d'environ ..

vignette|redresse=0.86|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'une tour fortifiée entourée d'une chemise de protection.|La Tour blanche (1912).

Vers , Schinás tire dans le dos du roi à bout portant avec un revolver. Selon , Schinás s'était et s'est pour tirer sur le roi. Une autre version le décrit sortant d'un café turc appelé le Pasha Liman, ivre et , et tirant sur alors que celui-ci passait près de lui. La balle transperce le cœur du roi, qui s'effondre. Le monarque est alors emmené en calèche à l'hôpital militaire le plus proche, mais il meurt avant d'y parvenir, à l'âge de .

Selon , les derniers mots de auraient été les suivants : Cependant, le biographe du souverain, le capitaine Walter Christmas, rapporte ses dernières paroles comme suit :

Aléxandros Schinás ne tente pas de s'échapper et est immédiatement appréhendé par Ioánnis Frangoúdis. Des gendarmes supplémentaires arrivent rapidement d'un poste de police voisin. Schinás aurait demandé aux officiers de le protéger de la foule qui l'entourait. Le prince Nicolas, troisième fils de , est rapidement informé de l'événement et accourt à l'hôpital.. Seul membre de la famille royale présent à Thessalonique, c'est lui qui fait parvenir au nouveau monarque la nouvelle du décès de leur père. En effet, le diadoque Constantin se trouve alors en Épire, où il commande l'armée qui vient de prendre Ioánnina, avec son frère, le prince Christophe.

Réactions nationales et internationales vignette|redresse=0.66|alt=Gravure en couleurs représentant, sur un trottoir, un homme tirant dans le dos d'un homme vêtu de noir et portant un chapeau, sous les yeux d'un autre homme portant un uniforme bleu foncé.|Reconstitution du meurtre en Une du quotidien Le Petit Journal (). Immédiatement après l'assassinat, la Grèce refuse d'attribuer un motif politique à l'acte de Schinás. Conscientes que l'assassinat du roi dans une ville largement peuplée de Slaves pourrait raviver les tensions avec la Bulgarie, les autorités grecques tuent quelques résidents musulmans et juifs de Thessalonique qu'elles tiennent pour responsables. Pour calmer l'opinion publique, le gouvernement annonce finalement que le tueur est grec, décrivant Aléxandros Schinás comme un individu de , un et une . Ce devient la version communément admise du profil de Schinás , alcoolique et sans-abri, et sa motivation pour l'assassinat du roi est alors attribuée à une maladie mentale, sans motivation politique. Les autorités tentent ensuite de faire croire à un agent agissant pour le compte de l'étranger (la Bulgarie, l'Allemagne ou l'Empire ottoman), sans toutefois apporter de preuve à leurs allégations..

L'annonce de la mort de provoque la stupéfaction dans toute la Grèce. À Athènes, les journaux paraissent encadrés de noir et publient des articles élogieux sur le monarque.. Tous les ministres présentent leurs condoléances à la reine Olga, veuve de . Cette dernière se trouvait à Athènes lorsque son époux a été assassiné, et ce sont son fils André, sa belle-fille Alice et son petit-fils Georges qui lui ont appris la triste nouvelle. Le , lendemain de l'assassinat du roi, tous les établissements publics sont fermés et les drapeaux sont mis en berne, des coups de canon sont tirés à intervalles réguliers pour annoncer le grand deuil de la nation et les cloches des églises sonnent le glas. À Athènes, dans le même temps, Elefthérios Venizélos proclame devant le Parlement l'accession au trône du diadoque Constantin.

vignette|redresse=0.66|gauche|alt=Titre de journal en anglais faisant état de la mort d'un homme, où l'on peut lire « Shot While Walking in Captured City-Dies in Half an Hour ».|Titre du faisant état de l'assassinat de ().

Dans les heures et les jours suivant la diffusion de la nouvelle, le nouveau roi reçoit des télégrammes de condoléances des souverains et chefs d'État du monde entier. À Berlin, l'empereur décrète un deuil de cour de trois semaines et tous les officiers de la Marine impériale observent un deuil de huit jours. À Londres, le décès de frappe douloureusement la reine douairière Alexandra, sœur du défunt monarque, qui s'évanouit aussitôt. La presse anglophone relève, à cette occasion, les décès successifs qui touchent la souveraine depuis la mort du roi , en 1910. À Bruxelles, la cour prend le deuil pour vingt et un jours., tandis qu'à Paris, le président de la République, Raymond Poincaré, et le président du Conseil des ministres, Aristide Briand, adressent à des télégrammes de condoléances.. La presse française est unanime pour condamner l'attentat. Dans les colonnes du Figaro, au lendemain de l'assassinat du roi des Hellènes, le journaliste Georges Bourdon écrit :

Plus généralement, l'assassinat de rappelle d'autres attentats perpétrés contre des monarques ou personnalités politiques au tournant des , tels que le roi (1900), l'impératrice Élisabeth d'Autriche (1898), le président de la République française Sadi Carnot (1894) ou encore l'empereur (1881)..

Profil d'Aléxandros Schinás

vignette|redresse=0.86|alt=Photographie en noir et blanc montrant un homme à l'air hagard entouré de deux soldats.|Aléxandros Schinás, après son arrestation (1913).