Henri Giraud, né le à Paris 13Archives de l’état civil de Paris en ligne, acte de naissance (acte du précisant « né avant-hier ») ; avec mention marginale du décès. Autre mention : mariage en 1908 avec Céline Joséphine Madeleine Lapérotte. et mort le à DijonSa fiche sur le site de l'Assemblée nationale., est un général et homme politique français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.

Général de brigade à partir de 1930, puis général d'armée à partir de 1936, il sert durant la Première Guerre mondiale, la guerre du Rif et la Seconde Guerre mondiale. Dans le cadre de ce dernier conflit, il tient un rôle important dans le processus qui mène à la libération de la France.

Partisan de la reprise de la lutte contre l'Allemagne nazie mais sans lien avec la France libre, il reçoit le soutien des Américains et fait figure de rival du général de Gaulle pour la direction des forces alliées françaises.

Après le débarquement allié de novembre 1942 et l'assassinat de l'amiral Darlan (), Giraud est durant plusieurs mois au pouvoir en Afrique française du Nord à la tête d'abord du Haut-commissariat de la France pour l'Afrique, puis du Commandement en chef français civil et militaire ; il a sous ses ordres l'Armée d'Afrique, engagée aux côtés des Alliés dans les opérations contre les Allemands et les Italiens.

Une partie de la Résistance intérieure se réclame de son patronage et de son inspiration : c'est en particulier le cas des organisations résistantes initialement sympathisantes de VichyJean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka ont utilisé l'expression « Vichysto-résistants » pour qualifier cette frange de la Résistance, dans . Depuis l'expression a été assez souvent reprise par Azéma et Denis Peschanski, « Les vichysto-résistants », communication au colloque « Guerre, collaboration, résistance : un demi-siècle d’historiographie française », Tel-Aviv, du 17 au , par Robert Belot, La Résistance sans de Gaulle, Fayard, 2006, 668 et par Henry Rousso, L'Express du ; Bénédicte Vergez-Chaignon, a consacré un ouvrage à l'étude de cette partie de la Résistance : Les Vichisto-résistants (Perrin, 2008 et 2016)., ou qui ne se sont pas mises sous l'autorité du général de Gaulle, comme le réseau Alliance ou l’Organisation de résistance de l'Armée(ORA).

Comme Darlan l'avait envisagé, Giraud retablit, par l'ordonnance du , les décrets de Vichy contre les juifs, en Afrique du Nord, mais ce n’est qu’en octobre 1943 et sous la pression du CFLN, qu’il rétablit le décret Crémieux qui avait attribué d'office en 1870 la citoyenneté française aux d'Algérie.

Les Alliés poussent Giraud et de Gaulle à s'entendre pour unifier les forces françaises : de juin à les deux généraux sont coprésidents du Comité français de Libération nationale (CFLN). Giraud est cependant évincé par de Gaulle, qui le prive progressivement de toute responsabilité, politique puis militaire, au sein des forces alliées.

Henri Giraud est élu député de la Moselle en 1946 et siège au Conseil supérieur de la guerre jusqu’en 1948.

Biographie Origines familiales et formation Henri Honoré Giraud naît à Paris dans une famille de la petite bourgeoisie. Il est le fils d'un marchand de charbon. Il est catholique et royaliste.

Il fait une brillante scolarité classique aux lycées Stanislas, Bossuet et Louis-le-Grand, avant d'être reçu à l'École militaire de Saint-Cyr, dont il est élève de 1898 à 1900.

Débuts

Sorti de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1900, Giraud est nommé sous-lieutenant et affecté, à sa demande, au 4e régiment de zouaves, stationné en Tunisie.

Promu lieutenant en 1902, il poursuit son service dans cette unité, sans avancement notable pendant près de dix ans.

En 1907, il est admis à l’École supérieure de guerre, formation réservée aux officiers destinés à des fonctions d’état-major. À l’issue de ce cursus, il est successivement affecté à l’état-major du 9e corps d’armée en 1909, puis effectue un stage d’état-major à Tours en 1911. Il devient ensuite aide de camp du général de brigade Louis Fernand Montaudon commandant une brigade de cuirassiers.

Promu capitaine en , il retrouve un commandement opérationnel. En , il est réaffecté au 4e régiment de zouaves en Tunisie, où il prend le commandement de la 14e compagnie.

Première guerre mondiale Il est affecté en France métropolitaine en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, capitaine au de zouaves. Grièvement blessé au combat, il est capturé le à la bataille de Guise. Deux mois plus tard, alors qu'il est soigné à l'hôpital d'Origny-Sainte-Benoite pour une pleurésie provoquée par sa blessure, il parvient à s'évader en compagnie d'un autre officier français, et gagne les Pays-Bas en vue de revenir ensuite en France.

Ayant rejoint La Haye, il se met en correspondance avec le colonel Desprez, attaché militaire français. Envoyé en Angleterre, il y rejoint un ami, le capitaine Wallner, du service de renseignement français. Les deux officiers regagnent ensuite la France, à bord du croiseur qui ramène Théophile Delcassé, ministre des Affaires étrangères, et Piotr Bark, ministre des Finances de la Russie. Giraud reprend sa place à l'État-major de la , aux côtés du général Franchet d'EspèreyLe futur général Henri Giraud avant et pendant la Première Guerre mondiale, site de l'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense, ecpad.fr. ; il retourne au front et, à partir de , participe, comme chef de bataillon au régiment de zouaves, à la bataille du Chemin des Dames et à la prise du fort de Malmaison« L comme La Malmaison (fort) », sur Dictionnaire du Chemin des Dames, consulté le 28 mars 2010.. Il est ensuite nommé chef d'état-major de la Division marocaine du général Daugan à partir de et termine la guerre à ce poste.

Entre-deux-guerres Après la guerre, Giraud est en poste à Constantinople au sein des troupes de Franchet d'EspèreyDécorations du général Giraud, musée de l'Infanterie.. Il est rappelé à Paris par le général Mordacq pour servir à ses côtés au ministère de la Guerre afin d'élaborer les prochaines lois de l'organisation des armées (loi des cadres, statuts de l'État-Major général, loi du recrutement, organisation du Conseil supérieur de Guerre…) ; lors du retrait de Clemenceau en , Giraud est envoyé au protectorat français au Maroc sous les ordres du maréchal Lyautey qui l'a personnellement réclamé à ses côtés. Comme lieutenant-colonel commandant le de tirailleurs algériens, il participe à la guerre du Rif et reçoit la reddition d'Abd el-Krim le . Il est professeur à l'École de guerre de 1927 à 1929. Quand le gouvernement crée, le , la région militaire des confins algéro-marocains, il en confie le commandement au colonel Giraud avec mission de les pacifier. Il le nomme général de brigade en Hommes et destins : dictionnaire biographique d'outre-mer – Maghreb-Machrek, Académie des sciences d'outre-mer, , 1975, .. En 1933 il dirige, avec Catroux, les troupes françaises lors de la Bataille de Bougafer.

Jusqu'en 1934 Giraud combat la résistance berbère aux abords du Tafilalet et dans le djebel Saghro. Ayant achevé la conquête armée, et la soumission des tribus résistantes, de l'Afrique du Nord, il reçoit sa troisième étoile de général de division et est affecté en à Oran où il reste jusqu'en .

Promu général d'armée en 1936, il devient la même année gouverneur militaire de Metz, puis commandant de la REFERENCE NON DEFINIE ! : à ce titre, il est le supérieur hiérarchique du colonel de Gaulle, commandant du de chars de combat. Les carrières des deux officiers se croisent à plusieurs reprises avant la Seconde Guerre mondiale : leurs relations sont mauvaises et, lors des exercices de stratégie, Giraud s'oppose vivement aux idées de De Gaulle en matière d'utilisation des blindésMichel Tauriac, De Gaulle avant de Gaulle – La construction d'un homme, Plon, 2013, ..

Selon Pierre Péan, Giraud aurait reçu en la visite d'Eugène Deloncle, l'un des responsables de la : informé des activités de l'organisation, le général aurait promis à Deloncle son appui en cas de . Deloncle, quant à lui, aurait déclaré à Giraud que lui et ses hommes étaient prêts le cas échéant à se mettre sous ses ordres..

En 1939 Giraud reçoit le commandement de la .

Bataille de France et captivité Quand la Seconde Guerre mondiale commence, Giraud est membre du Conseil supérieur de la guerre. Il y figure parmi les partisans résolus de la guerre en cas d’invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie. Il désapprouve alors la tactique, préconisée par de Gaulle, d'emploi offensif des blindés en formations groupées pour percer les lignes ennemies.

vignette|Henri Giraud ( à partir de la droite) après avoir été fait prisonnier. Autour du général sur l'aérodrome, des officiers allemands, derrière lui, un soldat-coordinateur français.

Le , Giraud doit, dans le cadre du plan Dyle-Bréda, atteindre au plus vite les Pays-Bas à la tête de la . Il parvient à retarder les troupes allemandes à Bréda le . Dès le , Gamelin le nomme à la tête de la , en remplacement du général Corap, après l'attaque blindée allemande par les Ardennes. Après trois jours passés à la recherche des troupes d'une armée qui n'existait plus, il est capturé le à Wassigny par le général von Kleist. Il est d'abord conduit près de Vervins, puis à Bonn avec son officier d'ordonnance, le lieutenant Tannery. Rapidement il est envoyé seul en Silésie.

gauche|vignette|Juin 1940 : le général Giraud, prisonnier de guerre, sort d'un bâtiment et monte dans une voiture. On aperçoit des soldats allemands et des soldats français.

Il est interné à la forteresse de Königstein près de Dresde, dans un centre d'internement de haute sécurité pour les prisonniers de guerre de marque, nommé aussi « la Bastille de Saxe ». Son logement est composé de deux pièces, au second étage d'un bâtiment dominant à pic la cour intérieure, avec de petites fenêtres grillagées.

Lors de son arrivée, le commandant de la forteresse, le général Genthe, lui indique qu'il est emprisonné « en représailles pour la conduite inqualifiable qu'a tenue en 1918 le maréchal Foch vis-à-vis du ».

Depuis sa prison, Giraud adresse des marques de sympathie au gouvernement de Pétain : en , il envoie à ce dernier une longue note sur les causes de la défaite de la France, à laquelle ont contribué à ses yeux la dénatalité, les congés payés, le parlementarisme, les syndicats, la faillite de l'enseignement public et la perte de la notion d'autorité. Il fait parvenir en à Georges Scapini un mémoire intitulé Collaboration : Selon son plan, la France fournirait des travailleurs recrutés d’abord parmi des volontaires, puis parmi les chômeurs, et enfin parmi les célibataires puis « les mariés sans enfants ou avec un enfant, en commençant par les plus jeunes classes »Raphaël Spina : Histoire du STO, Perrin, 2017, chap.2, §29.

Le , Giraud, toujours emprisonné, se voit décerner la Grand-croix de la Légion d'honneur.

Selon l’historien Robert Paxton, Giraud se distingue de nombreux officiers français, impressionnés par l'armée allemande ; il s'engage

La lettre de Giraud à ses enfants Une lettre, que le général Giraud, captif à Königstein, adresse à ses quatre fils et à ses filles en , est largement diffusée à l'époqueMchèle Cointet, De Gaulle et Giraud : l'affrontement (1942-1944), Perrin, 2005, .. Giraud y expose, en termes généraux, ses idées sur les remèdes à apporter aux problèmes de la France. Le général de Gaulle, lui-même, participe à la diffusion de cette missive ; il en adresse notamment une copie au prince Félix de Bourbon-Luxembourg en la préfaçant : .