Les émissions jeunesse constituent une part importante de la production originale francophone de la télévision québécoise depuis 1952. Celles-ci, dont les premières naissent dans les studios de Radio-Canada, trouvent rapidement leur public.

Chaque génération a ses émissions marquantes. Les enfants des années 1950 et 1960 regardent Pépinot et Capucine, première émission de la télévision québécoise, les histoires de Maman Fonfon, de Grand-Père Cailloux, de La Boîte à Surprise, de Bobino et de La Souris Verte. L'humour du Capitaine Bonhomme, qui prend l'antenne sur la nouvelle chaîne Télé-Métropole, est apprécié par des centaines d'enfants.

Ceux des années 1970 peuvent suivre les histoires et les farces des personnages de Fanfreluche, de Grujot et Délicat, du Pirate Maboule, de Sol et Gobelet ou encore de La Ribouldingue. Les chansons du clown Patof et de Monsieur Tranquille ont marqué les esprits de certains alors que d'autres se souviennent précisément de certaines scènes des premières émissions de Radio-Québec tels Les Oraliens et Les 100 tours de Centour. La génération suivante, qui grandit dans les années 1980, est marquée par l'émission éducative Passe-Partout. On a même baptisé cette génération du nom de l'émission.

La chaîne spécialisée Canal Famille, fondée en 1988, frappe l'imaginaire des enfants des années 1990, avec des émissions cultes comme Radio Enfer ou Dans une galaxie près de chez vous. Au début des années 2000, les aventures des personnages de Cornemuse ou de Macaroni tout garni sont suivies par un public fidèle qui ne manque aucun épisode. Passe-Partout revient en 2019 dans une nouvelle mouture et rejoint une nouvelle génération de téléspectateurs.

Les émissions pionnières, 1952-1966 Les émissions jeunesse comptent parmi les premières expérimentations, et ce, avant même que la télévision entre en ondes au Québec le . Dès le , un Comité parlementaire de la radiodiffusion est invité à assister à la diffusion d’une émission expérimentale produite par l’équipe de Radio-Canada. Les membres du comité peuvent voir s’animer devant leurs yeux des marionnettes spécialement créées pour l’occasion par Louise et Charles DaudelinSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 20..

Dans les premières équipes de la télévision de Radio-Canada, plusieurs artisans sont issus du milieu théâtral. André Audet est embauché comme chef réalisateur des émissions pour enfants en 1951. Il avait de l’expérience auprès de ce public puisqu’il avait créé un théâtre de marionnettes à fils dans les parcs montréalais avec Jacques Pelletier et Laure Cabana« Les costumiers de la télévision », La semaine à Radio-Canada, 5 octobre 1952, p. 8.. M. Audet décède toutefois en . C’est Jean-Paul Ladouceur qui prend la relève. Jacques Pelletier est pour sa part nommé responsable de la scénographie tandis que Madame Cabana est chef habilleuse à l'atelier de couture, dirigé par Juliette MarcouxSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 25..

Tous les politiciens ne voient pas d’un bon œil l'arrivée de ce nouveau médium dans la province. Le député de l’Union nationale, Omer Côté, s’inquiète ainsi à l’Assemblée législative le : « Le cinéma, le théâtre, la radio et la télévision constituent une menace pour nos enfants. La télévision obligera les pères de famille à exercer un nouveau contrôle sur l’éducation de leurs enfants, car elle pourra apporter dans les foyers des choses qui scandaliseront et déformeront nos enfantsSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 48. ». Quelques mois plus tard, en 1952, le premier ministre Maurice Duplessis partage lui aussi sa méfiance : vignette|Le premier ministre Maurice Duplessis émet plusieurs réserves à l'égard de la télévision.

Les premières marionnettes: Pépinot et Capucine La méfiance du gouvernement Duplessis n'empêche toutefois pas Radio-Canada d'aller de l'avant. Alors qu'elle est en période de tests, le , la station présente une émission expérimentale, Pépinot et CapucinePépinot à partir de 1954.. Première émission jeunesse et première émission de l'histoire de la télévision québécoise, elle sera diffusée de 1952 à 1958. Il s'agit d'une idée de Jean-Paul Ladouceur, qui avait créé les personnages de Pépinot et Capucine en 1946 pour la revue François. Il les transforme en marionnettes en 1952. Celles-ci sont fabriquées par Edmondo ChiodiniIl a créé plusieurs autres marionnettes pour les émissions jeunesse de Radio-Canada telles que Bobino, Chez Hélène, Frisson des Collines, Le Grenier aux images, Pépé le Cowboy et Professeur Calculus. Radio-Canada, « Pépinot et Capucine, les premières vedettes de la télévision de Radio-Canada », 7 septembre 2017. Consulté le 16 janvier 2024. et Jeanne Auclair, les costumes par Marielle Chevrier et les effets sonores par Pierre Normandin. Au total, une équipe de quelque 15 personnes travaille sur l'émission. Chaque épisode demande beaucoup de préparation, près de 20 heures de répétitions avec et sans caméra. Les textes de Réginald Boisvert doivent être complétés 5 semaines à l'avance. Ladouceur fait les esquisses des décors et des marionnettes, qui sont ensuite fabriquées par Chiodini. Dans les premiers temps, Ladouceur la réalise avant d'être remplacé par Fernand Doré et Pierre Gauvreau. Les premiers épisodes sont diffusés en direct sur les réseaux français et anglais, avec une traduction simultanéeRadio-Canada, « Pépinot et Capucine, les premières vedettes de la télévision de Radio-Canada », 7 septembre 2017. Consulté le 16 janvier 2024..

Charlotte Boisjoli est la voix Pépinot, Marie-Ève Liénard, celle de Capucine et Jean Boisjoli celles du méchant Pan-Pan et de l’OursSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 37, 54.. On retrouve aussi Monsieur Blanc et Monsieur Potiron. Dès 1953, Pépinot et Capucine compte 25 marionnettes. En 1953, Ladouceur envoie un questionnaire auprès de 200 enfants afin de recueillir leur opinion générale sur les émissions jeunesse et sur Pépinot et Capucine en particulier. Une fillette mentionne alors qu'un garçonnet précise : « Succès des marionnettes à la télévision », La semaine à Radio-Canada, , .. Très tôt, les enfants deviennent des fidèles de l'émission, quand leurs parents ont les moyens de se procurer un téléviseur ou qu'ils ont une voisine généreuse.

Cette première émission et toutes celles qui suivront jusqu'en 1966 sont réalisées en noir et blanc. Les pionniers de la télévision instaurent une façon de faire, un style qui va perdurer pendant plusieurs décennies, influencer les créateurs des générations suivantes et marquer la télévision québécoiseSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, ..

Au début de la télévision, Fernand Doré est nommé directeur de la section jeunesse de Radio-Canada. Plusieurs des premiers artisans sont issus du milieu théâtral. Le Théâtre Le Grenier, où Kim Yaroshevskaya fait ses débuts, et La Roulotte, où Guy Sanche fait la connaissance de plusieurs comédiens qui feront leur marque à la télévision, seront des lieux d'expérimentation très importants. Après ses débuts à Radio-Canada, Jean-Paul Ladouceur crée de son côté sa propre société de postproduction en 1965 : JPL VidéoSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 129..

Les émissions sont essentiellement produites en studio et diffusées entre 17 et 18h. Rapidement, Radio-Canada prend en considération les tranches d'âge et propose des émissions du matin destinées aux tout-petits apparaissent à la grille de programmationSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 37..

Radio-Canada fait figure de pionnier et propose des émissions qui deviendront cultes pour la génération des enfants qui grandit dans les années 1950 et 1960 : Le Grenier aux images, Fafouin, Fon Fon, La Boîte à Surprise, Bobino et La Souris Verte. Radio-Canada propose aussi le jeu questionnaire Tic Tac Toc (1952-1957), animé André Cailloux (Monsieur Toc) et Denyse Saint-Pierre (Cousine Toc)Sophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 99. ainsi qu'un premier téléroman pour adolescents écrit par Lise Lavallée, Beau temps, mauvais temps (1955-1958), suivi de plusieurs autres pour le même public comme Le Grand Duc, Demain dimanches, Jeunes Visages, Le Mors aux dents. Le diffuseur donne également naissance à une première série de science-fiction, Opération-Mystère (1957-1959)Raymond Plante, « La télé jeunesse ou les mémoires d'un funambule du petit écran », Lurelu, vol. 9, , printemps-été 1986, p. 7..

Télé-Métropole est pour sa part fondé en 1961. Parmi l'une des premières émissions pour enfants qui y sont diffusées figure celle créée à partir du populaire personnage du Capitaine BonhommeLa société de production d’émissions de télévision prend ensuite le nom de JPL Production. Le Groupe TVA en fait l'acquisition en 1997. Elle change de nom pour TVA Productions en 2008..

Le Grenier aux images (Radio-Canada, 1952-1957) Le Grenier aux images met en scène Grand-père Cailloux (André Cailloux) qui raconte des histoires à Frisson des collines (Paule Bayard prête sa voix à la marionnette). Rapidement, une complicité s'installe entre euxRaymond Plante, « La télé jeunesse ou les mémoires d'un funambule du petit écran », Lurelu, vol. 9, , printemps-été 1986, p. 4.. On y présente aussi des films et des courts-métragesDanièle Simpson, « Grand-père Cailloux se raconte », Lurelu, 1, 1, 1978, p. 11-12.. En plus de Frisson, on retrouve les marionnettes Picoulette et Roseline. L'émission devient une dramatique où jouent plusieurs comédiens et comédiennes. L'émission est scénarisée par Françoise Faucher et Alec Pelletier, les illustrations sont réalisées par Frédéric Back et les décors par Fernand PaquetteSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 55..

Fafouin (Radio-Canada, 1954) Fafouin met en scène une petite fille qui s'amuse avec les jouets qu'elle trouve dans un coffre à jouets. Parmi eux se trouvent le clown Fafouin (Guy Messier), le Pirate Maboule (Jacques Létourneau) et la poupée Fanfreluche (Kim Yaroshevskaya). Les enfants y apercevaient aussi Monsieur Surprise, apprenaient à bricoler avec Madeleine Arbour ou des tours de magie avec Michel le Magicien. Pendant chaque demi-heure, Fafouin comportait systématiquement une partie sketch et l'autre éducative. Les comédiens et les comédiennes devaient rédiger leur propre sketch. Cette émission a laissé une profonde marque à Radio-CanadaRaymond Plante, « La télé jeunesse ou les mémoires d'un funambule du petit écran », Lurelu, vol. 9, , printemps-été 1986, p. 6.. La plupart des personnages développés dans Fafouin ont ainsi été repris plus tard, notamment dans La Boîte à SurpriseRaymond Plante, « La télé jeunesse ou les mémoires d'un funambule du petit écran », Lurelu, vol. 9, , printemps-été 1986, p. 5..

Fon Fon (Radio-Canada, 1955-1962)