La collégiale Saint-Frambourg de Senlis est une ancienne chapelle royale, qui disposait en même temps d'un chapitre de douze chanoines nommés directement par le roi, située à Senlis (Oise), en France. Elle était consacrée à saint Fraimbault, dont elle conservait les reliques. Sa fondation est attribuée à la reine Adelaïde, consécutivement à l'élection de Hugues Capet en 987, dans la même ville. On démolit alors une église carolingienne, pour bâtir la collégiale pré-romane avec un massif occidental et une nef basilicale. Cependant, vers 1177, la chapelle d'Adelaïde doit céder la place à un édifice gothique plus ambitieux dont la construction est lancée vers 1169. Cette collégiale suit un plan très simple, à vaisseau unique, avec un seul niveau d'élévation et cinq travées doubles, mais ses dimensions sont importantes pour une chapelle réservée à la famille royale, au chapitre et à la vénération de nombreux reliques : elle mesure de longueur et de largeur à l'intérieur, et est inondée de lumière. Son allure est massive, puissante et élégante à la fois ; son architecture table sur des proportions harmonieuses et une exécution soignée et ne cède pas à la tentation d'impressionner par une décoration abondante. Au cours de son existence, la collégiale ne subit pas de remaniements significatifs. Elle est fermée à la Révolution française, le chapitre dissout, et l'édifice transformé en temple de la Raison, avant d'être vendu comme bien national. Vers le début des années 1820, le clocher en bâtière qui était accolé à la façade occidentale au nord, est démantelé afin de vendre les éléments de sculpture. Servant de manège, puis d'atelier et d'entrepôt, l'ancienne collégiale est classée monument historique par la liste de 1862. Ce classement n'a pas de répercussion sur sa préservation ; ce qui reste de la toiture initiale s'effondre en 1914. Hormis la pose d'une couverture plate, Saint-Frambourg n'est pas du tout entretenue, et dans l'après-guerre, un atelier de carrosserie occupe le monument. C'est dans cet état de délabrement que le pianiste virtuose d'origine hongroise György Cziffra acquiert l'ancienne chapelle royale en 1974, sur conseil d'André Malraux, pour la transformer en auditoire. Pendant une brève campagne de fouilles, des vestiges des deux églises précédentes sont mis au jour, ainsi que la tour n° 9 de l'enceinte gallo-romaine qui a dû être arasée pour la construction de la collégiale gothique. La restauration intérieure est entreprise en 1976-1977, et suivie de l'inauguration au public ; elle se poursuit sur la façade vers 1980, et se conclut par la reconstitution de la toiture en 2002. Depuis 2016, la fondation Cziffra, créée par l'artiste dès 1975, devient propriétaire des lieux. Conjointement avec les partenaires institutionnels, elle propose un programme varié de concerts, de festivals et de concours tout au long de l'année. Il est axé sur les compositions pour piano et la musique de chambre.
Situation thumb|left|La chapelle Saint-Frambourg, au premier plan à droite, vue vers le nord. À gauche, la place Saint-Frambourg ; au fond, la cathédrale ; et à droite, la rue Saint-Hilaire.
L'ancienne chapelle royale Saint-Frambourg, auditorium Franz-Liszt, est située en France, dans la région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le parc naturel régional Oise-Pays de France, au centre de la ville de Senlis, dans le secteur sauvegardé., à la limite orientale de l'ancienne cité gallo-romaine, à au sud de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, place Saint-Frambourg. La façade occidentale avec le portail donne sur la place ; à sa gauche, le petit bâtiment mitoyen abrite l'entrée au public et l'accueil. Il intègre la base du clocher, dont la partie supérieure a été démolie au cours des années 1820. Au nord de l'ancienne collégiale, sur l'emplacement du cimetière du chapitre, se situe un parking, délimité à l'est par l'enceinte gallo-romaine, réduit ici à la moitié de sa hauteur avant la construction de la chapelle.. Le chevet de l'édifice donne sur la rue Saint-Hilaire. Il la domine largement, mais se situe en léger retrait par rapport à la ligne de maisons de ce côté ouest de la rue. Des maisons le jouxtent, sans à présent le toucher. Au sud, l'ancienne collégiale est enclavée dans des terrains privés ; deux constructions y sont toujours accolées au niveau de la première et de la quatrième travée, dont la dernière correspond à l'ancienne sacristie. Une vue sur l'élévation sud de la chapelle est possible depuis le square Vernet, à travers les jardins. Ce square est en réalité un passage piéton reliant l’impasse Saint-Nicolas, qui part de la rue Saint-Frambourg, à la place de la Halle, qui débouche au nord-est sur la rue Saint-Hilaire déjà mentionnée.
Histoire La fondation et le vocable
Après l'élection de Hugues Capet comme roi des Francs, à Senlis en 987, le fief du comté de Senlis passe dans la vassalité des Capétiens grâce à l'intervention d'Adalbéron de Reims. Senlis fait ainsi partie du domaine royal au même titre que Compiègne, Étampes, Orléans, Paris et Poissy. La ville est le siège d'un château royal. Même si l'on ne dispose quasiment pas de preuves matérielles de la vie quotidienne à Senlis à cette époque, un élan constructeur révèle une certaine prospérité. La cathédrale de Senlis est reconstruite à la fin du , de même que plusieurs autres églises (Saint-Pierre, Saint-Rieul…). Dès 1065, la reine Anne de Kiev fonde l'abbaye Saint-Vincent de Senlis. On sait grâce à Helgaud et sa Vita Roberti que la reine Adélaïde d'Aquitaine fonde l'église Saint-Frambourg, en tant que chapelle royale. Au même titre que les chapelles palatines, elle est donc réservée à l'usage exclusive de la famille royale et n'a jamais été église paroissiale. Les fidèles ne peuvent pas assister aux offices. Comme plusieurs chartes le démontrent, on fait néanmoins appel à eux pour faire des offrandes, et ils sont parfois encouragés à visiter la chapelle. De nombreuses reliques y sont proposées à la vénération. Un chapitre de douze chanoines y est affecté, et pourvu des prébendes nécessaires pour assurer son entretien. La chapelle est donc en même temps collégiale. Les chanoines sont à la nomination directe du roi, et ne dépendent donc pas de l'évêque de Senlis. Ils ont pour vocation de prier pour le salut des âmes des membres défunts de la famille royale. Ce sont des prêtres séculiers ; contrairement aux religieux, ils bénéficient de nombreuses libertés, et en abusent parfois. Quand une réforme du chapitre s'impose en 1245, les chanoines sont désormais obligés à résider six mois par an à Senlis.... Deux autres chapitres existent à Senlis : le chapitre cathédral, et le chapitre Saint-Rieul. La cathédrale n'a pas non plus de paroisse, tandis que l'église Saint-Rieul voisine est à la fois paroissiale et collégiale.
La chapelle est dédiée à saint Fraimbault, né vers 500 en Auvergne, et mort un , dans un village qui porte son nom, dans le Passais (Orne). Ses reliques ont été vénérées pendant trois siècles environ à l'église Saint-Fraimbault de Lassay. Ce n'est pas un saint très connu. Sa biographie n'est aucunement liée à Senlis ou sa région. L'on ignore à quelle période, entre la fin du et la fin du , ses reliques ont été transférées à Senlis, hormis le chef, qui demeure à Lassay. Le motif et les circonstances de cette translation demeurent également inconnus. Des hypothèses n'ont été formulées qu'à partir du . Si c'est la reine Adelaïde qui demanda la translation, on peut conclure qu'elle porta une vénération particulière à saint Fraimbault. Une raison possible est qu'il passa l'essentiel de sa vie dans la province du Maine, terre natale de son père Guillaume III d'Aquitaine : ainsi, elle a pu avoir connaissance de son culte dès sa jeunesse. Sinon, un siècle plus tôt, les incursions vikings dans le Maine ont également pu constituer un motif. Forte de son enceinte gallo-romaine, la ville de Senlis pouvait garantir une protection suffisante. Dans ce cas, la dépouille de saint Fraimbault était déjà abritée dans l'une des églises de la ville lors de la fondation de la collégiale. Il a pu être choisi comme saint patron de la collégiale en raison de l'importance des reliques (tout le corps sauf la tête). À la Révolution française, pratiquement toutes les reliques présentes à Senlis sont enterrées ensemble contre le mur du cimetière. Elles sont exhumées en 1854 et déposées dans une châsse placée dans la cathédrale..
La collégiale d'autour de l'an mil et son ancêtre thumb|Plan de l'église carolingienne - vestiges et restitution. thumb|Espace du massif occidental de l'église carolingienne, vue vers l'ouest. Les murs tout au fond et tout à droite sont gothiques. thumb|Espace du massif occidental, vue vers l'est sur le mur occidental de la collégiale pré-romane. L'archivolte gothique est rapportée. thumb|Plan de la collégiale pré-romane - vestiges et restitution. thumb|Collégiale pré-romane, vue vers l'est depuis la 4 travée. thumb|Collégiale pré-romane, dallage du sol.
Consécutivement au rachat de l'ancienne collégiale par György Cziffra le , l'État missionne le directeur du service régional des Antiquités Historiques de Picardie, Jean-Michel Desbordes, de mener des fouilles de sauvetage avant le démarrage des travaux de restauration l'année suivante. Le ministère de tutelle impose une exécution rapide des fouilles. L'équipe ne dispose que de cinq semaines et demi, du au , et recourt donc à une pelle mécanique. Les principaux objectifs sont atteints : retrouver la chapelle de la reine Adelaïde fondée à la fin du , et la tour n° 9 de l'enceinte gallo-romaine contre laquelle son chevet prenait appui. Avant de parvenir à ce niveau, il est seulement possible de fouiller méthodiquement sept sépultures de chanoines du au . Le reste est déblayé sans ménagement. Il n'y a pas le temps pour des relevés stratigraphiques. Une fois le niveau de circulation du temps de la collégiale pré-romane atteint, l'opération s'arrête. Une dalle en béton armé est coulée à au-dessus du pavage du sol de la collégiale primitive, ce qui permet de maintenir l'accès aux structures bâties mises au jour, sans que le niveau du sol de la collégiale gothique aujourd'hui debout soit modifié. C'est ainsi qu'est créée la « pseudo-crypte » archéologique. En 1975, une petite intervention archéologique complémentaire permet de dégager le dallage du sol du début du . On estime alors pouvoir affirmer que la collégiale de la reine Adelaïde ne succède à une autre. Des sanitaires sont installés dans l'angle sud-ouest de la fausse crypte, sans aucune fouille préalable. Beaucoup plus tard, en , Soleilka Cziffra demande le déblaiement de l'espace compris entre le soubassement du chevet de la collégiale et l'enceinte gallo-romaine, avec la partie basse de la tour n° 9. Afin de relier cet espace à la crypte archéologique, elle fait percer le rempart. Cette intervention s'effectue sans concertation avec l'architecte en chef des monuments historiques. Elle permet néanmoins la découverte de plus d'une sépulture du temps de l'existence de la collégiale pré-romane. Ce n'est évidemment pas la tombe de la reine Adelaïde comme l'avance Cziffra face à la presse locale : elle n'aurait pas été inhumée à l'extérieur de la chapelle et de l'enceinte de la ville. Le sarcophage n'est aujourd'hui pas présenté à son emplacement d'origine ; un escalier a été construit pour l'atteindre...