Le phare du Tévennec est situé à la pointe occidentale de la Bretagne (département du Finistère), dans la partie nord du raz de Sein au large de la pointe du Van.
Il est devenu automatique dès 1910, en tandem avec le phare de la Vieille et sécurise le passage du raz de Sein.
Il est inscrit au titre de monument historique par arrêté du .
Tévennec est l'unique maison-phare construite au large. Il est connu pour sa légende de phare maudit et est emblématique du patrimoine des phares en France.
Précision sur le nom Tévennec est le nom du rocher qui porte le phare. Les cartes du indiquent « le Grand Stevennet », qui fut aussi son nom. Les cartes de Beautemps-Beaupré du indiquent comme nom « Le Tévennec »Partout le nom de ce rocher est précédé de l'article défini "le". Si l'usage contemporain veut que l'article tombe, son utilisation est préférée.
Les appellations utilisées sont donc les suivantes :
"Le Tévennec" pour le nom du rocher, ce qui induit l'usage de la contraction "du" pour "le phare du Tévennec".
"Tévennec" seul pour évoquer le phare appartenant au rocher en le désignant avec le seul possessif "de": "le secteur blanc de Tévennec".
Ainsi, "la légende du Tévennec" signifie que l'on parle de la légende du rocher tandis que "la légende de Tévennec" signifie qu'il s'agit de la légende du phare du Tévennec..
Le rocher du Tévennec et sa légende Selon une tradition remontant aux Celtes, le rocher du Tévennec est l'endroit où l'Ankou maritime glisse sur les eaux du raz de Sein à bord du Bag noz (barque funéraire) ; il transporte les âmes des hommes morts en mer dans l'année vers l'au-delà. Les marins qui l'aperçoivent périraient alors dans l'année..
Des bruits ont été interprétés comme des cris des naufragés ; en 1893, un prêtre exorciste vint sur le rocher : une croix (initialement en pierre, remplacée depuis par une croix blanche en fer forgé) fut placée au sommet du rocher. Elle restera en place plus d'un siècle jusqu'à ce que la grosse tempête de 2009 achève de la desceller et qu'elle disparaisse à son tour. En 2012 la Société Nationale pour le patrimoine des Phares et Balises la remplace par une nouvelle croix en fer forgé.
Une explication a été avancée dans la décennie 1990 : selon l'état de la mer des vagues s'engouffrent parfois dans une faille et traversent le rocher de part en part, provoquant ainsi parfois des bruits sourds.
Sécuriser le raz de Sein Jusqu'en 1875, deux phares existaient dans le secteur de Sein : celui de l'île de Sein, phare de second ordre à courtes éclipses, allumé en 1839 ; et le feu fixe de premier ordre allumé en 1839 au sommet de la pointe du Raz et dénommé « feu du Bec du Raz ». Cette disposition était conforme au préconisations du rapport de la Commission des Phares de 1825 (Voir ci-dessous l'extrait du rapport « Côte de l'océan »).
Ces deux feux éclairaient à grande hauteur : l'ancien phare de Sein à environ , et le feu du bec du Raz à environ dont d'altitude. Ils ne pouvaient indiquer la présence des îlots et des récifs qui foisonnent aux abords et dans le passage du Raz de Sein..
Au cours du chantier de Tévennec, dans un avis du , la Commission chercha le moyen d'indiquer les eaux saines du raz (passage sans dangers). L'idée d'utiliser des secteurs de feux rouge et blanc émergea mais le « feu du Bec du Raz », en hauteur sur la pointe, ne pouvait en être doté, car c'était un feu de premier ordre à longue portée. L'utilisation des couleurs diminue la portée des feux.
La Commission imagina une solution moins onéreuse que la construction d'un nouveau phare. Elle proposa de construire un feu à secteurs sur Tévennec ; un phare devint nécessaire bien en avant de la pointe du Raz (La Vieille), puis plus tard, en 1937, un feu à secteurs du Chat au SE du plateau de Sein fut construit. Un phare sur la roche Ar-Men sera allumé en 1881 au bout de la chaussée de Sein. alt=Extrait de l'avis de la Commission des Phares|centré|vignette|338x338px|Extrait de l'avis du 14/11/1873 de la Commission des Phares
La construction du phare d'Ar-Men a commencé en 1869.
Un passage maritime existe entre l'île de Sein et la pointe du Raz : c'est un raccourci entre le golfe de Gascogne et l'Iroise, pour les navires autorisés ; cette zone a été réglementée à la suite des naufrages de tankers dont lAmoco Cadiz). Ce passage, nommé « raz de Sein », est dangereux à cause des courants dus aux marées (raz en breton signifie « courant rapide »). À marée montante (flot), le courant porte du sud au nord, soit du golfe de Gascogne vers Brest. À marée descendante (jusant), le courant prend le chemin inverse, vers le sud. Par fort coefficient de marée supérieur à 100, le courant peut atteindre ( environ) en certains endroits. Les eaux du Raz de Sein sont souvent comparées à un « tapis roulant » : dans la plupart des cas, sauf aux marées de petits coefficients, les navires doivent passer le Raz dans le sens du courant, et à condition que le vent soit dans la même direction (un vent moyen à contre-courant peut lever dans le Raz une mer dangereuse). Par gros temps, tout passage est exclu.
Cette image de « tapis roulant » illuste le danger de la navigation dans ce secteur : la roche émergée du Tévennec cache un grand plateau rocheux qui barre la sortie nord du Raz de Sein. Tout navire en panne de propulsion (sans vent ou en panne de moteur) pris dans le Raz lorsque le courant porte au nord (flot) passe inéluctablement sur le plateau du Tévennec, zone de nombreux naufrages depuis des siècles.
thumb|348x348px alt=|400x400px|Extrait du rapport de la Commission des Phares Secteur Raz de Sein|centré
L'accroissement du cabotage dans les parages au cours du a justifié que l'on sécurise la fréquentation de ce passage, surtout de nuit. Ce sera la raison d'être du phare du Tévennec et du phare de la Vieille, deux feux à secteurs. Cela signifie que, selon le relèvement (direction en degrés à partir du nord dans laquelle on voit le phare), la lumière du phare peut être blanche (eaux saines sans dangers entre l'observateur et le phare), verte (route passant par une zone dangereuse qu'il faut connaître) ou rouge (route impraticable menant sur des dangers). En suivant successivement les secteurs blancs de la Vieille et de Tévennec, le navigateur passe le Raz de nuit en évitant les dangers. Ces deux phares ont été mis en service, pour Tévennec en 1875 et pour la Vieille en 1887.
Naviguer de nuit dans le raz de Sein gauche|thumb|500x500px|Schéma simplifié du balisage de nuit. Ce schéma explique l'usage des secteurs blancs qui balisent le passage de nuit du raz de Sein. Il y a cinq possibilités (Numéros 1 à 5) d'entrer ou de sortir du Raz de Sein selon la route suivie. Dans tous les cas la technique est la même : on passe d'un secteur blanc à un autre. Un navire venant du sud aborde le Raz en 2 dans le secteur blanc du phare de La Vieille, qui contient un secteur blanc intense qui provient de Tévennec. C'est la passe principale. Il doit rester dans la lumière intense qui le conduit à passer dans l'ouest du phare de la Vieille, jusqu'à couper le secteur blanc du feu du Chat (croix bleue sur le schéma). À ce point, il a deux options pour sortir du Raz : soit mettre le secteur blanc du Chat sur l'arrière du navire et naviguer jusqu'à entrer dans le secteur blanc de La Vieille (numéro 4) qu'il faut à son tour mettre sur l'arrière pour sortir du Raz par le NE ; soit, deuxième option, mettre sur l'arrière le secteur blanc de La Vieille (numéro 5) et sortir du Raz par le NO.
La présence de Tévennec impose ce tracé de route en baïonnette. Le secteur rouge de Tévennec couvre l'ensemble des récifs de Sein et de la Chaussée et un secteur rouge, provenant de la Vieille, couvre les dangers du plateau du Tévennec pour ceux qui abordent le Raz en venant par le nord. Certains secteurs ne sont pas représentés sur le schéma, tout comme les phares à éclats blancs sur 360° d'horizon (Sein, Ar-Men), pour ne pas le surcharger.
Cette navigation nocturne peut paraître plus ou moins facile compte tenu du nombre de feux et de la clarté des signaux. Mais un navire qui se présente dans les secteurs blancs 1, 2 et 4, commence à être happé par le courant. Il entre sur le « tapis roulant ». De nuit, il ne le voit pas. Il voit simplement que tout va vite et qu'une inattention de quelques minutes peut faire quitter ou dépasser le secteur blanc suivi. Dans ce dernier cas, si le courant est fort, retrouver la route nécessite de la puissance, la route dépassée est déjà par le travers. À la voile, par exemple, si le vent réel est proche ou inférieur au vent apparent induit par la vitesse due au « tapis roulant », le voilier n'a plus assez de puissance vélique pour gouverner. Sans la force de propulsion de ses voiles, le voilier a comme seule route la dérive que lui donne le courant. Pour modifier cette trajectoire subie, sa force de propulsion doit être nettement supérieure à la force de dérive subie. Les manœuvres de route dans le Raz doivent s'enchaîner rapidement.
Et d'autres difficultés apparaissent : chute soudaine de visibilité, spécialité du Raz, ou confusion des feux. Vu à l'approche, surtout venant du sud, si la visibilité est très bonne et l'air légèrement humide, tous les feux paraissent avoir la même lumière vive. C'est un ballet de feux colorés qui se présente, qui doit être déchiffré à chaque minute : par forte humidité dans l'atmosphère, le feu peu puissant d'un secteur blanc peut paraître orangéPar exemple, lorsque l'on navigue dans le secteur blanc de la Vieille, on voit un temps le secteur rouge de Tévennec, ce qui est logique mais il ne faut pas le confondre. Lorsque l'on passe au nord de Tévennec, on traverse le secteur rouge de la Vieille mais en même temps vu de ce côté le feu du Tévennec est blanc. A ne pas confondre. Ce n'est pas une invitation à faire route vers lui car le secteur rouge de la Vielle interdit la route vers le Raz..
Un chantier et une lutte d'influences alt=Secteurs blanc et rouge de Tévennec|vignette|redresse|Secteurs blanc et rouge de Tévennec par clair de lune|gauche
La construction de la maison-phare est préconisée par la Commission des phares et des autres aides à la navigation dès 1860, puis par un avis du Archives départementales du Finsitère, commencée en 1869, et s'achève cinq ans plus tard. Le chantier est conduit par l’ingénieur Paul Joly sur un projet de Léonce Reynaud. Lorsque le mauvais temps de la saison hivernale impose l'arrêt du chantier concomitant du phare d' Ar-Men, les ouvriers peuvent être affectés à celui de Tévennec. Mais ils vont souvent construire des digues de protection de Sein, promises par l'État et négociées comme apaisement au regard de la construction d'''Ar-Men.
Le chantier de Tévennec sera autant refusé par les habitants que par les navigateurs du Raz. Le rocher du Tévennec a toujours été le lieu où l'Ankou maritimeÀ ne pas confondre avec l'Ankou parcourant les campagnes sur une charrette où il accueille les défunts de l'année., celui qui pilote le bag nozBarque de la nuit en breton., accomplit son macabre rituelIn Anatole le Braz "La Légende de la Mort chez les Bretons armoricains".. L'administration aurait pu imposer la construction de la maison-feu. Mais elle ne pouvait se passer des compétences des marins de Sein, pour le pilotage des embarcations du chantier, des relèves, et plus tard, potentiels gardiens du phare et experts de la navigation. Les digues et les primes furent négociées.
Les ouvriers, qui se rendirent au chantier de Tévennec, racontèrent avoir entendu ces fameux cris, vu des outils du chantier déplacés par des forces inconnues, et autres manifestations surnaturelles. D'un autre côté, ingénieurs et conducteurs de travaux recevaient les injonctions de l'administration pour avancer le chantier.