L'élection présidentielle tunisienne de 2024 a lieu le afin d'élire le président de la République tunisienne. Il s'agit de la première élection de ce type depuis la promulgation de la Constitution de 2022.. L'élection est boycottée par la majorité des partis politiques.

Le chemin vers l'élection a été semé d'embûches pour les rivaux du sortant Kaïs Saïed. Les candidats devaient recueillir le parrainage de dix parlementaires, quarante élus locaux ou à raison de 500 au moins par circonscription.

Après avoir écarté de nombreuses candidatures, dont celles des principaux opposants à Kaïs Saïed, l'ISIE confirme les candidatures de deux personnalités en dehors du chef de l'État, celles des anciens députés Zouhair Maghzaoui et Ayachi Zammel, mais écarte celles de Mondher Zenaidi, Abdellatif Mekki et Imed Daïmi, qui avaient été réintégrées par le Tribunal administratif. Cette décision est cependant contraire à la Constitution, qui dispose que les décisions du Tribunal administratif ne peuvent faire l'objet d'un appel. Le , le Tribunal administratif ordonne à l'ISIE d'accepter ces candidatures, ce que cette dernière refuse, avant que l'Assemblée des représentants du peuple, de crainte de l'invalidation de la présidentielle par celui-ci, ne transfère, par un amendement controversé de la loi électorale, les attributions du Tribunal administratif à la Cour d'appel de Tunis.

Pour sa part, à quelques semaines du scrutin, Ayachi Zammel, qui a obtenu le soutien d'une partie de l'opposition, est emprisonné puis condamné à un total de treize ans et huit mois de prison dans trois procès pour des accusations de faux parrainages. Ces condamnations expéditives sont interprétées par plusieurs observateurs et des ONG comme un acharnement judiciaire visant à écarter sa candidature, celui-ci semblant pouvoir réaliser un bon score lors du scrutin. De même, la mise à l'écart ou l'emprisonnement d'autres candidats est également dénoncé.

Kaïs Saïed l'emporte sans surprise avec 90 % des voix, pour un taux de participation d'un peu moins de 29 %.

Contexte

vignette|redresse|gauche|Kaïs Saïed.

Le , jour de la fête de la République, après des mois de crise politique entre le président de la République Kaïs Saïed et l'Assemblée des représentants du peuple, des milliers de manifestants réclament la dissolution de cette dernière et un changement de régime.. Le gouvernement se voit reprocher l'état catastrophique de l'économie et son inaction, qui conduit notamment à l'aggravation de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Le soir même, invoquant l' de la Constitution, Kaïs Saïed limoge le gouvernement Mechichi avec effet immédiat, en particulier Hichem Mechichi de ses attributions de chef du gouvernement et de ministre de l'Intérieur par intérim, annonce la suspension de l'assemblée , la formation d'un nouveau gouvernement et sa décision de gouverner par décrets ; il indique également qu'il présidera le parquet.. Ennahdha dénonce aussitôt un .. Cette qualification de coup d'État est partagée par des analystes politiques et juristes..

Le , il confirme par décret le prolongement des décisions ainsi que la dissolution de l'Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi, et décide de suspendre les salaires et les bénéfices accordés au président de l'Assemblée des représentants du peuple et ses membres., et s'octroie le droit de gouverner par décret, récupérant de facto le pouvoir législatif... Sa décision est critiquée par la plupart des partis représentés au Parlement..

Le , le président charge Najla Bouden de former un nouveau gouvernement. Elle devient de ce fait pionnière dans le pays ainsi que dans le monde arabe..

Du au a lieu une consultation électronique sur les réformes à proposer en prévision du référendum. Lors du scrutin, qui a fait l'objet d'un très faible taux de participation, les options d'un passage à un régime présidentiel et au scrutin uninominal pour les législatives, l'emportent....

Le , , sous la présidence du deuxième vice-président de l'assemblée Tarek Fetiti., se réunissent lors d'une session virtuelle pour voter la fin des mesures d'exception en vigueur depuis le . Le jour même, Kaïs Saïed dissout le Parlement, ce qu'interdit pourtant la Constitution durant la période où l'état d'exception est appliqué, et menace les députés de poursuites judiciaires...

Le , Kaïs Saïed annonce que les élections se tiendront au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.. Le , il indique que la loi électorale sera élaborée en considérant les recommandations des soutiens du processus du , et que le reste de la classe politique sera exclue de ce processus.. La loi électorale devra être publiée au plus tard le pour respecter les délais..

Le , la nouvelle Constitution est adoptée par référendum avec des voix.. Une nouvelle loi électorale est ensuite publiée par décret le .. La suspension du parlement est prolongée en attendant l'investiture de la nouvelle législature..

Plusieurs manifestations appellant à boycotter le scrutin présidentiel ont lieu à Tunis quelques jours avant le premier tour..

Conditions de candidature L'Instance supérieure indépendante pour les élections a annoncé les conditions de candidature suivantes. : Être un électeur inscrit sur le registre électoral ; Être Tunisien, sans autre nationalité, né de père et mère tunisiens, avec des grands-parents paternels et maternels tous tunisiens ; Être de religion musulmane ; Avoir au moins 40 ans au moment de la présentation de la candidature ; Jouir de tous ses droits civils et politiques ; Ne pas avoir occupé le poste de président de la République pendant deux mandats consécutifs ou séparés ; Ne pas être soumis à l'une des interdictions suivantes : perte de la qualité d'électeur et perte du droit de candidature résultant d'une condamnation pour les crimes mentionnés aux articles 161 et 163 de la loi électorale et à l'article 30 du Code pénal ; Avoir les parrainages requis, soit alternativement : Parrainage par dix membres de l'Assemblée des représentants du peuple ou du Conseil national des régions et des districts ; Parrainage par quarante présidents des collectivités locales qu'il s'agisse de conseils locaux, régionaux ou municipaux ; Parrainage par inscrits sur les listes électorales répartis dans au moins dix circonscriptions, chaque circonscription devant comporter au moins 500 électeurs.

Le chemin vers l'élection a été semé d'embûches pour les rivaux du sortant Kaïs Saïed. Les candidats devaient recueillir le parrainage de dix parlementaires, quarante élus locaux ou à raison de 500 au moins par circonscription..

Candidats Pressentis ou n'ayant pas déposé leur candidature Hatem Boulabiar, ancien candidat en 2019, annonce en sa candidature.. Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha, souhaiterait se présenter selon un groupe de membres du mouvement.. Adel Ltifi, un activiste, annonce en qu'il sera candidat... Nizar Chaari, ancien fondateur du mouvement New Chartage, annonce sa candidature en .. Lotfi Mraïhi, fondateur de l'Union populaire républicaine et candidat en 2019, annonce en sa probable candidature. et la confirme en .. Fadhel Abdelkefi, ancien président du parti Afek Tounes et ancien ministre des Finances, annonce en qu'il pourrait être candidat.. Lazhar Akremi, journaliste, avocat et activiste politique, annonce sa candidature lors d'une audition judiciaire en .. Olfa Hamdi, présidente du parti de La Troisième République, annonce sa candidature en .. Issam Chebbi, secrétaire général d'Al Joumhouri emprisonné depuis le , est proposé par son parti comme candidat en .. Néji Jalloul, président du parti Coalition nationale, ancien ministre de l'Éducation et candidat en 2019, annonce en qu'il n'écarte pas la possibilité d'une candidature.. Dhaker Lahidheb, cardiologue et ancien dirigeant du Courant démocrate, annonce son intention de se présenter en .. L'actrice Najoura Miled annonce son intention d'être candidate en .. Malek Saïhi, secrétaire général du mouvement des Jeunes patriotes tunisiens et ancien candidat aux élections législatives de 2022-2023 dans la circonscription de Nabeul, annonce sa candidature en .. Kamel Akrout, ancien premier conseiller à la sécurité nationale sous la présidence de Béji Caïd Essebsi, est pressenti comme candidat potentiel... et annonce sa candidature en .. Ghazi Chaouachi, ancien dirigeant du Courant démocrate emprisonné à partir du , est candidat.. Hichem Meddeb, ancien porte-parole du ministère de l'Intérieur, annonce sa candidature en .. Issam Guerfel, avocat et ancien membre du Parti destourien libre, annonce sa candidature en .. Azmi Belhaj Ahmed, docteur en chimie, annonce sa candidature en .. Abid Briki, secrétaire général de la Tunisie en avant et ancien candidat en 2019, pourrait être candidat de son parti.. Abdelmonem Belaâti, général et ministre de l'Agriculture, est pressenti comme candidat. Un candidat du Courant démocrate sera probablement présenté par le parti.. Karim Gharbi dit K2Rhym, ancien rappeur et gendre du président Zine el-Abidine Ben Ali, dénonce la situation catastrophique du pays au niveau des matières premières et la répression croissante des médias ; il se profile comme candidat indépendant.. Il affirme que les autorités ne lui ont pas fourni un extrait de son casier judiciaire., et n'a pas déposé sa candidature.

Candidatures déposées Le dépôt des candidatures à l'Instance supérieure indépendante pour les élections débute le et doit durer jusqu'au . 17 candidatures sont finalement déposées.. La liste préliminaire des candidatures doit être annoncée le après l'examen des dossiers et la liste définitive annoncée le .. Fathi Ben Khemaïes Krimi, travailleur journalier ayant également déposé sa candidature en 2019, soumet sa candidature le .. Leila Hammami, professeure d'économie, conseillère d'organisations internationales et militante de la société civile ayant annoncé sa candidature en . dépose sa candidature le .. Yosri Slimane, homme d'affaires, dépose sa candidature le .. Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre, annonce en qu'elle sera la candidate de son parti.. En détention depuis , sa candidature est déposée par son comité de défense le sans casier judiciaire ni parrainages, à la suite du refus de l'ISIE de fournir l'exemplaire nécessaire.. Kaïs Saïed, président de la République sortant, ayant annoncé officiellement sa candidature à sa propre réélection le ., la dépose le .. Ayachi Zammel, chef du mouvement Azimoun, annonce son intention d'être candidat en . et la dépose le .. Mondher Zenaidi, en exil en France, plusieurs fois ministre sous la présidence de Zine el-Abidine Ben Ali et candidat en 2014, annonce officiellement sa candidature le .. Abdellatif Mekki, ancien ministre de la Santé et fondateur du mouvement Travail et Réalisation, annonce en qu'il pourrait être candidat.. Zouhair Maghzaoui, secrétaire général du Mouvement du peuple, dépose sa candidature le .. Safi Saïd, fondateur du parti Les Jardins des abeilles et candidat en 2014 et 2019, annonce sa candidature en . et dépose son dossier le .. Imed Daïmi, vice-président de Hizb el-Harak..

Candidatures retenues Les candidatures préliminairement retenues sont annoncées le . Il s'agit de celles du président sortant Kaïs Saïed, de Zouhair Maghzaoui et d'Ayachi Zammel.. Les autres postulants voient leurs candidatures rejetées, généralement pour un manque de parrainages. Nombre d'entre eux et d'entre ceux qui ont renoncé à se présenter sont poursuivis pour des soupçons de faux parrainages..