La buvette de la Renaissance est une maison urbaine à pans de bois située au , dans le quartier du Bourg-Neuf à Blois (Loir-et-Cher). Édifiée à la fin du , elle combine un décor encore gothique, avec engoulants et pinacles parfois à crochets, et un vocabulaire de première Renaissance. Sa façade est connue pour sa résille de losanges et pour une travée à croix de Saint-André lisible jusque dans le surcroît. La façade et la toiture sont inscrites au titre des monuments historiques depuis le 23 novembre 1946.

Localisation

La maison se situe dans le centre ancien de Blois, au cœur du Bourg-Neuf, secteur qui a conservé un corpus notable de maisons en pan de bois malgré les alignements des et les destructions de 1940. La parcelle, mitoyenne et étroite, borde la rue Beauvoir dans un parcellaire long et profond typique du quartier.

Histoire

Origine et construction (fin du )

La demeure est édifiée dans le dernier quart du , période d'intense activité constructive à Blois liée à l'installation de la cour royale. La notice de l'Inventaire général attribue l'ensemble de la construction à la fin du et décrit un décor extérieur encore fortement gothique, marqué par des engoulants, des pinacles à crochets et des moulurations prismatiques. La densité de la résille losangée et l'abondance du décor en relief traduisent l'aisance du commanditaire et l'influence des chantiers princiers blésois.

Transformations et restaurations

Au , le rez-de-chaussée et la toiture sont remaniés, avec des reprises du niveau bas et la réfection de la couverture, tout en conservant la trame de façade. Au , des interventions de conservation stabilisent l'ossature et préservent le décor sculpté. L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 23 novembre 1946, pour sa façade et sa toiture.

Contexte urbain et typologique

vignette|gauche|Vue d'ensemble de la façade depuis la rue Beauvoir. Le relève du type blésois rive-sur-rue, avec une façade prise entre deux murs pignons mitoyens en maçonnerie, sans encorbellement et dans un alignement serré. La trame losangée, fréquente à Blois, fait écho aux motifs damassés en briques noires de l'aile Louis XII du château de Blois et à un répertoire aristocratique diffusé dans le Val de Loire.

Architecture

La buvette de la Renaissance fournit un exemple lisible de maison urbaine à structure de bois et décor sculpté.

Trame et contreventement

La façade est ordonnée par un maillage serré de losanges ; l'extrémité gauche adopte des croix de Saint-André jusque dans le surcroît. L'Inventaire et la bibliographie relèvent une particularité : les X ne sont pas séparés par des entretoises et se lisent comme de grands losanges.

Ouvertures de l'étage

Au premier étage subsiste la traverse d'une croisée à meneau vertical et traverse horizontale ; une seconde baie du même niveau est encadrée de colonnettes en bois sculpté, ornées de fleurons.

Décor sculpté

Des bandeaux moulurés à têtes animales ponctuent la façade ; les sablières portent des larmiers engoulés, motif blésois récurrent. Des pinacles, parfois à crochets feuillagés, rythment poteaux et piédroits ; leurs fûts présentent imbrications, écailles et torsades, vocabulaire actif à Blois entre 1500 et 1530.

Plan, niveaux et distribution

L'édifice comprend un sous-sol voûté en berceau, un étage carré et un étage de comble. La desserte verticale se fait par un escalier en vis sans jour, en charpente, implanté dans-œuvre.

Matériaux, hourdis et couverture

Le gros-œuvre associe une charpente de chêne et des maçonneries en calcaire, en pierre de taille et en moellon, ce dernier étant la pierre locale traditionnellement employée à Blois. L'assemblage des bois suit principalement la technique du tenon-mortaise, dominante dans le corpus blésois. Le hourdis est documenté en brique sur la façade avant la restauration de la fin du , disposition courante à Blois au . La couverture en ardoise est posée sur un toit à longs pans avec pignon couvert.

Lecture stylistique et valeur

Le concentre les traits locaux : trame losangée à forte valeur visuelle et structurale, décor de première Renaissance avec colonnettes à fleurons, pinacles à torsades et écailles, engoulants, et correspondances directes avec l'ornement princier voisin de l'aile Louis XII. L'édifice illustre la transition du gothique tardif à la première Renaissance dans l'habitat blésois.

État de conservation

Lors de l'enquête d'Inventaire de 1986, l'état a été noté mauvais ; cette mention historique ne préjuge pas de l'état actuel.

Comparaisons locales

La rue Beauvoir conserve un corpus particulièrement dense de maisons à pans de bois des , dont plusieurs présentent un vocabulaire ornemental comparable à celui de la Buvette de la Renaissance. Au , la façade combine losanges centrés et croix de Saint-André latérales dans une composition en miroir par travées. Plus loin, les relèvent d'un habitat sériel, avec des unités d'habitation jumelées en pan de bois. Au , des pilastres à chapiteaux corinthisants au premier étage, dont l'un porte un cartouche, témoignent d'un vocabulaire italianisant plus marqué. Hors de la rue, la façade du , à losanges associés à une corniche d'oves-et-dards et à des denticules, constitue un parallèle décoratif utile. Les sablières à larmiers engoulés constituent un autre motif récurrent du corpus blésois, partagé notamment avec les , le ou le .

Iconographie et documentation

L'édifice est documenté par plusieurs vues conservées à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Une vue partielle de la façade sur rue est datée de 1945, sous la référence AP12R080615. Une seconde photographie de la façade sur rue, prise par Klaus Freckmann en 2018, est cataloguée sous la référence AP16R001170.

Le dossier d'œuvre de l'Inventaire général comprend également un dessin d'élévation et plusieurs photographies anciennes, notamment une vue de la façade sur rue par Jean-Claude Jacques (1986). Ces documents sont conservés et diffusés par la Région Centre-Val de Loire.

Patrimonialité

Protection

La façade et la toiture sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du , sur la parcelle cadastrale DN 829.

Intérêt de l'édifice

Maison en pan de bois de la fin du parmi les mieux conservées à Blois, l'édifice se distingue par sa trame losangée singulière et son décor sculpté abondant. Il témoigne de la transition stylistique entre gothique tardif et première Renaissance ainsi que du savoir-faire des charpentiers blésois.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liste des monuments historiques de Blois Maison à colombages Renaissance française

Liens externes

Dossier de protection au titre des monuments historiques sur FranceArchives

Catégorie:Bâtiment à Blois Catégorie:Monument historique à Blois Catégorie:Monument historique inscrit en 1946 Catégorie:Maison à pans de bois en France