Gangaridai ( ; Latin : Gangaridae ) est un terme utilisé par les auteurs grecs et romains (entre le et le ) pour décrire un peuple ou une région géographique du sous-continent indien. Certains de ces auteurs affirment qu'Alexandre le Grand s'est retiré du sous-continent indien en raison de la puissante force d'éléphants de guerre des Gangaridai.
Un certain nombre d'érudits modernes situent Gangaridai dans le delta du Gange, dans la région du Bengale, bien que des théories alternatives existent également. La ville de Gange (ou Ganges), capitale des Gangaridai (selon Ptolémée), a été identifiée avec plusieurs sites de la région, dont et le site de Wari-Bateshwar.
Noms Les écrivains grecs utilisent les noms « Gandaridae » (Diodore de Sicile), « Gandaritae » et « Gandridae » (Plutarque) pour décrire le peuple. Les écrivains latins utilisent le nom de « Gangaridae », un terme qui semble avoir été inventé par le poète Virgile au A. B. Bosworth (1996). Alexander and the East. Clarendon. . .. Certaines étymologies modernes du mot Gangaridai le divisent en « Gaṅgā-rāṣṭra », « Gaṅgā- » ou « Gaṅgā-hṛdaya »Dineschandra Sircar (1971). Studies in the Geography of Ancient and Medieval India. Motilal Banarsidass. ., & 215.. Par exemple, il a été suggéré que Gangarid est une déformation grecque du mot indien « Ganga-hṛd », signifiant « la terre avec le Gange en son cœur ». Le sens correspond bien à la description de la région donnée par l'auteur du Périple de la mer Érythrée. Cependant, l'historien estime que le mot est simplement la forme plurielle de « Gangarid » (dérivé de la base « Ganga ») et signifie « peuple Ganga (Ganges) ».
Certains érudits antérieurs considéraient les « Gangaridae » comme une corruption ou une distinction des « Gandaridae », une région qu'ils situaient dans la partie nord-ouest du sous-continent indien. Par exemple, William Woodthorpe Tarn (en 1948) a assimilé le terme à Gandhara ; et T. R. Robinson (en 1993) l'a assimilé à Gandaris ou Gandarae, une région du Pendjab actuel mentionnée par les auteurs grecs anciens. Cependant, les anciens ouvrages gréco-romains montrent clairement que les Gandaridae étaient situés dans la plaine du Gange : c'était un autre nom pour les Gangaridae, et il était différent de Gandhara et GandarisA. B. Bosworth (1996). Alexander and the East. Clarendon. . ..
Sources documentaires
Sources grecques Plusieurs auteurs grecs antiques mentionnent Gangaridai, mais leurs textes sont sovuent basés sur des sources secondaires ou tertiairesNitish K. Sengupta (2011). Land of Two Rivers: A History of Bengal from the Mahabharata to Mujib, . Penguin Books India. . :
Diodore de Sicile La plus ancienne description qui nous soit parvenue des Gangaridai apparaît dans la Bibliothèque historique de l'historien Diodore de Sicile (rédigée en grec au siècle ). Ce récit est basé sur une œuvre aujourd'hui perdue, probablement les écrits du diplomate Mégasthène ou de l'historien Hiéronymos de CardiaA. B. Bosworth (1996). Alexander and the East. Clarendon. . ..
Dans le deuxième livre de son ouvrage, Diodore déclare que le pays des Gandarides était situé à l'est du Gange (fleuve de trente stades de largeur). Peuplé d'éléphants d'une taille extraordinaire, il n'a jamais été dominé par un roi étranger, tant les autres nations craignent le nombre et la force de ces animaux. Ses habitants furent les seuls à avoir été épargnés par Alexandre le Grand ; après s'être dirigé avec toutes ses troupes vers le fleuve et vaincu tous les autres peuples indiens, il renonça au projet d'attaquer les Gandarides, lorsqu'il eut appris qu'ils préparaient quatre mille éléphantsDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre III, partie XXXVII. (37) [détail des éditions] .
Dans le dix-septième livre, il explique qu'Alexandre interrogea Phegeus sur le pays au-delà de l'Indus. Ce dernier lui apprit qu'il y avait un désert à traverser pendant douze jours, puis un fleuve appelé Gange, qui avait trente-deux stades de largeur et le plus profond de tous les cours d'eau indiens. Au-delà habitaient les peuples des Tabraesiens et des Gandaridae, dont le roi était Xandrames. Il avait vingt mille cavaliers, deux cent mille fantassins, deux mille chars et quatre mille éléphants équipés militairement. Alexandre douta de cette information et envoya chercher le roi indien Porus pour l'interroger. Celui-ci assura au roi que presque tout le récit était exact, mais que le roi des Gandaridae était un personnage tout à fait commun et sans distinction, et qu'il était censé être le fils d'un barbier. Son père était beau et très aimé de la reine ; quand elle eut assassiné son mari, il eût le royaume entre les mains. Alexandre comprit que la campagne contre les Gandaridae serait difficile, mais il ne se découragea pas. Il avait confiance dans les qualités combattantes de ses soldats, ainsi que dans les oracles qu'il avait reçus et espérait qu'il serait victorieux. Il se souvint que la Pythie l'avait qualifié d'« invincible » et qu'Amon lui avait donné la domination du monde entier. Cependant, il remarqua que ses soldats étaient épuisés par leurs campagnes constantes, qui duraient depuis près de huit ans. Il y avait eu de nombreuses pertes parmi les soldats, les sabots des chevaux avaient été usés par une marche régulière, les armes et les armures étaient usées et les vêtements grecs avaient complètement disparu. Ils devaient se vêtir de matières étrangères, découpant les vêtements des Indiens. C'était aussi la saison des fortes pluies, qui durait depuis soixante-dix jours, accompagnés de tonnerres et d'éclairs continus. Il considérait tout cela comme contraire à son projet, constata qu'il était nécessaire de leur remonter le moral s'ils voulaient entreprendre cette expédition et il ne voyait qu'un seul espoir de réaliser son souhait. Il permit donc à ses hommes de ravager le pays ennemi, qui regorge de maintes bonnes choses. Pendant ces jours où l'armée était occupée à cueillir, il convoquait les femmes des soldats et leurs enfants : aux femmes il s'engageait à donner une ration mensuelle, aux enfants il distribuait une prime proportionnelle aux états militaires de leurs pères. Lorsque les soldats revenaient chargés de richesses de leur expédition, il les réunit. Il prononça un discours soigneusement préparé sur l'expédition contre les Gandaridae. Mais les Macédoniens refusèrent et il abandonna l'entrepriseDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre XVII, parties XCIII. et XCIV. (93 et 94) [détail des éditions] .
Dans le dix-huitième livre, l'auteur décrit que parmi les satrapies qui font face au midi, la première le long du Caucase est l'Inde, grand royaume habité par de nombreuses nations. La plus grande est celle des Gandaridae, contre lesquels Alexandre n'a pas fait la guerre à cause de la multitude de leurs éléphantsDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre XVIII, partie VI. (6) [détail des éditions] .
Le récit de Diodore sur l'Inde dans le livre II est basé, selon dans son Ancient India as described by Megasthenes and Arrian (1877), sur Indica, un livre écrit par Mégasthène au , qui a effectivement visité l'Inde. Cet ouvrage est maintenant perdu, bien qu'il ait été reconstitué à partir des écrits de Diodore et d'autres écrivains ultérieurs Ancient India as described by Megasthenes and Arrian, .. Cependant, selon A. B. Bosworth dans son Alexander and the East (1996), la source d'informations de Diodore sur les Gangaridai était Hiéronymos de Cardia, qui était un contemporain d'Alexandre et la principale source d'informations pour le livre XVIII de Diodore. Bosworth souligne que Diodore décrit le Gange comme ayant 30 stades de large ; mais il est bien attesté par d'autres sources que Mégasthène a décrit la largeur médiane (ou minimale) du Gange comme étant de 100 stadesA. B. Bosworth Alexander and the East, . (lire en ligne en anglais ici).. Cela suggère que Diodore a obtenu les informations sur les Gandaridae d'une autre source et les a annexées à la description de l'Inde par Mégasthène dans le livre II.
Plutarque Plutarque mentionne les Gangaridai dans Vie d'Alexandre (publié dans Vies parallèles, rédigées entre 100 et 120). La bataille contre le roi indien Porus avait refroidi l’ardeur des Macédoniens et les découragea à aller plus avant dans l'Inde. Ils n’étaient venus à bout que péniblement à repousser un ennemi aidé seulement d'une armée de vingt mille hommes d’infanterie et de deux mille chevaux. Aussi résistèrent-ils de toutes leurs forces à Alexandre quand il voulut les obliger à passer le Gange. On les avait informés que la largeur de ce fleuve était de trente-deux stades et sa profondeur de cent orgyies. De plus, l’autre rive était couverte d’un nombre infini de troupes de fantassins, de chevaux et d’éléphants. Enfin, les rois des Gandarites et des Prasiens les y attendaient avec quatre-vingt mille chevaux, deux cent mille fantassins et six mille éléphants dressés au combat. Et ce rapport n’était pas exagéré car Androcottus, qui régna peu de temps après, offrit à Séleucos cinq cents éléphants et, à la tête d’une armée de six cent mille hommes, parcourut et dompta l’Inde tout entière. Humilié et irrité de ce refus, Alexandre se tint d’abord renfermé dans sa chambre, couché par terre, protestant qu’il saurait pas gré de tout ce que les Macédoniens avaient fait jusque-là, s’ils ne passaient le Gange. De plus, il tenait leur retraite prématurée comme un aveu public de leur défaite. Mais ses amis trouvèrent des raisons convaincantes pour le consoler ; ses soldats vinrent à sa porte, pour le toucher par leurs cris et leurs gémissements : à la fin, il se laissa fléchir, et se disposa à retourner sur ses pas. Il dressa en l’honneur des dieux, des autels que les rois des Prasiens honorent encore aujourd'hui : ils passent chaque année le Gange, pour y aller faire des sacrifices à la manière des Grecs. Androcottus, qui était jeune, avait souvent vu Alexandre. Il répéta depuis plusieurs fois, dit-on, qu’il n’avait tenu à rien qu’Alexandre ne devint maître de ces contrées. En effet, le roi qui y commandait était haï et méprisé pour sa méchanceté et pour la bassesse de sa naissancePlutarque, Vies parallèles : Vie d'Alexandre (lire en ligne)..
Ptolémée Ptolémée dans sa Géographie (vers l'an 150), déclare que les Gangaridae occupaient « toute la région autour de l'embouchure du Gange ». Il nomme une ville appelée Gange comme capitale. Cela suggère que Gange était le nom d'une ville, dérivé du nom du fleuve. En se basant sur le nom de la ville, les écrivains grecs ont utilisé le mot « Gangaridai » pour décrire la population localeDineschandra Sircar (1971). Studies in the Geography of Ancient and Medieval India, . Motilal Banarsidass. .. vignette|Une carte moderne identifiant les lieux représentés dans le Périple de la mer Érythrée
Périple de la mer Érythrée Le Périple de la mer Érythrée, « périple » anonyme (généralement daté entre le et le ), ne mentionne pas les Gangaridai. Mais il raconte que sur les bords du Gange, il existe un marché, auquel l'Antiquité avait donné le nom du fleuve Gange. De ce marché s'exportent du , du nard gangétique, des perles et des mousselines appelées également gangétiques. On assure, en outre, qu'il existe dans cette province (il s'agit peut-être de Chota Nâgpur) des mines d'or et une sorte de monnaie d'or connue sous le nom de caltis. L'auteur conclut qu'il n'existe pas de marché de la mer Érythrée qui fournisse d'aussi belle écailleAnonyme, Périple de la mer Érythrée, 63. (lire en ligne)..
Denys le Périégète vignette|Carte établie par l'historien Konrad Miller, d'après Denys le Périégète. Les "Gargaridae" se trouvent tout en haut, en "Jndia".