Louis Bréa, ou Ludovic Bréa, né vers 1450 à Nice (alors dans les États de Savoie), et mort vers 1522-1525, est un peintre actif à Nice, dans l'arrière-pays niçois, à Gênes et sur la Riviera ligure. Il fait partie des peintres primitifs niçois.

Biographie

Ludovico Brea naît vers 1450 à Nice dans une famille d'artisans (originaire de Montalto Ligure). Il épouse Antonietta Calholi.

Il est le premier peintre de la région niçoise et ligure occidentale à sortir des codes traditionnels du gothique pour faire entrer, par son influence, toute la région dans la voie de la Renaissance. On lui doit essentiellement des œuvres religieuses monumentales (fresques, retables, polyptyques) présentant une étonnante finesse dans les détails et fondatrices d'un style et d'une école. Il a joui de son vivant d'une grande réputation et reste une référence essentielle dans l'art religieux des . Sa première œuvre conservée, la Pietà, a été achevée le . On peut l'admirer dans l’église du Monastère de Cimiez à Nice, qui abrite aussi la Crucifixion et la Déposition de Croix. Sa notoriété grandissant, il travaille en 1490 pour Giuliano della Rovere, futur pape Jules II.

L’œuvre de Louis Brea

Ses retables estimés à une trentaine et dispersés sur un vaste territoire de plus de 300 kilomètres, des Arcs en Provence à Gênes, couvrent quatre décennies, depuis 1475 et s'inscrivent naturellement dans le courant des Primitifs niçois, ces peintres niçois mais aussi piémontais ligures, provençaux qui du milieu du XVe au milieu du XVIe siècle ont réalisé un grand nombre de retables à éléments pour les églises des deux versants des Alpes méridionales. Ses retables, comme ceux de ses contemporains, obéissent aux règles de structure, d'iconographie et d'ordonnance des images jamais démenties : deux registres « le principal et le supérieur » reposant sur une prédelle (trop souvent disparue) et peuplés d'images de saints protecteurs, ordonnées rituellement au registre principal autour de la figure du saint ou de la Vierge dédicataires et au registre supérieur autour d’une des deux images axiales du Christ vivant ou sacrifié. Ses figures de saints inspirées par celles de la Vierge de miséricorde de Miralhet connue dès son enfance et admirée tout au long de sa vie dans la chapelle des Pénitents noirs, se distinguent par la justesse de leurs proportions, leur aisance naturelle à occuper leur élément, leur rayonnante spiritualité, qualités servies par la pleine maîtrise du "sfumato", si exalté sur l’autre versant des Alpes avant tout par Léonard de Vinci mais ignoré jusqu’alors des Primitifs niçois. Par ailleurs Louis Brea est le seul des Primitifs niçois à écarter parfois la formule des retables à éléments pour adopter celle des retables à sujet central et à structure géométrique symbolique si chers à la Renaissance italienne. On peut admirer entre autres, dans le panneau central de son Annonciation de Lieuche de 1499 la relation intrinsèque du sujet et de sa structure géométrique : les diagonales croisées entre les livres des deux Alliances posés sur le lutrin et liés entre eux, affirment l'importance cruciale de ce moment de l’histoire sacrée et sur les côtés du triangle de base de la composition, l’égale taille de l’ange et la Vierge agenouillés face à face révèle la participation égale du Ciel et de la Terre dans l’accomplissement du mystère de l'incarnation.

On trouve ses œuvres à Nice et dans sa région : à Lieuche, Lucéram et de nombreux autres villages de l'arrière-pays et des Alpes-Maritimes, ainsi qu'à Antibes et Monaco. On en trouve aussi beaucoup en Italie (Ligurie) : à Taggia, Gênes et Savone.

Le musée du Louvre expose l'une de ses toiles en compagnie des peintres français du .

Œuvres authentifiées

En France Les Arcs (Var)

Église paroissiale Saint Jean-Baptiste : Vierge à l'Enfant, saint Pierre et saint Jean-Baptiste (1501), Ce retable à deux registres comporte seize panneaux. Le panneau central du registre inférieur représente la Vierge portant l'Enfant Jésus sur sa jambe droite. Elle lit un livre ouvert, posé sur sa jambe gauche. La tête de la Vierge et celle de Jésus sont entourées chacune d'une auréole dorée à double cercle. À droite se trouve l'évêque Honorat couvert d'une mitre blanche à bordure rouge et vêtu d'un pallium bleu. Le saint bénit de la main droite et tient une crosse reliquaire de la gauche. À l'extrême droite l'abbé Benoît enveloppé dans une large cape noire, tient un livre. À gauche, saint Pierre représenté avec une barbe grise et en manteau jaune, tient les clés du paradis. À l’extrême gauche saint Jean-Baptiste, vêtu d'une cape écarlate porte l'agneau divin sur un livre.

Sur le second registre est représenté dans un paysage avec une ville fortifiée, le Christ en croix entouré à gauche par la Vierge en manteau bleu et à droite par saint Jean en manteau rouge. À gauche saint Victor, officier romain converti, est représenté en cuirasse avec une cape vermillon portant une bannière à croix rouge. À l’extrême gauche saint Blaise en habit d'évêque, bénit de la main droite et porte la crosse de la gauche. À droite saint Sébastien le corps criblé de flèches. À l’extrême droite Marguerite d'Antioche est représentée avec un dragon furieux à ses pieds.

Les bandes latérales comportent chacune trois tableaux superposés représentant : à droite et de bas en haut : Antoine ermite, Catherine d'Alexandrie en cape écarlate et un saint évêque avec une chape verte ; à gauche et de bas en haut : Jacques le Majeur en robe noire et manteau rouge, Marie Madeleine en manteau écarlate soulevant le couvercle d'un vase à parfum et sainte Marthe tenant en laisse la tarasque.

Les intervalles entre les différents tableaux de ce retable sont peints d'une couleur gris bleu.

Châteauneuf-de-Galaure (Drôme) Foyer de la charité : Sainte Marguerite d'Antioche (1494), .

Ce retable comporte trois panneaux à deux registres encadrés par une bande latérale comportant chacune la représentation de quatre saints superposés. Sur le compartiment central du registre inférieur est figurée sainte Marguerite d'Antioche vêtue d'un manteau rouge à doublure vert foncé, sortant du corps d'un dragon symbolisant le démon. À droite Marie Madeleine, reconnaissable au vase de parfum qu'elle porte, est vêtue d'un manteau bleu à doublure rouge. À l'extrême droite se trouve saint Pierre en manteau jaune et robe verte avec un livre à la main. À gauche est figurée sainte Catherine d'Alexandrie, manteau bleu à doublure rouge, qui tient une roue et une palme, symboles du martyre. À l'extrême gauche, est représenté saint Jean-Baptiste désignant un petit agneau posé sur un livre.

Sur le registre supérieur est figuré au centre un Christ de pitié encadré par la Vierge et saint Jean. À droite se trouvent d'abord saint Laurent en dalmatique rouge avec un gril, puis saint Dominique tenant une fleur de lys. À gauche se trouvent saint François d'Assise en habit de franciscain et portant la palme de martyre, puis à l'extrême gauche saint Michel archange en armure et manteau rouge.

Les bandes latérales présentent deux séries de quatre saints superposés. À droite de bas en haut : saint Antoine Ermite, Bernard abbé, et en haut La Vierge de l'Annonciation. À gauche, également de bas en haut : saint Bernard de Menthon, Siro archevêque de Gênes foulant le basilic symbole de la sorcellerie, saint Thomas d'Aquin et l'archange Gabriel en robe violette et sans aile.

Nice (Alpes-Maritimes)

Le Monastère de Cimiez abrite deux œuvres importantes de Louis Brea : Crucifixion (1512), .

Le tableau principal représente le Christ mort sur la croix, avec au pied de celle-ci la Vierge Marie soutenue par saint Jean et une sainte femme. À gauche de la croix et un peu en arrière, une autre sainte femme aux mains jointes et saint François d'Assise aux mains stigmatisées regardent le Christ. À droite Marie Madeleine embrasse la croix. Derrière elle Jérôme agenouillé, l'air farouche, ouvre le haut de sa robe et regarde aussi le Christ. Un personnage en turban blanc se tourne vers un homme à barbe portant des habits écarlates brodés d'or. Ces deux personnages ne regardent pas le Christ, de plus l'homme en rouge tourne le dos aux spectateurs. La scène se déroule en pleine nature ; au loin, dans la vallée, la ville de Jérusalem apparaît avec ses remparts et les chemins y conduisant.

Dans les écoinçons de ce tableau principal sont figurés à gauche le roi David portant un col d'hermine et jouant de la harpe, et à droite le prophète Isaïe, index levé et tenant un livre. Les bandes latérales présentent chacune trois petits tableaux superposés avec : à gauche et de bas en haut : saint Honorat, saint Antoine de Padoue et saint Bonaventure ; à droite et de bas en haut : sainte Hélène, sainte Catherine d'Alexandrie et saint Louis d'Anjou.

La prédelle représente cinq scènes de la Passion. De gauche à droite on trouve successivement les scènes suivantes : l'arrestation du Christ avec le baiser de Judas tandis que Jésus recolle l'oreille de Malchus et que Pierre rengaine son épée. la flagellation du Christ attaché à une colonne un Christ de pitié représenté debout et dévêtu dans le tombeau. le couronnement d'épines le portement de la croix.

Pietà (1475), peinture sur bois à trois panneaux, ..

Ce retable est composé de trois panneaux, la prédelle et le revers ayant sans doute disparu. Le panneau central représente une pietà avec la Vierge, assise au pied de la croix regardant son fils mort allongé sur ses genoux. Derrière elle huit anges contemplent la scène. La tête de la Vierge est entourée d'un nimbe formé par deux cercles concentriques avec des décors de fleurs. Quelques traces de sang sont visibles sur le corps du Christ. L'impression de souffrance est accentuée par l’extrême maigreur du corps du Christ.

Sur le panneau de droite se trouve sainte Catherine d'Alexandrie s'appuyant sur la roue de son supplice et tenant de la main gauche une épée ; elle est enveloppée d'un large manteau rouge doublé de blanc. À gauche saint Martin est représenté en élégant jeune homme. Monté sur un cheval blanc, il coupe son manteau avec son épée. À ses côtés un jeune unijambiste s'appuie sur une béquille.

C'est le premier retable connu de Ludovic Brea, artiste déjà en pleine possession de son art.

En Italie Dolceacqua

Église paroissiale Sant'Antonio de Dolceacqua : retable de Sainte Dévote (1517), Retable de sainte Dévote

Ce retable a été commandé en 1513 par Françoise Grimaldi à Brea et sera terminé en 1517. Il est consacré à sainte Dévote patronne de la principauté de Monaco. Il est composé de trois panneaux à deux registres avec deux bandes latérales;

La figure centrale du premier registre représente sainte Dévote en manteau rouge et robe de brocart doré, avec des cheveux longs et tenant la palme des martyrs dans la main droite et un livre dans la gauche. À droite sainte Agathe, les deux seins coupés, les retient contre sa poitrine avec la main droite tandis que de la gauche elle tient une palme (symbole du martyre). À gauche, sainte Barbe porte de sa main droite une grande tour à trois fenêtres, symbole de la trinité chrétienne et tient dans la main gauche une palme.

Au second registre , au-dessus de sainte Dévote, est représentée une pietà dans un décor montagneux : la Vierge aux mains jointes, en robe rouge et manteau bleu, contemple son fils au teint livide allongé sur ses genoux. À droite saint Jérôme en habit rouge de cardinal, tient un livre ouvert. Un lion de petite taille s'agrippe à sa manche. À gauche saint Jean-Baptiste tient un livre sur lequel est assis un agneau.

De part et d'autre du retable une bande latérale présente trois tableaux de saints superposés. De bas en haut on trouve : à droite : sainte Marthe en vêtement noir et blanc tenant la tarasque en laisse, saint François d'Assise avec un livre ouvert et un abbé avec un crucifix ;