vignette|redresse=0.9|Gustav Klimt, Ria Munk sur son lit de mort, 1912Aranca Pulitzer Munk, mère de Maria ("Ria") Munk, avait commandé à Klimt trois portraits de sa fille qui venait de suicider le après la rupture de ses fiançailles (). Le premier, réalisé à la manière d'un portrait post-mortem, probablement d'après une photographie, a été rejeté par la famille, ainsi que le second, peint l'année suivante, tandis que le troisième est resté inachevé après la mort du peintre en 1918..
Le portrait post-mortem en peinture est le portrait peint d'une personne morte récemment, montrée sur son lit de mort, dans son cercueil ou sur un catafalque.
Apparu à l'époque de la Haute Renaissance en Italie, Autriche et Bavière, il devient une pratique courante aux dans les pays catholiques et protestants d'Europe et du Nouveau Monde.
Au , il remplit principalement un rôle de remplacement de l'être disparu pour les familles en deuil, et il s'étend aussi à l'hommage rendu aux personnages illustres. Dans ces deux fonctions, il est progressivement remplacé au cours du par la photographie post-mortem.
N'étant pas considéré comme faisant partie du domaine artistique, ni de celui du portrait en particulier, le portrait post-mortem en peinture a été longtemps négligé par les historiens d'art. Depuis le début du , grâce aux travaux de chercheurs et commissaires d'expositions, on tend à le considérer comme un genre pictural à part entière, tandis que des tableaux de peintres réputés sont exposés dans les plus grands musées du monde.
Terminologie Sous le terme de portrait mortuaire sont regroupés des portraits réalisés en présence du cadavre, post-mortem proprement dit, et des portraits de personnes inhumées ou incinérées depuis plusieurs jours ou semaines, voire annéesC'est le cas par exemple du portrait mortuaire de Napoléon réalisé par Horace Vernet en 1826 et de celui par Jean-Baptiste Mauzaisse en 1843, qui ont peu à voir avec le dessin post-mortem de Frederick Marryat du ; du portrait de Lord Byron par Joseph-Denis Odevaere (1826) ; de La Mort de Casagemas (Casagemas dans son cercueil), peint par Picasso six mois après le suicide de son ami Carles Casagemas (1901)..
Le portrait post-mortem (on rencontre parfois « portrait après décès ») est à distinguer du portrait funéraire, relatif aux funérailles, où la personne décédée est représentée vivante, en buste ou par son seul visage, avec le regard dirigé vers le spectateur. Les portraits du Fayoum, insérés au niveau du visage des momies, sont les plus anciens portraits funéraires connus. Les polonais de l'époque baroque constituent un autre corpus remarquable dans l'art funéraire (cf. Portraits de cercueil de la république des Deux Nations).
Le terme portrait posthume, qui inclurait dans son sens large le portrait post-mortem, est réservé habituellement aux portraits rétrospectifs de personnes peintes de façon classique et comme lorsqu'elles étaient en vie ; c'est le « portrait de reviviscence » défini par Pascale DubusPascale Dubus (1959-2021), historienne de l'art . dans Le Portrait et la mort. Parfois, l'ajout d'éléments symboliques discrets ou cryptés indique que le sujet était mort lorsque le portrait a été peint. L'un des plus fameux de ces portraits posthumes est celui de Saskia van Uylenburgh, morte à en 1642, que Rembrandt a peint l'année suivante en rappelant la jeunesse et la beauté de son épouse. À la différence du portrait post-mortem, le portrait posthume de reviviscence ne peut pas être une œuvre photographique.
Les portraits de deuil (mourning en anglais), représentant des personnes en habit de deuil, dont il existe de très nombreux exemples en peinture (cf. notamment Mourning portraits of women), comportent parfois le corps d'un défunt ; ils ne doivent pas pour autant être rangés dans la catégorie des portraits post-mortemSelon Carnita Sabater dans le Dictionnaire de la Mort Larousse ( dans les Références) , « mourning » désigne . Sous le titre « Mourning portraits », certains articles en anglais, dont celui de wikipedia Mourning portraits dans ses rédactions de 2016 à 2023, font une assimilation entre portraits de deuil, mortuaires, post-mortem, funéraires, en mélangeant différents types de représentations, tandis que d'autres se restreignent aux portraits de personnes en deuil..
Historique vignette|redresse=0.5|L'empereur Maximilien , 1519, par de Wels, musée universel de Joanneum
De tous temps, les proches d'un mort ont voulu conserver un souvenir physique du disparu. Pour en garder l'image du visage, la pratique du moulage mortuaire existait déjà dans l'Antiquité. Néanmoins, la peinture occidentale ne semble pas comporter de portraits post-mortem avant le . En 1502, Luca Signorelli exécute le portrait de son fils mort, c'est du moins ce que nous raconte soixante ans plus tard Giorgio Vasari dans le récit suivant : . Il a peut-être utilisé ce portrait pour le corps du Christ à terre dans sa Lamentation sur le Christ mort. D'autres exemples précoces existent avec les portraits de (1519), Angela Merici (cf. Religieux) en 1540, Martin Luther (1546) et du théologien Hermann BonnusHermann Bonnus sur son lit de mort (1548). Il peut s'agir aussi d'hommes ou femmes moins célèbres ou anonymes, comme ceux peints par Bartholomaeus Bruyn le Jeune en 1568. vignette|redresse=0.5|Martin Luther, atelier de Lucas Cranach l'Ancien, 1546 Dépassant le cas des personnages illustres, la pratique du portrait post-mortem devient assez courante aux au sein des familles bourgeoises d'Allemagne et des Flandres comme moyen de se souvenir et d'honorer les morts. Un peintre de profession, le plus souvent resté anonyme, était commissionné pour venir faire sur place le portrait du défunt ou de la défunte avant sa mise en bière. Ce « dernier portrait », selon le terme d'Emmanuelle HéranEmmanuelle Héran, historienne d'art, successivement conservatrice au musée d'Orsay, à la Réunion des Musées Nationaux, conservatrice en chef chargée des sculptures du domaine du Louvre et des Tuileries, commissaire de nombreuses expositions jusqu'en 2012.On remarque en consultant les références de cet article que la grande majorité des auteurs et commissaires d'exposition ayant écrit sur le dernier portrait sont des femmes. La raison n'est pas connue, mais Phoebe Lloyd indique qu'elle a été sensibilisée à ce sujet lorsque sa fille de 12 ans a été atteinte d'une maladie grave., était destiné à fournir à la famille et aux amis une image du défunt, en plus de celles qui auraient pu éventuellement être réalisées de son vivant. Pour les parents d'enfants décédés jeunes, c'était le seul souvenir en image qu'ils pouvaient en garder.
Cette coutume flamande étendue à l'ensemble des Pays-Bas se retrouve également en Espagne, où elle perdurera à la cour jusqu'au milieu du ; elle se transposera en même temps dans toute l'Amérique espagnole. vignette|redresse=0.8|gauche|Le fils aîné du comte de Devonshire et frère aîné du duc de Devonshire, par un peintre anglais anonyme, c.1639-1640, Hardwick Hall La pratique gagne également l'Angleterre, où les portraits d'enfants morts dans leur petit lit sont relativement fréquents au . En revanche, elle est peu présente ailleurs, et limitée à des portraits de religieux en Italie et en France : sainte Angela Merici (1540, cf. Religieux), l'archevêque Francesco Guidi (1778)…, le cardinal de Richelieu (1642), la prieure Geneviève de Saint-Bernard, troisième fille de Madame Acarie (1644), soit bien peu d'exemples connus alors que beaucoup de tableaux ont été perdus, comme celui de Marie de La Ferre (1652), ou détruits à la Révolution. Mais, sauf dans les pays soumis à la monarchie d'Autriche, l'esprit des Lumières avait fait régresser la pratique du portrait post-mortem dans toute l'Europe du .
La France post-révolutionnaire a été marquée par les assassinats de Lepeletier et de Marat, « l'ami du peuple », dont l'image sera connue de tous grâce au masque mortuaire de Tussaud et aux copies du célèbre tableau La Mort de Marat de David. Un peu plus tard, l'Empire et la Restauration redonnent grandeur aux monarques, gloire aux militaires et prestige aux artistes : lorsque meurent Napoléon en 1821 et Géricault en 1824, les reproductions de leurs masques mortuaires donnent même lieu à une exploitation commerciale ; probablement encore marqués par les exactions des années 1790, les gens de religion meurent en toute discrétion, tandis que les militaires ont droit à leur portrait post-mortem : le général Letellier, le général La Fayette, le maréchal Molitor, et bien que le tableau soit posthume de quelques mois, le général J.-V. Moreau.
vignette|redresse=0.8|Victor Hugo, par Désiré François Laugée, 1885, Maison de Victor Hugo
Le , Ary Scheffer fait le portrait du journaliste Armand Carrel mort au décours d'un duel au pistolet, et, le , Eugène Giraud celui de Balzac sur son lit de mort. Mais c'est sous la Troisième République que le dernier portrait connait son apogée en France, avec une grande publicité donnée aux derniers instants des grands hommes. Jules Bastien-Lepage dessine sous trois angles différents la tête de Gambetta sur son lit de mort. Pour Victor Hugo, douze artistes sont convoqués à son chevet, dont les sculpteurs Jules Dalou et Amédée-Paul Bertault (1840-1925), les peintres Pierre-Paul-Léon Glaize, Léon Bonnat, Désiré François Laugée et Edmond Louis Dupain et le photographe Nadar, qui a laissé le portrait le plus reproduit et le plus connu. Deux ans auparavant, Nadar avait déjà photographié Gustave Doré sur son lit de mort. Avec Nadar et ses successeurs, la photographie post-mortem prend au le relais de la peinture et perpétue ainsi la tradition du dernier portrait, tout en le rendant accessible aux familles les moins aisées.
Une place particulière est à donner aux portraits de religieuses couronnées () d'Amérique latine. Ces portraits appartiennent à un genre pictural qui a émergé au pendant la période et sur les territoires catholicisés des vice-royautés de la Nouvelle-Espagne, du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, et qui a persisté jusqu'à son remplacement progressif par la photographie à partir de la fin du . Les moniales étaient couronnées de fleurs le jour de la profession, pour les jubilés des vingt-cinq ou cinquante ans de vie religieuse, éventuellement si elles étaient nommées mères supérieures, et enfin lors de leur mort physique, rencontre définitive avec leur époux divin le Christ. Ces tableaux ne sont pas signés et étaient probablement effectués par différents peintres d'un même atelier qui prenait les commandes des nombreux couvents. Après sa mort, la religieuse était richement habillée et couronnée d'un ensemble floral monté sur une armature métallique. Exposée dans le chœur bas de l'église conventuelle, séparé de l'espace public par une grille ou une cloison ajourée, elle était ainsi visible dans toute sa splendeur par la population et l'artiste peintre qui en faisait le portrait . Cette pratique est à l'origine d'une grande quantité de portraits post-mortem sur un même thème, largement plus d'une centaine, puisque dans sa thèse de 2002, Alma Montero AlarcónAlma Montero Alarcón, historienne de l'art mexicaine, docteure en études latino-américaines (2002), coordinatrice de recherche au Musée national de la Vice-royauté à l'Institut national d'anthropologie et d'histoire de Mexico. en présente de façon détaillée plus de soixante issus des couvents mexicains, et que la Banque de la république de Colombie en possède 46, qui ont été exposés en 2016 au musée d'art Miguel Urrutia de Bogota .