Le Château de Ports (appelé parfois le château de Hauteclaire), est un logis défensif rectangulaire datant des , situé sur la commune de Ports-sur-Vienne. C'est, depuis 1966 et encore en 2026, la propriété privée d'un groupe de tisserandes connu sous le nom d'Atelier de la Martinerie.
Histoire du fief de Ports et de ses seigneurs Le fief de Ports, relevant jadis du Château de Sainte-Maure, appartient au à Hugues Peloquin, premier seigneur qu'on lui connaît, vers 1242.
Un registre de cens de Puygarreau indique, au , qu'un certain Huguet Muquetin le cède vers 1429 à Jean Barbin (1406-1469). Celui-ci est un important homme de loi, notamment conseiller au Parlement de Paris et l'un des juges de Jacques Cœur, qui possède de très nombreux biens en Touraine et Poitou. La construction du château, estimée aux , a dû connaître plusieurs évolutions sous la houlette de ces seigneurs.
Le fief entre dans la famille Gillier par Françoise Gillier, veuve de Jean Barbin qu'elle a épousé en 1432. Elle succède à son mari décédé le . Une source atteste qu'elle est propriétaire de Ports en 1477. Morte le suivant, ses biens passent à son neveu Pierre Gillier, qui devient seigneur de Marmande, Faye-la-Vineuse et Ports.
Le fils de ce dernier, Joachim Gillier (1482-1535), seigneur des mêmes fiefs que son père, est peut-être le constructeur du château, selon la thèse de P.-M. Danquigny. . Joachim épouse en 1509 Isabelle du Bueil, une ancêtre du poète Racan. D'après Carré de Busseroles, il vend le château de Ports en 1527 à Charles Charlet, pour mille écus d'or ; c'est sans doute une erreur, car sur la façade orientale du corps de logis principal, à hauteur d'homme sur une pierre de soubassement, on lit, soigneusement et profondément gravé, ces mots attestant la mort de Joachim Gillier en son domaine : .
En outre, lorsqu'il meurt, ses descendants deviennent seigneurs de Ports et les archives de terriers démontrent que le château reste encore trois générations dans la famille Gillier jusqu'en 1627, date à laquelle le domaine passe aux Périon, par le mariage de Claude Gillier avec Philippe de Périon. Celui-ci décède le 15 novembre 1655. Son fils, né à Ports le 3 novembre 1617, lui succède, prenant le titre de marquis Jean de Périon, seigneur de Ports. En 1717, sa fille épouse à Pussigny François Arnault, garde de corps du roi. Des alliances ont lieu par la suite entre les cousins des familles Gillier et Périon de sorte que le château appartient à ces deux familles au moins jusqu'à la fin du Voir la généalogie établie par P.-M. Danquigny .
De nombreux documents attestent de la vie des occupants de ce château durant cette période. Des figures notables marquent le château de Ports de leurs visites puisque Marie Babou (1524-?) devient dame de Ports en 1542, en épousant Bonaventure Gillier, baron de Marmande et maître d'hôtel du roi, qui devient propriétaire de Ports en 1550. Or Marie Babou est la fille de Filbert Babou (1484-1557), surintendant des finances du roi et de Marie Gaudin (v.1490-?), première maîtresse de François . Par ailleurs, Marie Gaudin est l'arrière-grand-mère de Gabrielle d'Estrées (1573-1599), maîtresse d'Henri IV, faisant ainsi de Marie Babou sa grand-tante.
Claude Gillier, dame de Ports, et sa fille Marie, sont enterrées en 1647 dans l'église de Ports-sur-Vienne. Cependant, elles sont peut-être confondues avec Claude de Villars, épouse de Jacques Deffray, sieur de la Boutière (ancien nom du Boucaire) décédée en 1655, dont la plaque funéraire est bien visible dans l'église Saint-Martin-de-Ports. Angélique Gillier, femme de Louis de Périon, marquis de Ports, y est également enterrée en 1686, une plaque porte son nom.
La famille Périon est progressivement ruinée, si bien qu'en 1708, Jean de Périon se voit saisir le château de Ports en très mauvais état, interrompant ainsi la transmission familiale.
Par suite, le domaine change de possesseur puisque le propriétaire, en 1773, se nomme Guillemot de l'Espinasse, seigneur de Ports, mais il n'occupe pas le château. Comme tant d'autres fiefs défensifs, le château est devenu manoir de villégiature. La demeure est habitée par le fermier de la seigneurie, François Barboteau, le fils de François, un sergent de la baronnie de Marmande et de Marguerite Bonneau, fille d'un notaire de Sérigny. Il y vit et y élève une nombreuse famille. Après la mort de sa femme, il se retire à la Jacquerie, un lieu-dit à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau au nord du château, un domaine qu’il achète en 1767 et où il meurt en 1795 .
A la Révolution, le château de Ports est saisi comme bon nombre de biens seigneuriaux. Il est transformé en exploitation agricole et peu à peu démoli et démantelé. L'aile sud, perpendiculaire au logis, est détruite et le mur d'enceinte a presque totalement disparu pour en réutiliser les pierres.
En ruines en 1966, le château est racheté par Paulette dite « Pat » Gaillard, Paule dite « Michèle » Bourron et Jacqueline HureauCes trois femmes ont travaillé 50 ans ensemble sans que jamais leurs noms n'apparaissent dans leurs œuvres ; elles l'ont décidé solidairement dès le début de leur compagnonnage pour se retrancher derrière leur nom collectif Atelier de la Martinerie. Leurs véritables noms apparaissent dans le document officiel de la création du , les trois tisserandes de l'Atelier de la Martinerie, alors qu'elles recherchent des locaux plus spacieux. Elles procèdent jusque dans les années 1970 à la restauration des lieux, en finançant les travaux par la vente de leurs tapisseries. Les travaux permettent de rendre une partie de l'édifice a minima habitable par ces trois femmes et utilisable pour y installer leurs outils, en particulier leurs grands et très hauts métiers à tisser de haute lice, et tout leur stock de matériaux textiles. Elles travaillent ainsi ensemble jusqu'au décès de Pat Gaillard en 2008, qui marque l'arrêt de leur production nouvelle. Les années passent sans entretien du bâti.
Suite à une rencontre et l'engagement d'une petite équipe, Michèle Bourron et Jacqueline Hureau, soutenues aussi par leurs familles respectives, confient à un groupe de passionnés la création d'un organisme à but non lucratif pour préserver et transmettre l'œuvre de l'Atelier de la Martinerie au château de Hauteclaire.
Michèle Bourron décède en 2024. Seule reste Jacqueline Hureau, très âgée, qui vit toujours sur place dans un grand inconfort, pour veiller sur ce patrimoine, ce qui est au-dessus de ses forces à son âge. Même les collections de tapisseries sont très menacées. Le Fonds de la Martinerie est créé fin 2025 pour protéger Jacqueline Hureau, pour sauver le château, pour conserver et transmettre l’œuvre de l’Atelier de la Martinerie et pour, un jour, pouvoir ouvrir le château au public. Afin d'atteindre cet objectif le Fonds de la Martinerie agit pour la réunion de moyens financiers importants, par des appels aux dons sur son site « La Martinerie Hauteclaire », par l’organisation d'un financement participatif sur le site Ulule et par la mobilisation de partenariats et de différents mécénats. L'année 2026 marque l'anniversaire des 70 ans de l'Atelier de la Martinerie et les 60 ans de leur installation au château de Hauteclaire.
Construction et architecture La construction Ce château est un exemple typique des fiefs de la région.
La date précise de construction, son commanditaire et sa fonction initiale sont aujourd'hui encore incertains et différentes hypothèses ont été émises.
Selon les recherches, les fondations actuelles construites en une seule fois datent de 1340 à l'emplacement de l'ancienne motte féodale. De cette période, il ne reste que les fortifications de la terrasse orientale et une partie des anciennes cuisines avec une double cheminée et deux fours. Un lavoir médiéval en contrebas du château date également du .
Les parties les plus anciennes du château présentent une architecture de type militaire, avec ses meurtrières, comme on en construit au ; mais le style de plusieurs ouvertures, la finesse des fenêtres à croisées qui semble annoncer la Renaissance, le fait qu'un document ancien atteste que Françoise Gillier réside à Puygarreau en 1452, laissent penser que son époux Jean Barbin réservait le principal de ses finances au château de Puygarreau et que le château de Ports est construit après lui, par un neveu et héritier de sa femme, Pierre ou son fils Joachim Gillier.
Joachim Gillier laisse plusieurs témoignages de son attachement aux lieux qui peuvent faire pencher l'attribution de la construction à ce dernier, thèse à laquelle se rattachent les auteurs contemporains (Pierre Souty, Pierre-Marie Danquigny) qui désignent Joachim Gillier (1482-1535), le fils de François (neveu et héritier de Françoise Gillier en 1478), comme constructeur du château, sans qu'un document connu n'en précise la date de l'édification.
La première mention connue du château remonte au , et se trouve dans un aveuConservé aux archives départementales à Tours. de Joachim Gillier rendant hommage à Renée Du Fau, dame de Nouâtre pour son (et son auditoire de tribunal au château ?). Sa description permet d'estimer la période ad quem où est construite la bâtisse (avant 1517) et rend ainsi compte de l'apparence du château dans ses premiers temps à la fin du et au début du .
L'architecture Il est composé d’un corps de logis rectangulaire, la seule aile encore actuellement debout, allongé nord-sud à trois niveaux : un rez-de-chaussée, un étage et des combles ; il est bâti sur une grande cave voûtée en berceau de 80 m2 et 4 mètres de haut. Il possède d’élégantes fenêtres à croisées de pierre sur sa façade ouestVoir la photo du haut de cette page : , celle sur la cour, qui est encadrée de deux tours polygonales à escalier à vis par lequel on accède aux étages, mais celle du sud, la plus basse a perdu sa vis. Elles sont percées de petites lucarnes surmontées d'arcs en accolade. Ces tours ont également perdu leurs coiffes en poivrières.
La façade nord du logis présente une tour carrée et percée de meurtrières et de petites lucarnes ornées d'un arc en accolade, elle contient des latrines et de petites salles. Primitivement elle est la plus haute, mais elle perd son couronnement à une période indéterminéeLa photo qui se trouve tout en bas du chapitre « Histoire du château » qui est la reproduction de la carte postale de 1909, montre, si l'on passe le pointeur de la souris sur l'image, la reconstitution graphique par des traits blancs de la forme des tours et de l'aile sud à l'origine : . Symétriquement à la tour nord, sur la façade sud, se trouve la ruine d'une quatrième tour, ronde celle-ci, et imposante – environ 3,5 mètres de diamètre – prise dans les racines d'un figuier. Ces deux tours, de part et d'autre de la terrasse, ont dans l'esprit de son constructeur, un évident rôle défensif en surplombant la vallée de la Vienne.
Le mur d'enceinte a aujourd'hui presque totalement disparu. Il en reste cependant un tour de ronde imposant sur une courtine, retenant la terrasse devant la façade est, encadré d'échauguettes en encorbellement aux extrémités et percé de plusieurs meurtrières accessibles par un couloir souterrain Voir la photo prise depuis le nord-est sur cette page : .
En face du château, bien qu'elle soit presque arasée, une tour circulaire à fonction de pigeonnier subsiste, comportant encore une partie importante de ses boulins. Mais compte tenu de l’existence de meurtrières, sa fonction initiale est certainement militaire, mais rapidement transformée en pigeonnier, car elle est estimée dater du , elle est possiblement ajoutée après la construction du château ; il s'agit peut-être de la fuye mentionnée par Joachim Gillier en 1517 ..