La DZ Mafia est un ensemble d'organisations criminelles organisées en un cartel, originaire des quartiers nord de Marseille. Elle est accusée de meurtres, d'assassinats à forfait, de trafics de stupéfiants et d'enlèvements. Le nom DZ Mafia renvoie au code alpha-2 de l'Algérie, en référence aux origines de ses membres fondateurs..
En , la Gendarmerie nationale porte un coup à l'organisation en interpellant quarante-et-un de ses membres présumés, dont trente sont mis en examen et quinze placés en détention provisoire.
Origines
Genèse
Les frères Laribi La DZ Mafia prend racine dans le de Marseille, à la cité Bassens, où grandissent les frères Lamine et Mehdi Laribi.
Mehdi a arrêté ses études dès la quatrième au lycée professionnel La Floride dans le de Marseille ; il était considéré comme un élève perturbateur régulièrement absent. Après son exclusion, Mehdi s’inscrit à un BEP mécanique mais se fait de nouveau exclure. Rapidement il entre dans le monde de la délinquance, il affirme lors de son audience en 2015 : « Et puis j’ai fait beaucoup, beaucoup de conneries. Je fracturais toutes les voitures sur le chemin de l’école pour voler des autoradios et d’ailleurs je les vendais au père de mon collègue. Je ne suis pas un saint, je peux être méchant. Au moins deux cents personnes me veulent du mal. Je suis devenu une racaille »..
En 2007, il est repéré par le réalisateur franco-tunisien Karim Dridi. Il interprète le rôle de Rachitic dans le film Khamsa (2008), où il gagne son surnom de « Tic ».. Son frère prend le surnom de « Tac »..
Avec son frère, ils gèrent le trafic de drogue dans leur quartier d'origine, un réseau de drogue très prospère vers le début des années 2010 et qui appartenait à un dénommé Fathi Moussaoui (condamné en 2014 par la justice)...
En 2011, les frères Laribi sont arrêtés dans l'affaire dite du « barbecue marseillais » pour le meurtre de trois jeunes issus de la cité des Micocouliers, Sony Albarello, Nouri Oualan et Mohamed Bouhembel, sous les ordres du commanditaire Samy Ati. En 2015 les frères Laribi sont condamnés en première instance à de prison., peine confirmée en appel en 2017 pour Lamine Laribi mais réduite pour Mehdi à dix ans de prison.. Cet évènement, majeur dans l'histoire du narcobanditisme à Marseille, permet de laisser le terrain libre pour des proches des frères Laribi et Fathi Moussaoui et de prendre le contrôle de points de deal dans les quartiers nord de Marseille. C'est notamment le cas de Karim Harrat dit «Rantanplan» (extradé en France en 2023 après avoir fui à Dubaï et au Maroc)..
En 2021, Mehdi Laribi est libéré de prison. Celui-ci compte reprendre son terrain, volé par « Rantanplan ». Pour ce faire, il s'associe au clan de Marignane, dont un certain Rachid Ghozal et Walid Bara alias « Fondu » (arrêté en )., à la tête du point de deal du Plan d'Aou et de Kalliste.. Il s'associe également à un trafiquant de Font-Vert, Mahdi Zerdoum, surnommé « La Brute ». Avec ces associations, l'objectif de Mehdi Laribi est d'anéantir toute l'organisation de « Rantanplan ».
En , la première guerre de la Paternelle est terminée, Karim Harrat dit « Rantanplan » est arrêté à Casablanca, sur la base d'un mandat d'arrêt européen.. Avec cette victoire, Mehdi Laribi se constitue un véritable patrimoine de points de deals dans la cité phocéenne avec l'obtention de la cité Bassens, Kalliste, Maga de la Paternelle ou même les Micocouliers.
Mahdi Zerdoum alias « La Brute » Mahdi Zerdoum est originaire de la cité de Font-Vert. À ses débuts, il est la tête du point de deal au centre de Font-Vert et de celui de la cité des Marronniers avec son équipe la Cosa Nostra en guerre contre les Corleone.
En 2021, « La Brute » est incarcéré à la prison de Perpignan.. Le , Mahdi Zerdoum est condamné à trente ans de réclusion après avoir reconnu devant la cour à Aix-en-Provence être l’un des deux hommes qui avaient fait irruption dans un appartement de la cité de la Paternelle, dans la nuit du au .. Et il a reconnu avoir ordonné à son complice de tirer sur l’occupant des lieux, Imad., un Algérien sans papiers qui travaillait pour l’un des quatre réseaux de cette cité des quartiers nord de la cité phocéenne. Mahdi Zerdoum était parallèlement mis en cause dans trois autres affaires, également liées à la DZ Mafia..
Kamel Mimar Il est un ancien de la « bande des Carmes », un groupe criminel composé de membres comme Félix Bingui. Il est connu dans le monde du crime sous les alias «Scarface» ou «Le K».
Durant les premières années de la bande, «Scarface», son frère Samy et Félix Bingui sont entrés en conflit avec un dénommé «Y», un ancien très respecté et craint du quartier de Saint-Lazare. Félix et ses amis auraient eu une altercation avec l'homme, provoquant un affrontement avec des proches de «Y» qui s'est terminée en fusillade avec deux personnes blessées. À la suite, alors que Félix et ses amis furent menacés par «Y», un proche a accepté de conclure un accord avec lui en échange de .
En 2015, Félix, accompagné par Karim M. et Ibrahim R., sont mandatés pour faire évader deux détenus de la prison de Luynes : Jean-Bernard Leca et Brice Desrayaux. Cependant, leur projet est avorté et les trois membres du commando sont arrêtés. Le logement conspiratif dans lequel fut organisé l'opération permettait de découvrir un pistolet de calibre 11,43, des munitions, des chargeurs de Glock et de kalachnikov, une cagoule, un brouilleur d’ondes, des fausses plaques… « Divers objets et matériels pouvant servir au projet d’évasion » a conclu le magistrat-instructeur dans l’ordonnance de renvoi. Un réquisitoire qui évoque également des « repérages » attestés par des téléphones qui bornent à proximité de la maison d’arrêt de Luynes. Mais la carte maîtresse de l’accusation, également saisie dans une des pièces de la maison martégale, prend la forme d’un « document sur lequel était dessinée une enceinte d’établissement pénitentiaire avec mirador, grillage caméra et lampadaire, accompagné d’instructions manuscrites visant à organiser une évasion ». Le , la du tribunal correctionnel de Marseille condamne les trois membres du commando à 7 ans (pour Félix) et 5 ans (pour Karim M. et Ibrahim R.).
Rachid Belayati Il est plus connu dans le monde du crime sous l'alias «Rach» et «Tête d’ampoule» en raison de son crâne luisant.
Ce dernier est originaire du quartier de La Madeleine à Rive-de-Gier (Loire). Il est condamné à 10 et de prison par les tribunaux de Lyon, en 2007, et de Saint-Étienne en 2014 pour son implication dans la logistique de neuf convois de cannabis organisés entre 2002 et 2004, dont un stock de de résine de cannabis saisi en 2003 (date à laquelle il s'enfuit du territoire) par la police judiciaire dans un hangar de Corbas, près de Lyon. Il était pourtant considéré comme le « maître d’œuvre » d'un réseau international de stupéfiants. Son ampleur était telle que durant le premier procès à Lyon, en , il avait été jugé avec neuf autres accusés devant une cour d'assises spéciale, composée de sept magistrats. C'était la première fois qu'un trafic, dit de banlieues, recevait pareil traitement. Il avait été question d'importation de cannabis en semi-remorques depuis le Maroc et l'Espagne, d'un carnet de comptes avec des totaux à six chiffres. Plus d'euros de bénéfices. Une paille, qui avait permis à Rachid Belayati de racheter un palace, avec vue sur mer, à un général algérien.
Après quinze années de cavale, entre l'Algérie (où il a investi pour la construction d'une villa à Annaba) et l'Espagne, il est interpellé le à La Jonquera dans la nuit du au , en Espagne et est condamné de nouveau à de prison.
Mehdi Adraouamine
Le trio de l'affaire Tir Dans la cité Font-Vert, des membres de deux familles – des Chaouis venus des Aurès, de la ville de Khenchela – se partagent ce marché en plein essor au début des années 2000. D’un côté, les Tir, autour de Saïd, figure emblématique du banditisme marseillais ; de l’autre, les Remadnia, dont Mehdi, dit «l’Ours de Font-Vert». Le partage des territoires de la drogue va rapidement opposer ces cousins germains, jusqu’alors habitués à partager leurs vacances d’été en Algérie.
En , Farid Tir et sa femme enceinte auraient été séquestrés par des voleurs venus de Marignane. Les agresseurs voulaient dérober une grosse somme à leur domicile (160 000 euros). La femme de Farid Tir aurait perdu son bébé à la suite de cette agression. « On sait cela de témoignages, mais les recherches entamées plusieurs années après, dans les archives des hôpitaux par exemple, ne sont pas parvenues à les corroborer », convient un bon connaisseur de cette saga marseillaise. L’agresseur de Farid Tir et de sa compagne serait le Marignanais Karim Seghier, dont l’équipe montante deviendra le« clan de Gignac-Marignane ». Attirés dans un piège à Font-Vert, le , Karim Seghier est tué, son frère Mohamed Seghier blessé par Farid Tir.
Rapidement, Mohamed Seghier s'est juré de venger la mort de son frère. S'en suit durant la décennie 2010 une vingtaine d'homicides dans la région de Marseille opposant le clan des Seghier et celui des Tir, allié aux Remadnia. Cependant, Farid Tir échappe à la mort en raison de son incarcération pour trafic de stupéfiants de 2011 à 2019. À sa sortie, conscient qu'il était toujours menacé, il décide d'agrandir son empire en tentant de prendre le contrôle d'un point de deal à La Paternelle (point de deal appartenant à Karim Harrat dit «Rantanplan». Ce dernier décide de recruter des jeunes afin de réaliser un contrat de mise à mort sur Farid Tir.
Mamine et Gaby Les deux jeunes sont originaires du de Marseille.
D'origine algérienne, Amine Oualane, dit « Gsxr1000 », « Mamine », « Mamine Escobar » ou « Jalisco », est natif de la Belle de Mai et a grandi aux Micocouliers. Il a un petit frère qui se nomme Sabri et est cousin avec les frères Mehdi, alias « Vinch » et Djamel Lekhetari, alias « Djack » de la cité du Parc Corot.
Avant de devenir l'un des chefs de la DZ, « Mamine » a connu une enfance difficile. Devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, Amine Oualane raconte avec placidité «les coups dès l’enfance» dont il était victime dans le cercle familial, et les vols commis très tôt pour pouvoir se nourrir. «Je commandais un sandwich. Je le prenais et je partais en courant», lance-t-il en . Avec les années, il passe des vols de sandwichs aux braquages, après s’être fait renvoyer du collège pour y être entré à moto. « Quand je quitte l’école, ma mère est en hôpital psychiatrique » se remémore-t-il. « Je vais braquer pour ne pas me faire tuer. Je vais braquer pour manger, et aussi parce que je vois que tous ceux qui tournaient autour du stupéfiant prenaient des balles dans la tête. Braquer, c’était moins dangereux. En , j’ai perdu mon meilleur ami qui s’est pris . Dans ma tête, pour moi, j’allais mourir. Il faut le vivre pour le comprendre ». Très jeune d’ailleurs, il consomme de la drogue, jusqu’à arrêter en : « Depuis l’âge de , je fumais par jour », affirme-t-il. L’adolescent embrasse d’abord une carrière de délinquant florissante. « À partir de , je n’avais plus de problèmes d’argent, se souvient l'accusé. À , j’avais mon propre appartement. C’est moi qui m’occupais de ma famille et plus ma famille qui s’occupe de moi. » Après une courte carrière de braqueur à l'adolescence dans des bijouteries et des camions de livraisons de cigarettes, il se fait arrêter en 2013 et est condamné à une peine de de prison à . Il est libéré en 2019. Dans la cité des Micocouliers à Marseille, où il a grandi, il a fréquenté des narcotrafiquants, dont l'ex-petit ami de la star influenceuse Maeva Ghennam, Skander, qui sera assassiné. « Mamine » est soupçonné ensuite d'avoir rapidement basculé dans les assassinats, en participant notamment à l'organisation de celui du parrain marseillais Farid Tir le dans un hôtel F1 de Plan-de-Campagne..