Richard Cobden ( à Dunford, dans le Sussex - à Londres) est un industriel britannique et homme d'État radical et libéral.

On l'associe à John Bright dans l’élaboration de l'Anti-Corn Law League, et à Michel Chevalier dans l'élaboration du traité Cobden-Chevalier.

Premières années

Cobden naquit dans une ferme appelée Dunford, à Heyshott près de Midhurst, dans le Sussex. Sa famille habitait cet endroit depuis de nombreuses générations, travaillant en partie dans le commerce et en partie dans l'agriculture. Son grand-père possédait le Moulin de Bex à Heyshott et était un malteur énergique et prospère qui exerçait les fonctions d'huissier et de premier magistrat de la ville, en s'occupant d'une assez grande partie des affaires du comté. Son père, renonçant à la malterie, se limita à l'agriculture. Peu doué pour les affaires, il mourut pendant que Richard était encore enfant.

La famille revint à Midhurst où Cobden fréquenta une Dame school puis l'école de Bowes Hall à Teesdale dans le Yorkshire. À quinze ans, il alla travailler à Londres dans un entrepôt dirigé par son oncle, Richard Ware Cole, où il devint voyageur de commerce pour la mousseline et le calicot. Son oncle, remarquant la passion de son neveu pour les études, le mit nettement en garde contre ce goût, qui ne pouvait, selon lui, que nuire gravement à son succès dans la vie commerciale. Cobden sut tirer cependant un bon parti de la bibliothèque de la London Institution. Quand son oncle fit faillite, il entra à la société Partridge & Price, à Eastcheap, dont l'un des partenaires avait jadis travaillé avec son oncle.

En 1828, Cobden monta sa propre affaire avec Sheriff et Gillet, partiellement avec le capital de John Lewis ; ils travaillaient en tant qu'agents à Londres pour Fort Brothers, imprimeurs de calicot à Manchester. En 1831, les partenaires cherchèrent à louer une des usines des Fort à Sabden, près de Clitheroe. Bien que Cobden et ses associés ne possédassent pas entre eux un capital suffisant, ils firent sur la société Fort une telle impression qu'elle consentit à investir chez eux une part importante de ses fonds propres. La nouvelle société prospéra et eut bientôt trois établissements : Sabden, où était l'imprimerie, et des points de vente à Londres et à Manchester. Le second était dirigé directement par Cobden, qui, en 1832, commença ce qui devait être une longue association avec la ville. Le succès de cette entreprise fut décisif et rapide et « l'impression de Cobden » fut bientôt réputée pour sa qualité. Pourtant, l'habitude de s'instruire et de s'informer s'était enracinée en lui et elle absorbait une grande partie de son temps, l'amenant sans doute à négliger ses affaires. À cette époque, sous le pseudonyme Libra il publia ainsi dans le Manchester Times de nombreuses lettres où il discutait des questions commerciales et économiques.

Premières publications vignette|La maison de Cobden, dans Quay Street, fut léguée à l'école préparatoire d'Owens College. En 1835 il fit paraître sa première brochure, L'Angleterre, l'Irlande et l'Amérique, par un fabricant de Manchester. Cobden y recommandait les principes de paix, de non-intervention, de réduction des dépenses et de libre-échange. Il visita les États-Unis, débarquant à New York le . Il consacra environ trois mois à ce voyage, en passant rapidement par les États du littoral et la portion voisine du Canada et en y recueillant tout au long une foule de renseignements concernant l'état du pays, ses ressources et ses possibilités. Un autre travail parut vers la fin de 1836 sous le titre de La Russie. Son dessein était de combattre une poussée violente de russophobie inspiré par David Urquhart. On y trouvait aussi une mise en accusation audacieuse de tout le système de politique étrangère, fondé sur l'idée d'équilibre des pouvoirs et de la nécessité de protéger le commerce.

Sa mauvaise santé l'obligea à quitter l'Angleterre et pendant plusieurs mois, à la fin de 1836 et du début de 1837, il voyagea en Espagne, en Turquie et en Égypte. Pendant sa visite en Égypte il eut une entrevue avec Méhémet Ali, que l'on disait un souverain réformateur mais dont il n'emporta pas une impression très favorable. Il revint en Angleterre en .

Premiers pas en politique

Cobden devint bientôt un personnage important dans la vie politique et intellectuelle de Manchester. Il lutta pour la création de l'Athenæum de Manchester et prononça le discours d'inauguration. Il était membre de la chambre de commerce et participa à la campagne pour la création d'une grande communauté urbaine, dont il fut un des premiers conseillers élus. Il commença aussi à s'intéresser vivement à la cause de l'éducation populaire. Certains de ses premiers discours publics eurent lieu dans des réunions qu'il avait organisées à Manchester, Salford, Bolton, Rochdale et d'autres villes voisines, pour recommander la création d'écoles en Grande-Bretagne. C'est à l'occasion d'un voyage qu'il fit dans ce but à Rochdale qu'il fit la connaissance de John Bright. En 1837, la mort de Guillaume IV et l'avènement de la reine Victoria provoquèrent des élections générales. Cobden était candidat à Stockport, mais fut battu de peu.

Corn Laws

En 1838, une association se constitua à Manchester pour combattre les Corn Laws et, sur sa suggestion, elle se constitua par la suite sur le plan national sous le nom d'Anti-Corn Law League. Pendant les sept ans que dura la ligue, Cobden fut son porte-parole principal et son grand inspirateur. Il ne craignait pas de défier les grands propriétaires agricoles ni d'affronter les Chartistes, conduits par Feargus O'Connor.

En 1841, Robert Peel ayant renversé le ministère Melbourne au parlement, il y eut des élections générales : Cobden devint député de Stockport. Le , cinq jours après la réunion de la Chambre des communes, pendant la discussion sur le Discours de la Reine, Cobden prononça son premier discours. Harriet Martineau écrit à ce propos dans son Histoire de la Paix : « On remarqua que ses collègues ne l'avaient pas traité au Parlement avec la courtoisie généralement en usage quand il s'agissait d'un nouveau membre, et on remarqua qu'il n'avait pas besoin de ces égards. » Sans se laisser décourager, il présenta une exposition simple et énergique de sa position sur les Corn Laws.

Le , Cobden lança une attaque contre Peel, qu'il considérait comme responsable de la situation misérable des ouvriers du pays. Peel ne répondit pas dans la discussion mais le discours avait été prononcé à un moment où les tensions politiques étaient extrêmes. Edward Drummond, secrétaire privé de Peel, avait récemment été confondu avec le Premier ministre et assassiné dans la rue. C'était l'œuvre d'un dément, mais dès le soir Peel fit allusion au ton violent et passionné de discours, le considérant comme une incitation à des violences contre sa personne. Le parti de Peel sauta sur l'occasion et l'excitation y fut à son comble si bien que, quand Cobden essaya d'expliquer qu'il entendait ne critiquer que l'homme public et non la personne privée, il n'arriva pas à se faire entendre.

Peel commença par « rejeter complètement et explicitement l'imputation qui avait été faite dans la chaleur de la discussion et à la suite d'une impression fausse » ; mais il fut finalement convaincu par les arguments de Cobden, au prix d'une scission dans son propre parti. L'abrogation des Corn Laws passa à la Chambre des communes le avec seulement 98 voix de majorité.

Hommage et séjour à l'étranger

Cobden avait sacrifié à cette campagne ses affaires, son confort et pour quelque temps sa santé. Ses amis estimèrent donc que la nation lui devait un tribut substantiel de gratitude et d'admiration pour ces sacrifices. Une souscription publique rapporta la somme de £. S'il avait été doté d'ambition personnelle, il aurait pu s'engager dans la vie politique avec la perspective d'atteindre un poste plus élevé. Lord John Russell qui, peu après l'abrogation des Corn Laws, avait succédé à Peel comme Premier ministre, invita Cobden à participer à son gouvernement mais il déclina l'invitation.

Cobden avait espéré refaire ses forces en se consacrant un peu à lui-même à l'étranger mais sa gloire s'était répandue dans toute l'Europe et le mouvement radical le portait aux nues. En , il écrivait à un ami : « Je vais vous parler d'un projet qui vient de naître dans mon cerveau. J'ai renoncé à toute idée d'aller m'enterrer en Égypte ou en Italie. Je continue mon voyage en faisant ma campagne de propagande à travers le continent européen ». Il faisait allusion aux invitations qu'il avait reçues de France, de Prusse, d'Autriche, de Russie et d'Espagne et il ajoutait : « C'est bien, avec l'aide de Dieu pendant les douze mois qui viennent, je visiterai tous les grands États de l'Europe, je verrai leurs souverains ou leurs hommes d'État et je ferai tout mon possible pour leur faire admettre ces vérités qui ont fini par l'emporter dans mon pays. Pourquoi devrais-je me rouiller dans l'inactivité ? Si l'esprit public de mes compatriotes me donne les moyens de voyager comme leur délégué, je serai le premier ambassadeur du peuple de ce pays envoyé aux nations du continent. J'y suis poussé par ce genre d'émotion instinctive qui ne m'a jamais trompé. J'espère que j'arriverai à trouver, pour forcer les nations protectionnistes d'Europe à adopter un système plus libre, des moyens meilleurs encore que ceux que j'ai pu employer pour détruire notre système de protection. »

Il visita successivement la France, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et la Russie et partout fut honoré. Il ne reçut pas que les acclamations du public mais les principaux hommes d'État lui accordèrent plusieurs audiences particulières. Pendant son absence eurent lieu des élections générales et il fut élu (1847) pour Stockport et le West Riding du Yorkshire. Il choisit de représenter ce dernier.

Propagandiste de la paix

Revenu de l'étranger, Cobden s'occupa de ce qui lui semblait le complément logique de libre-échange, à savoir la défense de la paix et la réduction des armements navals et militaires. Son horreur de la guerre était viscérale et, en réalité, ses campagnes contre les Corn Laws avaient été motivées par sa conviction que le libre-échange œuvrait puissamment en faveur de la paix et contre la guerre. Il s'exposait délibérément au risque d'être ridicule et de se voir reprocher son utopie. En 1849, il présenta au parlement une proposition en faveur de l'arbitrage international et, en 1851, une motion pour une réduction réciproque des armements. Ni dans un cas ni dans l'autre il ne réussit et ne s'attendait à réussir. Poursuivant le même but, il s'impliqua dans une série de congrès de la paix qui, de 1848 à 1851, se tinrent successivement à Bruxelles, Paris, Francfort, Londres, Manchester et Édimbourg.

À l'instauration du Second Empire en France, en 1851-1852, une panique violente secoua le public, alimentée par la presse. On se figurait que Louis-Napoléon Bonaparte était en train de préparer une expédition soudaine sur la côte anglaise à la façon des pirates, sans prétexte ni provocation. Par une série de discours et de brochures, au Parlement et hors du Parlement, Cobden chercha à apaiser les passions de ses compatriotes. Cette attitude lui fit perdre la grande popularité qu'il avait gagnée comme champion du libre-échange et il devint pour un temps l'homme le plus injurié d'Angleterre.

Pourtant, par suite de la querelle sur les établissements religieux en Palestine, qui embrasa l'est de l'Europe, l'opinion publique se métamorphosa subitement et tous les soupçons et toute la haine qu'on réservait à l'empereur des Français se tournèrent maintenant vers l'empereur de Russie. Louis-Napoléon fut considéré comme l'allié fidèle de l'Angleterre et l'excitation populaire de la nation fut balayée dans la Guerre de Crimée.