Le crise agricole française depuis 2024, aussi appelée mouvement des agriculteurs ou colère des agriculteurs, est une crise agricole qui consiste principalement en une série de manifestations et de blocages routiers organisés dans la métropole par les syndicats agricoles français (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne, MODEF) ainsi que des agriculteurs français non syndiqués à partir du . Les agriculteurs expriment leur colère et leurs revendications face à la baisse de leurs revenus, à la hausse des charges, à la concurrence déloyale permise par les accords de libre-échange, à l'empilement des normes lié à une réglementation trop complexe, à la fiscalité, à certains aspects de la réglementation européenne en matière d'agriculture et aux contrôles de l'administration française. Ils demandent au gouvernement des mesures concrètes et rapides.

Après plus d'une semaine d'actions, le Premier ministre Gabriel Attal annonce, le , des mesures d'aide mais jugées insuffisantes par nombre d'entre eux. Dès le lendemain est annoncé un « siège » de la capitale et le blocage du marché de Rungis. À partir du , huit autoroutes autour de Paris sont en partie bloquées ; les syndicats agricoles sont reçus, mais des campements se montent pour tenir le plusieurs jours. Le lendemain, Gabriel Attal tient son discours de politique générale qui ne convainc pas les agriculteurs et, dans la soirée, la Confédération paysanne appelle à bloquer les centrales d'achat de la grande distribution ; en parallèle, d'autres professions commencent à se mobiliser. Le , les agriculteurs continuent d'avancer vers Paris malgré l'interpellation de personnes ; des blocus supplémentaires sont annoncés. Le , après de nouvelles annonces du gouvernement, la FNSEA et les JA appellent à suspendre les blocages, tandis que la Confédération paysanne et le MODEF appellent à poursuivre la mobilisation.

À partir du , la mobilisation se poursuit à plus basse intensité avec des actions envers la grande distribution. Le , la FNAB appelle à une manifestation pour le , place du Palais-Bourbon à Paris. Le , le Salon de l'agriculture est fortement perturbé par les agriculteurs lors de la venue d'Emmanuel Macron.

Le mouvement reprend en avec de nouveaux blocages d'autoroutes, contre l'abattage des bovins lors de la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et le projet d'accord de libre-échange entre le Mercosur et l'Union européenne, perçu par une partie du monde agricole comme une source de concurrence accrue et de fragilisation des exploitations. Les agriculteurs sont soutenus par des entreprises de BTP.

Contexte Le mouvement des agriculteurs en France fait partie d'un plus vaste mouvement en Europe en , particulièrement fort en Allemagne, aux Pays-Bas et en Roumanie.. En effet, le monde agricole européen est touché par la multiplication des événements climatiques extrêmes, la flambée des coûts de production et les conséquences commerciales de la guerre en Ukraine.

En France métropolitaine, le mouvement arrive après une année touchée d'abord par une sécheresse jusqu'à mi-octobre. (elle-même précédée par une autre année de sécheresse) suivie d'une pluviométrie beaucoup plus importante que la moyenne sur la fin de l'année 2023, le tout alors que 2022 et 2023 sont les deux années les plus chaudes jamais enregistrées en France et dans le monde.. Le mouvement apparaît également après une année 2023 socialement mouvementée., en partie autour de la question de la lutte contre le dérèglement climatique et de l'inflation depuis 2021, ce qui s'est traduit entre autres par le massif mouvement social contre la réforme des retraites, une mobilisation contre les méga-bassines en parallèle et des émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk durant l'été.

Les écarts de salaire dans la profession sont très marqués. Le revenu moyen net d'un agriculteur est de plus de par mois, alors que le salaire médian n'est, lui, que de pour de travail par semaine. Ces écarts sont fortement liés au type de pratique agricole, le revenu médian annuel allant de dans l'élevage de bovins à viande à pour le maraîchage et l'horticulture (ceux ci mélangeant les revenus de l'agriculture à des revenus additionnels.). Le taux de pauvreté constaté varie lui aussi beaucoup, allant de 13,4 % dans la viticulture à 25,1 % chez les éleveurs de bovins destinés à la viande.. Les mesures, notamment celles des lois EGalim, sont contournées par la grande distribution et par les industriels de l’agroalimentaire...

Chronologie Genèse ()

vignette|Panneau retourné à Saint-Remèze, dans l'Ardèche. 200px|vignette|droite|L'éleveur bovin d'Occitanie Jérôme Bayle, l'une des figures emblématiques du mouvement des agriculteurs de 2024.

À partir de fin en Occitanie., des actions pacifiques sont menées à l'initiative de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et du syndicat Jeunes Agriculteurs (JA), notamment en retournant les panneaux signalétiques à l'entrée des villes et communes. L'initiative parfois baptisée « On marche sur la tête » est ensuite suivie dans d'autres régions françaises.. Ce mouvement lancé par les syndicats majoritaires, est mis en pause officiellement dès le .

Intensification (18 au ) vignette|Blocage routier improvisé le par les Jeunes Agriculteurs et la FNSEA en Occitanie. vignette|Manifestation d'agriculteurs à Sassenage (Isère) le .

À partir du ., alors que se profilent les élections européennes, le mouvement s'intensifie, en commençant par l'Occitanie...

Après une première manifestation dans le centre-ville de Toulouse le ., le responsable régional de la FNSEA appelle les agriculteurs mobilisés à rentrer chez eux. Il est hué.. Jérôme Bayle annonce alors sa volonté de bloquer l'autoroute le . À la suite de cela, des agriculteurs qu'il mène bloquent, à partir du , l’autoroute Toulouse-Tarbes A64. pendant plusieurs jours. Dans la nuit du 18 au , une explosion se produit dans les bâtiments de la direction régionale de l’environnement à Carcassonne. Des tags sont retrouvés sur les murs. L'explosion, qui s'est produite dans des locaux vides, est revendiquée par le Comité d’action viticole..

Le premier blocage d'autoroute s'organise .. Lors de la manifestation à Toulouse, le , Jérôme Bayle prend la parole avec un micro sur la place du Capitole pour lancer un appel au blocage de l'autoroute. note Stéphane Thépot pour Le Point. Cette initiative prise sans concertation avec les syndicats témoignerait que selon La Dépêche.. Durant les premiers jours du blocage de l'A64, Jérôme Bayle s'entretient près d'une heure avec Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, syndicat majoritaire chez les agriculteurs, afin de lui faire remonter les revendications des agriculteurs mobilisés sur l'autoroute.

Le , Centre Presse rapporte que la FNSEA étudie .. Sur France Inter, trois jours plus tard, le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, déclare : ..

Le mouvement s'étend ensuite à d'autres régions comme la Nouvelle-Aquitaine, l’Auvergne-Rhône-Alpes, le Centre-Val de Loire, le Grand Est, les Hauts-de-France et la Bretagne.. Des centaines de tracteurs envahissent les rocades, les péages, les ronds-points et les bretelles d’autoroutes, provoquant d’importants embouteillages et des perturbations du trafic. Des opérations escargot., des distributions de produits locaux, des aspersions de lisier et des opérations péages gratuits ont également lieu.

Le à Poitiershttps://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/diaporama-a-poitiers-les-agriculteurs-repandent-du-lisier-sur-la-prefecture-et-bloquent-l-autoroute-a10, des agriculteurs déversent de la paille devant la préfecture, puis installent une mini-« bassine » d’eau symbolique avec des bottes de paille et une bâche, devant la permanence de la députée écologiste Lisa Belluco, en référence aux mouvements d'opposition aux méga-bassines auxquelles les partis et militants écologistes expriment leur désaccord, alors que la FNSEA est en faveur de ces bassines..

vignette|Les « Bonnets jaunes » de la Coordination rurale à Agen (Lot-et-Garonne) le .

Le , La Confédération paysanne annonce son soutien aux mouvements de protestation des agriculteurs : « On soutient le mouvement et on le rejoint », assure le co-porte-parole du syndicat Sascha Vue. Néanmoins, le syndicat déplore la « récupération » du mouvement par la FNSEA, qui tente de s'imposer comme un acteur de poids dans la mobilisation actuelle alors que, selon lui, « la réalité du monde agricole est beaucoup plus diversifiée »....

Le même jour, après une rencontre à Agen entre la Coordination rurale du Lot-et-Garonne et un membre du cabinet du ministre de l'Agriculture, qui n'a donné lieu à aucune annonce concrète, des agriculteurs montrent leur colère en incendiant la façade de la préfecture, puis en déversant de lisier autour du bâtiment.. Ils ont ensuite organisé une manifestation de tracteurs dans la ville, principalement pour signaler leur colère aux administrations et aux banques, puis ils ont rempli de paille sale l'intérieur d'un restaurant McDonald's qui avait refusé de leur offrir des cafés gratuits et sont retournés bloquer des axes routiers dans la soirée.

Le , la Confédération générale du travail (CGT) appelle à soutenir et rejoindre le mouvement de protestation des agriculteurs et souhaite établir des convergences sur « les moyens de bien vivre de son travail », alors que les agriculteurs demandent, entre autres, une meilleure répartition des revenus..

Appels à bloquer Paris ( au ) Le , la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs d'Île-de-France appellent dans un communiqué au « lancement du blocus de Paris » le vendredi sans attendre les mesures que doit annoncer le gouvernement. Les deux organisations demandent à leurs adhérents de se rassembler « sur les grands axes autour de la capitale »..

Le mouvement pourrait s'étendre à partir du à aux portes de la capitale, ceux-ci n'excluant pas d'y entrer ensuite si leurs revendications ne sont pas satisfaites, leurs exploitations étant en grand danger pour l'avenir..

Le , le Premier ministre Gabriel Attal annonce des mesures d'aide aux agriculteurs qui sont jugées insuffisantes par de nombreux agriculteurs, en particulier par la FNSEA et la Confédération paysanne qui appellent, le soir même, à poursuivre la mobilisation. Pour autant, ces réponses sont satisfaisantes pour Jérôme Bayle, qui avait lancé le mouvement, et appelle alors à lever les barrages en Occitanie.

Le , à la suite des annonces du gouvernement jugées insuffisantes par de nombreux agriculteurs, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs du Grand Bassin parisien ont annoncé, dans un communiqué commun, « un siège de la capitale pour une durée indéterminée » à partir de lundi à .. Parallèlement, la Coordination rurale du Lot-et-Garonne, dirigée par et , a fait savoir qu'elle prévoyait de bloquer le marché d'intérêt national de Rungis..

Le lendemain, le ministère de l'Intérieur déploie un « dispositif de défense » important pour éviter le blocage de Paris et de Rungis, mais demande aux forces de l'ordre « d’agir avec grande modération et de n’intervenir qu’en dernier recours ».. Deux véhicules blindés à roue de la gendarmerie mobile sont déployés..

Le , plus de écologistes, dont Greenpeace, Alternatiba, Les Amis de la Terre, France Nature Environnement, Les Soulèvements de la Terre, Attac, Youth for Climate ou encore Extinction Rebellion annoncent leur soutien et appellent à rejoindre les mobilisations. Ces organisations refusent . Elles appellent à rejoindre les mobilisations du monde agricole et ...

« Siège » de Paris ( au )

La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont prévu de mettre en place, lundi , huit « points de blocage » en région parisienne avec pour mot d'ordre un « siège » de la capitale. Le gouvernement a annoncé que membres des forces de l'ordre seraient mobilisés pour empêcher notamment que les tracteurs n’entrent dans les grandes villes.