Charles Denis Sauter Bourbaki, né le à Pau et mort le à Bayonne, est un général français.
Saint-Cyrien, il se distingue dans l'armée d'Afrique lors de la conquête de l'Algérie, au commandement de bataillons de zouaves et de tirailleurs algériens, puis au cours de la guerre de Crimée. Bourbaki, comme plusieurs autres généraux du Second Empire ayant acquis leur expérience militaire durant la conquête de l'Algérie, tels Mac Mahon, Bazaine, Canrobert, Le Bœuf, Wimpffen, Ladmirault, Douay ou encore Failly, est appelé aux plus hauts postes de commandement pendant la guerre franco-allemande de 1870. Nommé général, il sert brièvement dans l'armée du Nord en cours de constitution avant de prendre le commandement de l'armée de l'Est. Il commande la Garde impériale durant le conflit. Il termine sa carrière comme gouverneur militaire de Lyon de 1871 à 1879.
Il est grand-croix de la Légion d'honneur.
Biographie Famille Il est le fils du colonel franco-grec Constantin Denis Bourbaki (1787–1827), qui a combattu dans la Grande Armée et qui est mort pendant la guerre d'indépendance grecque.
Formation Il entre à Saint-Cyr et, en 1836, rejoint les zouaves puis, promu au grade de lieutenant, entre dans la Légion étrangère. Il assume également la charge d'aide de camp du roi Louis-Philippe .
Conquête de l'Algérie Il part pour l'Algérie en 1838. Son baptême du feu a lieu lors d'une expédition en 1840 ou cours de laquelle il est blessé d'un coup de feu à la jambe gauche le en Kabylie. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur la même année. Promu capitaine des zouaves en 1842 puis chef de bataillon en 1846, il commande le bataillon de tirailleurs algériens de Constantine (futur ) de 1846 à 1850, notamment au siège de Zaatcha en 1849, puis promu colonel en 1851, il commande le 1er régiment de zouaves de 1852 à 1854 et participe au siège de Laghouat en 1852. Il est fait officier de la Légion d'honneur en 1852 puis promu général de brigade en 1854.
Guerre de Crimée Il commande une partie des troupes algériennes pendant la guerre de Crimée, et se rend célèbre à Alma, Inkerman et au siège de Sébastopol. En 1857, il est nommé général de division et participe à la bataille d'Icheriden aux côtés de Patrice de Mac MahonLe général Bourbaki, 1816-1897, G. de Corlay, C. Paillart, 1900, .. Il est fait commandeur de la Légion d'honneur.
Campagne d'Italie (1859) En 1859, il commande à Lyon. Lors de la campagne d'Italie, il combat à la bataille de Magenta et à la bataille de Solférino à la tête de la du corps d'armée français du général Canrobert.
Il est fait grand officier de la Légion d'Honneur en 1860. En 1862, il est proposé comme candidat au trône vacant de Grèce, en raison de son ascendance grecque, mais il décline l'offre.
Commandant de division de la Garde impériale (1865-1869) En 1865, il est nommé au commandement de la de la Garde impériale.
Aide-de-camp de l'Empereur (1869-1870) En , il est nommé aide-de-camp de l'Empereur et il est remplacé par le général Deligny à la tête de la de la Garde impériale.
Guerre de 1870 Metz En , l'Empereur lui confie le commandement de la garde impériale, et il joue un rôle important dans les opérations liées au siège de Metz...
Toutefois, Bourbaki est impliqué dans un curieux événement au moment du siège de Metz. Un certain Edmond Régnier apparaît à Hastings le pour demander une entrevue à l'impératrice Eugénie qui y est réfugiée, mais il ne parvient pas à l'obtenir. Il réussit cependant à recevoir du jeune prince impérial une photographie signée avec un message pour Napoléon III, dont il use comme sauf-conduit vis-à-vis de Bismarck puis du maréchal Bazaine, auquel il se présente à Metz le , lui racontant que la paix doit être signée et qu'un officier général, soit le maréchal Canrobert, soit le général Bourbaki, doit se rendre à Hastings auprès de l'impératrice dans ce but. Aussitôt Bourbaki se rend au Royaume-Uni, avec la connivence de la Prusse, croyant qu'il est en mission officielle. Dès qu'il est informé par l'impératrice que l'on s'est moqué de lui, il revient en France..
À la tête de l'armée du Nord Bourbaki offre ses services à Léon Gambetta. Le , le général Bourbaki est appelé au commandement de la région militaire du Nord. Aidé du colonel Farre et du préfet du département du Nord il tire des dépôts de l'armée des effectifs qu'il constitue en régiments de marche et réorganise la garde mobile en bataillons à cinq compagnies de cent cinquante hommes chacune, commandées par trois officiers. Plusieurs batteries d'artillerie sont organisées dont une de douze qui arrive de Mézières et la cavalerie est organisée avec le dépôt du de dragons de Lille qui prend le nom de dragons du Nord et avec deux escadrons de la légion départementale de la gendarmerie montée. L'armée du Nord est constituée.
Le , Bourbaki est démis de son commandement et transféré à l'armée de la Loire pour former l'armée de l'Est destinée à secourir Belfort. Farre, qui vient d’être promu général, le remplace provisoirement à la tête de l'armée du Nord.
Au secours de Belfort, à la tête de l'armée de l'Est
À la tête des troupes hâtivement entraînées et mal équipées de l'armée de l'Est, il tente de rompre le siège de Belfort. Cette opération est obérée par de considérables problèmes de ravitaillement, en vivres notamment. Après la victoire inexploitée de Villersexel, elle se conclut par la retraite des Français à la suite de l'échec de la bataille d'Héricourt (1871). Après la guerre, certains déplorent le peu de combativité et l'excès de prudence de Bourbaki qui, à l'image de Bazaine à Mars-la-Tour, aurait surestimé la puissance de l'adversaire et a contrario sous-estimé la sienne pour finir par abandonner le combat sans avoir livré toutes ses forces dans la bataille. Ce point de vue est réfuté par les officiers de l'entourage du général..
Retraite et tentative de suicide 230px|vignette|Armée de Bourbaki déposant les armes à son passage en Suisse (Panorama Bourbaki, Lucerne).
La retraite de Bourbaki vers Besançon est coupée par d'autres forces allemandes dirigées par Manteuffel, et cela le contraint à replier son armée vers la frontière suisse. Ses troupes sont dans la situation la plus déplorable et manquent de nourriture. Des avec lesquels il était parti, il n'en reste plus que .
C'est alors le passage en Suisse aux Verrières (commune proche de Pontarlier-Doubs), mais aussi à Sainte-Croix et Vallorbe, où l’armée de l'Est est désarmée puis internée dans les divers cantons de la Confédération, à la suite de la Convention des Verrières. Cet épisode dramatique est immortalisé par le peintre Édouard Castres (voir ci-contre). Bourbaki lui-même, plutôt que de se soumettre à l'humiliation de la reddition, le , délègue ses fonctions au général Clinchant puis, dans la nuit, se tire une balle dans la tête. Mais la balle, ayant dévié, ricoche contre son crâne et Bourbaki est miraculeusement sauf. Un passeport lui est établi au nom de Léon Adam (nom de son épouse) et le marquis de Massa appartenant à son état-major l'accompagne en Suisse., où il retrouve assez de force pour retourner en France quelques semaines plus tard ..
Gouverneur militaire de Lyon (1871-1879) Bourbaki est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur le et en juillet, il devient gouverneur militaire de Lyon, poste qu'il conserve jusqu'en 1879. À ce poste, il semble participer au complot militaire présumé de 1877, qui prévoit la prise du pouvoir par les militaires pour réinstaurer la monarchie.
Après une enquête parlementaire sur le sujet, et les élections sénatoriales de 1879, le général Gresley, officier libéral placé au ministère de la Guerre par le Centre gauche, propose au président et maréchal Mac-Mahon un décret relevant de leur fonction les généraux commandants de corps d'armée Bataille, Bourbaki, Barail, Lartigue et Ducros, ainsi que le déplacement d'autres commandants de corps d'armée (Aumale, Deligny, Douay et Montaudon), ce que le maréchal refuse. Le décret est signé le par Jules Grévy..
Dernières années En 1881, sans doute à cause des récents événements, il ne bénéficie pas de la loi du , qui doit permettre son maintien en activité sans limite d’âge pour avoir rendu des services éminents ; il est placé dans la réserve d'état-major. En 1885, sa candidature au Sénat est un échec.
Il meurt le à Bayonne.
Décorations
Citations ou expressions contenant le nom de Bourbaki vignette|Tombe du général Bourbaki et de sa femme au cimetière Saint-Étienne de Bayonne.
Le , un ballon monté nommé Le Général-Bourbaki décolle de la gare du Nord à Paris avec de courrier et tombe en zone ennemie prussienne à Auménancourt-le-Grand sans être capturé.
De nos jours dans l'armée française (mais aussi dans la Police nationale ou les sapeurs-pompiers), l'expression « l'armée de Bourbaki » désigne de façon péjorative un groupe hétérogène mal équipé, comme lorsque le port de l'uniforme n'est pas règlementaire ; ceci est sans doute une référence aux troupes mal équipées de l'armée de l'Est qui furent placées sous le commandement de Bourbaki. Il semble que ce soit les légionnaires qui, engagés dans un conflit sur le sol national métropolitain pour la première fois en 1870, et découvrant une armée française métropolitaine encore plus démunie qu'eux, auraient inventé l'expression suivante, destinée à un autre légionnaire mal accoutré : « T'es pas dans l'armée à Bourbaki ».
On trouve par ailleurs une petite « vacherie » de la part de Maupassant dans sa nouvelle intitulée Le Lit 29 ; elle ne concerne pas directement Bourbaki mais celui-ci est cité dans un passage, avec toutefois un peu d'ironie : « le général Bourbaki passait aux yeux du capitaine Épivent, bel homme vain et superficiel, pour le plus grand des généraux français […] Il [Épivent] ne respectait, en somme, que les beaux hommes, la vraie, l'unique qualité du militaire devant être la prestance. Un soldat c'était un gaillard, que diable, un grand gaillard créé pour faire la guerre et l'amour, un homme à poigne, à crins et à reins, rien de plus. Il classait les généraux de l'armée française en raison de leur taille, de leur tenue et de l'aspect rébarbatif de leur visage. Bourbaki lui apparaissait comme le plus grand homme de guerre des temps modernes. Il riait beaucoup des officiers de la ligne qui sont courts et gros et soufflent en marchant, mais il avait surtout une invincible mésestime qui frisait la répugnance pour les pauvres gringalets sortis de l'école polytechnique, ces maigres petits hommes à lunettes, gauches et maladroits, qui semblent autant faits pour l'uniforme qu'un lapin pour dire la messe, affirmait-il. Il s'indignait qu'on tolérât dans l'armée ces avortons aux jambes grêles qui marchent comme des crabes, qui ne boivent pas, qui mangent peu et qui semblent mieux aimer les équations que les belles filles. Le capitaine Épivent avait des succès constants, des triomphes auprès du beau sexe […] ».
Postérité Les soldats de l'armée de l'Est ont été surnommés les Bourbakis.
À Pau, sa ville natale, un stade et le club de football de l'Association Bourbaki y résidant portent son nom, ainsi qu'un théâtre. Une statue, par Millet de Marcilly, Thiébaut fondeur, y fut érigée avant d'être détruite sous l' occupation.
Plusieurs lieux-dits en Suisse portent le nom du général Bourbaki en souvenir de l'internement de l'armée de l'Est en 1871, notamment l'Allée des Bourbaki à Colombier.
Le nom du mathématicien imaginaire Nicolas Bourbaki est peut-être inspiré de lui. Le bourbakisme est un courant de pensée, tirant son nom de ce « mathématicien », qui tend à formaliser et unifier les mathématiques au sein de la théorie des ensembles.
Le panorama Bourbaki de Lucerne
Le panorama Bourbaki, d’abord établi à Genève en 1881, puis transféré en 1889 à Lucerne (Suisse)., se présente sous la forme d'une rotonde d'un diamètre de plus de , entièrement tapissée de peintures, soit sur par .