Le lac d'Oroumia (en ; en ; en ) est un lac salé endoréique. Avec le lac de Van et le lac Sevan, le lac d'Ourmia est l'une des « trois mers » de l'antique royaume d'Arménie. Plus grand lac d’Iran et d'Asie de l'Ouest, il fait partie du parc national du même nom.
Une des particularités du lac d’Ourmia est l’absence d’émissaire (cours d’eau artificiel ou naturel constituant le déversoir d’un lac), absence qui lui confère le statut géographique d’étendue d'eau endoréique, parfois assimilé à celui de « petite mer intérieure ». Son bassin hydrographique et son réseau de drainage (écoulement de l’eau dans le sol) atteignent environ carrés. Les principaux affluents du lac sont la rivière iranienne Aji Chay (ou Talkheh Rud), s’écoulant au nord-est de l’Azerbaïdjan iranien et charriant les neiges fondues des massifs du Savalan et du Sahand, et les rivières jumelles Zarrineh (Jagatu) et Simineh (Tatavi), venant du sud.
Noms Le nom du lac est emprunté à la ville d'Ourmia, nom d'origine syriaque signifiant « cité de l'eau ». Il fut rebaptisé « lac de Reza » au début des années 1930, du nom de Reza Pahlavi, alors chah d'Iran, puis à nouveau dénommé « lac d'Ourmia » au milieu des années 1970. Son ancien nom persan était Shishast.
Avec le lac de Van et le lac Sevan, le lac d'Ourmia, connu des Arméniens en tant que Kapoutan litch (en arménien ) Robert H. Hewsen, Armenia: A historical Atlas, The University of Chicago Press, Chicago et Londres, 2001 , 17., était l'une des « trois mers » de l'antique royaume d'Arménie.
Les régions lacustres en Iran Le lac d’Ourmia, situé dans la région historique d’Arménie (plus vaste que l’actuel État de ce nom) près de la frontière turque, occupe l’un des bassins intérieurs de l’Iran, qui ensemble occupent la plus grande part de la superficie du pays. En effet, l’Iran abrite un large éventail de cuvettes fermées, salées pour la plupart, vestiges de l’ancienne mer Téthys. Les bassins iraniens sont très riches en sel, gypse et diverses autres évaporites, qui rendent ces zones peu propices à l’agriculture. La présence de deux importantes chaînes de montagnes, l’Elbourz-Kopet Dagh et le Zagros-Mekran, isolent ces bassins des régions plus fertiles situées au nord ou au sud. Précisément, le bassin du lac d’Ourmia est occupé par un lac permanent, dont le taux de salinité est très élevé.
Dimensions et assèchement La surface maximale du lac est d'environ . Dans ses plus grandes dimensions, il mesure environ de long et de large. Sa profondeur maximale est d'environ .
Bien qu'encore classé en 2012 parmi les plus grands lacs hypersalés permanents du monde, et plus grand lac du Moyen-OrientRapport UNEP 2012, le lac d'Ourmia rétrécit fortement, avec une évaporation annuelle de 0,6 à qui en augmente la salinité. En 2014, il est estimé que sa surface s'est réduite d'environ 90 % en 45 ans, soit par rapport au début des années 1970.. À l'automne 2023, le lac est tout à fait à sec. Plusieurs facteurs expliquent ce rétrécissement : le détournement pour l'irrigation des cours d'eau qui s'y déversaient ; le prélèvement massif dans les nappes phréatiques qui l'alimentaient. ; le réchauffement climatique global qui augmente l'évaporation estivale..
La photographe documentaire iranienne Solmaz Daryani a documenté cette catastrophe écologique dans son projet : The Eyes of Earth.
Enjeux actuels de la catastrophe écologique Si le lac d’Ourmia était l’un des plus grands lacs d’eau salée au monde, son dessèchement rapide appelle à réévaluer sa place et à réfléchir à sa sauvegarde. Les terres environnant le lac deviennent stériles, le rétrécissement du bassin depuis les années 1980 met en lumière l’esquisse d’une catastrophe écologique de grande ampleur. D’après l’UNESCO, le lac a perdu 70 à 80 % de sa surface originelle depuis les années 1970, de seize mètres de profondeur il est passé aujourd’hui à deux mètres au maximum.
Une cause de la crise : la modernisation industrielle C’est d’abord le gouvernement du Mohammad Reza Pahlavi qui, à partir des années 1970, entame la construction de barrages pour pourvoir aux besoins en électricité de la population et des industries, tout en permettant de développer la région du nord-ouest. La guerre entre Iran et Irak en 1980 marque une rupture dans la conduite des projets d’aménagement. Une nouvelle impulsion est ensuite donnée en 1990, avec un intérêt particulier porté à l’agriculture.
En effet, en vue de moderniser le pays après la révolution iranienne de 1979, des grands programmes de construction ont été produits, d’abord sous la présidence de Mohammad Khatami puis sous celle de Mahmoud Ahmadinejad. L’impact de ces politiques est visible au niveau des productions : les paysans délaissent les cultures peu gourmandes en eau, par exemple le raisin, au profit de la betterave qui demande des apports considérables. Certaines cultures sont traditionnellement tournées vers l’exportation cependant, et restent très friandes en eau. Par exemple, la production de la pistache en Iran représente un tiers de la production mondiale. De ce fait, on note une expansion de la surface occupée par les vergers. Entre 1994 et 2006 leur part en superficie passe de 16 % à 30 %. Les rivières affluentes du lac ont vu se développer de multiples barrages, 70 au total, afin de nourrir le développement de l’industrie agricole en Iran. Ajoutés à ces barrages, plus de furent creusés illégalement dans la région du nord-ouest par les villageois eux-mêmes, précipitant l’assèchement du bassin. En 2012, on en dénombre , et des agriculteurs vont même plus loin en disposant des pompes directement dans les rivières, amoindrissant le débit en eau douce vers le lac. Les rendements de ces mesures semblent moindres par rapport aux investissements réalisés : l’agriculture consomme aux alentours de 89 % des ressources de la région, avec des pertes considérables au niveau des canaux d’acheminement vétustes, alors qu’elle ne fournit que 15 % du produit intérieur brut.
Une cause environnementale : le cycle accéléré de la désertification La rapide dégradation du lac résulte également de facteurs extérieurs à l’action humaine. Par exemple, la multiplication et l’intensification de tempêtes de sel et de poussières nocives détruisent les cultures qui se développaient aux environs, et favorisent la baisse des récoltes. L’enclenchement d’un cycle irréversible est souligné lorsqu’on aborde la disparition du lac d’Ourmia. L’assèchement complet de son eau mènerait à l’exposition d’environ 8 milliards de tonnes de sel à l’air libre, qui finirait par infiltrer rapidement les nappes phréatiques de la région. Ce processus de salinisation serait alors vecteur de la propagation de maladie au sein de la population, parmi lesquelles les cancers, l’hypertension artérielle et les pathologies respiratoires. Associée à ces dynamiques, la désertification du nord-ouest iranien s’impose urgemment à l’agenda politique de l’Iran. En 2013, l’ex-ministre de l’Agriculture, Isa Kalantari énonce que : « L’Iran est en train de devenir un désert inhabitable. Cependant, n’imaginez pas que cela se produira demain. C’est déjà le cas ! ».
Réactions locales, nationales et internationales à l'assèchement du lac L'aggravation des tensions autour de la question azérie En termes d’implications sociales et politiques, la disparition progressive du lac aggrave des tensions communautaires et le ressentiment des habitants irano-azéris envers un gouvernement ignorant les revendications déjà anciennes de cette minorité en Iran, à savoir l’obtention de davantage de droits culturels, économiques et politiques. Le lac d’Ourmia, surnommé « le solitaire turquoise de l'Azerbaïdjan », est une source principale de revenus et de développement de la communauté azérie, sa dégradation revêt donc d’autant plus d’importance pour la survie et les productions. En effet, la désertification de la région a un impact considérable sur l’agriculture iranienne, et plus précisément sur l’économie paysanne de la région. La dévastation des cultures par l’effet cumulé des sécheresses et de l’accumulation de sel provoque l’érosion des sols et a déjà généré une augmentation du chômage chez les paysans habitant à proximité du lac d’Ourmia. Le secteur du tourisme en pâtit également, laissant constater la désertion des eaux chaudes et hypersalines thérapeutiques. Un panorama désolé se dresse maintenant avec des jetées qui ne mènent nulle part et des épaves de bateaux rouillées qui laissent entrevoir le passé prospère de la région du lac d’Ourmia. Récemment, les eaux du lac ont pris une teinte rougeâtre du fait de la présence d’algues et de bactéries dans ce lac où l’eau est huit fois plus salée que l’océan.
Dès 2011, des manifestations s’organisent dans le nord-est et en Azerbaïdjan pour signifier le mécontentement face à l’absence totale de réaction de Téhéran face au problème. Des altercations avec la police ont lieu, notamment dans les villes de Tabriz et d’Oroumieh. Le gonflement des tensions entre la communauté azérie et le gouvernement est manifeste. Avec la disparition du lac, les habitants présents au nord-ouest de l’Iran mais aussi dans les régions voisines en Turquie et en Azerbaïdjan seraient alors contraintes à quitter la région, avec des millions de personnes déplacées et un exode rural massif. À la suite des manifestations dans la région du lac d’Ourmia, en , le Parlement iranien refuse d’accorder des fonds prévus pour l’irrigation du bassin. En réponse, on assiste à une escalade des tensions avec l’organisation de marches par des associations d’activistes de Tabriz et Oroumieh durant lesquelles les autorités procèdent à plusieurs arrestations. Bernard Hourcade, Directeur de recherche au CNRS et géographe spécialiste de l’Iran met en exergue la coloration particulière que prend la question azérie pour les dirigeants du pays. Il explique que : « le lac reste une véritable épine dans le pied du gouvernement iranien. Il existe un long passif de paranoïa de la part de l’élite religieuse du pays concernant le spectre de l’indépendance azérie ». Ici, il fait référence à la constitution d’un mouvement nationaliste créé au début du pour créer une entité indépendante, un Azerbaïdjan contemporain, réunissant le peuple azerbaïdjanais d’Iran et celui de Turquie.
Réponse partielle de l'État à la crise sociale et environnementale Des mesures sont annoncées tardivement pour répondre à l’exacerbation des tensions autour de la disparition accélérée du lac d’Ourmia. Ces dernières restent lacunaires. Mahmoud Ahmadinejad, président de la république islamique d'Iran de 2005 à 2013 adopte d’abord un discours acculant les pays occidentaux. Il les érige en responsables de la catastrophe écologique et sociale se jouant au sujet du lac, et en , il dénonce que : « les pays occidentaux ont conçu un plan pour provoquer notre sécheresse. Selon des rapports climatiques précis, les pays européens ont utilisé un équipement spécial pour créer des nuages de pluie en Europe et les empêcher d’atteindre l’Iran et le Moyen-Orient ».