Jacques Meyer, né le à Valenciennes (Nord) et mort le à Cavalaire-sur-Mer (Var), est un homme de lettres français, combattant de la Première Guerre mondiale, invalide de guerre, résistant, évadé de France, administrateur d’organes de la presse écrite et radiophonique française. Son œuvre littéraire est portée par le besoin de témoigner des traumatismes subis par les combattants des deux guerres mondiales et de leur permanente confrontation à la mort.
Biographie Famille
Les parents Jacques Meyer est le fils de Félix Meyer, rabbin, et Léa Lévy, nés dans le Bas-Rhin, respectivement à Brumath en 1865 et à Niederbronn en 1868, réintégrés en qualité de Français en 1888 après l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne. Cette même année, Félix est élu à l’unanimité rabbin de ValenciennesL’Univers israélite, 16 septembre 1888, p. 26 ; Xavier Boniface & Jean Heuclin (dir.), Diocèses en guerre (1914-1918): L’Église déchirée entre Gott mit uns et le Dieu des armées, Presses universitaires du Septentrion, Lille, 2018, p. 86.. Il épouse Léa Lévy à Brumath le Registre des mariages de Brumath pour 1891 (AD Bas-Rhin, 4 E 66/20, vue 40/58).. Très apprécié dans sa communauté, en particulier pour ses talents oratoiresArchives israélites de France , 25 juin 1896, p. 7. et ses synthèses historiques sur le judaïsmeLe Judaïsme et la civilisation, Armand Durlacher, Paris, 1892 ; La femme juive à travers l'histoire, Lepez & Ayasse, Valenciennes, 1896., il devient rabbin suffragant du grand-rabbin du Consistoire de la région Nord à Lille en 1896A. Demeunynck et O. Devaux, Annuaire statistique du département du Nord, Lille, Annuaire Havas et L. Danel, 1896, p. 231-232 (en ligne sur Gallica)., puis rejoint Paris en 1905, appelé par le Consistoire central israélite de France pour diriger l’École de travail, 4 bis rue des Rosiers (4e arrondissement)Cahiers de Radio-Paris, 15 avril 1932, p. 397-399..
Jean Meyer, frère de Jacques, né en 1904, est ancien élève de l’École polytechnique (promotion 1924), ingénieur de l’École supérieure d’électricité et de l’École supérieure des télécommunications, ingénieur général des télécommunications.
Samuel Lévy, frère cadet de la mère de Jacques, né le à NiederbronnRegistre des naissances de Niederbron pour 1870 (AD Bas-Rhin, 4 E 324/6 vue 33/35)., devient directeur général de la maison Louis Dreyfus et Cie, où il est connu sous le nom de Sem Levy, ou Sem-Lévy. Décédé dans sa propriété de Boissettes (Seine-et-Marne) le , il est inhumé au cimetière du Montparnasse. « Les prières sont dites par le rabbin Félix Meyer, directeur de l‘École de travail, son beau-frère »Le Matin, 5 septembre 1934, p. 2 ; Archives israélites de France, 13 septembre 1934, p. 7 (Retronews)..
Jacques Meyer épouse le à Bonnieux (Vaucluse) Yvonne Denise Angelina Monier (Cavaillon, – Maussane-les-Alpilles, ).
Les proches Louis Dreyfus, huissier à Valenciennes, 52 ans et Léopold Dreyfus, marchand de grains, tous deux optants pour la nationalité française en 1872, signent l’acte de naissance de Jacques MeyerRegistre des naissances de Valenciennes, année 1895 (AD Nord, 1 Mi EC 606 R 013) ; Listes d’optants pour 1872 (AN, BB/31/114).. Léopold Dreyfus, né à Sierentz (Haut-Rhin) le , est proche de Léopold Louis-Dreyfus, né en 1833 dans la même commune. Ce dernier, négociant en grains, l'un des pionniers des marchés à terme de matières premières est le père de Louis Louis-Dreyfus (1867-1940), armateur, président du groupe Louis-Dreyfus, président du journal L’Intransigeant qui lance les carrières professionnelles de Samuel Lévy et de son neveu Jacques Meyer.
Études et diplômes Arrivé à Paris à 10 ans, Jacques Meyer entre dès au lycée Charlemagne, au petit lycée en , puis au grand lycée à partir de la On le voit classé second au classement des élèves les plus nommés de la classe de Sixième A2 à l’issue de l’année scolaire 1905-1906 (Distribution des prix, Journal des Débats, 27 juillet 1906, p. 3, col. 2), quatrième de la classe de Quatrième A à l’issue de l’année scolaire 1907-1908 (Distribution des prix, Supplément au Gaulois du 31 juillet 1908, p. 6, col. 5). où il obtient le baccalauréat en 1912. Puis, s’orientant vers des études supérieures de Lettres, il rejoint le Lycée Louis-le-Grand pour préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure (ENS)Distribution des prix au Lycée Louis-le-Grand, J. Meyer cité parmi les élèves de la classe Première vétéran (Le Radical, 14 juillet 1913, p. 5, col. 2 Lire en ligne sur Gallica)..
En , il est reçu à l’ENS de la rue d'Ulm. Les événements des premières semaines de la guerre l'incitent toutefois, au lieu de rejoindre l'ENS, à devancer l’appel de sa classe d'âge sous les drapeaux (l'année suivante, en 1915) et à s’engager à l'âge de 19 ans pour 5 ans le . À la fin de la guerre, six mois avant sa démobilisation, Jacques Meyer, détaché de sa position d’interprète militaire, rejoint l’ENS le , ce qui lui permet de se présenter l’année suivante au concours spécial de l’agrégation de philosophie auquel il est reçu Archives israélites de France, 30 juillet 1914, p. 7 (Retronews) ; Service d’Histoire de l’Éducation, LARHRA, Ressources numériques en histoire de l’éducation, Listes nominatives des concours d’agrégation, Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960, philosophie (Consulter en ligne).. Il a parallèlement entrepris des études juridiques et obtient la licence puis le doctorat en droit en 1925Jacques Meyer obtient le doctorat en Droit avec une thèse sur le chèque et ses usages. Pour développer l’emploi de ce moyen de paiement en limitant le risque de chèque sans provision, il préconise l’instauration de chèques de montants prédéfinis, dont le paiement est garanti par la banque émettrice, en contrepartie du versement préalable par l’émetteur des sommes équivalentes sur un compte bloqué (L’Oeuvre, 4 avril 1925, p. 4, col. 3 ; H.P., « Du chèque », Le Mercure africain, 13 mai 1925, p. 573-574 (Lire sur Gallica)..
Engagement pour la France Grande Guerre Déclaré bon pour le service malgré sa petite taille d’1 mètre 54, Jacques Meyer est incorporé le comme soldat de classe au 74e régiment d’infanterie à Paris. Après trois mois d'instruction, il est promu sous-lieutenant à titre temporaire le , passe au 129e régiment d’infanterie à partir d’ lors de l’offensive d’Artois dans la région d’Avesnes-le-Comte. Le , le régiment est transféré dans les Vosges par chemin de fer. Début , il quitte les Vosges pour gagner la Champagne, cantonner le à Villers-le-Sec, puis le 25 à Somme-Suippe, où il est maintenu dans les tranchées allemandes conquises, jusqu’en . Cependant, le , J. Meyer est volontaire pour être affecté au 329e régiment d’infanterie dont la plupart des officiers supérieurs ont été tués la veille par un bombardement d'artillerie"Historique succint [sic] du régiment d'infanterie pendant la guerre 1914-1918", Boyard, Le Havre, 1919, 20 p.. Jacques Meyer conte lui-même dans La Biffe la succession des semaines de la vie de tranchée en Champagne dans la boue, la craie, au milieu des arbres calcinés. Le , le régiment quitte la Champagne pour quelques jours de repos dans l’Oise avant de reprendre un nouveau service dans le nord du département. J. Meyer y reçoit sa première citation, à l’ordre du régiment« Meyer, Jacques, sous-lieutenant à la Cie - Après avoir eu une très belle conduite, a sauvé la vie le 15 février 1916, sous un bombardement intense de minen, au guetteur placé auprès de son P.C. de commandant de Cie qui avait été enseveli par l’explosion d’un projectile » (Journal officiel, 24 septembre 1916, p. 8444, col. 1)..
thumb|gauche|100px|Monument aux morts d'Estrées-Deniécourt (Somme)Au printemps de , J. Meyer est invité à l'inauguration du monument en mémoire des 38 morts de la commune « en tant qu'historiographe de la prise d'Estrées »...
Tous les événements que Jacques Meyer rapporte ainsi, jour après jour, sont corroborés par les documents officielsJournal des Marches et Opérations du régiment d’infanterie, cahier du 18 avril au 1er novembre 1915, cahier du 1er novembre 1915 au 31 décembre 1916 (Service Historique de la Défense, GR, 26 N 752/3 et /4 ; site Mémoire des Hommes).. Pour sa conduite lors de l’offensive sur Estrées, il est promu lieutenant à titre temporaire, puis à titre définitif par décret du <ref>Journal officiel, , p. 8986, col. 3</ref> et reçoit une citation à l’ordre de l’armée le 6 août 1916« Meyer (Jacques), sous-lieutenant de réserve au rég. d’infanterie : n’a cessé de se prodiguer pendant les journées des 4, 5, 6 juillet 1916 avec une téméraire bravoure et une bonne humeur entraînante. A pris deux mitrailleuses (dont les servants se sont rendus). Blessé en organisant la position conquise » (Journal officiel, 23 novembre 1917, p. 9434, col. 2)..
Après son évacuation d'urgence le à l'église d'Harbonnières et les premiers soins dans un hôpital de campagne, J. Meyer doit être opéré à plusieurs reprises et reste hospitalisé pendant 11 mois ; il en gardera un handicap partielLe procès-verbal de la commission de réforme du 25 avril 1924 constatera une "gêne de la marche" et une "gêne douloureuse de la flexion du tronc" (cf. dossier militaire de Jacques Meyer au Service historique de la Défense à Vincennes).. Il passe toute l'année 1917 dans la partie militaire d'un hôpital général d'une grande ville de province et se voit transféré pour convalescence au dépôt de son régiment le . Fin mai, J. Meyer rejoint, à 60 km de Paris vers Melun, La Désirée, une « sorte de camp de quarantaine dans cette partie de la zone des armées où l’on concentrait alors les bataillons de défense avancée, région mi-arrière – mi avant où l’on bénéficiait des indemnités du front et de la sécurité de l’intérieur ». Une épidémie causée par un virus non identifié par les médecins le retient dans cet endroit avec les 300 soldats, jeunes recrues et vieux récupérés, dont il a désormais la charge en tant que commandant de compagnie. Cette fonction lui permet de bénéficier d'un cheval qu'il monte pour tout déplacement du fait de son incapacité à marcher au-delà de quelques centaines de mètres. Fin août, comme il le rapporte lui-même dans La guerre, mon vieux..., il peut enfin accompagner son unité jusqu'au front où il rejoint le 39e régiment d’infanterie au sud de Saint-Quentin. Ayant demandé et obtenu sa mutation dans l'aviation, il quitte le front fin pour la base aérienne de Dijon, qu'il quitte fin novembre à sa fermeture pour rejoindre le dépôt du RIDossier d'officier de Jacques Meyer au Service Historique de la Défense (SHD GR 8YE 85373). Le SHD détient également le dossier de résistant de Jacques Meyer, cote GR 16 O 415276..
De janvier à où il rejoint l’École normale supérieure, il est détaché à l’état-major de la armée, l'armée du Rhin, comme officier interprète en allemand et en patois alsacienRegistre matricule du département de la Seine pour l’année 1915, bureau, liste principale, matricule 391 (Archives municipales de Paris, D4R1 / 1860, 5 vues).. Ceci lui vaut de rejoindre l'état-major du général Mangin à Mayence d'où il poste pour L'Œuvre le une « Lettre de l'armée du Rhin », quelques jours avant de regagner ParisL'Œuvre publie cette lettre sur deux colonnes dans son numéro du 27 février 1919 sous le titre « Les Alliés à Mayence » (lire en ligne). Le texte en est intégralement repris en 1931 dans le chapitre « Les Français à Mayence » de La guerre, mon vieux..., p. 219-228.. Après presque quatre années et demie sous les drapeaux, Jacques Meyer peut intégrer l’École Normale supérieure.
Ancien combattant militant Jacques Meyer rejoint très tôt les 80 écrivains survivants de la Grande Guerre fondateurs de l’Association des écrivains combattants (AEC) dont il possède la carte en tant que membre sociétaire, c’est-à-dire « ayant eu l'honneur de porter les armes de la France »Article 1er des statuts, Association des écrivains combattants, Annuaire 1926.. Il reste fidèle à l’AEC jusqu’à sa mort.
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