vignette| Dessin de propagande représentant l'union entre phalangistes et carlistes. Extrait du magazine jeunesse Flechas y Pelayos, 16 mai 1937. Le décret d'unification (en espagnol Decreto de unificación) est une norme juridique promulguée pendant la guerre civile espagnole, le , par le général Francisco Franco à Salamanque, en sa qualité de chef de l'État de l'Espagne nationaliste, par lequel les partis politiques Falange Española de las JONS et la Communion traditionaliste se trouvaient fusionnés sous son commandement dans un nouveau parti unique sous le nom de Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (FET y de las JONS, ou simplement FET). Tous les autres partis ayant été déclarés dissous dans le même temps, FET y de las JONS devint le seul parti légal dans l'Espagne nationaliste. Il était défini dans le décret comme un lien entre l'État et la société et était destiné à constituer la base d'un éventuel régime totalitaire. Le chef de l'État fut proclamé chef du parti, assisté de la Junta Política (« Comité politique ») et du Consejo Nacional (« Conseil national »). Les membres du nouvel exécutif furent désignés par une série de décrets qui suivirent peu après. Sa promulgation fut précédée des dénommés événements de Salamanque (Sucesos de Salamanca) de la nuit du 16 au qui avaient mis en évidence « l'existence d'une lutte souterraine pour le pouvoir entre les différentes fractions agglutinées dans l'Espagne franquiste ».
La fusion fut imposée aux deux formations. Leurs dirigeants furent déjoués par Franco, qui les divisa, les trompa et les induisit en erreur, ne leur laissant finalement d'autre choix que de se conformer à l'unification suivant ses propres conditions, ce qui provoqua leur marginalisation ainsi que celle d'autres opposants politiques. Le décret d'unification assurait la domination politique totale de Franco et garantissait, au moins formellement, une unité politique au sein de la zone nationaliste. Dans la réalité, le décret aboutit à l'absorption des ramifications carlistes par une Phalange conséquemment domestiquée et subordonnée. Plusieurs spécialistes considèrent que l’unification fut un tremplin vers un État à coloration fascisante. Cette Phalange augmentée demeura le seul parti légal d'Espagne au cours des 38 années suivantes, devenant l'un des piliers instrumentaux du régime de Franco.
Contexte left|thumb|Emilio Mola, leader de la conspiration militaire. Les conspirateurs militaires de 1936 n'avaient pas une idée bien établie de la nature du régime politique qui ferait suite au coup d’État dans l'éventualité de sa réussite ; à court terme, certains pouvoirs administratifs devaient rester confiés aux comités civils provinciaux, composés des individus les plus représentatifs ou les plus engagés de la cause nationaliste selon Instrucción reservada número uno publiée par le général Mola, reproduit dans Badajoz y Guerra Civil. Les principales factions de droite en Espagne furent, plus ou moins clairement, impliquées dans le complot, et aucune d’entre elles ne conclut d’accord politique avec les généraux ; pour Falange Española, voir à l'exception des carlistes, qui avaient obtenu un engagement ambigu de la part du chef de la conspiration, le général Mola, précisant les conditions et le déroulement du coup d’État plutôt qu’un futur régime politique. Les premières déclarations faites par divers généraux dans les premiers jours suivant le soulèvement demeurèrent vagues à ce sujet ; dans les territoires contrôlés par les rebelles, les commandants locaux nommaient des maires ou des corps civils auxiliaires composés principalement de personnalités de droite reconnues localement, généralement celles associées à la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA), à l'alfonsisme, au carlisme ou à l'ancienne Union patriotique. L'organe exécutif suprême du gouvernement rebelle, la Junta de Defensa Nacional, fut créé le comme instrument d'administration et d'intendance plutôt que politique. Le , la Junta déclara la loi martiale, interdisant théoriquement toute activité politiquela loi martiale interdisait toutes les manifestations et réunions publiques ; même les réunions privées impliquant plus que quelques personnes étaient soumises à l'approbation officielle. Le , elle publia un décret dissolvant tous les partis du Front populaire et ceux opposés au « mouvement patriotique »En théorie le décret autorisait par exemple l'activité de Lerroux et son Parti radical. Peu après, elle condamna la « partisanerie politique » mais non les « idéologies spécifiques », déclarant que le futur gouvernement mettrait en place « la seule politique et la seule syndicalisation possibles » et interdisait toute activité politique ou syndicale.
Cette interdiction ne fut pas rigoureusement et uniformément appliquée aux différentes organisations de droiteC'est en février 1937 que première fois que le décret fut appliqué par les forces de sécurité, contre certaines activités phalangistes. La CEDA, groupe le plus important, avec 88 sièges aux Cortes, était entrée en voie de désintégration progressive à partir des élections générales de février ; ses structures s'étaient partiellement effondrées, abandonnées par des militants déçus de la stratégie légaliste du mouvement. De plus son leader, José María Gil-Robles y Quiñones, avait déclaré la suspension de toute activité politique de la CEDAdeclaration de Gil-Robles à Franco dans une lettre datée du 2 novembre 1936 . En dépit de l'activité politique de certains poids lourds de la coalitionPar exemple, en décembre 1936, quelques politiciens alfonsistes obtinrent le soutien du Secrétariat général du gouvernement de l'État (et celui personnel de Nicolás Franco) pour prendre le contrôle de la maison d'édition madrilène Editorial Católica une fois que Madrid serait prise par les nationalistes., les Juventudes de Acción Popular (JAP), mouvement jeunesse de la CEDA et jadis son organe le plus dynamique, se réorganisèrent en en une force paramilitaire comptant quelques milliers de membresLes sources émanant des JAP avançaient que leur milice comptait hommes, des chiffres mis en doute par les historiens. Le 4 septembre 1936, Luciano de Calzada fut nommé Chef national des milices de la CEDA et des JAP . Renovación Española (RE, 13 sièges) et le Parti agrarien (11 sièges) étaient également en déclin, les alphonsins de RE étant particulièrement engagés dans des projets impliquant l'infant Juan, comte de Barcelone. Les deux groupes de droite ayant connu un essor, à un rythme d'ailleurs spectaculaire, étaient la Communion traditionaliste (parti officiel du carlisme) et Falange Española de las JONS. La première (avec 10 sièges au Parlement) menait ouvertement ses conseils de guerre nationaux et provinciaux, son principal atout étant les unités de milices volontaires, les Requetés, qui, dans les premiers mois de la guerre, revendiquèrent 20 000 hommes . La Phalange, qui en février n'avait obtenu que 0,4% des voix et perdu à cette occasion son unique siège aux CortesAu total la Phalange récolta votes , connut une croissance considérable au cours des mois suivants, jusqu'à devenir le parti de droite le plus dynamique avec près de 35 000 volontaires recrutés en peu de temps. En contraste, les autres tendances, comme les alfonsins ou les cedistas, n'en apportaient qu'environ au total. thumb|Miguel Cabanellas, chef de la Junta de Defensa. Début , le pouvoir suprême dans la zone rebelle fut assumé par le général Franco, qui mit en place une administration exécutive appelée (« Comité technique de l'État »). Les civils nommés pour diriger certaines sections spécifiques de ce quasi-gouvernement, recrutés parmi les alphonsins, les carlistes et d'autres groupes conservateurs génériques, sans affiliation partisane prédominante, reflétaient la droite traditionnelleCe fut également le cas de certaines entités établies par Franco comme les , et (« Secrétariat général », « de Guerre » et « de Relations extérieures » respectivement) . Le régime autorisa un prosélytisme politique limité mais garda les politiciens sous contrôle : le chef de la CEDA, Gil-Robles, fut contraint de rester au Portugal , l'infant Juan, défendu par les alphonsins, fut invité à quitter l'Espagne, le prince Xavier de Bourbon-Parme, prétendant carliste au trône, ne fut autorisé qu'à un bref séjour en Espagne, et le chef de la Communion traditionaliste, Fal Conde, fut exilé sous des prétextes fallacieux. La censure militaire empêcha la diffusion d'articles jugés trop proches d'une propagande partisane et encouragea ceux-ci à rester dans les limites d'une adhésion générale au régime, comme l'ordre donné à Gil-Robles suivant lequel les JAP devait suivre servilement le commandement militaire ou l'appel du chef de RE, Antonio Goicoechea, à former un « front patriotique ». Franco lui-même continua à rencontrer des hommes politiques de droite, ignorant généralement les plus intransigeants et ne s'adressant qu'à ceux qu'il jugeait les plus dociles. Aucun projet politique ne fut soumis à discussion. En général, il attendait de ses interlocuteurs qu'ils mobilisent un soutien civil en faveur du régime, mais sans offrir de contrepartie politique en retour, si ce n'est l'affirmation que, dans un avenir indéterminé, « le peuple » pourrait décider librement du futur régime de l'EspagneDébut septembre 1936, lorsqu'il répondit à Cáceres à des questions de la presse allemande, Franco déclara qu'il était simplement un militaire, que son objectif était de vaincre le bolchévisme, et qu'une fois cela fait, il rendrait le pouvoir à tout « mouvement national » soutenu par le peuple ; lorsqu'on lui posa la question de ce qu'il adviendrait de la CEDA, il répondit qu'elle disparaitrait .
Après la création de la Junta Técnica, le pas suivant dans la consolidation du pouvoir du nouveau Caudillo des forces rebelles se produisit quelques mois plus tard, lorsqu'après l'échec de la prise de Madrid (entre novembre de 1936 et mars de 1937) l'idée de la nécessité d'une plus grande unité entre les forces politiques qui soutenait la révolte s'imposa. En cela, le Generalísimo Franco ne faisait que suivre le modèle que représentait pour les rebelles la dictature de Miguel Primo de Rivera (1923-1930). Il s'agissait de créer un parti unique en fusionnant les deux forces qui avaient apporté leurs milices à l'insurrection et qui avaient connu la croissance la plus notable depuis le début du conflit : carlistes et phalangistes. Les autres forces politiques qui soutenaient la tentative de coup d'État, « tolérées » mais ne bénéficiant pas de reconnaissance officielle, comme les royalistes philofascistes de Renovación Española ou les corporativistes catholiques de la CEDA, n'apportant pratiquement pas de combattants, étaient très peu influents et se trouvèrent totalement marginalisés .