Les manifestations de 2017 et 2018 sont une série de rassemblements de protestation dans la fédération de Russie, se déroulant du au . Visant initialement à mettre fin à la corruption en Russie, les revendications s'étendent à la demande de pratiques politiques plus démocratiques et à l'opposition à Vladimir Poutine. En 2018, un autre mouvement social se greffe au premier, avec pour objectif l'abandon du projet d'augmentation de l'âge légal de départ à la retraite.

Les manifestations anticorruption sont principalement soutenues par Alexeï Navalny, qui est arrêté et condamné à plusieurs reprises, en même temps que plusieurs milliers d'autres personnes. De son côté, le Parti communiste de la fédération de Russie participe à la contestation contre la réforme des retraites.

Revendications En 2017, l'une des revendications des manifestations est l'autorisation de la candidature du principal opposant russe, Alexeï Navalny, à l'élection présidentielle russe de 2018. En prévision de celle-ci, il ouvre des bureaux de campagne dans de nombreuses villes de Russie. Il reste toutefois inéligible, en raison d'une , qu'il juge . Ses différents locaux sont perquisitionnés à plusieurs reprises et son équipe régulièrement placée en garde à vue. Ils sont également la cible d'attaques de la part de groupes radicaux favorables au pouvoir russe. Il n'est finalement pas autorisé à se présenter.

Une autre revendication portée par les organisateurs est la fin de la présidence de Vladimir Poutine. Au moment des événements de 2017, sa candidature à l'élection de 2018 est toujours incertaine ; il briguerait alors un quatrième mandat. Beaucoup des participants réclament son départ et s'opposent à une nouvelle candidature. Plus généralement, les manifestants affichent leur rejet du système électoral, où chaque scrutin est, selon Navalny, . La candidature officielle de Vladimir Poutine rend ainsi sa réélection presque inévitable. Le leader d'opposition cherche alors à agir sur la participation, en appelant au boycott de l'élection. Celle-ci est finalement remportée, , selon Le Point, par le président sortant.

En 2018, la principale revendication est l'abandon du projet de réforme des retraites qui doit faire passer l'âge légal de départ à la retraite, progressivement, de pour les hommes et de pour les femmes. Les opposants affirment que cette réforme empêchera les Russes de profiter de leur retraite, en particulier les hommes, dont l'espérance de vie se situe autour de , mais ce sont les femmes qui seraient les plus désavantagées, du fait de leurs difficultés à l'embauche au-delà d'un certain âge. Cette mesure ne fait pas partie du programme de Vladimir Poutine pour l'élection présidentielle.

Mouvement d'opposition à Vladimir Poutine (2017-2018)

Contexte et premiers appels à manifester Le , le leader d'opposition russe Alexeï Navalny publie une vidéo dénonçant la corruption en Russie, en particulier l' que se serait constitué le Premier ministre et ex-président russe Dmitri Medvedev. Celle-ci est vue plus de de fois, mais ne reçoit aucun écho dans les médias traditionnels contrôlés par l'État ; elle est considérée comme le point de départ des manifestations. Il appelle ainsi à des rassemblements dans de Russie pour protester contre la corruption. Il s'agit de la première manifestation d'ampleur depuis les protestations massives sur la place Bolotnaïa lors de l'investiture de Vladimir Poutine, le .

Les militants adoptent pour symbole le canard en plastique, jouet présent dans le documentaire de Navalny et portent également des baskets, autre référence au film.

Premières manifestations Le , de premières manifestations sont organisées. Des milliers de personnes descendent dans les rues de plusieurs grandes villes de Russie, telles que Saint-Pétersbourg, Oufa, Samara, Tambov et Perm. Des rassemblements se déroulent également en Crimée, occupée par la Russie depuis son annexion par la Russie en 2014. Hors de Moscou, , selon un site d'informations russe.

Au moins , selon les autorités russes, sont présentes à Moscou, mais Le Monde fait état d'un nombre bien plus élevé de participants. Les organisations d'opposition revendiquent elles . Parmi eux, une grande partie sont très jeunes, étudiants ou même lycéens. Les participants sont rassemblés dans la rue Tverskaïa, grande artère de Moscou menant au Kremlin, et la parcourent dans les deux sens ; la place Pouchkine fait également partie du périmètre de manifestation. L'ensemble de l'événement est interdit par les autorités, qui souhaitent initialement éloigner la manifestation du centre-ville.

À Moscou, la police antiémeute intervient très rapidement, secondée par la Garde nationale, un hélicoptère et de nombreux véhicules de police. De très nombreuses arrestations sont effectuées, visant particulièrement les militants porteurs de pancarte, sans se préoccuper de l'âge des individus, et les personnes visées sont évacuées par des rotations de fourgons de police. Alexeï Navalny lui-même est arrêté dans la journée, de même que son fils de . Le bilan en fin de journée est d' arrestations selon l'ONG OVD-Info, et la police affirme avoir procédé à à Moscou et à Saint-Pétersbourg.

En parallèle, la Fondation anticorruption, organisation fondée et animée par Navalny, diffuse en direct des informations et des revendications. Ses locaux sont perquisitionnés en fin de journée et la plus grande partie de l'équipe est arrêtée, dont Leonid Volkov. Ils pourraient être inculpés.

Le département d'État des États-Unis ainsi que l'Union européenne appellent à la libération immédiate des , considérant leur arrestation comme une .

En avril Le , un petit défilé de protestation est organisé à dans la rue Tverskaïa, via les réseaux sociaux. Les participants disent vouloir se diriger vers la place Rouge afin . La police s'interpose et barre le passage aux manifestants. Environ sont arrêtées. L'opposant Alexeï Navalny, alors emprisonné à la suite de la manifestation du , n'est pas impliqué dans l'organisation, selon une membre de son équipe.

Le , des manifestations ont lieu à travers la Russie pour protester contre une nouvelle candidature de Vladimir Poutine et rassemblent plusieurs centaines de personnes. Adoptant le slogan « Nadoïel » (« nous en avons assez de lui »), les mobilisations sont soutenues par l'organisation Open Russia de l'oligarque et opposant Mikhaïl Khodorkovski. À Saint-Pétersbourg, au moins sont arrêtés selon OVD-Info. Dans la ville de Moscou, entre y participent avec pour objectif de déposer une pétition aux locaux de l'administration présidentielle. Le ministère de l'Intérieur affirme qu'. Dans d'autres villes de Russie, comme à Toula et Kemerovo, des manifestations ont lieu et donnent lieu à plusieurs arrestations. Partout en Russie, elles sont interdites par les autorités.

de mobilisation En mai, l'annonce d'un projet de réaménagement urbain majeur dans le centre-ville de Moscou mécontente les propriétaires de nombreux logements, qui risquent l'expulsion. L'initiative, qualifiée de , doit initialement concerner de personnes, mais fait l'unanimité contre lui au sein de l'opposition. Des appels à manifester et des tracts sont relayés, ce qui laisse craindre une deuxième vague de mobilisation après celle du .

Le , à la veille d'une de mobilisation, Alexeï Navalny est arrêté, devant l'entrée de son immeuble selon Ioulia Navalnaïa, mais le rendez-vous est maintenu. Le lendemain, un autre appel national à manifester est suivi d'effet. Au dernier moment, les organisateurs déplacent la manifestation moscovite de l'avenue Sakharov au nord-est de la ville à la rue Tverskaïa. Initialement autorisée à son premier emplacement, les autorités affirment qu'un événement est déjà prévu dans cette rue et l'interdisent au nouveau lieu prévu. Elle rassemble selon la Nezavissimaïa Gazeta, seulement d'après les chiffres de la police, mais moins de lycéens sont présents, remplacés par de jeunes adultes. De très nombreuses arrestations ont lieu, de à à Moscou, entre et à Saint-Pétersbourg et environ au total en Russie. Pour l'éditorialiste du Moskovski Komsomolets, Navalny est au moins en partie responsable de ce bilan, en raison de sa stratégie de .

Manifestations de plus faible ampleur Le , une manifestation est organisée contre la censure, de plus en plus forte en Russie, en particulier sur Internet. Plus d'un millier de personnes sont rassemblées ce jour-là. L'événement a lieu en réaction à une loi entrée en application deux jours plus tôt, visant à interdire , souvent utilisés par les opposants pour communiquer. Elle durcit également les mesures de lutte contre le contournement de cette censure. D'autres lois permettent d'ordonner la fermeture de médias ou d'organisations considérés comme ou de bloquer des sites Internet et des médias sociaux plus facilement.

Le ont lieu des manifestations non autorisées à l'occasion de l'anniversaire de Vladimir Poutine, à l'appel d'Alexeï Navalny. La mobilisation est décrite comme , mais représenterait en raison du choix de la date, la journée étant habituellement consacrée à des cérémonies en son honneur. Dans la ville de Saint-Pétersbourg, marchent aux cris de « Liberté pour Navalny », avant l'arrestation de , de manière musclée pour certaines, qui finissent en sang. Tout rassemblement était interdit par les autorités. L'organisation Amnesty International dénonce les arrestations et appelle à la libération des personnes détenues le plus rapidement possible ; elle accuse la police d'avoir usé de la force de manière disproportionnée à Iakoutsk et Saint-Pétersbourg. À Moscou, l'événement a lieu dans le calme malgré la présence d'importantes forces de police antiémeute. Partout en Russie, plus de sont interpellées au total. Vladimir Poutine ne réagit pas aux manifestations, tout comme la chaîne Rossiya 24.

Contestation nationaliste Le , un militant et blogueur radical du nom de Viatcheslav Maltsev, candidat malheureux aux élections législatives en 2016, appelle à manifester en organisant une contre le président Poutine. À la tête du mouvement , il se présente comme et est soutenu par Alexeï Navalny, qui apparaît à plusieurs reprises dans ses vidéos.

La marche rassemble plusieurs centaines de participants à travers la Russie. Au moins sont arrêtées, la plus grande partie à Moscou. Les interpellés sont, selon l'agence de presse d’État Tass en possession d'armes blanches ou d'armes tirant des balles de caoutchouc. Un journaliste de la radio indépendante Écho de Moscou, Andreï Iejov, est lui aussi arrêté.

Poursuite des manifestations antigouvernementales en 2018 En , à l'appel d'Alexeï Navalny, de nouvelles manifestations ont lieu dans toute la Russie. Les autorités les interdisent et menacent de sanctions judiciaires l'opposant et les participants. Elle réunissent , selon l'Agence France-Presse, dans la rue Tverskaïa de Moscou, sous haute surveillance des forces de police antiémeute. Dans de Russie, comme à Nijni Novgorod, Iakoutsk et Saint-Pétersbourg, des milliers de personnes se réunissent également. Au moins sont arrêtés dans le pays, dont Navalny dès le début de la manifestation moscovite. Des descentes de police visent les locaux de sa Fondation anticorruption et ses locaux de campagne.