Made in Païwan est un film documentaire français consacré au renouveau du tatouage traditionnel du peuple Païwan, porté par Cudjuy Patjidres. Réalisé par Jonathan Bougard il est sorti en 2019 en France.

Synopsis Le peuple Païwan partage une riche tradition du tatouage qui était étroitement liée à l’identité culturelle et au statut social avant sa disparition pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cela contribue à donner à Cudjuy Patjidres la motivation de la renaissance du tatouage. Cudjuy est le seul tatoueur traditionnel de Taïwan.

Le film suit Cudjuy et une délégation d'indigènes de Païwan lors du rassemblement de tatoueurs indigènes Tatau i Moorea, qui s'est tenu durant toute une semaine sur l'île de Moorea en Polynésie française. Il s'attarde sur les liens entre Cudjuy et Suliljaw Lusaujatj, un jeune doctorant qui l'assiste, ainsi que Bai Ai, tatoueuse et peintre de Paîwan. Bai Ai est une artiste tatoueuse, une peintre et aussi une danseuse de Taipei. Après une école d’art, elle a commencé à tatouer à la machine. Du tribal mais aussi des motifs old school. Elle est allée voir Cudjuy Patjidres pour se faire tatouer les mains de manière traditionnelle, étant elle aussi une aborigène du peuple Païwan, même si elle vit en milieu urbain. Elle lui a demandé s’il pouvait lui apprendre sa technique et il a dit oui. Ils ont commencé à collaborer sur des pièces mixant traditionnel et contemporain, Cudjuy réalisant le motif traditionnel au peigne, Bai Ai mettant de la couleur à la machine. La tradition rejoignait la modernité. A Taïwan, nous explique Bai Ai, le tatouage est une industrie. Il y a beaucoup de styles, américain, old school, tribal… Les jeunes aborigènes ont oublié la signification de leurs motifs. Ils peuvent réaliser un motif si on leur présente un modèle, mais sans comprendre sa signification. Cudjuy Patjidres a réalisé avant tout un travail de recherches et d’inventaire de ce qui restait, surtout des photos, pour retrouver la signification des motifs.

Suliljaw Lusaujatj a rencontré Cudjuy Patjidres en 2008. Leur premier contact a eu lieu à l’université nationale de Hsinchu. Plus tard Cudjuy Patjidres a fait différents travaux, par exemple il a donné des démonstrations dans différents villages. Il a aussi commencé à donner des conférences dans différents lieux. Toutes ces actions pour raviver cette culture du tatouage ont commencé à le rendre très populaire sur l’île. Plus récemment il a participé à des conventions à l’étranger, comme le Ink festival d’Auckland où le traditional world culture and tatoo festival d’Ibiza. Et le festival Tatau i Moorea en Polynésie française, qui fut l'occasion de nombreux échanges à l'université de la Polynésie française.

Dans le groupe il y a encore Liwaerjao Hsi-Hsi-Ler un très fameux maître sculpteur dans les villages Païwan, il travaille le bois et la pierre et cherche à raviver sa culture par la sculpture. Il fabrique également des poignards et c’est un chasseur. Il a coutume de chanter en travaillant, et lorsqu’une œuvre est terminée, ça peut donner lieu à une cérémonie durant laquelle il chante, suivie d’un banquet, ce à quoi on assiste à la fin du film. Les Païwan chantent différents chants lors des cérémonies traditionnelles, chaque village à ses chants mais une chanson en particulier est pour les rassemblements, donc ils chantent lorsque les gens travaillent ensemble, pour partager leurs forces, pour partager les difficultés, partager les joies.

Autour du film Taïwan est passée des mains de la Chine à celles des Hollandais, puis entre celles d’un chef de pirates à la fin du dix-huitième siècle. Revenue à la Chine, elle fût conquise militairement par le Japon durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Le Japon l’a évacuée à la suite de son échec militaire durant la guerre du Pacifique. La grande île fut rendue à la Chine sous le nom de Formose. Militaire anticommuniste et homme fort du Kouo-Min-Tang, le président de la république de Chine Tchang Kai Chek y trouve refuge avec l’appui militaire des États-Unis, après la victoire du parti communiste en 1949. Taïwan devient la République de Chine. Mais les droits historiques de la Chine de Pékin sont imprescriptibles, et celle-ci s’apprête patiemment à une reconquête militaire de l’île, à laquelle il sera difficile aux Etats-Unis de s’opposer.

Il y a seize peuples indigènes officiellement reconnus par le gouvernement taïwanais, dont six partagent la culture du tatouage. Païwan est l’un d’entre eux. Les premières traces du tatouage sur l’île remontent au septième siècle, à l’époque de la dynastie Sui. La pratique aurait commencé à décliner dès l’arrivée des premiers étrangers au dix-septième siècle. Elle a fini par complètement s’éteindre le long du littoral et à se perpétuer clandestinement dans les montagnes, durant l’occupation japonaise. La situation générale des aborigènes n’est pas si brillante qu’ils le souhaiteraient, mais ils essaient de raviver leur culture, aujourd’hui soutenus financièrement par un gouvernement qui les a longtemps peu considérés, voire complètement ignorés.

Le marquage des mains des jeunes filles nobles de Païwan est une tradition séculaire qui fut frappée d’interdiction lors de l’occupation japonaise, puis chinoise. Les dernières représentantes de cette noblesse tatouée sont une trentaine, toutes octogénaires au moins. La dernière génération d’hommes tatoués de motifs représentant leur statut social et leurs actes de bravoure à elle disparu à la fin du vingtième siècle. Les tatouages étaient réalisés à l’aide d’une aiguille de citronnier attachée à un bâton. Les artistes tatoueurs devaient être des hommes où des femmes de grande vertu, qui se transmettaient le métier de génération en génération.

Il n’y a pas grand-chose de lisible en anglais ou en français sur le tatouage traditionnel Taïwanais, à l’exception d’un article de Lars Krutak. Les rares publications qui existent sur le tatouage à Taïwan, c’est de l’ethnographie en langue chinoise. Après on trouve de l’ethnographie dans d’autres langues sur Taiwan, mais qui ne s’intéresse pas spécialement au tatouage. Aujourd’hui pour la première fois une femme préside le pays, une indépendantiste, et le pouvoir est intéressé pour faire revivre les traditions de tatouage un peu pour se rattacher à l’Océanie et pour se détacher de l’emprise de la Chine. Ça fait partie du patrimoine culturel qu’ils ont envie de mettre en avant.

Nous avons une population de 23 millions d’habitants à Taïwan, composée de différents groupes ethniques, incluant les aborigènes qui sont minoritaires. Ils parlent taïwanais, chinois où hakka. La majorité sont les Han, originaires de Chine. La population aborigène représente seulement 2,3% de la population de l’île. Lors de l’arrivée massive des Han, beaucoup se ont trouvé refuge dans les montagnes de l’île.

Suliljaw Lusaujatj est un  jeune aborigène de Taïwan, il appartient au peuple de Païwan qui vit principalement au sud et à l’est de Taïwan. Doctorant au département d’anthropologie du Collège de l’Asie et du Pacifique de Canberra, il s’exprime aussi bien dans la langue austronésienne de Païwan qu’en anglais et en chinois. Il fait des recherches sur le tatouage aux Samoa et à Taïwan. Taïwan et les Samoa sont ses zones de recherches parce que Taïwan est la région native de la famille austronésienne, alors qu’aux Samoa, on peut retrouver la source des pratiques de tatouage dans le Pacifique. Parce que le tatouage a disparu pendant longtemps dans beaucoup de pays, alors qu’il s’est pratiqué sans interruption depuis le dix-huitième siècle jusqu’à aujourd’hui aux Samoa. Suliljaw voulait donc analyser les connexions entre ces deux places. Par ailleurs son pays et les Samoa ont été colonisés par les japonais pour Taïwan,  la Nouvelle-Zélande et l’Allemagne pour les Samoa. Ils sont donc reliés par ce contexte historique colonial. Leurs deux peuples ont aussi une structure sociale traditionnelle très hiérarchisée, qui sépare les gens en différentes classes qui vont des aristocrates aux gens du peuple. C’est pourquoi Suliljaw a voulu comparer les points communs et les différences entre ces deux lieux.

Ce qui frappe chez les Samoans, c’est que ce sont les seuls tatoueurs pour lesquels perdure une forme de protocole strict. C’est qu’on a en Océanie, dans l’ouest, Fidji, Samoa, Tonga, où la société est encore structurée comme la société ancestrale. On a des règles à suivre, des règles qui sont vécues et pas imaginées. La préservation du tatouage aux Samoa est aussi liée au tournage du film Moana de Flaherty, qui a réalisé un documentaire où il a filmé une cérémonie de tatouage. Le tatouage était alors en voie de disparition et est véritablement revenu en puissance après l’indépendance des Samoa. C’était aussi l’expression d’une sorte de nationalisme. On ne peut pas détacher tous ces mouvements des mouvements sociaux et politiques.

Sébastien Galliot est anthropologue basé au Centre de Documentation sur l’Océanie de Marseille, également chargé de recherches au CNRS. Il a travaillé sept ans sur une thèse de doctorat consacrée au tatouage samoan. Cinq années de lectures puis deux ans de recherches sur le terrain, ce qui l’a amené à rencontrer des tatoueurs d’un peu partout, que ça soit d’Europe, de Nouvelle-Zélande, Bornéo, Philippines… Le travail de lecture est important pour ne pas être trop naïf et ne pas croire que l’on va faire des découvertes alors qu’il y a déjà des gens qui ont publié sur la question, mais le travail de longue haleine se passe sur le terrain. Il faut apprendre à parler la langue des gens avec qui on travaille. Parler suffisamment pour comprendre les interactions du quotidien. Sébastien et Suliljaw ne se sont pas rencontrés aux Samoa, mais plus tard, lors de séminaires internationaux.

Les Samoa ont cette particularité d’avoir à la fois résisté à la présence des missionnaires, mais d’avoir réussi leur intégration dans le milieu du tatouage professionnel. Dans la périphérie de Yap ou dans l’île de Tikopia, il y a des tatouages qui ont perduré jusque dans les années 1980 mais les praticiens de ces îles-là n’ont jamais vraiment eu de contact avec le grand réseau professionnel américain où européen. Les samoans ont perçu l’intérêt qu’il pouvait y avoir d’aller tatouer à l’étranger, de se faire des amis tatoueurs un peu partout à l’étranger. Alors que tous les autres tatoueurs indigènes du Pacifique qui ont continué à tatouer jusque dans les années 1980 étaient très isolés dans leurs atolls et n’ont pas spécialement cherché à promouvoir leurs pratiques à l’extérieur. A Tikopia par exemple aujourd’hui il n’y a plus guère que des vieillards qui sont tatoués. C’est aussi parce qu’il y a des transformations sociales sur ces îles, qui font que le tatouage a moins d’importance lors des initiations. Quand la chefferie change, tous les tatouages qui sont en lien avec le fonctionnement d’une chefferie n’ont plus lieu d’être.

Aux Samoa lorsque l’on se trouve dans une maisonnée où se déroule un tatouage, que ce soit un tatouage ornemental où un tatouage rituel, tout le monde a le droit de venir s’asseoir à condition d’enlever ses chaussures et de porter un paréo. C’est important d’être assis, pieds nus et en paréo. C’est une question de respect, le port du paréo est le strict minimum du respect à témoigner.