La désilience est un processus en psychologie qui définit l'inaptitude d'un sujet à dépasser un traumatisme psychique, pire encore à s'effondrer ou développer des conduites relationnelles viciées.
Historique vignette|Nicolas Sajus Entre 2008 et 2010, Nicolas Sajus. analyse ce qu'il nommera « la défaillance ou l'envers de la résilience » dans son mémoire en clinique familiale à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. : « La résilience : "En-JE" d'un processus au niveau conjugal et familial ». Il dépeint les mécanismes psychiques adaptatifs au traumatisme qui font freins, limites, créant même une impossibilité « au modelage du processus de résilience » selon ses termes. Loin de la résilience, il y développe les enjeux intrafamiliaux de posture victimaire, de perversion relationnelle et la répétition de violences au plan intergénérationnel. Il entre en doctorat sous la direction de la professeure Dominique Groux., doyenne de la Faculté d'Éducation à l'Institut catholique de Paris. et poursuit ses recherches. Sur cette même période, Nicolas Sajus travaille avec Boris Cyrulnik., et fait la rencontre des professeurs Jean-Pierre Pourtois. et Huguette Desmet. de l'université de Mons-Hainaut en Belgique qui seront membres du jury de sa première thèse à l'université de Guyane. Ils interrogent le néologisme désilience en regard de leurs travaux sur la maltraitance des enfants. Les deux universitaires associés à Bruno Humbeeck citent le terme en 2012.. vignette|Les facteurs de désilience (Nicolas Sajus, 2010)
Définition Lors de la journée du à Paris : « Attachement, résilience et culture », en présence dans l'assemblée de Jean-Pierre Pourtois et Huguette Desmet, Nicolas Sajus expose sa communication intitulée : « Résilience - désilience : considérations méthodologiques et constructivistes ». Il dialectise le processus de résilience entre ce qu'il modélise comme une dynamique positive, et son miroir, qu'il définira comme « les actes de la résilience paradoxale ou les facteurs de désilience » dans une dynamique délétère du sujet. Ses travaux épistémologiques de recherches.. s'appuient sur des études longitudinales du psychotraumatisme qu'il réalise et l'observation clinique des voies électives qu'emprunte le sujet aussi bien au plan individuel, familial et communautaire.
Il sera chercheur aux Antilles et étudiera les conséquences de l'esclavage sur la population.. Expert à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas, son cadre d'exercice s'inscrit dans l'évaluation psychologique d'enfants et de peuples victimes de crimes contre l'humanité..
Développement du concept Le mot résilience rencontre aujourd'hui un succès considérable notamment en France. Serge Tisseron. sera le premier à développer les travaux de Glen Richardson (2002). concernant la troisième vague de la résilience qui fait rupture avec les autres approches, en considérant la résilience comme une aptitude liée à des caractéristiques personnelles en partie innées, mais qui est aussi influencée par l'environnement. Cette perspective présente un avantage considérable par rapport aux précédentes : chacun construit « sa » résilience, et on ne sait jamais comment elle va se manifester chez une personne à un moment donné. Aussi, il est à accepter que les chemins empruntés par certaines personnes sur la voie de leur reconstruction puissent surprendre. Cette troisième approche trouvera un appui dans les travaux actuels des neurosciences sur la plasticité neuronale et psychique. Dès 2002, les diverses significations du mot « résilience » étaient donc précisées. En France, il a existé une confusion complète de l'ensemble des définitions, néanmoins un succès médiatique a suivi.
La pandémie du Covid en 2020 aura magnifié le terme de résilience offrant une visibilité jamais acquise au plan médiatique. Pas un article, pas un discours dans lesquels elle ne soit rappelée comme une essence presque ontologique. L'adversité face au coronavirus serait sauvée par une résilience collective. Cette dynamique s'inscrit bien loin du concept original et de la pensée américaine, devenant en France et en Europe une pensée magique..
Les interactions actuelles avec la violence, les maltraitances sexuelles, les affaires de pédophilie., l'inceste., etc., réinterrogent ce concept. En ce sens, la plupart des sujets ne dépassent pas la perspective traumatique, au contraire, ils peuvent même s'en nourrir via des enjeux d'échecs, de ratés qui induisent des aménagements de leur personnalité qui seront manipulateurs en miroir à l'évolution sociétale (Sajus, N., 2022).. À l'aune d'une société en crise, individualiste, hédoniste (entraînant un relativisme éthique), consumériste, néo-libérale, la résilience est à un véritable tournant où elle est grandement menacée. En effet, on ne peut envisager la résilience individuelle sans la résilience collective eu égard à un monde de la postmodernité enclin au chaos.. Aussi, que ce soit le sujet, comme certaines politiques, des enjeux psychopathologiques émergent à l'instar de comportements malsains, pervers.
Dans la démarche de désilience, le sujet serait un « mort vivant » : vivant au plan physique, physiologique, mais mort au plan psychique tant les répercussions traumatiques le terrassent. Il est en perdition de lui-même et répète comme une forme de compulsion à la répétition pour se guérir ou le croire, mais en réalité il ne s'agit que d'une destructivité mortifère. Nicolas Sajus décrit le processus de désilience comme une conséquence de plusieurs facteurs : la dérégulation et la défaillance de la coopération du monde politique, la déliaison des liens sociaux (travail, malaise social, rituels de passage, famille), et la désubjectivation du sujet..
Une thèse doctorale est soutenue à l'université de Toulouse 2 par Wiam Bouaziz en concernant la résilience et la désilience dans le cadre d'une perspective à la fois addictive (l'alcoolisme) et insulaire..
Ce concept est en écho à la notion de « capabilité » (anglicisme), de l'anglais « capability », qui connut d'importants développements avec les travaux de la philosophe Martha Nussbaum.
La première publication de Nicolas Sajus sur la désilience paraît en .. Son ouvrage est traduit en italien la même année..
Notes et références
Catégorie:Concept de psychologie