Les Nouveaux commanditaires est un programme de commande d'œuvres d'art mis en place à partir des années 1990 selon un « Protocole » établi par l'artiste belge François Hers. En ce sens, « Nouveaux commanditaires » désigne à la fois le Protocole établi en 1990, le mouvement de politique culturelle qui s'est ensuivi, ainsi que les commandes qui en résultent, mais aussi les organismes dits « de médiation » responsables de l'encadrement des projets artistiques dans différentes régions du monde. Au sens strict, les « Nouveaux commanditaires » sont les personnes physiques qui sont à l'initiative de la commande du projet artistique en question.
Le Protocole des Nouveaux commanditaires dicte les bases des étapes de la construction d'un projet artistique qui se veut démocratique et dont l'origine est une commande issue de citoyens, résidents, employés ou tout autre groupe de personnes portant un intérêt motivé pour l'élaboration d'une œuvre d'art. Le protocole, tel que défini par François Hers, identifie trois piliers – les commanditaires, les médiateurs et les artistes – auxquels peuvent s’associer, selon les projets, des partenaires publics ou privés et des chercheurs.
Le processus des Nouveaux commanditaires s'est initialement établi en France, sous l'impulsion de la Fondation de France de 1990 à 2022, puis en Belgique dès 2000, ainsi qu'en Allemagne, Espagne, Italie, Suisse et une dizaine d'autres pays ; et, au travers de plusieurs centaines de projets, a rassemblé la participation de nombreuses grandes figures de l'art contemporain telles que Daniel Buren, Luciano Fabro, Christian Boltanski, Harun Farocki, Angela Bulloch, Michelangelo Pistoletto, Wim Delvoye, Jean-Michel Othoniel, Erwin Wurm, ainsi que des personnalités des milieux de l'architecture, de la musique et du design. Le Protocole a également inspiré certains sociologues, philosophes et historiens de l'art et fait l'objet de réflexions continues, en particulier de la part de Bruno Latour, Vinciane Despret, Thomas Schlesser, Laurence Bertrand-Dorléac, Patrick Boucheron ou encore Jean-Michel Frodon.
Aujourd'hui, des structures coordonnent l'action Nouveaux commanditaires aux niveaux nationaux : en France (la Société des Nouveaux commanditaires), en Allemagne (Gesellschaft der Neuen Auftraggeber), en Belgique (de Nieuwe opdrachtgevers/Les Nouveaux commanditaires), en Espagne (Concomitentes), en Suisse (Nouveaux commanditaires Suisse/Neue Auftraggeber:innen Schweiz), en Italie (a.titolo). Ces structures sont regroupées au sein de la Société internationale des Nouveaux commanditaires, association internationale sans but lucratif.
Historique François Hers, artiste conceptuel, a proposé dès 1963 une approche de l'art allant au-delà des musées, s'inspirant des idées de Dada, pour établir de nouvelles relations entre la société, les artistes et leurs œuvres. Son travail reflète cette ambition novatrice, souvent qualifiée de « sauvage ».
Interrogé par la Fondation de France en 1990, Hers propose à Bernard Latarjet, directeur de la fondation, un mode d’action basé sur un appel à l’art émanant de la société elle-même. Ceci conduit à la création du Protocole des Nouveaux commanditaires en 1991, encourageant la collaboration entre citoyens et artistes.
Ce protocole initié par Hers implique un réseau de médiateurs du monde de l’art pour faciliter la collaboration entre commanditaires et artistes. Hers publie en 2001 le premier texte du protocole, suivi en 2012 d'un autre ouvrage en collaboration avec Xavier Douroux : L’art sans le capitalisme. Deux ouvrages, en particulier, enrichiront ensuite la fortune critique de l’action des Nouveaux commanditaires. En 2013, sous l’égide d’un comité présidé par Bruno Latour, Faire art comme on fait société propose une somme de 47 contributions, issues de nombreux champs disciplinaires. Celle-ci met en perspective cette action en se fondant tantôt sur des études de commandes ou des études de cas à travers l’histoire, tantôt sur l’étude générale des fonctionnements actuels. En 2017, sous la direction d’Estelle Zhong et Xavier Douroux, un autre ouvrage, publié en langue anglaise, Reclaiming Art - Reshaping Democracy, privilégie, de la même manière, des points de vue anglo-saxons.
Les premiers projets artistiques issu du programme Nouveaux commanditaires émergent dès 1991 en Bourgogne. Xavier Douroux, directeur du Consortium de Dijon, en est le médiateur entre les commanditaires et l'artiste.
Le protocole s'étend ensuite en dehors de la France, premièrement en Belgique dès l'an 2000. Le programme est introduit en Allemagne à la fin des années 2000 sous l'impulsion de Sigrid Pawelke.
Dès 2002, les médiateurs issus de différents pays européens participant au programme se regroupent sous la coupole d'une Société internationale des Nouveaux commanditaires.
En 2017, Hers propose d'élargir l'appel à la philosophie et à la recherche en sciences humaines pour répondre aux enjeux culturels et sociaux contemporains, avec le soutien de la Fondation de France et d'autres institutions.
En 2020, la Fondation de France, qui coordonnait et agréait jusqu’alors les différentes structures médiatrices en France, ainsi que les financements en France et parfois à l’étranger, annonce qu’elle souhaite se retirer du projet. Les médiateurs français agréés par la Fondation de France ont alors constitué une association, la Société des Nouveaux commanditaires en Arts et Sciences, afin de poursuivre le pilotage du dispositif. À partir de 2022, cette association est soutenue par la Fondation de France et le ministère de la Culture par le biais d’une convention pluriannuelle. La Fondation de France annonce officiellement son retrait en 2022. En , l'association la Société des Nouveaux commanditaires en Arts et Sciences change son nom pour "la Société des Nouveaux commanditaires" ainsi que son siège social, qui se situe désormais à Paris.
Le protocole des Nouveaux commanditaires Dans sa Lettre à un ami, François Hers évoque l'émergence d'un nouveau chapitre dans l'histoire de l'art, celui d'un art de la Démocratie qui succède à l'ère de l'art moderne. Il perçoit dans les conditions actuelles le potentiel pour l'écriture de ce nouveau chapitre, fondé sur les réalisations de la modernité qui ont débuté à la Renaissance et se sont étendues jusqu'aux années soixante.
Durant cette période, les artistes ont joué un rôle crucial en façonnant l'individualité et en libérant les formes d'expression, contribuant ainsi à l'émancipation des modes de perception du monde. Hers souligne que ces avancées ont conduit à l'invention de la démocratie et au développement des sciences et des technologies.
Le Protocole des Nouveaux commanditaires propose que la création artistique ne soit plus confinée aux artistes ou à quelques pouvoirs, mais émane de la société elle-même, à travers un dialogue actif avec ses artistes. Cette démocratisation de l'art est rendue possible par la liberté des formes que les artistes ont établie, leur permettant d'aborder une multitude de problématiques culturelles contemporaines.
Le Protocole clarifie les rôles et les responsabilités de chaque acteur social : aux citoyens revient la responsabilité de formuler la raison d'être de l'art en passant des commandes ; aux artistes de créer les œuvres en réponse à ces demandes, aux élus politiques et aux mécènes de soutenir ces initiatives ; et aux philosophes et chercheurs de fournir une analyse éclairée des enjeux.
À ce premier protocole orienté vers la création artistique s'ajoute dès la fin des années 2010 un protocole particulier visant le programme « Nouveaux commanditaires – Sciences ».
Développement dans le domaine scientifique Le protocole des Nouveaux commanditaires, initialement développé pour la création artistique, s'est dès 2013 étendu à la création scientifique. Un nouveau Protocole engage les citoyens à devenir des commanditaires de projets scientifiques, leur permettant ainsi de participer activement à la recherche et au développement scientifiques. De la même manière que pour les projets artistiques, les citoyens expriment leurs besoins, leurs préoccupations ou leurs intérêts, et les scientifiques travaillent en collaboration avec eux pour répondre à ces demandes. Cette approche vise à favoriser l'engagement civique, à encourager le dialogue entre les scientifiques et les communautés locales, et à garantir que la recherche scientifique réponde aux besoins et aux valeurs de la société. En étendant le protocole des Nouveaux Commanditaires à la création scientifique, il devient un modèle important pour la démocratie participative dans le domaine de la science.
Personnalités participantes Un demi-millier d'artistes, de toutes les disciplines, sculpteurs, peintres, plasticiens, vidéastes, designers, architectes, compositeurs, écrivains, illustrateurs et issus de tous les continents, ont accepté la commande d'un ou plusieurs projets artistiques de la part de Nouveaux commanditaires.
Liste non exhaustive, par ordre alphabétique, d'artistes ou collectifs ayant réalisé au moins une œuvre dans le cadre du Protocole des Nouveaux commanditaires :
Vito Acconci Lara Almarcegui Wilfrid Almendra Michel Aubry Sylvie Auvray Bertille Bak Elisabeth Ballet Delphine Balley Shigeru Ban Marc Barani Robert Barry Cécile Bart Patrick Berger Samuel Bianchini
Michel Blazy Christian Boltanski Patrick Bouchain Céleste Boursier-Mougenot Goran Bregović Guillaume Bresson Koen Broucke Alain Bublex Lee Bul Angela Bulloch Balthasar Burkhard Jean-Marc Bustamante Marc-Camille Chaimowicz Lilian Bourgeat Édith Canat de Chizy Alexandre Chemetoff Sandro Chia Claude Closky Delphine Coindet Gérard Collin-Thiébaut Serge Comte Patrick Corillon Isabelle Cornaro Didier Courbot Marc Couturier Matali Crasset Félicie d’Estienne d’Orves Anouk De Clercq Jean de Gastines Krijn de Kooning Pierre de Meuron Philippe Decrauzat Hervé Di Rosa Florence Lazar Wim Delvoye Maryline Desbiolles Daniel Dewar et Grégory Gicquel Bechara El-Khoury Luciano Fabro Patrick Faigenbaum Christelle Familiari Harun Farocki Didier Faustino Sylvie Fleury Philippe Forest Michel François Yona Friedman Gloria Friedmann Hamish Fulton Giuseppe Gabellone Anya Gallaccio Martino Gamper Delphine Gigoux-Martin Liam Gillick Andy Goldsworthy Dominique Gonzalez-Foerster Marie-Ange Guilleminot Peter Halley Swetlana Heger Camille Henrot Pierre Henry Jacques Herzog Pascale Houbin Thomas Houseago Christophe Huysman Jacques Jouet Tadashi Kawamata Jan Kopp Vincent Labaume Emmelene Landon David Lang Bertrand Lavier Mathieu Lehanneur Battista Lena Claude Lévêque Michael Lin Lani Maestro Didier Marcel Raoul Marek Annette Messager Laurent Millet Marc Mimram Anita Molinero Michel Mossessian Olivier Mosset Jean-Luc Moulène Tania Mouraud Valérie Mréjen Antoni Muntadas Maurizio Nannucci Richard Nonas Melik Ohanian Jean-Pierre Oostende Lucy Orta Jorge Orta Jean-Michel Othoniel Jorge Pardo Philippe Parreno Simon Patterson Yan Pei-Ming Bruno Peinado Laurent Pernot Gilles Perraudin Carmen Perrin Françoise Pétrovitch Michelangelo Pistoletto Qubo Gas Raumlabor Berlin Rudy Ricciotti Robin Rimbaud Christian Rizzo Ugo Rondinone Martha Rosler Ágatha Ruiz de la Prada Claude Rutault Erik Samakh Sarkis Emmanuel Saulnier Jean-Louis Schoellkopf Franck Scurti Alain Séchas François Seigneur Bruno Serralongue Société réaliste Pierrick Sorin Ettore Spalletti Janusz Stega Superflex Stéphane Thidet Niele Toroni Tatiana Trouvé Oscar Tuazon Joëlle Tuerlinckx Eulàlia Valldosera Felice Varini Joana Vasconcelos Xavier Veilhan Michel Verjux Didier Vermeiren Jacques Vieille Jean-Luc Vilmouth Ulla von Brandenburg Gary Webb Erwin Wurm Remy Zaugg 5.5 designers Honoré δ'O
Recherche, réflexion et travaux académiques