Lopération Catapult est une opération militaire de la Seconde Guerre mondiale visant à capturer ou neutraliser les bâtiments de guerre de la Marine française afin qu'ils ne tombent pas entre les mains du Reich. Elle fait suite aux négociations diplomatiques et discussions relatives aux termes de l'armistice que la France s'apprêtait alors à signer.

Le gouvernement français, alors formé par Paul Reynaud, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères et ministre de la Guerre, Philippe Pétain, vice-président du conseil des ministres, et François Darlan, chef d'état major de la Marine, tout en étant convaincu de l'effondrement britannique à venir, espèrent pouvoir fixer comme condition à l'armistice avec l'Allemagne le maintien de la flotte française dans des ports de la zone libre ou dans l'Empire colonial.

Les Britanniques, convaincus que l'Allemagne se servira tôt ou tard de la flotte française pour renforcer la sienne, craignent que les Français ne soient doublés par un Hitler changeant. L'opération est déclenchée le Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, éd. Librairie académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, « Le drame de Mers el-kébir », 164Winston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Seconde Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 , 1965-1966, tome troisième, L'Heure tragique – la chute de le France, 1940, XI : « L'amiral Darlan et la flotte française, Mers-el-Kébir », 249 par le Premier ministre britannique Winston Churchill. Elle vise à assurer aux Britanniques que les forces de haute mer françaises ne tombent pas aux mains des Allemands ou des Italiens.

Contexte politique et militaire

Désastre de la bataille de France En France, le mois de est marqué par plusieurs événements militaires majeurs : l' évacuation de Dunkerque, la défaite totale de l’armée française au terme de la bataille de France, sur tous les fronts, jusqu'à la Loire, et, s'ensuivant, l'armistice du 22 juin 1940. Tout au long de la bataille de France, la France avait tenté de rassurer les Britanniques quant à l'avenir de sa marine.

Promesse et inaction française pour protéger la flotte Le à Briare, le chef de la marine française, l'amiral François Darlan, se joint aux discussions interalliéesThe End of the Affair - the Collapse of the Anglo-French Alliance, 1939 - 40 d'Eleanor M Gates, 1981.. Face à l'inquiétude de Churchill sur l'avenir de la flotte française — flotte moderne et après la Royal Navy, la plus puissante d'Europe — il lui assure que jamais celle-ci ne tombera dans les mains allemandesPhilippe Masson, Histoire de la marine, , 1983.. Cette promesse verbale de l'amiral Darlan ne satisfait pas les Britanniques, et malgré les télégrammes envoyés les semaines suivantes par les Anglais rien ne fut fait. Au procès Pétain en aout 1945, l'ancien ambassadeur Léon Noel confirme l'inaction française et déclare qu'entre le et le le Gouvernement Pétain ne prit aucune précaution réelle pour mettre à l'abri la flotte.

Le , l'amiral Darlan refuse d'envoyer la flotte de Toulon à Bordeaux, pour l'évacuation d'unités militaires constituées pour l'Afrique du Nord, malgré les instructions de Paul Reynaud, Président du Conseil et partisan d'une capitulation sans armistice, voulant inciter à continuer le combat. Dans le même temps, Paul Reynaud tente de persuader Maxime Weygand, qui commande l'armée de terre, de faire capituler ce qui reste de l'armée en métropole et de transférer la flotte et l'aviation en Afrique du Nord pour continuer la guerre.

Le , deux télégrammes du cabinet britannique adressés au président du Conseil Paul Reynaud, demandent à la France d'envoyer ses navires de guerre dans les ports britanniques, en attendant les négociations concernant l'armistice, ignorant ainsi les assurances verbales précédemment fournies par Darlan et pouvant laisser croire que les Français ne respecteraient pas leurs engagements. Paul Reynaud s'en offusqua, ce que Churchill comprit fort bien, puisqu'il ordonna de retirer les télégrammes dont le texte lui semblait gênant. Afin de rassurer les Britanniques, l'amiral Darlan adresse aussitôt à tous les commandants des bâtiments de guerre français un ordre où il précise : qu'aucun bâtiment français ne doit tomber aux mains des Allemands ou des Italiens si ceux-ci venaient à entrer en guerre ; si ceux-ci tentent de s'en emparer, les navires devront rallier les ports du Royaume-Uni ou des Antilles ou se saborder. La démission de Paul Reynaud le et son remplacement immédiat par le maréchal Pétain, pour demander un armistice au Reich devint donc inévitable en raison du refus de Weygand de faire capituler. Reynaud, le président de la République française Albert Lebrun et le président de la Chambre des députés Édouard Herriot pensent être encore en mesure de réaliser un ultime coup politique en laissant Pétain échouer dans ses négociations avec Hitler, pour revenir au pouvoir en fin de semaine..

Arrivée de Pétain aux commandes Le , Pétain appelle cependant les forces françaises à cesser le combat. Le , à Bordeaux, le maréchal Pétain et l'amiral Darlan tombent d'accord sur le fait de refuser tout accord d'armistice si les Allemands venaient à réclamer la flotte française. La France, pour montrer sa bonne foi aux Britanniques, ordonne qu'on envoie dans les ports d'outre-mer, Mers el-Kébir, Casablanca et Dakar, quatre-vingts bâtiments dont le cuirassé tout neuf Richelieu, le cuirassé Jean Bart, qui n'est pas terminé, les croiseurs de bataille et . Tandis qu'à Cherbourg, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, dans tous les ports de guerre de la façade atlantique, une centaine de bâtiments hors d'âge, en construction ou incapables d'appareiller, se sabordent.

Le , Darlan refuse dans un premier temps l'appel à cesser le combat diffusé la veille par Pétain. La marine entend dans ce premier temps poursuivre la guerre. Ce refus de capituler permet notamment à trois navires de quitter Brest avec d'or de la Banque de France, qui furent mis en sécurité au Sénégal, ce qui achève l'évacuation de l'or de la Banque de France. Une fois la défaite consommée, il soutient finalement la demande d'armistice.

Armistice Enfin les 21 et , l'armistice est signé dans la clairière de Rethondes. À la suite du refus de la France d'envoyer ses navires au Royaume-Uni, en cas d'armistice, les relations entre Français et Britanniques se dégradent comme en témoigne le départ de l'ambassadeur britannique dans la nuit du 22 au .

À la lecture des conditions d'armistice, les Britanniques pensent que la flotte française sera sous le contrôle des Allemands puisque la plupart des ports militaires se trouvent en zone occupée. Pourtant, contre toute attente, Hitler ne réclame pas immédiatement la flotte française et demande qu'elle soit seulement immobilisée et démilitarisée dans ses ports. De plus, Darlan garantit aux Britanniques que la flotte se sabordera en cas de changement d'attitude de la part des Allemands. Mais Darlan pense alors que les Britanniques vont subir le même sort que la France et interdit aux navires français de rejoindre une force étrangère, qu'il s'agisse de l'Allemagne ou du Royaume-Uni.

L'armistice impliquait d'être délié de l'engagement interallié, qui prévoyait qu’aucune paix séparée n’était possible sans l’accord de l’autre partie. Winston Churchill fait savoir à plusieurs reprises, d'abord à Reynaud et plus tard au gouvernement Pétain, qu’il comprend la position difficile dans laquelle se trouve la France et qu’il peut admettre que la France soit déliée de ses engagements en concluant un armistice séparé, mais à condition que la flotte française ne puisse jamais tomber dans les mains de l’ennemi, ce qui suppose ou bien que la flotte française se saborde, ou bien qu’elle rallie les positions britanniques ou américaines. En choisissant de se réfugier en Afrique du Nord jusqu’au mois de juin, la flotte élude les options présentées par Churchill et prend, aux yeux des Britanniques, le risque d’être engagée contre eux (ce qui arriva effectivement lors des combats de Dakar, au Gabon, en Syrie, à Madagascar et en Afrique du Nord lors du débarquement des Alliés).

Réaction britannique L’ambassadeur britannique ne prend connaissance de la clause de l’armistice exigeant que les navires français soient désarmés dans leur port d’attache sous contrôle allemand et italien qu’après sa signature (les navires devaient rejoindre leur base navale habituelle en temps de paix). Comme le confirme l’historien Max Lagarrigue : Cette clause inquiète évidemment les Britanniques, qui n’avaient pas été informés qu'en réalité, les installations portuaires de l’Atlantique et de la Manche avaient été sabotées par les marins français, avant l’arrivée des troupes allemandes et que l’amiral de la flotte, Darlan, avait donné l’ordre à tous ses états-majors, le , de saborder leurs bâtiments si les Allemands essayaient de s’en emparerP. M. H. Bell, « Prologue de Mers el-Kébir », Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, , année, janvier 1959, .. Darlan ajouta même que s’il devait donner plus tard un ordre contraire sous la contrainte, il ne faudrait pas en tenir compte et que seul l’ordre de sabordage devrait être considéré.. Malgré ses déclarations, Darlan signa un an plus tard des accords qui engagent la France à livrer du matériel militaire à l’Allemagne sous la protection de la marine française.

Face au risque de la flotte française, la deuxième plus puissante d'Europe, tombe effectivement dans les mains du Reich alors que le Royaume-Uni se retrouve parfaitement isolé face aux forces de l'Axe, Churchill et l'amiral Dudley Pound décident de mettre en place l'Opération Catapult le . L'ordre est donné de se saisir de la flotte française ou de la neutraliser dans tous les ports de guerre et en particulier à Mers el-Kébir. Cette opération est loin de susciter l'adhésion des amiraux et des marins britanniques, qui y voient un coup fratricide.

Phases de l'opération Dans les ports du Royaume-Uni thumb|L', le , dans la rade Greenock. Le Charles Plumier est un cargo bananier français, capturé par le destroyer le à Gibraltar. Le , l'opération Catapult est lancée. Dès le lendemain à l'aube, dans les ports britanniques de Plymouth et Portsmouth, les officiers britanniques ont tendu un guet-apens aux Français qu'ils côtoient, en les invitant à boire à un pot amical sur leurs bâtiments, afin de s'emparer plus facilement de leurs navires.

Dans le port de Portsmouth, le cuirassé Courbet, est saisi.

Dans le port de Plymouth, les bâtiments suivants sont saisis le avant l'aubeSource : Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident, p. 632. : Le cuirassé Paris de ; Le contre-torpilleurs de Le Triomphant ; le torpilleur de Mistral ; le croiseur sous-marin Surcouf (le plus grand sous-marin du monde à l'époque) ; le cargo Poulmic.

Au total, deux contre-torpilleurs, sept torpilleurs, quatre sous-marins, dix avisos et plus d'une centaine de bateaux de tous types sont saisis par la ruse ou la force par les Britanniques.

La capture de navires français a aussi lieu dans le port méditerranéen de Gibraltar.

Bataille de Mers el-Kébir

Le , une escadre britannique aux ordres de l'amiral Somerville se présente devant la base navale Mers el-Kébir, dans le golfe d'Oran, avec pour mission d'escorter l'escadre française au Royaume-Uni, de la conduire sous contrôle britannique aux Antilles ou aux États-Unis, sinon elle devra se saborder ou combattre. Le vice-amiral d'escadre Gensoul qui commande l'escadre française n'accepte aucun terme de l'ultimatum et se résout à combattre.