Charles, Frédéric Robert, né le à Mulhouse, (Haut-Rhin) et décédé le au Chesnay-Rocquencourt (Yvelines), est un conseiller d’Etat, administrateur et philanthrope. Il joua un rôle dans le domaine de l’instruction primaire obligatoire, fut directeur de la compagnie d’assurances l’Union, et s’intéressa à diverses œuvres de nature philanthropique ou d’économie sociale. Il fut très investi dans le domaine de la participation des salariés aux bénéfices.

Biographie Au Conseil d’État Issu d’une famille protestante, il est le fils d’un membre du personnel des Ponts-et-Chaussées qui avait dirigé en 1826 tous les services de la construction du nouveau quartier de MulhouseAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 1 page 9.y compris un hôtel abritant à l’origine la bourse de coton et la chambre de commerce et d’industrie puis la Société industrielle de Mulhouse toujours présente dans les lieux. Après avoir accompli sa scolarité dans sa ville nataleE. Glaeser, Biographie nationale des contemporains, 1878, il suit les cours de la faculté de droit de Paris. Il devient docteur en droit en 1848, après avoir soutenu une thèse intitulée Des sociétés civiles en droit français, et réussit le à vingt-et-un ans le concours d’auditeur au Conseil d'Etat. Maintenu en 1852L.G. Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains,1893. il devient auditeur de 1ère classe le de cette année-là, maitre des requêtes de 2ème classe en 1854 et est attaché en cette qualité à la section du contentieux. En 1855, il siège dans la commission pour l’établissement d’asiles en faveur des ouvriers en convalescence ou mutilés puis en 1857 dans la commission consultative de l’asile de Vincennes. Lors de la campagne d’Italie, il est choisi le pour y accompagner Napoléon III, comme maitre des requêtes en mission, chargé du service du cabinet de l’Empereur au quartier généralAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 1 page 10.. En 1860, il est nommé commissaire du gouvernement près le Conseil d’État délibérant au contentieux. Puis en 1864, il devient maitre des requêtes de première classe. A la demande de Armand Béhic, ministre des Travaux publics, il enseigne le droit aux futurs ingénieurs des Ponts-et-Chaussées. Il sera nommé conseiller d’État hors section le , puis en 1869, conseiller d’État en service ordinaire. En , le Conseil d’État est dissous. Il sera ensuite rétabli par l'Assemblée nationale. Cependant, Charles Robert abandonne les fonctions publiquesE. Glaeser, Biographie universelle des contemporains, 1878..

Secrétaire général du ministère de l’instruction publique thumb|left|Charles Robert en 1868Parallèlement à ses fonctions au Conseil d’État, il remplit diverses missions dans le domaine de l’instruction publique, telles que membre d’une commission pour le jugement d’un concours entre instituteurs primaires en 1861 ou encore membre de la commission administrative des lycées de Paris en 1863. Dès 1860 il se prononce dans une brochure en faveur de l’instruction primaire obligatoire. Puis un changement important intervient dans sa vie quand le , Napoléon III le nomme, sur proposition de Victor Duruy, secrétaire général du ministère de l’instruction publique. Charles Robert assiste le ministre dans ses réformes et assure notamment les relations avec le parlement. C’est ainsi qu’en 1868, il sera commissaire du gouvernement lors de la discussion du sénat relative à l’enseignement supérieur et prend une part remarquée dans les séances des 22 et Albert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 1 pages 47 à 107.. Plus tard Paul Delombre déclarera que tout cela permit à Charles Robert de préparer avec ce grand ministre les réformes que la République a réalisées en leur donnant une extension que leur initiateur ne pouvait même espérerAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 1 page 193.. Victor Duruy ayant quitté le ministère en juillet 1869, Charles Robert présente le sa démission de secrétaire général à Napoléon III. Ce dernier le charge alors immédiatement d’une mission dans le bassin houiller de la Loire où se déroulent d’importantes grèves. Dans une brochure de 1870 sur l’association aux bénéfices, il affirme que le progrès social a un puissant auxiliaire, l’école, et un ennemi redoutable, le cabaretAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 page 187.. Il relate que lors de sa mission dans la Loire, il a trouvé « à côté de l’ignorance trois mille soixante-dix-huit cabarets ». Cette publication lui vaudra une lettre de sympathie du poète François CoppéeAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 page 189..

Directeur de l’Union thumb|left|Charles Robert, directeur de l'UnionEn 1871, il intègre la compagnie d’assurances l’Union fondé en 1828L'Union incendie. Un siècle d'assurances,1928.et dirige de 1871 à 1881 la branche-Vie. Puis de 1881 à 1899, tout en restant conseil de l’Union-Vie, il dirige la branche-Incendie. Lors de l’entrée fonction de Charles Robert, les trente-deux compagnies d’assurances françaises contre l’incendie connaissent une crise due à l’accroissement des sinistres et à l’abaissement du taux des primes. A son initiative est alors créé en 1881, le Syndicat général des compagnies d’assurances à primes fixes dont il sera le premier président, qui permet d’enrayer la baisse du taux des primes et de redresser la situationL'Union incendie. Un siècle d'assurances, pages 39/40, 1928.. Il améliore les services intérieurs de l’Union ainsi que les études techniques. Il remanie les traités de réassurance et organise des inspections divisionnaires. Il développe dans un sens plus libéral la politique de participation aux bénéfices, appliquée à l’Union depuis 1838. Il combat les diverses propositions de lois visant à exproprier les compagnies au profit de l’Etat assureur. Pour lutter contre les empiètements de l’Etat, et alors qu’il est président de l’Union syndicale, il suscite une politique de création de nombreux syndicats d’agents généraux appuyant sa politique. Il initie la politique d’implantation de l’Union à l’étranger. Il participe à l’organisation des sections et congrès économiques à l’exposition universelle de 1889 et préparera pour les mêmes matières l’exposition universelle de 1900 à laquelle il ne pourra assister en raison de son décès. Dans le cadre de ses fonctions, il est secondé par le baron Guillaume Cerise, ancien inspecteur des finances, qui entre en 1881 à l’Union-Incendie en qualité de sous-directeur et qui sera son successeur. L’Union aura ainsi sous ces deux directeurs de 1881 à 1919, une même politique qui permettra de la hisser en tête des compagnies. Comme l’écrira Stéphane Dervillé :

A la fin de sa vie, une des dernières actions de Charles Robert est de faire acquérir le l’hôtel de Villemaré, 9 place Vendôme à Paris 1er moyennant 1 600 100 francs pour en faire le siège social de l’Union.

La philanthropie et l’économie sociale thumb|right|Charles Robert vers 1880Charles Robert est un acteur investi dans des œuvres philanthropiques ou d’économie sociale. Son action s’exerce notamment par des conférences dont le texte est souvent publié. Plus tard, le baron Cerise verra en lui le sociologue vénéréL'Union incendie. Un siècle d'assurances, page 70, 1928. ». Il s’intéresse à la Société française des Habitations à bon marché, ancêtre du mouvement des Habitations à loyer modéré, fondée en 1889 et reconnue d’utilité publique en 1890, sous l’impulsion de Jules Siegfried, un autre MulhousienAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 pages 157 à 172.. Il en est le trésorier. Avec Eugène Oscar Lami, Jules Siegfried et Georges Berger, il prend part à la création de l’exposition sociale de 1889Albert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 pages 119 à 140.. Il participe en qualité de conseil à la création du Musée social, fondé par Aldebert de Chambrun, aux côtés de Léon Say, Jules Siegfried et Émile Cheysson. Il apporte son concours en qualité de vice-président à la Société de protection des apprentis et des enfants employés dans les manufactures, fondée le Albert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 1 pages 141 à 198.. Il se préoccupe de la protection des enfants délaissés ou se livrant au vagabondage et prononce à ce sujet une conférence en 1874 intitulée « Ecole ou prison »Albert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 1 pages 109 à 140..

La participation aux bénéfices thumb|left|Société pour la participation, médaille par Paulin Tasset d'après Jules Dalou. Idée majeure du gaullisme de nos jours, la participation des salariés aux résultats de l’entreprise, est en fait pratiquée depuis longtemps. Charles Robert s’y intéresse et cite, en sa qualité de juriste, des exemples existant depuis longtemps dans le droit positif comme sur mer dans les bateaux de pêche, au bord de la mer dans les marais salant, dans les forêts avec les résineux, et à la campagne où sont usités le métayage, le colonat partiaire ou le bail à cheptel. Dès le XIXe siècle des patrons l’adoptent, comme Edme Jean Leclaire dont Charles Robert écrit la biographieAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 pages 71 à 92.. A titre d’exemple, elle est instaurée dès 1838 au sein de l’Union, dix ans après sa fondation. La Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans distribue à son personnel, de 1844 à 1871, plus de quarante millions de francsAlbert Trombert, Charles Robert, savie son oeuvre,Tome 2 page 10. L’idée de participation aux bénéfices est aussi acceptée à l’étranger et de nombreux pays la pratiquent, comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche. Des congrès internationaux ont lieu en France en et Albert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 pages 143 à 153..

thumb|right|Charles Robert et son épouse (au Chesnay?)Le , Charles Robert fait une conférence à la Sorbonne qui donnera lieu à une brochure éditée en 1870 intitulée : La Suppression des grèves par l’association aux bénéfices. Le , à son initiative, ainsi qu’à celles de patrons pratiquant la participation, est adopté le projet de statuts de la Société pour l’étude pratique de la participation du personnel aux bénéficesAlbert Trombert, Charles Robert, sa vie, son oeuvre, Tome 2 pages 39 à 68.. Elle est autorisée par arrêté du préfet de police de Paris du et sera reconnue comme établissement d’utilité publique le . Il en est le président, A. Chaix (remplacé en 1896 par Albert Trombert) le secrétaire bibliothécaire, et Edouard Goffinon le trésorier. La société publiera chaque année jusqu’en 1934 un bulletin. avec des études diverses, les procès-verbaux in extenso de toutes les séances mensuelles du conseil d’administration et les comptes rendus des assemblées générales annuelles. Elle assure la publication des divers ouvrages d’Albert Trombert, comme la première édition du « Guide pratique pour la participation » en 1892 ou en 1896 un volume intitulé : « Les applications de la participation aux bénéfices ». Elle édite en 1888 la traduction française de l’ouvrage allemand de Victor Böhmert, directeur du bureau royal de statistiques de Saxe « La participation aux bénéfices ; études sur la rémunération du travail et bénéfices de l’entrepreneur ». Charles Robert en restera président jusqu’à son décès. Paul Delombre lui succédera et Paul Doumer sera président d’honneur de la société de 1928 à 1932.

Disparition et postérité thumb|left|Tombe au cimetière du Montparnasse (6e division).