vignette|Ruines du cardo d'Ælia Capitolina dans la vieille ville de Jérusalem.
Ælia Capitolina (en latin : Colonia Ælia Capitolina) est le nom donné à Jérusalem par l'empereur Hadrien (Ælius Adrianus), lors de son passage dans la ville en 130. La fondation de la ville est l'événement déclencheur de la révolte de Bar Kokhba (132 et 135). La reconstruction effective de la ville commence probablement après la révolte. Elle est alors occupée par une colonie romaine.
Son nom « Aelia » vient du nom gentilice de la famille d'origine d'Hadrien, Aelius, ce qui perpétue ainsi le nom du fondateur de la ville. « Capitolina » indique que la nouvelle cité est placée sous le patronage de Jupiter Capitolin, dieu suprême de Rome.
En pratique, Aelia tout court est plus employé que le nom officiel, En 638, après la conquête musulmane, le calife 'Umar conserve ce nom sous la forme « Iliya » (), mais remplace la référence à Jupiter Capitolin par Bayt al-Maqdis, qui signifie littéralement « la maison du sanctuaire », équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash qui dans les deux cas désigne le Temple de Jérusalem, ou le lieu de prosternation lointain (al-Aqsa, ) mentionné dans le Coran, où se situait auparavant le TempleShlomo Sharan, Dāwid Bûqay, Crossovers: Anti-Zionism and Anti-Semitism, 2010, Rutgers, New-Jersey, USA, .Moshe Gil, A History of Palestine, 634-1099, 1997, Press Syndicate of the University of Cambridge, New-York, USA, .Ahmad M. Hemaya, Islam - Un aperçu approfondi, 2011, ..
Histoire Fondation de la ville et révolte
alt=|vignette|Première monnaie d'Ælia Capitonia sous Hadrien, Judée, 136 ap. J.-C. Inscription : COL[ONIA] AEL[IA] CAPIT[OLINA] COND[ITA](Fondation de la colonie d'Aelia Capitolina) Il semble établi que Jérusalem ait été refondée par Hadrien, sous le nom d'Aelia Capitolina, avant le déclenchement de la révolte de Bar Kokhba (132 et 135). Des pièces de monnaie, émises dès 131-132 au nom de la nouvelle colonie, montrent que Aelia Capitolina était planifiée avant la révolte. C'est probablement en 130 qu'en visitant Jérusalem Hadrien la renomme ainsi, alors qu'il est en route vers l'Égypte. Il est toutefois probable que la reconstruction n’a commencé qu'après la révolte. Bien que cela soit discuté, il semble que la ville soit tombée aux mains des insurgés pendant un ou deux ans et qu'elle n'ait été reconquise qu'en janvier-février 134. Il est possible que la destruction quasi totale de la ville ait été décidée en représailles.
Selon les Pères de l'Église et des témoignages comme celui du pèlerin anonyme de BordeauxEn 333, le pèlerin anonyme de Bordeaux écrit (Itin. Burd. 592-593) cité par . (333), la colline ouest de la ville, aujourd'hui appelée le mont Sion, a partiellement échappé à la destruction, et en particulier , dont une seule était encore debout au moment où ils écrivent. En 392, Épiphane de Salamine mentionne qu'en 135, lorsque Hadrien entra dans Jérusalem, le mont Sion était en ruines, à l'exception de quelques maisons dont Ce fait a probablement facilité le transfert du nom du mont Sion, qui entre la destruction du temple de Jérusalem (70) et le , voire l'époque byzantine, cesse de désigner l'Ophel et le mont du Temple pour se transférer sur le site actuelSimon Claude Mimouni, Dormition et Assomption de Marie: histoire des traditions anciennes, .. Les sources juives et chrétiennes indiquent qu'après la destruction de la ville le légat romain a fait passer une charrue pour labourer la surface de la nouvelle cité.
Dans le cadre des mesures prises par les autorités dans la province romaine de Judée, la volonté de l’empereur Hadrien est de transformer Jérusalem en « une cité païenne, en la plaçant sous le patronage du grand dieu capitolin ».
Une question débattue est de savoir si Hadrien a fondé une ville avec un temple païen sur le site de l'ancien temple de Jérusalem, ce qui aurait provoqué une vive réaction. Mais il n'y a aucune preuve archéologique qu'un tel temple ait existé. Pour , il est possible qu'après la révolte au moins une statue de Jupiter ait été érigée, et que Dion Cassius la situe par erreur sur le site de l'ancien temple. Ainsi, la fondation dAelia Capitolina émerge d'une façon ou d'une autre comme la cause principale de la révolte.
Construction d'Ælia Capitolina vignette|200px|Les deux paires de routes principales : cardo (nord-sud) et Decumanus (est-ouest) dans Aelia Capitolina. Les deux cardines convergeaient sur une place semi-circulaire près de la Porte de Damas.|gauche La nouvelle ville dÆlia Capitolina est construite sur l'emplacement de Jérusalem dans des dimensions plus réduitesPeter Schäfer, The Bar Kokhba War Reconsidered, 2003, Mohr Siebeck, Tubingen, Allemagne, ., sur le plan d'une colonie romaine. Son plan est donc celui d'une ville romaine typique, composée d'un quadrillage de cardines et de decumaniThe Cardo, Hebrew University.. La rue principale, le Cardo Maximus, flanquée de colonnes et d'échoppes, se termine vers l'emplacement actuel de la rue David. La population d'Aelia Capitolina est désormais composée de vétérans de la légion Macedonia, mais aussi de Grecs et de Syriens. De son côté, la légion romaine reconstruit son camp et forme aussi le cœur de la population de la ville.vignette|Le plan de Jérusalem selon la carte de Madaba (fin du ). Le cardo maximus à double portique traverse presque toute la ville, depuis la porte de Damas (à gauche) et vient buter au sud (à droite sur la carte) sur les églises chrétiennes qui ont été construites à partir du . (Voir La carte de Madaba, sur interbible.org.)Selon Épiphane de Salamine, c'est Aquila de Sinope qui est chargé de la reconstruction de la villeNatalio Fernández Marcos, The Septuagint in Context: Introduction to the Greek Version of the Bible, 2000, Brill, Leiden, .. Hadrien l'a établi lors de son passage à Jérusalem. Moitié juif, moitié chrétien, selon l'expression des hérésiologues chrétiens, il est très probablement un judéo-chrétien ayant adopté les conceptions du mouvement nazoréen. Aquila en profite pour traduire la Bible en grec, après avoir été excommunié par les premiers représentants de la « Grande Église » présents dans la ville, qui profitent de l'expulsion de tous les juifs pour désigner pour la première fois un évêque non circoncis, appelé Marc de Césarée. gauche|vignette|Arche de la porte d'entrée d'Ælia Capitolina, traditionnellement associée à l'épreuve de Jésus par Ponce Pilate (photographie 1854). Dans la nouvelle colonie, des sanctuaires dédiés aux Dieux grecs et romains sont édifiés. En quelques années, s'élèvent ainsi des temples à Jupiter Capitolin, Aphrodite, Bacchus, Sérapis. Ælia Capitolina Deux arcs de triomphe sont érigés en l'honneur d'Hadrien. Le premier marque la limite nord de la ville (sous l’actuelle porte de Damas) ; le second au sud marque l’entrée de l’espace réservé à la X légion Fretensis (actuellement au lieu-dit Ecce homo, sur la Via Dolorosa). Le Lithostrôtos près de l'arche Ecce homo étant probablement un second Forum dans la partie Est de la citéPeter Schäfer, The Bar Kokhba War Reconsidered, 2003, Mohr Siebeck, Tubingen, Allemagne, . ce qui n'empêche pas les guides touristiques de le présenter comme où Jésus comparut devant Pilate et où, selon l'Évangile attribué à Jean, il présenta Jésus en disant (Ecce homo en latin).
À l'est de ce second forum, s'élevait un autre temple à Asclépios, dans le secteur de la Piscine probatique, à côté de l'église Sainte-Anne de Jérusalem. L'ancienne porte découverte sous la porte de Damas est mise en correspondance avec la porte apparaissant sur la carte de Madaba comme la porte principale (porte de la Colonne) dans le nord de la citéPeter Schäfer, The Bar Kokhba War Reconsidered, 2003, Mohr Siebeck, Tubingen, Allemagne, . (à gauche sur la carte).
La Chôra de la ville s'étend désormais de l'ancienne frontière de Judée et de Samarie vers le nord, jusqu'à la mer Morte et Hébron vers le sud et jusqu'au territoire de Éleuthéropolis, de Nicopolis et de Diospolis : 80 petites villes et villages y sont inclus.
D'après la seule évocation tardive des monuments d'Ælia, due à une chronique byzantine, la ville était équipée de la panoplie classique de l'urbanité romaine : thermes, cirque, théâtre, portiques, mais leur localisation reste incertaine. En 2017, on a retrouvé un petit odéon en demi-cercle, dans les fouilles souterraines à l'ouest du Mur occidental, qui remonte très certainement à cette époque« Aelia Capitolina, Jérusalem romanisée (70-325) », sur histoirealacarte.com.
Répression anti-juive Les Juifs, toutes tendances confondues, sont expulsés de la ville comme de l'ensemble de la Chôra. Selon la tradition chrétienne, c'est après cette expulsion que la ville de Jérusalem aurait eu pour la première fois un « évêque » non circoncisSimon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. , publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, .. C'est probablement aussi à partir de ce moment que se forme une église rattachée à la « Grande Église », dont le premier évêque est un certain Marc de Césarée. Ils paraissent avoir été peu nombreux durant les .
Les survivants du mouvement nazôréen créé par Jésus ont été expulsés de la ville avec les autres juifsSimon Claude Mimouni, La tradition des évêques chrétiens d'origine juive de Jérusalem, in Studia patristica vol. , publié par Frances Margaret Young, Mark J. Edwards, Paul M. Parvis, éd. Peeters, Louvain, 2006, .. Ils se replient vers le nord et s'implantent en Galilée et sur le Golan. Les Juifs sont désormais interdits de droit de cité à Ælia Capitolina sous peine de mort, sauf le 9 Ab du calendrier hébraïque , en payant une taxe d'entrée.
L'interdiction de la circoncision est établie (ou maintenue). L'observance du shabbat, l'ordination des rabbins, l'étude de la Torah sont aussi interdits, ce qui entraîne la fermeture des académies rabbiniques. Cela fait apparaître aux écrivains juifs, les quelques années qui suivent la défaite, comme une intense période de répression.
Assouplissements sous Antonin le Pieux vignette|Monnaie de l'empereur Antonin le Pieux (Antoninus Pius) avec l'emblème de la dixième légion romaine à Aelia Capitolina (138-161). Le successeur d'Hadrien choisit l'apaisement, en autorisant de nouveau la circoncision des enfants juifs. , même leurs propres esclaves. Selon Simon Claude Mimouni, Il est possible que dès l'époque des Sévères, des Juifs
Deux proches du patriarche Juda Hanassi, qui entretient de bonnes relations avec les Sévères, figurent parmi les dirigeants de la communauté juive de Jérusalem.
Localisation des « lieux saints » sous Constantin vignette|Sainte Hélène interrogeant Judas ben Simeon, peinture espagnole de Blesa (1483-1487) Lorsque l'empereur romain Constantin adopte le christianisme comme religion personnelle, avant que celle-ci devienne sous Théodose la seule religion licite de l'empire, Jérusalem retrouve son nom d'origine.
Hélène (248/250 - 330), la mère de Constantin, vient à Jérusalem et avec l'aide de l'évêque de la ville (rabbi Judas ben Simeon, d'abord torturé puis converti en Saint Cyriaque, dernier Juif évêque de Jérusalem) essaye d'identifier les différents lieux qui figurent dans le Nouveau Testament. C'est de cette intervention que découlent la position géographique de nombre de lieux de Jérusalem aujourd'hui, comme le Golgotha ou le jardin de Gethsemani, bien que certains chercheurs contestent la pertinence des emplacements retenus.
Interdiction aux Juifs de venir dans la ville Certains historiens estiment que l'interdiction de venir dans l'ancienne Jérusalem aurait été assouplie à l'époque d'Antonin le Pieux, toutefois cette interdiction semble avoir perduré au-delà et même après la conversion de l'empereur Constantin au christianisme.