thumb|Vannerie de bambou en nappe, Hainan, Chine La vannerie désigne l'art de tresser des fibres végétales comme l'osier, le bambou et le rotin, ainsi que les objets réalisés par cette technique, par exemple les paniers et les meubles en vannerie. Elle est pratiquée depuis au moins ans. Les savoir-faire de la vannerie sont divers et sont continuellement développés par des sociétés du monde entier.
Terminologie La racine des mots "vannier" et "vannerie" garde une origine commune avec le van à vanner, vannus en latin, des agriculteurs et marchands de grains ou de céréales d'antan. En ancien français, le verbe "vanner" qui correspond au latin populaire vannare ou au latin classique vannere signifie "nettoyer les graines à l'aide d'un van"Chrétien de Troyes cite le mot d'ancien français van vers 1175. Albert Dauzat (dir.), Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Librairie Larousse, Paris, 1964, p. 782.. La filiation vers le terme "vannerie" n'est point directe, elle passe par le métier de "vannier" attesté en 1228 selon le dictionnaire d'ancien français de Godefroy. Le mot vannerie qui qualifie la confrérie des vanniers ou leur corporation urbaine n'apparaît que tardivement en ancien français au milieu du . Le vannier fabrique divers vans et autres tamis aux caractéristiques normalisées du marché des grains et farines en vigueur. En 1642, la vannerie selon Antoine Oudin en 1642 qualifie l'atelier du vannier. Le dictionnaire de Furetière (1690) rattache de façon classique le terme vannerie au métier du vannier. Pierre Larousse rappelle que la vannerie désigne aussi l'ensemble des objets fabriqués par le vannier, pas seulement des objets techniques comme les vans et tamis, mais des objets communs du ménage, une variété d'ouvrages d'osier, en brins tressés où figurent les divers paniers et corbeilles. Il poursuit en rappelant deux branches spéciales de l'activité de vannerie, celle de la conception de canne pour des sièges, celle de petites voitures de découvertes légères, où le "panier" désigne ici le fonds ou derrière en vanneriePierre Larousse, Grand dictionnaire universel, opus cité, article vannerie.. Mentionnons que les chaises longues de repos, communes dans l'hôtellerie alpine suisse à la Belle Époque, étaient et sont toujours entretenues par des vanniers en morte saison.
L'artisanat de la vannerie produit des vocabulaires techniques et locaux très divers.
Archéologie et Histoire vignette|Objets yéménites en vannerie. Le plus ancien panier du monde a été découvert en 2021 par des archéologues dans une grotte du wadi Murabba'at en Palestine. Vieux de 10 500 ans, l'objet remonte à la période du Néolithique précéramique.
Au XIXe siècle, dans la Grotte des Chauve-souris en Andalousie, trois paniers en sparterie datant du Mésolithique ont été mis au jour. D'autres ouvrages (sandales, nattes, fragments divers) datant quant à eux du Néolithique y ont également été découverts. Les trois paniers, vieux de près de 9 500 ans mais dans un état de conservation remarquable, sont les plus anciens d'Europe.
D'autres sites archéologiques mésolithiques et néolithiques (tels que la Grotte de Nahal Hemar dans le désert de Judée, La Draga en Catalogne, Charavines en France, et La Marmotta en Italie) nous ont aussi livré des fragments de vanneries et de sparteries, illustrant l'étendue de la pratique de cet artisanat depuis de nombreux millénaires.
Les objets de vannerie étant constitués de matériaux biodégradables, il est rare d'en exhumer. Leur conservation dans le temps est liée à des conditions très particulières. Par exemple, la sécheresse en Égypte ; ou au contraire, le milieu anaérobique des tourbières ou des lacs1.Bocquet A., Berretrot F. (1989). Le travail des fibres textiles au Néolithique récent à Charavines (Isère). Tissage, Corderie, Vannerie. Actes des Rencontres internationales d'archéologie et d'histoire d'Antibes, 20-22 octobre 1988, .. Parfois, on trouve traces de vanneries imprimées sur de la poterie, le tressage servant alors de support pour agglutiner l'argile et lui donner sa forme. Le fait que les vanneries articulent de nombreuses dimensions de la vie humaine – comme le rapport aux cycles des saisons, les innovations technologiques et l'alimentation – leur donne un grand intérêt archéologique.
Dans la Grèce du sixième millénaire, la vannerie était pratiquée. On trouve en Corse des vanneries du quatrième millénaire.
Au Pérou, les techniques de vannerie se sont diffusées à des vitesses différentes.
La vannerie était largement pratiquée dans l'empire romain comme l'attestent écrits antiques, stèles funéraires, fresques murales, et mobilier archéologique.
Dans la Caraïbe du , la vannerie était largement pratiquée. C'était une activité plutôt masculine. Les colons européens ont intégré de nombreuses vanneries caribes et kali'na dans leurs musées.
Dans l'Alaska du , de l'herbe était tressée pour faire des vanneries.
A Paris, la communauté des vanniers-quincaillers a des statuts depuis l'année 1467. Ils ont été confirmés par des lettres patentes de Louis XI et réformés sous le règne de Charles IX par arrêt du Conseil du mois de , enregistré au Parlement la même année. On ne sait d'où leur est venu le nom de quincaillers qu'ils ont dans leurs statuts. Les apprentis qui aspirent à la maîtrise sont obligés au chef-d'œuvre et le reste comme dans les autres corps. On compte à Paris environ trois cents maîtres vanniersPierre Jaubert. Dictionnaire raisonné universel des Arts et Métiers, contenant l’histoire, la description, la police des fabriques et manufactures de France et des pays étrangers, Paris, chez Pierre-François Didot jeune, 1773, 4 vol. in-8° ; Lyon.
Aux États-Unis, en 1909, la vannerie a été enseignée à l'école pour sa valeur civique en tant qu'.
Techniques
La vannerie spiralée consiste en des brins de fibres formant un toron enroulé sur lui-même en spirale et généralement cousu. Elle utilise des matériaux très divers, comme les herbes, les feuilles, le bois, le plastique. La vannerie à nappes s'apparente au tissage et utilise le plus souvent des matières en forme de ruban. La vannerie tressée utilise des brins flexibles entrecroisés appelés respectivement les montants (le squelette de la structure) et les brins de clôture (les entrelacs autour des montants). Cette classe de vannerie est très répandue en Europe, on y distingue la vannerie à montants en arceau de la vannerie clayonnée, dite « à montants parallèles ».
On peut discuter tout en faisant de la vannerie.
Exemple d'étapes de fabrication La galerie ci-dessous détaille les différentes étapes de la fabrication d'un panier à jour en osier, telles qu'elles sont mises en scène à la Maison de la Vannerie de Fayl-Billot.
Outils thumb|Banc et outils de vannier La pratique de la vannerie demande l'usage de mains lestes et de doigts forts et résistants, ainsi que très peu d'outils manuels : à commencer par le couteau de vannier à bout légèrement recourbé, par exemple pour couper les brins, différents modèles de fendoirs faits de bois dur (buis, houx) destinés à fendre les brins d'osier dans leur longueur en trois ou quatre parties égales ; le trusquin destiné à ôter la moelle des brins refendus et, en passes successives, à diminuer l'épaisseur pour obtenir des brins plats d'une grande souplesse (éclisse) ; le ciroir ou peleuse (aujourd'hui mécanisé) destiné à écorcer les brins d'osiers qui prendront alors le nom d'osier blanc ; la batte qui est une sorte de marteau plat, a deux fonctions : en premier, égaliser par tassage les motifs de tressages entre les montants au cours des phases de fabrication ; en second, le trou calibré dans le bout du manche est une solide clé qui aide au pliage des brins de très forte section.
D'autres outils non spécifiques complètent l'outillage : serpettes, poinçons, maillet en bois et sécateur dont l'usage s'est généralisé tant pour la récolte que pour le travail à l'atelier.
Économie et écologie
L'économie et les techniques de la vannerie changent avec les transformations du commerce, de la société et de l'environnement: la vannerie est un artisanat particulièrement vulnérable face au mauvais climat. L'organisation de cet artisanat est traversée par les processus socio-culturels de la société qui l'entoure. Dans les sociétés urbanisées, la vannerie et ses produits forestiers non ligneux jouent souvent à la marge des économies et des écologies urbaines, et participent à une reconfiguration des régimes de propriété. Ainsi, l'urbanisation et la gentrification font pression sur les artisans et les plantes vannières.
Les matériaux végétaux utilisés pour la vannerie se cueillent de manière informelle, suivant les principes de l'agroforesterie paysanne ou d'autres normes de gestion durable. Dans ce sens, les matériaux offerts par les plantes utilisées en vannerie sont des services écosystémiques, particulièrement dans les zones humides. Il existe cependant des monocultures dédiées à la vannerie, comme l'osiériculture. Certaines plantes toutefois, comme le foin d'odeur, ne se laissent pas bien cultiver en horticulture, mais se portent mieux en étant cueillies qu'en étant laissées à elles-mêmes. Un autre commun utilisé comme matériau de vannerie sont les déchets dans les sociétés industrialisées.
La vannerie demande de la patience et l'investissement de beaucoup de travail. Il existe cependant des techniques très rapides de vannerie produisant des objets à usage unique.
La connaissance des plantes bonnes pour la vannerie, des bonnes manières de les récolter et du contexte écologique est un savoir écologique traditionnel. Par exemple, en Californie, la vannerie de l'herbe deergrass est liée à l'intendance du paysage à travers l'écobuage. Les connaissances botaniques liées à la vannerie sont précises et complètes. Les innovations technologiques peuvent accompagner les traditions vannières dans la restauration des écosystèmes et de la biodiversité.
La vannerie est prise dans les logiques de patrimonialisation et acquiert de la valeur au sein des industries touristiques à travers son image traditionnelle. La commercialisation intensive de la vannerie au sein des marchés touristiques crée toutefois une pression économique pouvant mener à une exploitation destructrice des plantes. Ces pressions économiques et écologiques peuvent être résolues en prenant soin des problèmes sociaux qui les sous-tendent.
Dans les cas où la transmission des savoir-faire vanniers est mise à mal par des facteurs économiques et culturels, des politiques d'aide publique servent à soutenir cet artisanat. Le soutien porté à l'artisanat de la vannerie fortifie d'ailleurs économiquement l'ensemble d'une communauté. À rebours, l'enseignement de la vannerie aide aussi à réparer les divisions intergénérationnelles et remettre en marche la transmission des savoirs.
La vannerie a également nourri la recherche des anthropologues. La connaissance anthropologique des vanneries autochtones et leur intégration dans les archives muséales a pu jouer un rôle dans le développement de politiques colonialistes.
Genre
La vannerie est souvent un enjeu des rôles de genre. Par exemple, chez les Inuits, la vannerie est une activité plutôt féminine, et chez les Newar plutôt masculine. En ce que la vannerie est un travail impliquant intimement le corps et le matériel, et s'inscrivant au moins partiellement dans une économie collective de subsistance, elle est un facteur important de fierté genrée, qui démontre les aptitudes et le savoir de ses détenteurs. Dans la société ashaninka, la vannerie est dévolue aux femmes, mais ce sont les hommes qui leur dictent les motifs, exerçant ainsi une domination patriarcale. Dans les sociétés où la vannerie est un artisanat des femmes, il peut cependant aussi participer à leur indépendance économique.