La crise yéménite commence avec la révolution de 2011-2012 contre le président Abdallah Saleh, qui a dirigé le Yémen pendant 33 ans. Après le retrait de Saleh début 2012 dans le cadre d'un accord de médiation entre le gouvernement yéménite et les groupes d'opposition, le gouvernement dirigé par l'ancien vice-président de Saleh, Abdrabbuh Mansur Hadi, rencontre des difficultés à unifier le paysage politique conflictuel du pays et à repousser les menaces d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique et les militants Houthis qui mènent une insurrection prolongée dans le nord depuis des années.

En , l'insurrection des Houthis se transforme en une véritable guerre civile lorsque ses combattants envahissent la capitale Sanaa et forcent Hadi à négocier un « gouvernement d'unité » avec d'autres factions politiques. Les rebelles continuent à faire pression sur le gouvernement affaibli jusqu'à l'attaque par les Houthis du palais présidentiel et de la résidence privée de Hadi, provoquant finalement sa démission en .

Le mois suivant, les Houthis déclarent prendre le contrôle du gouvernement yéménite, dissolvant le Parlement et installant un Comité révolutionnaire intérimaire dirigé par Mohammed Ali al-Houthi, un cousin du leader Houthi Abdul-Malik al-Houthi. Hadi fuit à Aden, où il déclare rester le président légitime du Yémen, proclame la capitale temporaire du pays et appelle les responsables gouvernementaux loyaux et les membres de l'armée à se rallier à lui.

Le , la BBC rapporte qu'Hadi a « fui les forces rebelles de la ville d'Aden » et est ensuite « arrivé à Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite », alors que « les autorités saoudiennes commencent à mener des frappes aériennes au Yémen ». Depuis 2017, le Conseil de transition du Sud, institution exécutive transitoire collégiale, lutte également contre le gouvernement.

Contexte La vague de protestations connue sous le nom de Printemps arabe n’a pas tardé à arriver au Yémen après la révolution tunisienne (2011-2012). Le Yémen est un pays pauvre avec un gouvernement largement reconnu comme corrompu et avec une grande quantité d’armes entre des mains privées. En 2011, le pays est déjà confronté aux défis des militants et séparatistes liés à Al-Qaïda dans le sud et des rebelles musulmans Zaydī Shīʿa au nord. Le Yémen n’est unifié que depuis 1990 et de profondes divisions persistent entre le nord et le sud.

Crise écologique L'instabilité politique du Yémen est aggravée et en partie causée par la grave crise écologique que traverse le pays. Le Yéménite moyen a accès à seulement 140 mètres cubes d'eau par an pour tous usages (101 gallons par jour), alors que la moyenne du Moyen-Orient est de 1 000 m3 /an et que le seuil de stress hydrique défini au niveau international est de 1 700 mètres cubes par an. Les eaux souterraines du Yémen constituent la principale source d'eau du pays, mais les nappes phréatiques ont considérablement baissé, laissant le pays sans source d'eau viable. Par exemple, à Sanaa, la nappe phréatique se trouvait à 30 mètres de fond dans les années 1970, et est passée à 1 200 mètres sous la surface en 2012. Les eaux souterraines n'ont pas été réglementées par les gouvernements du Yémen.

Même avant la révolution, la situation de l'eau au Yémen est décrite comme de plus en plus désastreuse par les experts qui craignaient que le Yémen ne soit le « premier pays à manquer d'eau ». L'agriculture au Yémen absorbe environ 90 % de l'eau du Yémen, même si elle ne génère que 6 % du PIB. Cependant, une grande partie des Yéménites dépend d'une agriculture de subsistance à petite échelle. La moitié de l'eau agricole au Yémen est utilisée pour cultiver du khat, un stupéfiant que la plupart des Yéménites mâchent. Cela signifie que dans un pays aussi pauvre en eau que le Yémen, où la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire, 45 % de l’eau extraite des aquifères en constante diminution est utilisée pour cultiver une culture qui ne nourrit personne.

Cette insécurité hydrique a un impact direct sur la stabilité politique. Les étrangers entendent surtout parler de guerre par procuration entre factions soutenues par d'autres pays, mais selon le journal yéménite Al-Thawra, 70 à 80 % des conflits dans les régions rurales du pays sont liés à l'eau. Selon le ministère de l'Intérieur, dans tout le pays, les conflits liés à l'eau et à la terre tuent 4 000 personnes par an, soit plus que le terrorisme. Dans le gouvernorat d'Al-Jawf, un différend sur l'emplacement d'un puits conduit à une vendetta qui dure depuis plus de 30 ans.

La capitale du pays pourrait être évacuée si elle vient à manquer d'eau annonce en 2007 le ministre de l'Eau et des Ressources naturellesKirby, Alex:"Yemen's khat habit soaks up water." BBC News, Sana’a, 7 April 2007. Malgré l'échec du gouvernement à déplacer les habitants de la capitale de manière ordonnée et pacifique, la guerre et la crise politique ont fait de Sanaa et la majeure partie du Yémen un champ de bataille, contraignant de fait la population à fuir.

D'autres catastrophes environnementales frappent le Yémen parrallement à la progression de la guerre. Fin 2015, deux cyclones historiques frappent le pays. Le premier d'entre eux, le , frappe l'île de Socotra avant de toucher le port de Moukalla, sur la côte sud du Yémen, où il provoque des crues soudaines catastrophiques. Cette tempête, combinée au qui suivra, provoque un surplus d'humidité dans le sol facilitant la reproduction des criquets ravageurs. Ces orthoptères peuvent parcourir 160 km en une journée et détruire toutes les cultures qu’ils rencontrent.

Histoire

Révolution (2011-2012)

La crise politique au Yémen commence en 2011, au milieu du Printemps arabe et de l'insurrection des Houthis jusqu'en 2014.

Manifestations contre Saleh vignette| Manifestants à Sanaa le 4 avril 2011, au début de la révolution yéménite. Saleh échappe à la mort le lorsqu'une bombe explose dans une mosquée alors qu'il priait accompagné d'autres hauts responsables du gouvernement, apparemment dans le cadre d'une tentative d'assassinat. Alors que son état est annoncé comme dégradé au départ, Saleh se rétablit et reprend le travail le après plusieurs mois de traitement médical en Arabie Saoudite. Il laisse le vice-président Hadi aux commandes pendant son absence. En tant que président par intérim, Hadi rencontre l’opposition et aurait exprimé son ouverture aux réformes politiques. Il rejette toutefois l'idée de forcer Saleh à quitter le pouvoir sans le consentement du président.

Accord négocié Le Conseil de coopération du Golfe exerce une pression considérable sur Saleh pour qu’il négocie la fin du soulèvement en démissionnant. Quelques semaines après son retour d’Arabie saoudite, Saleh accepte finalement de démissionner le , en échange de l’immunité. Dans le cadre de l’accord, l’opposition accepte de lui permettre de se présenter sans opposition à la présidence en 2012.

Siège de Dammaj Pendant ce temps, les insurgés Houthis du nord du Yémen assiège une ville salafiste du gouvernorat de Saada, Dammaj. Les combats gagnent en intensité en novembre et décembre. L'armée yéménite échoue à rétablir l'ordre en raison de la crise que traverse tout le pays.

Période de transition (2012-2014) La révolution yéménite s'achève apparemment avec succès en 2012 pour l’opposition, lorsque Saleh quitte ses fonctions. Toutefois, les troubles se poursuivent dans le nord et le sud du Yémen.

Élection de Hadi

droite|vignette| Abdrabbo Mansour Hadi, le second président du Yémen. L'élection de Hadi le introduit pacifiquement un nouveau gouvernement au Yémen, avec seulement un faible pourcentage d'électeurs ayant annulé leur bulletin de vote lors de la course à candidat unique. Hadi, un sudiste, bénéficie particulièrement d'un soutien dans l'ancien Yémen du Sud, apaisant les murmures du séparatisme, malgré le boycott de l'élection présidentielle du mouvement du Sud, tout comme les Houthis. Hadi n’accorde aucun siège aux Houthis rétifs dans son cabinet.

Poursuite des affrontements à Dammaj

Le conflit à Dammaj reprend en avril lorsque des combats éclatent entre des membres des tribus Houthis et des étudiants salafistes. Les deux parties s'accusent mutuellement de rompre un accord de trêve.

Percées de Hadi Des pourparlers de réconciliation nationale ont lieu avec la participation de nombreux éléments séparatistes, ainsi que des Houthis.

Neuf ans après la mort de Hussein Badreddine al-Houthi, le gouvernement yéménite remet la dépouille du patriarche Houthis à sa famille et il est enterré dans le nord du Yémen en , en présence d'un représentant de l'administration Hadi.

Hadi se rend aux États-Unis, un allié clé à l'étranger, en . Les États-Unis lèvent également l'interdiction de transfert de détenus de leur camp de détention de Guantánamo, à Cuba, vers le Yémen.

Pendant ce temps, l'Arabie saoudite expulse entre 300 000 et 400 000 travailleurs migrants yéménites vers leur pays d’origine en 2013, provoquant un afflux de Yéménites pauvres et sans terre vers le nord du Yémen.

Nouveaux affrontements Le conflit entre Houthis et salafistes dans le gouvernorat de Saada reprend en octobre et novembre. Les responsables du gouvernement de Saada accusent les combattants Houthis d'avoir attaqué une mosquée salafiste à Dammaj dans le but de chasser les sunnites, tandis que les Houthis accusent les salafistes d'utiliser l'institut religieux comme base de rassemblement pour les combattants sunnites étrangers. Le gouvernement tente d'intervenir pour mettre fin aux combats.

Les combats sectaires dans le gouvernorat d'Al Jawf durent toute l'année. Le gouvernorat de Dhamar est également le théâtre d'affrontements entre les Houthis et les salafistes vers la fin de l'année.

Rébellion des Houthis (2014-2015)

Dans une tournure dramatique des événements, les rebelles Houthis prennent le contrôle général du nord du Yémen, y compris de la capitale Sanaa elle-même, en 2014.

Intensification du conflit chiite-sunnite

Les affrontements à Dammaj s'étendent au gouvernorat d'Amran en . Les Houthis remportent la victoire à Saada lorsque le gouvernement yéménite négocie un accord en vertu duquel les combattants salafistes et leurs familles sont évacués vers le gouvernorat voisin d'Al Hudaydah. Selon certaines informations, les Houthis ont ensuite empêché les troupes gouvernementales de se déployer pleinement sur tout le territoire, malgré la signature d'un accord.

Les combats dans le gouvernorat d'Amran s'intensifient au cours de l'année, avec des affrontements entre les Houthis et les partisans du parti islamiste Islah, qui conduira finalement les Houthis à prendre le contrôle de l'ensemble du gouvernorat. Le conflit s'étend au gouvernorat de Sanaa en juillet.

Prise de Sanaa par les Houthis

Les Houthis commencent à protester contre le gouvernement de Hadi pour exiger des concessions afin de mettre fin à une insurrection de plusieurs années qu'ils mènent contre l'État yéménite à la mi-2014. Le soulèvement s'intensifie considérablement lorsque les combattants Houthis envahissent Sanaa, la capitale, et prennent le contrôle de la ville aux mains de l'armée yéménite en quelques jours en septembre. Les forces du général Ali Mohsen al-Ahmer se rendent aux Houthis après un bref combat.

Ali Abdullah Saleh, l'ancien président, est largement soupçonné d'avoir aidé les Houthis en coulisses et d'avoir contribué à préparer leur prise de pouvoir. Le Premier ministre Mohammed Basindawa démissionne le dans le cadre d'un accord visant à mettre fin à l'impasse.

Formation d'un gouvernement d'union