André Gempp, né le à Toulon (Var) et mort le à Solliès-Toucas (Var), est un ingénieur militaire français de la Marine nationale, spécialiste de la construction de sous-marins.
Il est le concepteur du bathyscaphe FNRS-3, des sous-marins de la classe Daphné, du sous-marin expérimental lanceur de missiles Gymnote, et des sous-marins nucléaires de la classe Le Redoutable.
Il est considéré comme le père des sous-marins nucléaires français.
Origines familiales André Gempp est le fils du capitaine de frégate Etienne Gempp (1892-1971), officier de marine français ayant combattu durant la Première Guerre mondiale, et d’Aimée Van Gaver (1893-1985). Il est le second enfant d’une famille de sept.
Du côté paternel, André Gempp descend de Charles Gempp (1820-1888), un Allemand naturalisé Français originaire du grand-duché de Bade et venu en France en 1851 pour prendre la direction de la distillerie d’absinthe de Lunel (Hérault), créée par son beau-père Edouard Pernod (1799-1886), lui-même fils de Henri-Louis Pernod (1776-1851), le célèbre inventeur suisse de l’absinthe. Charles Gempp sera également maire de Lunel de 1881 à 1884.
Du côté maternel, André Gempp est le petit-fils du capitaine de vaisseau Amédée Van Gaver (1864-1915) qui a commandé le cuirassé Charlemagne durant la bataille des Dardanelles en 1915, et mort pour la France la même année.
Formation et débuts professionnels Après ses études primaires et secondaires à l'externat Saint-Joseph de Toulon, André Gempp entre comme élève au Prytanée militaire de La Flèche (Sarthe) en 1936, y obtient son baccalauréat, puis y prépare le concours d’entrée à l’Ecole polytechnique. Il intègre cette école en , classé sur 280 admis. Il a alors 19 ans. Durant la guerre, il est mobilisé comme aspirant dans l'artillerie coloniale, jusqu'en .
Diplômé de l’X en 1942, il choisit à la sortie de Polytechnique de servir dans le corps du Génie maritime. Après un passage en école d’application, il est affecté en 1944 à la Direction des constructions et armes navales (DCAN) de Toulon, où il est chargé de l'entretien des sous-marins de la Marine nationale.
À la Libération, le port militaire de Toulon est encombré d'épaves de navires coulés lors du sabordage de la marine française en 1942 mais aussi de plusieurs carcasses de U-Boot allemands abandonnés par l'Occupant en 1944. C'est à André Gempp que la Marine doit le renflouement et la remise en état du sous-marin U-471 coulé le dans le bassin de Missiessy lors d'un raid aérien américain. Ce sous-marin ex-allemand, rebaptisé Millé, reprend du service dans la Marine nationale française en 1946.
En 1946, cette flotte de sous-marins est donc très hétéroclite, avec des submersibles de construction française, britannique, mais aussi des sous-marins ex-allemands, ayant peu de documentations techniques et de pièces de rechange, ce qui rend complexe le maintien opérationnel de cette flotte.
Durant les années qui suivent, outre l’entretien et le suivi de la flotte des sous-marins, André Gempp participe également au programme de construction et d’essais des sous-marins de la classe Narval conçus en 1948 par l’ingénieur du génie maritime Gérard Dupont de Dinechin, et des sous-marins de la classe Aréthuse conçus en 1952 par l’ingénieur du génie maritime André Girousse.
Enfin, de 1947 à 1952, André Gempp assure des cours de « construction du sous-marin » en tant que professeur à l’École de navigation sous-marine de Toulon, au profit des officiers de lutte ASM.
La conception du bathyscaphe FNRS-3 (1951-52) En 1948, le professeur suisse Auguste Piccard conçoit un premier submersible d'exploration abyssale : un bathyscaphe équipé d’une sphère, baptisé FNRS-2 en hommage au Fonds National de la Recherche Scientifique, organisme belge qui l'a financièrement soutenu. Deux plongées au large des îles du Cap-Vert montrent immédiatement les limites des choix techniques qui ont été faits par Piccard. Au retour de la deuxième plongée, le bathyscaphe FNRS-2 est même définitivement endommagé. L’échec est total. Mais Auguste Piccard est déterminé dans son projet d’exploration des fonds marins. En , une convention est signée entre le Fonds National de la Recherche Scientifique belge, propriétaire de la sphère, et la Marine nationale française : le FNRS contribuera au financement d'un nouveau bathyscaphe qui sera construit à l'arsenal de Toulon et qui, après trois plongées profondes, appartiendra à la Marine nationale.
C'est à André Gempp qu'est confiée, début 1951, la conception d'un nouveau submersible baptisé FNRS-3. Le professeur Piccard, qui ne dirige plus le projet, demeure conseiller technique. Mais progressivement, les relations de travail deviennent de plus en plus difficiles entre la Marine nationale et Piccard : ce dernier accepte très mal de voir certaines de ses propositions techniques, certes originales mais irréalistes, être rejetées par André Gempp et son équipe. Se sentant incompris, Piccard quitte finalement le projet début 1952 pour construire son propre bathyscaphe avec le concours de la Marine italienne : bon nombre des caractéristiques techniques de son bathyscaphe, le Trieste, seront issues des solutions imaginées par Gempp et que Piccard finira par faire siennes après les avoir parfois combattues.
A Toulon en effet, André Gempp a l'idée d’inventer un véritable petit sous-marin d’un type totalement nouveau, long d’environ 16 mètres. Il fait envelopper la sphère de l’ancien FNRS-2 dans une structure remorquable en mer, équipée d'ailerons stabilisateurs disposés de part et d'autre de celle-ci, dotée de réservoirs totalisant près de 80 mètres cubes d'essence, possédant sur le pont un kiosque (appelé « baignoire ») relié à la sphère par un puits d'accès appelé « sas ». Ce sas fait office également de ballast puisqu’il peut être rempli d’eau pour aider à la descente du bathyscaphe dans les profondeurs.vignette|288x288px|Le bathyscaphe FNRS-3 conçu par André Gempp en 1951-52, aujourd'hui exposé à Toulon.À l'été 1952, alors que les plans du FNRS-3 sont achevés par André Gempp, celui-ci est affecté en urgence à Saïgon pour l’entretien opérationnel de la flotte navale française d’IndochineAndré Gempp doit en effet remplacer l'ingénieur principal de l'arsenal de Saïgon tombé subitement gravement malade. Source : G. Houot et P. Willm, Le Bathyscaphe. A 4050 m au fond de l'océan, Editions de Paris, 1954, p. 23.. C'est à l'adjoint d'André Gempp, l'ingénieur du génie maritime Pierre Willm, qu'il revient donc de mener à son terme le projet du FNRS-3 dont la construction commence à peine et pour lequel il ne reste plus à finaliser que quelques détails techniques secondairesJean Jarry, op. cit. pp. 67-68.
En le FNRS-3, le premier bathyscaphe opérationnel de l’histoire maritime, est enfin mis à l’eau. Georges Houot (nommé commandant et pilote du bathyscaphe) et Pierre Willm (ingénieur) commencent les essais du FNRS-3 en Méditerranée et atteignent 2 100 mètres de profondeur. Le , au large de Dakar (Sénégal), le FNRS-3 atteint 4 050 mètres ce qui constitue un record mondial. Ce record tiendra six ans avant d'être détrôné en 1960 par le bathyscaphe de Piccard, le Trieste, que l’US Navy américaine a fini par acquérir en 1958 et qu’elle a modernisé à grands frais, lui permettant ainsi d’atteindre 10 900 mètres dans la Fosse des Mariannes.
Entre-temps en 1954, l'Académie des Sciences décerne à André Gempp le prix Lamb « pour ses études effectuées en vue de la réalisation du bathyscaphe français », tandis que Georges Houot et Pierre Willm se voient décerner par cette même Académie le Prix Plumey pour « être descendus en bathyscaphe à une profondeur supérieure à 4 000 mètres, au péril de leur vie ».
La conception des sous-marins de la classe Daphné (1955-1964) Dans les années 1950, la flotte sous-marine française est en train de se doter de deux nouveaux types de sous-marins : ceux de la classe Narval (au nombre de 6) et ceux de la classe Aréthuse (au nombre de 4). Les premiers, longs de 79 m et déplaçant 1 400 tonnes, sont plutôt destinés à l’attaque des bâtiments de surface dans l’immense Atlantique et bénéficient donc d’un long rayon d’action. Les seconds, spécialement destinés à la chasse contre les sous-marins ennemis en Méditerranée, sont nettement plus petits (50 m de long, déplaçant 400 tonnes), ont un rayon d’action plus court et sont moins bien armés en torpilles. Mais les Aréthuse ont l’avantage sur les Narval d’être beaucoup plus silencieux et plus maniables. vignette|376x376px|Le sous-marin Flore, de la classe Daphné conçue par André Gempp, aujourd'hui exposé à Lorient (Morbihan). Alors qu’il vient de rentrer de son séjour en Indochine (1952-1954), André Gempp est chargé par la Marine nationale de mettre au point un troisième type de sous-marin, combinant à la fois les avantages des Narval et ceux des Aréthuse. Après plusieurs mois d’études, André Gempp propose en 1955 à la Marine les plans d’un sous-marin plus gros que les Aréthuse (58 mètres de long, déplaçant 800 tonnes), mais tout aussi discret et maniable, doté d’un rayon d’action lui permettant de combattre dans la zone d’action des Narval, c’est-à-dire l’Atlantique, et capable de plonger plus profondément que les Narval et Aréthuse. Muni d'un équipement de détection et d'un système d'arme également plus élaborés, ce nouveau sous-marin est apte aussi bien à la chasse aux sous-marins qu'à l'attaque de bâtiments de surface.
Les plans de ce sous-marin dit à « hautes performances » donnent ainsi naissance aux 11 sous-marins de la classe Daphné, dont le premier entrera en service dans la Marine nationale en 1964 et le dernier quittera le service en 1998.
La classe Daphné, contrairement aux classes Narval et Aréthuse, est également un succès à l’exportation puisque le Portugal, l’Espagne, le Pakistan et l’Afrique du Sud vont commander au total 15 sous-marins supplémentaires. Ce qui donne à la France une réputation internationale en matière de technologie sous-marine.
La conception des sous-marins nucléaires de la classe Le Redoutable (1960-1971) vignette|Le Redoutable, aujourd'hui exposé comme musée à la Cité de la Mer à Cherbourg. En 1960 le général de Gaulle, devenu président de la République, prend la décision de doter la France d'une nouvelle classe de sous-marins à propulsion nucléaire, capables de lancer des missiles à tête nucléaire à plusieurs milliers de kilomètres. Cette décision se concrétise le , avec la signature de la commande du premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE).
Mais la mise au point de ce premier SNLE s'annonce très complexe car elle doit conjuguer quatre projets avançant en parallèle : la construction du sous-marin proprement dit par la Direction des constructions et armes navales (DCAN), la mise au point du réacteur nucléaire par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), le développement du missile balistique M1 sous la direction de la SEREB et enfin la mise au point d'une bombe nucléaire suffisamment compacte par la Direction des applications militaires (DAM).
Pour coordonner efficacement l'ensemble de tous ces acteurs, une organisation baptisée Cœlacanthe est mise en place dès 1962 : à sa tête se trouve un maître d’œuvre principal (MOP). Le premier « MOP Cœlacanthe » sera l’ingénieur général du génie maritime Henri Bensussan, lequel occupera cette fonction de 1962 à 1966. Et c’est André Gempp, devenu à son tour ingénieur général, qui prendra la suite de 1966 à 1972.
Mais avant de devenir le second « MOP Cœlacanthe », André Gempp se voit d’abord confier par la DCAN la mission de construire le SNLE en tant « qu’architecte du navire » (le poste d’architecte de la propulsion nucléaire du sous-marin étant confié à l’ingénieur du génie maritime Jacques Chevallier).