La condition des femmes en république démocratique du Congo est doublement affectée par le faible niveau de développement du pays et par la persistance de fortes inégalités avec les hommes. Même si le régime de Mobutu a souligné le rôle important des femmes dans la société, et bien qu'elles jouissent de certains droits légaux (par exemple, le droit de posséder des biens et le droit de participer aux secteurs économiques et politiques), les contraintes coutumières et juridiques et l'absence de réelle volonté politique limitent encore leurs activités et leurs opportunités.

La condition féminine congolaise a toujours été – et est encore aujourd’hui – multiple, avec de fortes différences dès le système social autochtone, aussi bien entre ethnies qu'en fonction de leur statut ou de leur âge. Ces différences s'articulent avec deux constantes : la prééminence de l'homme sur la femme et une vision complémentaire de leur rôle aboutissant à une forte ségrégation du travail Le statut des femmes africaines dans les zones urbaines à l’époque coloniale était peu élevé. Les femmes adultes étaient des citadines légitimes si elles étaient épouses, veuves ou âgées. Dans le cas contraire, elles étaient présumées être des femmes libres et étaient imposées comme des prostituées rémunérées, qu'elles le soient ou non. De 1939 à 1943, plus de 30 % des femmes congolaises adultes de Stanleyville (aujourd'hui Kisangani) étaient ainsi enregistrées. Les impôts qu'elles payaient constituaient la deuxième source de recettes fiscales en importance pour la ville.

En 2024 encore, les conditions de vie des femmes sont notablement affectées par les épisodes de guerre et conflits armés touchant le pays, ajoutant violences sexuelles à la paupérisation générale, dans l'un des pays les plus pauvres du monde.

Grands indicateurs statistiques Les femmes représentent 51 % de la population, soit 50 millions de personnes.

Selon le Global Gender Gap Report 2023, la RDC est située dans les trois derniers pays de l'Afrique subsaharienne en termes de parité, aux côtés du Mali et du Tchad, avec un score inférieur à 62 %. Sur le plan mondial, son IGG ('indice mondial de l'écart entre les genres) de 0,612 le situe au 140 rang mondial sur un classement recensant 146 pays, les autres pays faisant pire étant, outre les deux cités, l'Afghanistan, l'Algérie, l'Iran et le Pakistan. Dans le détail des composants de l'index, le pays fait mieux pour la participation et les opportunités économiques (83), la santé (43), l'autonomisation politique (116).

Économie et société Selon l'ONU en 1997 « Il existait des tabous alimentaires qui empêchaient les femmes de manger certains aliments (généralement les plus désirables) car « elles ne sont pas les égales des hommes »UN, Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women (CEDAW), https://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/ - Reports may be accessed at https://www.bayefsky.com 1997 25. . Ces tabous semblent toutefois perdurer puisqu'on trouve encore en 2019 un article signé par un médecin titré Any food that can be eaten by a man can also be eaten by a woman (« Toute nourriture qu'un homme peut consommer peut aussi être consommée par une femme »). Les femmes ne peuvent pas manger en présence d'autres hommes et n'ont souvent droit qu'aux restes de leur mari.

Emploi au

Femmes urbaines vignette|left|Femme tenant son stand, en 2012. Les opportunités d’emplois salariés et de postes professionnels sont restées rares après l’indépendance, et les femmes qui participaient par nécessité très activement à la production d'autosubsistance ont même été exclues de la production moderne. Par exemple, à Kisangani, il n’y avait aucune femme dans le domaine du droit, de la médecine ou du gouvernement en 1979, dix-neuf ans après l’indépendance. De plus, les possibilités d'éducation des filles restent limitées par rapport à celles des garçons.

Dans les années 1990, les femmes ont fait des progrès dans le monde professionnel et un nombre croissant de femmes travaillent désormais dans les professions libérales, dans la fonction publique, dans l’armée et dans les universités. Mais elles restent sous-représentées dans la main-d’œuvre formelle, en particulier dans les emplois de niveau supérieur, et gagnent généralement moins que leurs homologues masculins occupant le même emploi.

De plus, certaines lois stipulent clairement que les femmes sont légalement soumises aux hommes. Une femme mariée doit avoir l'autorisation de son mari pour ouvrir un compte bancaire, accepter un emploi, obtenir une licence commerciale ou louer ou vendre un bien immobilier. L'article 45 du code civil précise que le mari a des droits sur les biens de sa femme, même si leur contrat de mariage stipule que chacun des époux possède séparément ses propres biens. Les femmes doivent obtenir l’approbation de leur mari avant de recevoir une quelconque offre d’emploi.

Pour s'adapter à cette situation, les femmes urbaines ont exploité les opportunités commerciales de l'économie informelle, hors du contrôle des hommes. Elles mènent généralement leurs activités sans comptes bancaires, sans registres comptables et sans déclarer l’ensemble de leurs activités. Une étude de l'anthropologue Janet MacGaffey sur les entreprises de Kisangani a montré que 28 pour cent des propriétaires de grandes entreprises de la ville qui ne sont pas liées à un réseau politique étaient des femmes ; ces femmes se sont spécialisées dans la distribution à longue distance et dans le commerce de détail et de demi- gros. Environ 21 pour cent des magasins de détail dans les zones commerciales et administratives de la ville étaient occupés par des femmes, et les femmes dominaient le marché commerçant en 1993.

Femmes rurales vignette|350x350px| Femmes revenant de leurs potagers avec du manioc et du bois de chauffage. Les femmes rurales trouvent moins de stratégies de ce type disponibles. Aux prises avec l'essentiel des travaux agricoles, à savoir la collecte du bois de chauffage, le transport de l'eau et la garde des enfants, elles ont généralement vu leur charge de travail augmenter à mesure que l'économie se détériorait. Dans les hautes terres de l'est de la RDC, les conditions sont devenues particulièrement difficiles. L'État a encouragé l'expansion de la superficie des cultures de rente destinées à l'exportation, en particulier du café et de la quinine, et a réduit la quantité et la qualité des terres disponibles pour la production vivrière des ménages paysans.

Les plantations appartenant aux nouvelles élites commerciales et politiques se sont de plus en plus étendues sur les terres communales, remplaçant les cultures vivrières existantes par des cultures de rente. Au sein des ménages paysans, le contrôle exercé par les hommes sur l'attribution des terres familiales destinées à l'exportation et aux cultures vivrières a conduit à une plus grande utilisation des terres pour les cultures d'exportation et à une diminution de l'accès des femmes à la terre et aux cultures vivrières.

Même lorsque les producteurs masculins se tournent vers les cultures vivrières, le ménage n’en tire pas nécessairement profit sur le plan nutritionnel. Les aliments nécessaires à la consommation des ménages sont fréquemment vendus contre de l’argent liquide, afin de payer les besoins quotidiens, les vêtements, les frais de scolarité, les taxes, etc. Des cultures vivrières plus chères et de qualité nutritionnelle supérieure, comme le sorgho, sont fréquemment vendues par des producteurs qui consomment uniquement des cultures vivrières moins chères et moins nutritives, comme le manioc. Il en résulte une malnutrition généralisée parmi les enfants.

Parmi les groupes où les femmes ont plus de pouvoir, la situation est moins grave. Chez les Lemba, par exemple, les femmes ont non seulement davantage leur mot à dire dans la détermination de ce qui est cultivé, mais aussi de ce qui est consommé. Dans un pays où la tendance la plus répandue est que les hommes reçoivent en premier la meilleure nourriture, le reste allant aux femmes et aux enfants, les femmes Lemba réservent traditionnellement des aliments et des sauces de choix pour leur propre consommation et celle de leurs enfants avant de nourrir les hommes. Leur état nutritionnel et celui de leurs enfants sont en conséquence meilleurs.

Les femmes rurales ont sans doute supporté le plus gros des attaques de l’État. Dans certains cas, les femmes se sont regroupées pour résister aux hausses des péages et des taxes qui leur sont imposées. La politologue Katharine Newbury a étudié un groupe de femmes Tembo productrices de manioc et d'arachides à l'ouest du Lac Kivu, qui ont protesté avec succès contre les taxes collectives excessives et les taxes de marché qui leur étaient imposées lorsqu'elles se rendaient au marché. Le chef local était hostile à leur mouvement de protestation. Mais une église catholique locale amie, qui a fourni une salle de réunion et une aide pour la rédaction de lettres, a été utile, tout comme l'homogénéité ethnique du groupe. Même si elles n'ont pas pu nommer une femme à la tête du conseil local, elles ont réussi à voter pour des hommes favorables à leur position. Les conseillers nouvellement élus se sont alors empressés de suspendre les impôts et les péages.

Emploi au Le taux d'emploi des femmes est relativement stable sur la période 1991-2021, il est compris entre 50 et 53 %. Seules 12 % des femmes sont salariées. En 2021, la répartition de l'emploi par secteur économique est de 38 % dans l'agriculture, de 21 % dans l'industrie, et de 42 % dans les services. La division sexuelle du travail y est très marquée, mais pourrait être diminuée en partie grâce à une information plus systématique sur les meilleurs salaires procurés par les métiers « masculins », près de 30 % des femmes étant prêtes à postuler à ce type de travail dès lors qu'elles sont informées sur les montants des salaires.

Participation à la vie politique La participation des Congolaises aux instances politiques est faible encore en 2024, y compris par comparaison avec les pays voisins, et leur représentation connaît plutôt une régression.

Pour lutter contre cet état de fait, plusieurs femmes, dont en premier lieu Annie Matundu, proposent d'axer leurs efforts sur le respect de la Résolution 1325 du conseil de sécurité de l'ONU, qui prône la participation des femmes au processus de paix, à leur protection et leur implication à la résolution des conflits.

Santé L'espérance de vie à la naissance des femmes est de 62 ans en 2021, en très légère régression depuis deux ans. Les femmes ont en moyenne 6,4 enfants en 2023. Ce taux de fécondité est conforme à celui espéré par les femmes (6 enfants) et les hommes (7 enfants), mais conjugué à une diminution de la mortalité infantile et à une espérance de vie générale en augmentation il participe à un accroissement démographique élevé. Outre les composantes culturelles, ce nombre élevé d'enfants par femme voit ses sources dans un faible recours à la contraception (7 % en 2018), un nombre de grossesses précoces élevé et une absence de politique démographique.

Le taux de mortalité maternelle est élevé, car l’accès aux soins de santé maternelle est limitéCentre for the Study of Adolescence (CSA) and Population, a measure of commitment Women's Sexual and Reproductive Risk Index for Sub Saharan Africa, Centre for the Study of Adolescence (CSA) and Population, 2009) 12. . Il est de 846 pour 100 000 naissances vivantes en 2014. et de 547 pour en 2018. Dans les années 1990, une femme ne peut utiliser des contraceptifs qu'avec la permission de son mari, ce qui la rend incapable de se préserver du SIDA de sa partUN, Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women (CEDAW), https://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/ - Reports may be accessed at https://www.bayefsky.com 1997 36. .